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POUR L'ETUDE DU MARXISME
GUIDE DE LECTURE
« La doctrine de Marx s'attire dans tout le monde civilisé la plus grande hostilité et la haine la plus grande de la science bourgeoise (tant officielle que libérale) qui voit dans le marxisme une sorte de « secte malfaisante ». On ne doit pas s'attendre à une autre attitude, car il ne peut pas y avoir dans une société, fondée sur la lutte des classes, de science sociale « impartiale ». Toute la science officielle et libérale défend, de façon ou d'autre, l'esclavage salarié, alors que le marxisme a déclaré une guerre implacable à cet esclavage. Demander une science impartiale dans une société d'esclavage salarié, est une naïveté aussi puérile que de demander aux fabricants d'être impartiaux dans la question de savoir s'il faut augmenter le salaire des ouvriers au détriment du bénéfice du capital.
Mais ce n'est pas tout. L'histoire de la philosophie et celle de la science sociale démontrent, avec une clarté parfaite, qu'il n'y a rien dans le marxisme qui ressemble à un « sectarisme » ou à une doctrine fermée et rigide, surgie en dehors de la voie directe du développement de la civilisation universelle. Bien au contraire, tout le génie de Marx consista précisément à résoudre les problèmes que la pensée avancée de l'humanité posait déjà. Sa doctrine naquit comme la continuation directe et immédiate de celle des plus grands représentants de la philosophie, de l'économie politique et du socialisme.
La doctrine de Marx est toute-puissante, car elle est juste. Elle est complète et bien ordonnée, elle donne aux hommes une vue entière du monde, qui ne se peut concilier avec aucune superstition, avec aucune réaction, avec aucune défense de l'oppression bourgeoise. Le marxisme est le successeur naturel de tout ce que l'humanité a créé de meilleur au XIXe siècle dans la philosophie allemande, dans l'économie politique anglaise et dans le socialisme français. »
V. Lénine.
Edition électronique réalisée par Vincent Gouysse à partir de l’ouvrage publié en 1936 par le Bureau d’Editions, Paris.
WWW.MARXISME.FR
Sommaire :
Introduction (p. 3)
INITIATION GENERALE
K. Marx et F. Engels — Le Manifeste du Parti communiste (p. 4) K. Marx — Adresse inaugurale de l'Association internationale des travailleurs (p. 5) K. Marx — Travail salarié et Capital (Extraits) (p. 5) K. Marx — Salaires, Prix et Profits (Extraits) (p. 5) F. Engels — Socialisme utopique et socialisme scientifique (p. 6) F. Engels — Karl Marx (p. 6) V. Lénine — Karl Marx et sa doctrine (p. 7) V. Lénine — Friedrich Engels (p. 8) J. Staline — Lénine (p. 8) J. Staline — Les Principes du léninisme (p. 8)
ETUDES SPECIALISEES
A. Economie politique
F. Engels — Anti-Dühring (tome II) (p. 10) K. Marx — Misère de la philosophie (p. 10) K. Marx — Critique de l'économie politique (p. 11) K. Marx — Le Capital (p. 12) K. Marx — Histoire des doctrines économiques (p. 13) V. Lénine — L'Impérialisme, stade suprême du capitalisme (p. 14)
B. Philosophie F. Engels — Anti-Dühring (tome I) (p. 15)
K. Marx et F. Engels — Etudes philosophiques (p. 16) K. Marx — Œuvres philosophiques (p. 18) V. Lénine — Du matérialisme historique (p. 19) V. Lénine — De la religion (p. 20)
V. Lénine — Matérialisme et empiriocriticisme (p. 20) C. Histoire
F. Engels — L'Origine de ta famille, de la propriété privée et de l'Etat (p. 22) F. Engels — La Guerre des paysans en Allemagne (p. 24) F. Engels — La Situation des classes, laborieuses en Angleterre (p. 25) F. Engels — Révolution et contre-révolution en Allemagne (p. 25)
K. Marx — Les Luttes de classes en France (1848-1850) (p. 27) K. Marx — Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte (p. 28) K. Marx — La Guerre civile en France (1871) (p. 29) K. Marx et F. Engels — Critiques des programmes de Gotha et d'Erfurt (p. 30) V. Lénine — La Commune de Paris (p. 30)
V. Lénine — La Révolution russe de 1905 (p. 31) V. Lénine — La Révolution d'Octobre (p. 32) V. Lénine — L'Etat et la Révolution (p. 32) V. Lénine — La Révolution prolétarienne et le renégat Kautsky (p. 34) V. Lénine — La Maladie infantile du communisme (p. 35)
D. Edification du socialisme
J. Staline. — La Révolution d'Octobre (p. 36) J. Staline. — La Collectivisation du village (p. 37) J. Staline. — Deux Bilans (p. 38) J. Staline. — Le Bilan du premier plan quinquennal (p. 39) J. Staline. — Dans la bonne voie (p. 39) J. Staline. — Deux mondes (p. 40) J. Staline. — L'Homme, le capital le plus précieux (p. 41) J. Staline. — Pour une vie belle et joyeuse (p. 41)
Bibliographie (p. 42)
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Introduction
La question Comment étudier le marxisme, préoccupe actuellement de nombreux travailleurs. Il y en a qui se sont attaqués au Capital de Marx sans aucune préparation et qui ont été découragés par les difficultés de la lecture. Il y en a d'autres qui ne lisent que la presse ouvrière sous prétexte que la littérature marxiste est inaccessible aux ouvriers.
Or, ces deux attitudes sont également erronées. Si l'on ne peut commencer l'étude du marxisme par le Capital, cela ne signifie nullement, qu'après une sérieuse initiation, un ouvrier ne puisse le lire et le comprendre.
Il est impossible d'étudier l'algèbre sans connaître le calcul ; il est impossible d'apprendre l'orthographe sans connaître l'alphabet. On croit souvent que le marxisme échappe à cette règle commune, que l'on peut l'étudier sans aucun plan.
Inutile de dire que cette attitude est fausse. Le marxisme est une science qui englobe tous les domaines de la vie sociale : conception du monde, de la société, de la pensée. Il réunit dans un ensemble homogène toutes les connaissances humaines.
Il est vrai que la science officielle ne le reconnaît pas, qu'il est banni des écoles et des universités bourgeoises, mais cela prouve seulement que la bourgeoisie redoute cette science nouvelle qui dénonce, sans pitié, les tares du régime social existant.
Les conclusions politiques du marxisme découlent donc de l'ensemble de cette théorie, elles en sont inséparables. Il est impossible de déterminer l'attitude politique du prolétariat sans un examen préalable de la situation, sans une analyse scientifique des conditions objectives dans lesquelles se déroulent les événements.
Combien souvent des erreurs politiques graves ont été le résultat de l'ignorance de la théorie et des expériences passées du mouvement prolétarien ; combien souvent la classe ouvrière a payé de son sang la liaison insuffisante entre la théorie et la pratique.
La vie a confirmé pleinement la justesse de la déclaration de Lénine : Sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire.
Pour l'étude du marxisme, comme pour toute autre science, il faut procéder au choix et au classement de la littérature. Il faut indiquer au lecteur ouvrier, dont le temps disponible est très limité, d'abord les livres accessibles et simples, donnant une vue d'ensemble de la science marxiste, pour lui permettre ensuite de se spécialiser et de se perfectionner.
Nous nous sommes attachés à grouper et à classer les ouvrages essentiels des fondateurs du socialisme scientifique et de leurs continuateurs directs. Nous ne prétendons nullement donner une bibliographie complète de la littérature marxiste. Nous avons même écarté intentionnellement les écrits d'actualité politique pour nous cantonner dans le domaine de la théorie.
Notre guide s'adresse à ceux qui, par la lecture de la presse ouvrière, des brochures d'actualité, ont acquis déjà une préparation élémentaire à l'étude de la théorie. Il leur sera utile toutefois de lire au préalable la petite collection ABC du marxisme (voir la bibliographie) qui complète et systématise ces premières connaissances.
Quant à l'étude de la théorie proprement dite, nous la divisons en deux parties :
L'initiation générale, par la lecture des œuvres les plus accessibles de Marx, Engels, Lénine et Staline, qui traitent des problèmes fondamentaux du marxisme.
Les études spécialisées, destinées aux lecteurs qui désirent se perfectionner dans une branche déterminée de la science prolétarienne.
Cette première tentative de choix et de classement est loin d'être définitive. Nous savons qu'un tel travail demande une mise au point continuelle. Pour nous en signaler les lacunes nous faisons appel à nos lecteurs. Leur collaboration active nous permettra d'améliorer et de compléter ce travail, d'en faire un outil indispensable à l'étude du marxisme. INITIATION GÉNÉRALE
K. MARX et F. ENGELS. — Le Manifeste du Parti communiste.
Le 2e congrès de la Ligue des communistes, tenu à Londres à là fin du mois de novembre 1847, avait chargé Marx de rédiger le premier programme international du prolétariat moderne. C'est Engels qui élabora la première ébauche sous forme de questions et réponses (voir Engels : Principes du communisme, nouvelle édition en préparation), mais c'est Marx qui donna au Manifeste sa forme définitive.
Le Manifeste parut dans la deuxième quinzaine du mois de février 1848, quelques jours avant la révolution de Février à Paris.
Dans le Manifeste « les communistes exposent, à la face du monde entier, leurs conceptions, leurs buts et leurs tendances». (P. 11.)
L'histoire de toute société jusqu'à nos jours, n'a été que l'histoire de luttes de classes.
Homme libre et esclave, patricien et plébéien, baron et serf, maître de jurande et compagnon, en un mot oppresseurs et opprimés en opposition constante, ont mené une guerre ininterrompue, tantôt dissimulée, tantôt ouverte, une guerre qui finissait toujours soit par une transformation révolutionnaire de la société tout entière, soit par la destruction de deux classes en lutte. (P. 11-12.)
A la lumière de cette découverte, les auteurs analysent, dans le premier chapitre, les origines et le développement de la société capitaliste. Née au sein du régime féodal, la bourgeoisie y joue un rôle révolutionnaire, elle décuple les forces productives, détruit les entraves anciennes, crée par l'accumulation rapide des richesses, la possibilité de l'émancipation de toute l'humanité.
Mais le capitalisme développe les antagonismes qui le feront disparaître. Il engendre son « propre fossoyeur » — le prolétariat, qui se constitue en classe distincte, s'organise et se dresse, menaçant, face à la bourgeoisie, tandis que les autres classes s'affaiblissent et périclitent avec les progrès de l'industrie moderne.
Dans le second chapitre, le Manifeste définit le programme du Parti du prolétariat, ses rapports avec la classe dont il est l'émanation.
Pratiquement, les communistes sont donc la fraction la plus résolue des partis ouvriers de tous les pays, la fraction qui entraîne toutes les autres ; théoriquement, ils ont sur le reste du prolétariat l'avantage d'une intelligence claire des conditions, de la marche et des fins générales du mouvement prolétarien. (P. 23.)
Le Manifeste réfute les objections et les calomnies des idéologues bourgeois contre le communisme. Il montre la nécessité de la révolution prolétarienne dont la première étape « est la constitution du prolétariat en classe dominante ». (P. 30.) Il énumère les mesures que doit prendre le prolétariat au pouvoir « pour arracher petit à petit tout le capital à la bourgeoisie ». (P. 30.)
Dans le troisième chapitre, les auteurs dégagent trois courants qui se réclament du socialisme et dont ils réfutent les erreurs :
1. Le socialisme réactionnaire-féodal, le socialisme petit-bourgeois et le « vrai » socialisme allemand ; 2. Le socialisme conservateur ou bourgeois ; 3. Le socialisme et le communisme critico-utopique.
Dans la conclusion, le Manifeste indique dans quelles conditions les communistes peuvent collaborer avec les autres partis dans la révolution bourgeoise-démocratique qui constituait à l'époque le prélude nécessaire de la révolution prolétarienne.
Dans les préfaces successives, Marx et Engels exposent les répercussions du Manifeste sur le mouvement ouvrier mondial. Au sujet de l'expérience de la Commune de Paris ils aboutissent à la conclusion :
... qu'il ne suffit pas que la classe ouvrière s'empare de la machine de l'Etat pour la faire servir à ses propres fins. (P. 5.)
Le Manifeste est accompagné de la Contribution à l'histoire de la Ligue des communistes, rédigée par Engels en 1885 comme préface au livre de Marx : Révélations sur le procès des communistes de Cologne.
Cette étude d'Engels permet de situer historiquement le Manifeste et de comprendre l'importance de la Ligue des communistes pour la formation des partis ouvriers modernes.
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K. MARX. — Adresse inaugurale de l'Association internationale des travailleurs.
La Première Internationale fut fondée en 1864. Marx fut chargé, en octobre 1864, de la rédaction de son Adresse inaugurale. Etant donné la composition hétérogène de cette organisation, Marx n'a pas pu y développer toutes ses idées. Il a été obligé de reprendre quelques phrases sur la « moralité et la justice », mais, dit-il :
... elles sont placées de telle façon qu'elles ne feront pas grand mal. (P. 8.)
Après avoir décrit la misère du prolétariat anglais entre 1848 et 1864, après avoir stigmatisé la répression du mouvement ouvrier qui suivit la défaite de la révolution de 1848, Marx met en lumière le résultat de trente années de lutte du prolétariat anglais : la loi de dix heures :
Ce fut aussi le triomphe d'un principe : pour la première fois, au grand jour, l'économie politique de la bourgeoisie avait été battue par l'économie politique de la classe ouvrière. (P. 18.)
Marx combat le socialisme petit-bourgeois de Proudhon qui prétend affranchir les masses par la coopération. Il indique au prolétariat la seule voie à suivre :
La conquête du pouvoir politique est donc devenue le premier devoir de la classe ouvrière. (P. 19.)
L'Adresse contient un raccourci historique du développement du capitalisme et l'exposé des revendications fondamentales du prolétariat.
Il est suivi des Considérants et des Statuts de l'Association internationale des travailleurs (1ère Internationale).
K. MARX. — Travail salarié et Capital. (Extraits.) En 1847, Karl Marx a fait à l'Association des ouvriers allemands de Bruxelles des conférences qui ont servi de
base à la série d'articles parus en 1849 dans la Nouvelle Gazette rhénane.
C'est la première étude économique de Marx. Engels y a ajouté, en 1891, quelques corrections nécessaires.
Le salaire est le prix de la marchandise force de travail. Cette constatation conduit Marx à examiner la question : Qu'est-ce qui détermine le prix d'une marchandise ? Le prix n'est autre chose que la forme monétaire de la valeur. La loi de l'offre et de la demande fait graviter le prix autour de la valeur, mais le prix moyen correspond à la valeur :
Les frais de production de la force de travail simple se composent donc des frais d'existence et de reproduction de l'ouvrier. Le prix de ces frais d'existence et de reproduction constitue le salaire. (P. 14.)
Marx examine ensuite les rapports bourgeois de production ; il montre que le profit capitaliste provient du travail non payé :
Le profit monte dans la mesure où le salaire baisse, il baisse dans la mesure où le salaire monte. (P. 22.) La situation des ouvriers empire avec le développement du capitalisme :
Plus le capital producteur s'accroît, plus la division du travail et l'emploi du machinisme prennent d'extension, plus la concurrence gagne parmi les ouvriers et plus leur salaire se resserre. (P. 30.)
Si, par contre, le capital productif diminue, les ouvriers perdent le travail, sont jetés à la rue.
Marx brosse le tableau tragique des crises « de plus en plus fréquentes et violentes » qui ruinent de nombreux capitalistes et réduisent les ouvriers à une misère noire :
Maître à la fois distingué et barbare, le capitalisme entraîne dans sa tombe les cadavres de ses esclaves, des hécatombes entières d'ouvriers qui sombrent dans les crises. (P. 31.)
K. MARX. — Salaires, Prix et Profits. (Extraits.)
Marx a prononcé au Conseil général de la 1ère Internationale, en 1865, un discours pour justifier la nécessité des syndicats ouvriers. Ce discours fut publié en 1898. Il comprend deux parties. Dans la première, Marx critique la théorie des salaires de Weston, dans la seconde, que reproduit l'édition abrégée, il expose sa théorie de la valeur, de la plus-value et du salaire.
Après avoir exposé les lois générales de la production capitaliste, Marx aborde le problème de la lutte pour la défense des salaires. Il étudie les cas importants où il y a lieu d'exiger l'augmentation des salaires et de combattre leur diminution.
La baisse des salaires est la conséquence du développement même de l'économie capitaliste.
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Ainsi les luttes économiques ont un caractère défensif : Ce sont autant de réactions des ouvriers contre les actions antérieures du Capital. (P. 38.)
Seule, la lutte des classes détermine la situation réelle du prolétariat : La chose se réduit à la question des forces respectives des combattants. (P. 41.)
Les ouvriers sont chassés par la machine, le capital croît plus vite que le nombre d'ouvriers occupés :
La tendance générale de la production capitaliste n'est pas d'élever les salaires moyens, mais de les abaisser... Est-ce à dire que la classe ouvrière doit renoncer à sa résistance contre les empiétements du Capital ?... Si elle lâchait pied dans son conflit quotidien avec le Capital, elle se priverait elle-même de la possibilité d'entreprendre tel ou tel mouvement de plus grande envergure. (P. 44.)
Les luttes économiques sont nécessaires, elles ne sont pas suffisantes :
Les ouvriers ne peuvent que retenir le mouvement descendant, mais non en changer la direction, ils n'appliquent que des palliatifs, mais sans guérir le mal. Ils ne devraient donc pas se laisser absorber exclusivement par ces escarmouches inévitables que font naître sans cesse les empiétements ininterrompus du Capital ou les variations du marché... Au lieu du mot d'ordre conservateur : « Un salaire équitable pour une journée de travail équitable », ils devraient inscrire sur leur drapeau le mot d'ordre révolutionnaire : « Abolition du salariat ». (P. 44.)
F. ENGELS. — Socialisme utopique et socialisme scientifique.
A la demande de Paul Lafargue, Engels a remanié, en 1880, trois chapitres de son Anti-Dühring pour en faire une brochure populaire. Son titre exact est : le Développement du socialisme de l'utopie à la science.
Dans le premier chapitre, Engels expose les idées de la bourgeoisie révolutionnaire, rationaliste et matérialiste, ainsi que les premières théories utopiques. L'avènement du capitalisme a fait surgir des antagonismes nouveaux et a déçu les espoirs en « un Etat de la raison ». Cette désillusion a engendré de nouvelles aspirations à la « justice sociale » exprimées par les socialistes utopistes : par Saint-Simon et Fourier, en France, par Owen, en Angleterre. Leur critique de la société bourgeoise, souvent juste et profonde, contient « des germes de pensées géniales ». Mais le développement insuffisant du capitalisme n'a pas permis à ces théories d'acquérir un fondement scientifique. Les utopistes font appel aux réformateurs bourgeois, ils espèrent convaincre les représentants les plus éclairés de la classe dominante en bâtissant des plans détaillés de la société future.
Tandis que la bourgeoisie triomphe en France sur le terrain solide de la vie sociale, en Allemagne, elle livre la bataille sur le plan de l'esprit. La dialectique hégélienne met fin à l'ancienne métaphysique, à la stabilité des choses et des régimes, elle montre leur caractère passager, périssable. Mais elle reste idéaliste, éloignée de la vie.
Marx réalise la synthèse du matérialisme et de la dialectique et élabore ainsi une nouvelle conception du monde qui a servi de base au socialisme scientifique. Les deux découvertes capitales de Marx sont :
La conception matérialiste de l'histoire et la révélation du mystère de la production capitaliste au moyen de la plus- value. (P. 38.)
Dans le deuxième chapitre, Engels analyse le développement de la société capitaliste, en s'inspirant du Capital de Marx. Il brosse le tableau de la révolution industrielle qui a engendré la production collective. L'antagonisme fondamental de la société capitaliste est celui entre les forces productives évoluées et la forme retardataire de la propriété. Il se traduit par la lutte des classes. De cet antagonisme découlent tous les autres. Leur solution n'est possible que par la socialisation des moyens de production et d'échange. Telle est la mission historique du prolétariat moderne.
La brochure est précédée par la biographie d'Engels écrite par Eléonore Marx.
F. ENGELS. — Karl Marx.
Dans la biographie de Marx, publiée en 1878, Engels retrace les étapes principales de la vie de Marx, son rôle dans la révolution de 1848, dans la 1ère Internationale et dans la Commune de Paris. Il donne la caractéristique de l'œuvre scientifique de Marx :
Parmi les nombreuses et importantes découvertes par lesquelles Marx a inscrit son nom dans l'histoire des sciences, nous ne pouvons en souligner ici que deux seulement.
La première est la révolution accomplie par lui dans la conception générale de l'histoire mondiale... La deuxième est l'explication enfin donnée des rapports du Capital et du Travail. (P. 12 et 15.)
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Dans son discours sur la tombe de Marx, prononcé le 17 mars 1883, Engels rend hommage aux mérites de Marx, homme de science, mais révolutionnaire « avant tout ».
Dans une lettre à Sorge, datée du 15 mai 1883, et dans un article, écrit après les obsèques de Marx, le 28 avril 1883, Engels raconte les dernières années de la vie de Marx, sa longue maladie et sa mort paisible.
L'humanité est diminuée de toute une tête, de la tête la plus géniale des temps modernes. (P. 23.)
V. LÉNINE. — Karl Marx et sa doctrine.
Cette étude de Lénine, parue en 1914, dans l'encyclopédie russe Granat, est l'exposé le plus complet et le plus concis de l'ensemble du marxisme.
Après une courte biographie de Marx, Lénine aborde sa « doctrine philosophique et sociale », en exposant la conception matérialiste du monde et de la société.
Pour Marx, « le monde des idées n'est que le monde matériel transposé et traduit dans l'esprit humain ». Le monde matériel n'est pas immobile, il est, au contraire, en état de transformation perpétuelle. « Le mouvement est le mode d'existence, la manière d'être de la matière », dit Engels. Ce mouvement n'est pas paisible et continu, il procède par bonds, il découle de ses propres contradictions. C'est un mouvement dialectique. Ainsi Marx réalise la synthèse du matérialisme et de la dialectique : le matérialisme dialectique.
La structure de la société est déterminée par le degré du développement des forces productives matérielles.
A un certain stade de leur développement, les forces productives de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants... Alors s'ouvre une ère de révolution sociale. (Marx.)
Cet antagonisme entre le mode de production et la forme de propriété s'exprime dans la lutte de classes.
Lénine expose ensuite la « doctrine économique de Marx ». Il résume le premier livre du Capital, en examinant successivement la marchandise, la valeur, la forme de la valeur et l'argent, la plus-value et l'accumulation du capital. C'est un schéma parfait pour l'étude du Capital.
Lénine passe plus rapidement sur le contenu des livres II et III. Il s'arrête pourtant sur le problème de la rente foncière et de l'évolution du capitalisme dans l'agriculture. En traitant du « socialisme », Lénine souligne le développement de la grande industrie depuis Marx, la formation des monopoles et du capital financier. Le capitalisme prépare ainsi les bases du socialisme et éduque le prolétariat :
... moteur intellectuel et moral, agent physique de cette transformation. (P. 42.) L'État bourgeois, même le plus démocratique, n'en reste pas moins « la coercition organisée ». La lutte de classes :
... devient inévitablement une lutte politique et tend à la conquête du pouvoir politique par le prolétariat (dictature du prolétariat). (P. 42.)
L'Etat disparaîtra peu à peu avec la disparition des classes et de la lutte des classes.
Dans le chapitre sur « la tactique de la lutte de classe du prolétariat », Lénine expose les principes de la tactique révolutionnaire qui doit s'inspirer du développement dialectique des événements. Il résume l'attitude de Marx dans la question des luttes économiques et de l'organisation syndicale, ainsi que dans la question des tâches politiques du prolétariat ; il insiste sur la nécessité de l'alliance du prolétariat avec la paysannerie et sur la lutte de Marx contre « les phrases révolutionnaires » et contre l'opportunisme.
La même brochure contient encore deux articles de Lénine. Dans « Les trois sources et les trois parties intégrantes du marxisme », paru en 1913, Lénine démontre que :
Le marxisme est le successeur naturel de tout ce que l'humanité a créé de meilleur au XIXe siècle dans la philosophie allemande, dans l'économie politique anglaise et dans le socialisme français. (P. 54.)
Dans « Les destinées historiques de la doctrine de Marx », paru également en 1913, Lénine insiste sur « le rôle historique mondial du prolétariat comme édificateur du socialisme ». Il divise l'histoire de la lutte prolétarienne en trois périodes principales :
1° De la révolution de 1848 à la Commune de Paris (1871). 2° De la Commune de Paris à la révolution russe (1905). 3° De la révolution russe à nos jours (1913). (P. 61.)
Bien entendu, la Révolution d'Octobre 1917 marque une quatrième période, celle de la lutte directe pour le pouvoir et de l'édification du socialisme.
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V. LÉNINE. — Friedrich Engels.
A l'occasion de la mort d'Engels, survenue le 5 août 1895, Lénine met en lumière, dans un article commémoratif, les mérites d'Engels dans l'élaboration de la théorie socialiste et dans le développement du mouvement ouvrier mondial.
Lénine raconte la vie d'Engels, son œuvre scientifique, son action révolutionnaire pratique, son dévouement à Marx, sa modestie.
Engels s'est toujours placé — à juste titre du reste — derrière Marx. Il écrivait à un de ses vieux amis : « J'ai toujours été deuxième violon auprès de Marx ». Son amour pour Marx vivant et son admiration pour Marx disparu étaient infinis. (P. 12.)
Après la mort de Marx, Engels le remplace comme conseiller et guide des socialistes de tous les pays. Il continue ses travaux historiques et philosophiques, mais il consacre le gros de ses efforts à l'achèvement du Capital :
Engels a érigé ainsi à son génial ami un monument majestueux sur lequel il inscrivit, sans s'en douter, en lettres indélébiles, son propre nom à côté de celui de Marx. (P. 12.)
Dans un article consacré à « Engels, un des fondateurs du communisme » (1913), Lénine examine la correspondance d'Engels d'avant 1848. Il en dégage la critique du proudhonisme et du « vrai socialisme » allemand et montre le rôle d'Engels dans la rédaction du Manifeste du Parti communiste. En parlant de la lettre dans laquelle Engels trace la première ébauche du Manifeste, Lénine dit :
Cette lettre historique... montre nettement que l'on a raison de placer côte à côte les noms de Marx et d'Engels, comme ceux des fondateurs du socialisme contemporain. (P. 21.)
La brochure est complétée par un extrait de Que faire ? (1901), où Lénine montre l'importance accordée par Engels à la lutte théorique ; par un article consacré à la défense de la théorie du marxisme contre le révisionnisme de Bernstein et par le discours prononcé par Lénine à l'inauguration du monument à Marx et Engels, le 7 novembre 1918.
J. STALINE. — Lénine.
Staline écrit son article sur « Lénine, chef et organisateur du Parti » en 1920, à l'occasion du 50e anniversaire de la naissance de Lénine. Il décrit le rôle de Lénine dans la formation du Parti, sa lutte contre le menchevisme, pour la discipline rigoureuse, pour la politique révolutionnaire.
Dans son discours, prononcé le 28 janvier 1924, après la mort de Lénine, Staline raconte sa première rencontre avec Lénine, sa modestie, sa simplicité, la forme de sa logique. Il signale la fermeté de Lénine, son hostilité à toute pleurnicherie au moment de la défaite, à toute présomption à l'heure de la victoire.
Staline cite des exemples de la fidélité de Lénine aux principes, de sa foi dans les masses :
La foi dans les forces créatrices des masses, voilà dans l'activité de Lénine le trait qui lui permettait de comprendre la foule et de diriger son mouvement dans le sillage de la révolution prolétarienne. (P. 21.)
Mais le trait dominant de Lénine, c'est son génie de la révolution :
... la clarté frappante des mots d'ordre tactiques, l'audace « vertigineuse » des plans révolutionnaires..., la perspicacité géniale, la capacité de saisir rapidement et de deviner le sens profond des événements immédiats. (P. 21-23.)
Dans son discours, prononcé le 26 janvier 1924, Staline glorifie « la volonté de Lénine ». Il résume les directives essentielles du chef, et prend, au nom du Parti, l'engagement formel de les réaliser :
Conserver l'unité du Parti..., maintenir et renforcer la dictature du prolétariat..., consolider l'alliance des ouvriers et des paysans..., consolider et élargir l'U.R.S.S..., consolider et étendre l'union des travailleurs du monde, l'Internationale communiste. (P. 25, 26, 27, 29.)
J. STALINE. — Les Principes du léninisme.
Staline donne au début de son livre, écrit en 1924, la définition exacte du léninisme. C'est l'impérialisme qui a engendré la théorie de Lénine, c'est la Russie tsariste, « ce nœud de contradictions impérialistes », qui l'a fait naître.
Staline examine la méthode de Lénine qui consiste à éprouver dans la pratique les dogmes de la IIe Internationale, à vérifier la politique non d'après les paroles, mais d'après les actes, à réorganiser le travail du Parti dans le sens révolutionnaire, à appliquer une autocritique sévère à l'action du Parti.
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Il dénonce le dogmatisme de la IIe Internationale ; pour lui comme pour Engels « le marxisme n'est pas un dogme, mais un guide pour l'action ».
Staline souligne l'importance de la théorie et son lien intime avec la pratique. Il réfute la théorie opportuniste de la spontanéité et expose, avec une extrême précision, la théorie léniniste de la révolution prolétarienne.
A l'époque de l'impérialisme, la révolution a cessé d'être dans chaque pays une grandeur indépendante. Elle ne commence pas nécessairement dans le pays industriellement le plus développé, mais là où la chaîne impérialiste est le plus faible. La fausse théorie de la révolution « permanente » de Trotski néglige les capacités et l'énergie révolutionnaire de la paysannerie. La révolution bourgeoise-démocratique ne commence pas par la prise du pouvoir par le prolétariat, elle en est couronnée au moment de sa transformation en révolution prolétarienne,
Le caractère international de la révolution n'exclut nullement la conquête du pouvoir ni l'édification du socialisme dans un seul pays, en raison du développement inégal de l'impérialisme.
La dictature du prolétariat a pour but de briser la résistance de la bourgeoisie, de défendre la révolution contre l'ennemi extérieur, de construire le socialisme. La bourgeoisie vaincue reste encore longtemps plus forte que le prolétariat, par le soutien du capitalisme international, par sa supériorité technique et militaire, par l'habitude de soumission des masses.
La dictature du prolétariat s'exerce sur la bourgeoisie, mais elle constitue la forme supérieure de la démocratie pour les travailleurs. L'Etat soviétique est l'expression concrète de cette démocratie prolétarienne.
L'alliance avec les paysans est indispensable, on en distingue trois étapes : avec toute la paysannerie dans la révolution bourgeoise-démocratique ; avec les paysans pauvres, en neutralisant les paysans moyens, dans la révolution prolétarienne ; avec les paysans pauvres et moyens pendant l'édification socialiste.
Le chemin qui mène les paysans vers le socialisme est celui de la coopération, de la collectivisation. Le léninisme se prononce pour le droit de libre disposition des peuples opprimés.
Le prolétariat de la métropole doit soutenir activement la lutte des peuples coloniaux, car « un peuple qui en opprime un autre ne saurait être libre ». (Marx.)
L'union des peuples ne peut être que volontaire. C'est par la séparation qu'on parviendra à l'union libre comme l'a prouvé l'exemple de l'U.R.S.S.
Staline dégage de l'expérience de trois révolutions russes les règles générales de la stratégie et de la tactique révolutionnaires. La stratégie marque trois étapes historiques : la révolution bourgeoise ; la révolution prolétarienne ; l'édification du socialisme. La tactique varie au cours de chaque étape stratégique suivant les poussées et les dépressions du mouvement.
Pour le marxiste, la réforme est : ... le produit accessoire de la révolution ; pour le réformiste, la réforme est tout. (P. 67.)
Staline définit le rôle du Parti prolétarien, avant-garde et détachement organisé de la classe ouvrière, forme supérieure de l'organisation de classe, son état-major. Le Parti est l'instrument de la dictature prolétarienne. L'unité du Parti, sa discipline, sa lutte contre l'opportunisme de droite ou de « gauche », sont les conditions premières de la victoire du socialisme.
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ÉTUDES SPÉCIALISÉES
A. ÉCONOMIE POLITIQUE
(Voir également : K. Marx et F. Engels : Le Manifeste du Parti communiste, ch. I. ; K. Marx : Travail salarié et Capital, suivi de : Salaires, prix et profits (édition complète E.S.I.). ; V. Lénine : K. Marx et sa doctrine : « La doctrine économique ». ; F. Engels : Socialisme utopique et socialisme scientifique, ch. II.)
F. ENGELS. — Anti-Dühring (tome II, économie politique).
Ce livre fut écrit en 1877. Tout en réfutant les absurdités et les banalités de Dühring, tombé depuis dans un complet oubli, Engels expose la conception marxiste du monde, de la société et de la pensée.
Le second volume de l’Anti-Dühring traite de l'économie politique. Engels en définit d'abord « l'objet et la méthode ».
L'économie politique, au sens le plus large du mot, est la science des lois qui régissent la production et l'échange des moyens matériels de subsistance dans la société humaine. (P. 5.)
Engels réfute la « théorie de la violence » : [D'après Dühring] les phénomènes économiques doivent être expliqués par des causes politiques, à savoir par la violence. (P. 27-28.)
[Pour Engels] la violence n'est que le moyen, et l'avantage économique, au contraire, le but. (P. 29.) Les théories économiques de Dühring mènent à la conclusion que :
... le monde capitaliste de production est fort bon et peut subsister, mais le monde capitaliste de répartition ne vaut rien et doit être aboli. (P. 78.)
Cette conception de Dühring n'est que : ... une mauvaise réédition de l'antique formule proudhonienne : « la propriété, c'est le vol » (P. 78.)
Dans des chapitres successifs, Engels expose la théorie marxiste de la valeur, du capital, de la plus-value et de la rente foncière. Il montre que Dühring emprunte ses théories à l'économie bourgeoise vulgaire, n'hésitant pas, au besoin, à dérober à Marx quelques-unes de ses idées.
Dans le dernier chapitre, Engels retrace le développement de la science économique depuis Aristote et Platon jusqu'à Adam Smith et Ricardo. Il donne une analyse profonde des Tableaux économiques de Quesnay — fondateur de l'école physiocratique.
Dans sa conclusion, Engels apprécie ainsi le système économique de Dühring :
La seule explication des faits économiques que ce système [celui de Dühring] ait donné est qu'ils seraient des résultats de la violence... Obligé de donner un peu plus d'éclaircissement sur l'exploitation capitaliste du travail, il la présente tout d'abord en s'appropriant l'idée du prélèvement de Proudhon, comme reposant sur une surcharge et un relèvement du prix, pour l'expliquer ensuite dans le détail au moyen de la théorie de Marx sur le sur-travail, le surproduit et la plus-value... Les calomnies les plus gratuites contre Marx servent uniquement à couvrir le fait que tout ce qui se rencontre dans le Cours d'à peu près rationnel sur le Capital et le Travail n'est qu'un plagiat appauvri dont Marx est victime. (P. 194-195.)
Dans le tome III (socialisme), Engels réfute la théorie de répartition de Dühring et lui oppose le communisme intégral.
K. MARX. — Misère de la philosophie.
Ce livre constitue le premier exposé des théories économiques de Marx. Il fut écrit, en français, en 1847, en réponse à la Philosophie de la misère de Proudhon.
Marx montre d'abord les inconséquences de Proudhon, son ignorance de l'économie politique. Il réfute la théorie proudhonienne de la valeur « constituée », de l'exploitation du travail par le relèvement des prix au-dessus de la valeur et de la « proportionnalité » entre l'offre et la demande.
Marx établit une distinction rigoureuse entre la valeur d'usage et la valeur d'échange ; entre la valeur et le prix.
L'anarchie de la production, ainsi que l'exploitation du travail salarié, ne peut être supprimée que par le retour à la production artisanale ou par le passage à la propriété collective.
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Proudhon ne veut pas l'admettre. Il voudrait maintenir la propriété privée tout en mettant fin à l'anarchie et à l'exploitation capitalistes. D'où le caractère utopique, réactionnaire, de sa doctrine.
Dans la seconde partie de son exposé, Marx examine la méthode de Proudhon qu'il qualifie de « métaphysique », puisque Proudhon considère comme éternelles les catégories économiques bourgeoises.
Proudhon est incapable d'appliquer la dialectique de Hegel. Il voit dans chaque fait social un bon et un mauvais côté. Il veut éliminer le mauvais côté tout en conservant le fait social dont ce mauvais côté est inséparable. Il ne comprend pas le caractère progressif, révolutionnaire des contradictions du régime capitaliste. Il veut les éliminer, faire du capitalisme un système économique harmonieux.
Ainsi, Proudhon occupe une position intermédiaire entre les différentes écoles d'économistes « représentants scientifiques de la classe bourgeoise » et les socialistes et communistes « théoriciens de la classe ouvrière » :
Il veut être la synthèse, il est une erreur composée.
Il veut planer en homme de science au-dessus des bourgeois et prolétaires ; il n'est que le petit bourgeois ballotté constamment entre le Capital et le Travail, entre l'économie politique et le communisme. (P. 149.)
Marx examine ensuite la division du travail et les machines ; la concurrence et les monopoles ; la propriété et la rente foncières. Dans toutes ces questions, Proudhon exprime une conception fausse, souvent réactionnaire. Il redoute le développement de la grande industrie, dont il ignore le rôle révolutionnaire, il considère la concurrence comme une nécessité ; il est pour le maintien de la propriété privée du sol.
Dans un chapitre spécial sur les grèves et les coalitions d'ouvriers, Marx réfute la théorie de Proudhon sur l'impossibilité de la lutte pour l'augmentation des salaires. Pour Marx, l'association des ouvriers en vue de la lutte quotidienne pour les revendications partielles est la condition première de l'affranchissement du prolétariat.
Les luttes partielles mènent inévitablement à la révolution, à la solution de tous les antagonismes par la destruction du régime capitaliste.
Misère de la philosophie est suivie : I. Par une lettre de Marx sur Proudhon, écrite en 1865, où il maintient et précise sa critique du proudhonisme.
II. D'un extrait de la Contribution à la critique de l'économie politique, où Marx réfute les théories utopiques de John Gray sur le « crédit gratuit » et sur « la banque du peuple », reprises par Proudhon.
III. Par le Discours sur le libre-échange, prononcé à Bruxelles en 1848, où Marx se dresse à la fois contre le protectionnisme et le libre-échangisme, au nom de l'économie socialiste.
Dans la préface, écrite en 1884, Engels montre le caractère utopique du socialisme de Rodbertus et sa parenté avec le proudhonisme.
K. MARX. — Critique de l'économie politique.
Cet ouvrage, paru en 1859, constitue la première esquisse du Capital. Marx a résumé dans le premier chapitre du livre I les idées développées dans la Critique. Dans la préface à la Critique, Marx explique le plan général de ses travaux économiques, plan qui n'a jamais été entièrement réalisé :
J'examine le système de l'économie bourgeoise dans l'ordre suivant : capital, propriété foncière, travail salarié, Etat, commerce extérieur, marché mondial. Sous les trois premières rubriques, j'étudie les conditions d'existence économiques des trois grandes classes en lesquelles se divise la société bourgeoise moderne ; la liaison des trois autres rubriques saute aux yeux. La première section du premier livre, qui traite du capital, se compose des chapitres suivants : 1° la marchandise ; 2° la monnaie ou la circulation simple ; 3° le capital en général. Les deux premiers chapitres forment le contenu du présent volume. J'ai sous les yeux l'ensemble des matériaux sous forme de monographies jetées sur le papier à de longs intervalles pour mon propre éclaircissement, non pour l'impression, et dont l'élaboration suivie, selon le plan indiqué, dépendra des circonstances. (Etudes philosophiques, p. 81.)
Engels a présenté la Critique de l'économie politique peu après sa parution (1859) dans le journal allemand Das Volk (le Peuple), paraissant à Londres.
Nous reproduisons ici les passages où Engels expose le contenu général de l'ouvrage :
Pendant que la bourgeoisie, le pédantisme scolaire et la bureaucratie continuaient en Allemagne à apprendre par cœur avec beaucoup de mal et à essayer en quelque sorte de comprendre les premiers éléments de l'économie anglo- française comme des dogmes intangibles, le Parti prolétarien allemand paraissait sur la scène. Tout ce qu'il avait en fait de théorie était puisé dans l'élude de l'économie politique, et c'est du moment de son apparition que date aussi l'économie allemande scientifique, indépendante. Cette économie allemande repose essentiellement sur la conception matérialiste de l'histoire dont les traits principaux sont exposés brièvement dans la préface de l'ouvrage.
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L'économie politique commence avec la marchandise, avec le moment où des produits sont échangés les uns contre les autres — soit par des individus, soit par des communautés primitives. Le produit qui entre en échange est une marchandise. Mais il n'est une marchandise que parce que à la chose, au produit, se rattache un rapport entre deux personnes ou deux communautés, le rapport entre le producteur et le consommateur qui ne sont plus ici réunis dans une seule et même personne. Voilà que, dès le début, nous avons l'exemple d'un fait de nature particulière qui pénètre toute l'économie et qui a causé an malin désarroi dans les têtes des économistes bourgeois : l'économie ne traite pas de choses, mais de rapports entre personnes et, en dernière instance, entre classes ; or, ces rapports sont toujours liés à des choses et apparaissent comme des choses. Cette filiation qui, dans des cas isolés, est apparue, confusément, il est vrai, à tel ou tel économiste, c'est Marx qui, le premier, en a découvert toute la valeur pour l'économie tout entière, simplifiant et clarifiant ainsi les questions les plus difficiles au point que, maintenant, les économistes bourgeois eux- mêmes pourront les comprendre.
Si nous observons maintenant la marchandise d'après ses divers aspects et, notamment, la marchandise telle qu'elle s'est développée complètement et non telle qu'elle se développe tout d'abord péniblement dans le commerce d'échange naturel de deux communautés primitives, elle se présente à nous aux deux points de vue de valeur d'usage et de valeur d'échange, et voilà que nous entrons immédiatement dans le domaine des discussions économiques. Celui qui veut avoir un exemple frappant de la manière dont la méthode dialectique allemande, à son stade actuel de développement, est supérieure à l'ancienne méthode métaphysique plate et triviale, au moins autant que les chemins de fer le sont par rapport aux moyens de transport du moyen âge, qu'il lise Adam Smith ou tout autre économiste officiel faisant autorité et il verra à quelles tortures la valeur d'échange et la valeur d'usage ont soumis ces Messieurs, quelles difficultés ils ont à les discriminer convenablement et à concevoir chacune d'elles dans sa particularité déterminée, et qu'il compare ensuite cela avec le développement simple, clair chez Marx.
Pour savoir quelles contradictions en résultent, qu'on lise les pages 20-21. Faisons remarquer seulement que ces contradictions n'ont pas seulement un intérêt théorique, abstrait, mais qu'elles reflètent les difficultés provenant de la nature du rapport d'échange direct, du commerce d'échange simple, les impossibilités auxquelles aboutit nécessairement cette première forme grossière de l'échange. Ces impossibilités se trouvent résolues dans le fait que la propriété de représenter la valeur d'échange de toutes les autres marchandises est transférée à une marchandise spéciale — l'argent. L'argent, ou la circulation simple est alors développée dans le second chapitre, et à savoir : 1° l'argent en tant que mesure des valeurs, étant donné que, par la suite, la valeur mesurée en argent, le prix, acquiert sa détermination plus exacte ; 2° en tant que moyen de circulation et 3° comme unité des deux déterminations en tant qu'argent réel, comme représentant de toute la richesse matérielle bourgeoise. C'est là dessus que se termine le développement du premier fascicule, réservant au second le passage de l'argent au capital. (Etudes philosophiques, p. 91 et 100-102.)
K. MARX. — Le Capital.
L'œuvre fondamentale de Marx, dont le livre I, rédigé par Marx, a paru en 1867, fut achevée après la mort de Marx par Engels qui a publié le livre II en 1885 et le livre III en 1894.
Dans la préface à la première édition du livre I, consacré au procès de la production du capital, Marx écrit :
Dans le premier chapitre de ce volume, je donne un résumé de la Critique. La raison en est que j'ai tenu non seulement à relier et à compléter les idées, mais encore à améliorer l'exposé. Autant que la nature des questions me l'a permis, j'ai développé certains points que je n'avais fait qu'indiquer, et j'en ai réduit d'autres que j'avais longuement traités. Tout naturellement, les paragraphes consacrés à l'histoire de la théorie de la valeur et de l'argent ont été supprimés dans la présente rédaction. Mais quiconque a lu la Critique trouvera dans les notes du premier chapitre de nouvelles sources relatives à l'histoire de cette théorie.
Tout commencement est difficile. Cette maxime vaut pour n'importe quelle science. Aussi sera-t-il particulièrement difficile de comprendre le premier chapitre, et surtout les paragraphes qui ont pour objet l'analyse de la marchandise. En ce qui concerne l'analyse de la substance de la valeur, ainsi que celle de la grandeur de la valeur, je me suis efforcé de les présenter avec le plus de simplicité possible.
Si nous exceptons le paragraphe relatif à la forme de la valeur, on ne pourra donc pas nous dire que ce livre est difficile à comprendre. Je suppose naturellement des lecteurs qui désirent apprendre quelque chose de nouveau et par conséquent, penser par eux-mêmes. (Tome I, p. LXXV-VI-VII.)
A la fin de cette préface, Marx expose en ces termes le plan général de l'ouvrage :
Le deuxième volume traitera du procès de circulation du capital (livre II) et des formes du procès total (livre III). Dans le troisième et dernier (livre IV) nous exposerons l'histoire de la théorie. (Tome I, p. IXXXI.)
La mort, survenue en 1883, n'a pas permis à Marx d'achever son travail. Ce fut Engels qui s'en chargea et qui rédigea, en effet, les livres II et III. Engels explique sa façon de procéder dans sa préface au livre II, écrite en 1885 :
Je me suis contenté de reproduire le texte du manuscrit aussi fidèlement que possible, de ne modifier dans le style que ce que Marx y aurait lui-même modifié, et de n'introduire de phrases explicatives et de transition que dans les cas où, le sens étant par-dessus le marché absolument certain, cette introduction était indispensable. J'ai préféré donner, sans
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y changer un mot, les phrases dont l'interprétation aurait pu susciter le moindre doute. Les passages que j'ai modifiés ou ajoutés ne représentent même pas dix pages du texte imprimé, ils ne touchent d'ailleurs pas au fond de l'ouvrage. (Tome V, p. 6.)
Dans la même préface, Engels donne un aperçu général du contenu du livre I du Capital, que nous reproduisons ci-dessous :
Afin de savoir ce qu'est la plus-value, il lui fallut savoir ce qu'est la valeur. Il s'agissait avant tout de soumettre à la critique la théorie ricardienne de la valeur elle-même. Marx étudia donc le travail relativement à sa propriété de former de la valeur, et il établit, pour la première fois, quel travail forme la valeur, et pourquoi et comment il la forme ; il établit également que la valeur n'est, en somme, que du travail matérialisé de cette espèce, un point que, jusqu'à la fin, Rodbertus n'a jamais réussi à comprendre. Marx étudia ensuite le rapport entre la marchandise et l'argent et démontra comment et pourquoi, en vertu de sa propriété inhérente de valeur, la marchandise et l'échange des marchandises doivent nécessairement produire l'antagonisme entre la marchandise et l'argent ; la théorie de l'argent qu'il a fondée là-dessus est la première qui ait été complète, et c'est celle qui, aujourd'hui, est acceptée facilement de tout le monde. Il étudia la transformation de l'argent en capital et démontra qu'elle a pour base l'achat et la vente de la force de travail. En substituant ici au travail la force de travail, la propriété qui crée de la valeur, il résolvait d'un seul coup une des difficultés dont est morte l'école de Ricardo : l'impossibilité de mettre l'échange réciproque de capital et de travail en harmonie avec la loi ricardienne de la détermination de la valeur par le travail. C'est seulement en constatant la distinction du capital en constant et en variable, qu'il fut à même de représenter, dans sa marche réelle et jusque dans le détail, le processus de la formation de la valeur, et, par conséquent, de l'expliquer — ce que pas un de ses prédécesseurs n'avait réussi à faire ; il constata donc, au sein même du capital, une distinction dont Rodbertus, pas plus que les économistes bourgeois, ne fut à même de faire quoi que ce soit, mais qui fournit la clef pour la solution des problèmes économiques les plus compliques, comme le prouvent, de la façon la plus frappante, le présent livre II, et encore davantage le livre III, ainsi qu'on le verra. Il alla plus loin dans l'examen de la plus-value même, en trouva les deux formes, la plus-value absolue et la plus-value relative, et montra le rôle différent, mais décisif dans les deux cas, qu'elles ont joué dans le développement historique de la production capitaliste. Sur la base de la plus-value, il a développé la première théorie rationnelle que nous ayons du salaire, et il fut le premier à donner les grandes lignes d'une histoire de l'accumulation capitaliste et un tableau de sa tendance historique. (Tome V, p. 34, 35, 36.)
Quant au contenu des livres II et III, que Lénine considère « comme œuvre collective de Marx et d'Engels », il en donne le résumé succinct dans Karl Marx et sa doctrine, dont voici les passages essentiels :
Ce qui est nouveau et d'une grande importance, c'est l'analyse faite par Marx dans le livre II du Capital de la reproduction du capital social pris dans son ensemble. Ici encore, il envisage non un phénomène individuel, mais un phénomène général, non une fraction de l'économie sociale, mais l'économie dans sa totalité... Marx divise toute la production sociale en deux grandes sections : 1° la production des moyens de production et 2° la production des articles de consommation; après quoi, à l'appui des chiffres, il étudie minutieusement la circulation de l'ensemble du capital social, tant dans la reproduction simple que dans l'accumulation.
Dans le livre III du Capital, se trouve résolu, d'après la loi de la valeur, le problème du taux moyen de profit...
Sans nous arrêter à reproduire les chapitres extrêmement intéressants du livre III, consacrés au capital usuraire, au capital commercial et au capital argent, nous aborderons l'essentiel : la théorie de la rente foncière. (P. 34, 35, 36.) (Pour l'analyse détaillée du Capital, Voir F. Engels : Résumé du Capital. (En préparation.).)
K. MARX. — Histoire des doctrines économiques.
En parlant dans sa préface du livre II du Capital de la partie du manuscrit de Marx intitulée : Théories de la plus- value, Engels écrit :
Cette partie comprend une histoire critique détaillée de ce qui forme la moelle même de l'économie politique : la théorie de la plus-value. Dans une polémique contre ses devanciers, Marx y développe, en outre, la plupart des points repris par la suite dans le manuscrit du livre II et du livre III avec un enchaînement logique. Je me propose, après en avoir éliminé les nombreux passages traités aux livres II et III, de publier la partie critique de ce manuscrit comme livre IV du Capital. (Tome V, p. 8.)
La mort, survenue en 1895, un an à peine après la publication du livre III, a empêché Engels de réaliser ce projet. C'est Kautsky, à l'époque où il était encore marxiste, qui fut chargé de mettre au point les théories de la plus- value. Dans sa préface à la première partie de cet ouvrage, paru en 1904, Kautsky explique dans quelles conditions il a entrepris le travail et comment il l'a accompli :
La lourde tâche d'achever ce que Marx et Engels avaient laissé inachevé, les héritiers de Marx me la confièrent. Je ne fus pas absolument pris à l’improviste. Quelques années auparavant, Engels m'avait désigné pour publier le manuscrit en question, c'est-à-dire ce qu'il appelait le livre IV, s'il venait lui-même à disparaître ; et il m'avait initié à la lecture du manuscrit difficile à déchiffrer et à la suite générale des idées. Je fus, malgré tout, effrayé par la grandeur de la tâche quand elle m'échut réellement, d'autant plus qu'Engels m'avait mis à même d'en mesurer toute l'importance et toute la difficulté.
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Plus j'avançais dans mon travail et plus je comprenais nettement que je ne pouvais pas, ainsi qu'Engels en avait eu l'intention, publier ces pages comme livre IV du Capital. D'après le plan de Marx, il devait donner l'histoire de la théorie. En guise de surrogat, Engels se proposait, après avoir éliminé les nombreux passages traités aux livres II et III, de tirer au moins du manuscrit de la Critique de l'économie politique une histoire des théories de la plus-value. Je ne sais comment Engels aurait effectué cette élimination ; pour moi, je n'y ai pas réussi. J'ai bien laissé de côté tout ce que j'ai pu ; mais ces passages font, pour la plupart, tellement corps avec l'ensemble qu'il m'a été impossible de les biffer purement et simplement. Il m'aurait fallu remanier complètement des parties importantes du livre ; j'ai naturellement, et pour les raisons les plus diverses, reculé devant cette tâche. Mais, si je maintenais dans ce nouvel ouvrage tous ces développements, je ne pouvais plus le donner comme le livre IV du Capital, faisant suite aux trois premiers. C'est, sous sa forme actuelle, un ouvrage parallèle aux trois premiers livres, comme le premier chapitre de la Critique de l'économie politique l'est à la première partie du livre I du Capital. (Tome I, p. VI-VII et IX.)
Kautsky a divisé l'ouvrage en trois parties. La première va de l'origine de la théorie de la plus-value jusqu'à Adam Smith, elle contient l'analyse détaillée des théories des physiocrates et d'Adam Smith. La seconde partie est consacrée spécialement à Ricardo, elle examine sa théorie de la plus-value et du profit, de la rente foncière, de l'accumulation et des crises. La troisième partie va de Ricardo à l'économie vulgaire, représentée par Malthus, George Ramsay, Cherbuliez, Richard Jones, etc.
V. LÉNINE. — L'Impérialisme, stade suprême du capitalisme.
Lénine a écrit l'Impérialisme en 1916, à Zurich, en le destinant à une édition légale. Il a dû se borner à l'étude des aspects économiques du problème :
... et ne formuler le petit nombre d'observations politiques indispensables qu'avec la plus grande prudence, par voie d'allusions. (P. 11.)
Il a complété plus tard ses appréciations politiques dans une nouvelle préface à l'édition française et allemande. Lénine définit ainsi l'objet de son travail :
Nous allons tâcher d'exposer brièvement et le plus simplement possible la liaison et les rapports des particularités économiques essentielles de l'impérialisme. (P. 22-23.)
Il analyse le développement des monopoles qui se superposent à la concurrence, le rôle nouveau, des banques, la formation du capital financier et de l'oligarchie financière.
Il montre comment l'exportation du capital « prend le pas » sur l'exportation des marchandises ; comment un petit groupe de pays impérialistes exerce son emprise sur le reste du monde.
Le partage territorial du globe entre les puissances impérialistes est achevé. Mais le développement inégal, saccadé, inhérent au capitalisme, rend chaque partage du monde caduc au bout d'un certain nombre d'années.
Le nouveau partage, correspondant au nouveau rapport des forces entre les impérialismes, ne peut s'opérer que par la violence. La guerre impérialiste est une conséquence inévitable de cet état de choses.
Lénine considère l'impérialisme comme un stade particulier du capitalisme et en donne la définition suivante d'après ses « notions fondamentales purement économiques » :
L'impérialisme est le capitalisme arrivé à un stade de développement où s'est affirmée la domination des monopoles et du capital financier, où l'exportation des capitaux a acquis une importance de premier plan, où le partage du monde a commencé entre les trusts internationaux et où s'est achevé le partage de tout le territoire du globe entre les plus grands pays capitalistes. (P. 98-99)
En réfutant la théorie du sur-impérialisme pacifique il montre que :
... le capital financier et les trusts n'atténuent pas, mais augmentent les différences entre la rapidité du développement des divers éléments de l'économie mondiale. (P. 106.)
Lénine insiste sur le parasitisme qui s'étale dans les pays impérialistes, sur la corruption de l'aristocratie ouvrière qui forme la base sociale du réformisme.
Mais la souffrance et la révolte des travailleurs ont atteint un tel degré que :
... l'opportunisme ne peut plus maintenant triompher complètement dans le mouvement ouvrier d'un pays pendant des dizaines d'années, comme il a vaincu en Angleterre dans la seconde moitié du XIXe siècle. (P. 118.)
Lénine examine les différentes critiques petites-bourgeoises de l'impérialisme et en particulier celle de Kautsky :
Kautsky a rompu avec le marxisme en défendant, pour l'époque du capital financier, un « idéal réactionnaire », la « démocratie pacifique »..., car cet idéal, objectivement rétrograde, tendant à un retour du capitalisme monopoleur au capitalisme non monopoleur, est une duperie réformiste. (P. 123.)
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Lénine donne ensuite la définition sociale de l'impérialisme et de sa place historique :
Monopole, oligarchie, tendances à la domination au lieu de tendances à, la liberté, exploitation d'un nombre croissant de nations petites ou faibles, par une poignée de nations riches ou puissantes, tout cela engendrait les traits distinctifs de l'impérialisme, qui obligent à le caractériser en tant que capitalisme parasitaire ou pourrissant. De plus en plus, s'affirme en relief la tendance de l'impérialisme à la création de l'« Etat rentier », de l'Etat, usurier, dont la bourgeoisie vit toujours plus de l'exportation du capital et de la tonte des coupons... (P. 136.)
On doit le caractériser comme un capitalisme de transition, ou plus exactement, comme un capitalisme agonisant. (P. 138.)
L'économie organisée étant impossible dans le cadre de la propriété capitaliste privée, Lénine conclut à la nécessité de l'avènement prochain du socialisme. (Sur la crise présente, lire : E. Varga : La crise économique, sociale, politique. Bureau d'éditions. Paris, 1935.)
L'impérialisme « stade suprême et dernière étape du capitalisme » a achevé les fondements matériels de cette transformation, il constitue ainsi le « prélude de la révolution sociale ».
B. PHILOSOPHIE
(Voir également : K. Marx et F, Engels : Le Manifeste du Parti communiste, ch. 1. ; F. Engels : Socialisme utopique et socialisme scientifique, ch. I. ; V. Lénine : Karl Marx et sa doctrine : « La doctrine philosophique ».)
F. ENGELS. — Anti-Dühring (tome I, philosophie).
Dana cette partie de sa polémique contre Dühring (1877-1878), Engels expose la conception marxiste du monde. Il montre à quel point le marxisme constitue à la fois, la continuation et la synthèse des théories les plus avancées de l'époque.
Si le socialisme est avant tout le produit des antagonismes de classes et de l'anarchie de la production capitaliste :
... dans sa forme théorique, il apparaît, à ses débuts, comme une continuation plus poussée, qui veut être plus conséquente, des principes établis par les grands Encyclopédistes du XVIIIe siècle. (P. 1.)
Mais son caractère métaphysique le maintient dans le cadre de l'utopie sociale, l'empêche de comprendre et d'expliquer l'histoire. Parallèlement au matérialisme français et au socialisme utopique se développe la philosophie idéaliste allemande :
Son plus grand mérite fut le retour à la dialectique comme à la forme supérieure de la pensée. (P. 7.)
Marx a réalisé la synthèse entre le matérialisme mécaniste et la dialectique idéaliste. Il est parvenu ainsi à débarrasser de son étroitesse historique le matérialisme et de mettre sur ses pieds la dialectique hégélienne. Une nouvelle conception du monde était née.
Contrairement à la conception simpliste et naïvement révolutionnaire qui rejette toute l'histoire antérieure, le matérialisme moderne voit dans l'histoire l'évolution même de l'humanité selon un mouvement dont sa mission est de reconnaître les lois. (P. 15.)
Ainsi transposée dans l'histoire, la nouvelle conception du monde s'exprime dans la conception matérialiste de l'histoire :
L'histoire tout entière n'est que l'histoire des luttes de classes ; ces classes sociales qui se combattent, sont, à chaque moment, le produit des rapports de production et d'échange, en un mot, des rapports économiques de l'époque. (P. 17.)
Avec la découverte par Marx du matérialisme historique et de la plus-value :
... le socialisme est devenu une science qu'il s'agit maintenant de continuer à travailler dans tous ses détails et ses rapports. (P. 19.)
La conception matérialiste de la nature admet l'existence du monde réel qui se reflète dans le cerveau humain. Mais la connaissance, ce reflet du monde réel, est toujours relative, elle ne pourra jamais englober « d'une manière complète le système du monde dans sa connexion totale ». D'où le progrès continu de la connaissance, d'où aussi la contradiction entre la relativité de nos connaissances et la tendance à la connaissance absolue de la vérité objective.
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Cela n'empêche que cette vérité existe réellement, comme existe réellement l'unité du monde, l'unité de la pensée et de l'être. « L'unité réelle du monde consiste dans sa matérialité » démontrée par l'évolution de la philosophie et des sciences naturelles. De même les notions, les concepts du temps et de l'espace ne sont que les reflets de la réalité :
Les formes essentielles de tout être sont l'espace et le temps, et un être hors du temps est une absurdité aussi grande qu'un être hors de l'espace. (P. 61.)
Mais la matière immobile, invariable est aussi impossible que le mouvement non-matériel :
Le mouvement est le mode d'existence, la manière d'être de la matière. Jamais et nulle part, il n'y a et il ne peut y avoir de matière sans mouvement... La matière sans mouvement est tout aussi inconcevable que le mouvement sans matière. (P. 74-75.)
Tout au long de son exposé, Engels s'appuie sur de nombreux exemples puisés dans toutes les sciences, qui confirment la justesse de la conception matérialiste de l'univers. Engels ne conteste pas l'existence des vérités absolues, éternelles. Mais il s'élève contre tout dogmatisme, contre tout système fermé et statique. Le nombre de vérités absolues est extrêmement limité en raison de la relativité de nos connaissances et de l'évolution continue des choses.
C'est surtout dans les sciences sociales que les vérités éternelles sont le plus difficile à établir. Le caractère historique passager des régimes sociaux ne permet pas de dégager les lois applicables à l'humanité en général.
La morale, la notion du bien et du mal, varie pour chaque peuple, pour chaque époque. Actuellement, coexistent la morale féodale chrétienne, la morale bourgeoise moderne et la morale prolétarienne de l'avenir. C'est cette dernière qui contient le plus d'éléments durables parce qu'elle exprime les intérêts futurs de l'humanité :
Toute théorie morale a été jusqu'ici le produit, en dernière analyse, de l'état économique de la société à l'époque correspondante... [c'est-à-dire] une morale de classe... Une morale vraiment humaine... ne sera possible que dans une société qui aura, non seulement dépassé, mais encore oublié pour la pratique de la vie l'opposition des classes. (P. 136-137.)
Comme la morale, l'idée de l'égalité est le produit de la division de la société en classes. Elle exprime à chaque époque un contenu social différent. Engels le montre dans un aperçu historique sur l'évolution de l'idée de l'égalité. Pour la bourgeoisie l'égalité signifia l'abolition des privilèges des classes, pour le prolétariat elle signifie l'abolition des classes elles-mêmes.
La tendance à réduire tous les hommes à une commune mesure « tombe nécessairement dans l'absurdité ».
L'étude des idées morales amène Engels à aborder le problème du libre arbitre, du rapport entre la liberté et la nécessité. Déjà Engels a dit que « la nécessité n'est aveugle qu'autant qu'elle n'est pas comprise » :
La liberté consiste en cette souveraineté sur nous-mêmes et sur le monde extérieur, fondée sur la connaissance des lois nécessaires de la nature ; elle est ainsi nécessairement un produit de l'évolution historique. (P. 171.)
Engels expose et illustre de nombreux exemples les lois de la dialectique : celle de la contradiction, de la transformation de la quantité en qualité, de la négation de la négation. Il montre que ces lois ne sont pas seulement les lois de la pensée, mais les lois objectives de la nature, les lois du monde réel qu'il ne s'agit pas d'appliquer mécaniquement aux événements, mais qu'il faut dégager des phénomènes naturels et sociaux.
Ainsi, aussi bien dans la nature que dans la société, Engels prouve l'existence réelle du mouvement dialectique dont la pensée dialectique n'est qu'un reflet dans le cerveau humain :
Les hommes ont pensé dialectiquement bien longtemps avant de savoir ce que c'est que la dialectique, de même qu'ils parlaient en prose bien avant de connaître ce terme. (P. 221-222.)
Dans le tome III, consacré au socialisme, Engels expose les théories des socialistes utopiques (chapitre premier), et les questions de l'Etat, de la famille et de l'éducation (chapitre IV).
K. MARX et F. ENGELS. — Etudes philosophiques.
Dans ce recueil sont réunis les travaux philosophiques essentiels de Marx et Engels. Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande, écrit en 1888, constitue « un exposé succinct et systématique de nos rapports avec la philosophie hégélienne », écrit Engels dans sa préface.
Il commence par l'analyse du système idéaliste et de la méthode dialectique de Hegel dont la contradiction a amené la dislocation de l'école hégélienne. Le grand mérite de Feuerbach est d'avoir inauguré le retour au matérialisme.
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Engels définit la différence entre l'idéalisme et le matérialisme :
Ceux qui affirmaient le caractère primordial de l'esprit par rapport à la nature, et qui admettaient, par conséquent, en dernière instance, une création du monde de quelque espèce que ce fût... ceux-là formaient le camp de l'idéalisme. Les autres, qui considéraient la nature comme l'élément primordial, appartenaient aux différentes écoles du matérialisme. (P. 23.)
Il réfute sur la base de l'expérience l'attitude des agnostiques : ... qui contestent la possibilité de la connaissance du monde ou du moins de sa connaissance complète. (P. 25.)
Mais le retour au matérialisme ne signifie pas, comme pour Feuerbach, le simple retour au matérialisme mécaniste du XVIIIe siècle. Engels en indique les limites historiques, à savoir : 1° D'être essentiellement mécaniste ; 2° De ne pas s'adapter à l'histoire ni à la dialectique ; 3° De concevoir l'essence de l'homme comme abstraite au lieu d'y voir l'ensemble des rapports sociaux concrètement déterminés par l'histoire.
Pour Engels, le matérialisme doit évoluer — passer par une série de phases de son développement — modifier sa forme avec chaque découverte qui fait époque dans le domaine des sciences naturelles.
Engels étudie en détail la philosophie de la religion et l'éthique de Feuerbach et montre qu' « elle est adaptée à tous les temps, à tous les préceptes, à toutes les conditions » et c'est pourquoi elle n'est nulle part applicable et reste impuissante. « En réalité, chaque classe et même chaque profession a sa morale propre » qui se dresse contre celle des autres classes.
Dans la dernière partie de son livre, Engels expose les principes du matérialisme dialectique et historique :
[Devenue matérialiste], la dialectique fut réduite à la science des lois générales du mouvement, tant du monde extérieur que de la pensée humaine. (P. 48.)
Il expose la différence entre la méthode métaphysique « qui s'occupait de préférence de l'étude des choses considérées en tant qu'objets fixes » et la méthode dialectique, qui, grâce aux progrès de la science, peut étudier les choses dans leur origine, leur développement et leur filiation, en un mot, dans le mouvement. Ainsi la philosophie de la nature est devenue superflue, elle est « mise définitivement à l'écart ».
La même évolution s'accomplit dans le domaine des sciences sociales. Il faut chercher les motifs des actions humaines non dans les idées, mais dans les conditions d'existence. La volonté et la conscience ne font que refléter plus ou moins exactement la nécessité historique.
Le hasard exprime l'écart entre les buts individuels et leurs résultats réels :
Partout où le hasard semble se jouer à la surface, il est toujours sous l'empire de lois internes cachées, et il ne s'agit que de les découvrir, (P. 54.)
En règle générale, la superstructure sociale ne peut être expliquée que par sa base économique, qu'il s'agisse de l'Etat, dont Engels analyse brièvement les aspects historiques essentiels, ou de la religion, de la morale, etc.
La bourgeoisie, devenue réactionnaire, se dresse partout contre le progrès scientifique et social pour défendre ses intérêts de classe :
Les représentants officiels de cette science sont devenus les idéologues déclarés de la bourgeoisie et de l'Etat actuel. (P. 69.)
Seul, le prolétariat allemand a su sauvegarder les acquisitions culturelles et le sens théorique que lui ont légués les Hegel, les Feuerbach, etc. :
Le mouvement ouvrier allemand est l'héritier de la philosophie classique allemande. (P. 69.)
Les Thèses sur Feuerbach de Marx (1845) constituent l'exposé le plus succinct de la conception marxiste du monde. Elles marquent la rupture avec le matérialisme contemplatif de Feuerbach, reconnaissent la pratique comme le seul critérium de la vérité, assignent au philosophe le rôle révolutionnaire :
Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde de différentes manières, mais il s'agit de le transformer. (P. 74.) Dans un Fragment de Feuerbach non publié (1886), Engels montre dans quelle mesure les progrès des sciences
naturelles ont confirmé la justesse de la méthode marxiste.
La seconde partie du livre est consacrée au matérialisme historique. Dans la fameuse Préface à la critique de l'économie politique (1850), Marx détermine les rapports entre la base économique et la superstructure sociale et les conditions générales de la révolution sociale. Dans deux articles qui datent de la même époque, Engels fait l'analyse de cette préface ainsi que du plan général de l'ouvrage. (Voir aussi la Préface à la deuxième édition du premier livre du Capital : vol. I, p. LXXXIII et suivantes, édition Costes.)
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Dans son Matérialisme historique (1892), Engels étudie les origines du matérialisme à la lumière de l'expérience historique des révolutions bourgeoises et surtout de la révolution anglaise du XVIIe siècle. Une Contribution, à l'histoire du matérialisme français du XVIIIe siècle, extrait de la Sainte Famille (1844), complète cette étude.
Dans une série de Lettres philosophiques (1848-1893), Marx et Engels formulent et précisent leur opinion sur l'action et la réaction réciproques, sur le proudhonisme, sur la période de transition du capitalisme au socialisme, etc.
L'ensemble de ces écrits, datant d'époques différentes de la vie de Marx et d'Engels, montre la cohésion parfaite de leur œuvre et constitue un exposé complet du matérialisme dialectique.
K. MARX. — Œuvres philosophiques (tome I, II, III et IV).
Dans ces volumes sont réunis les écrits de jeunesse de Marx. Ils reflètent son évolution de l'idéalisme hégélien au matérialisme conséquent.
La Différence de la philosophie de la nature chez Démocrite et chez Epicure, rédigée en 1841, fut présentée par Marx comme thèse de doctorat. Elle est encore d'inspiration nettement idéaliste.
Le Manifeste philosophique de l'école de droit historique, écrit en 1842, ne dépasse pas le stade du radicalisme bourgeois. C'est une critique de la tendance kantienne dans la philosophie du droit, laquelle aboutit à l'apologie de la monarchie absolue en Prusse.
La Critique de la philosophie du droit de Hegel, écrite en 1843, est un acte de rupture avec Hegel. Marx a indiqué lui-même la portée de cette étude dans la préface à la Critique de l'économie politique :
Le premier travail que j'entrepris pour résoudre les doutes qui m'assaillaient fut une révision critique de la Philosophie du droit de Hegel... Mes recherches aboutirent à ce résultat que les rapports juridiques — ainsi que les formes de l'Etat — ne peuvent être compris ni par eux-mêmes, ni par la soi-disant évolution générale de l'esprit humain, mais qu'ils prennent au contraire leurs racines dans les conditions d'existence matérielles dont Hegel, à l'exemple des Anglais et des Français du XVIIIe siècle, embrasse le tout sous le nom de « société civile » ; mais que l'anatomie de la société civile est à chercher dans l'économie politique. (Etudes philosophiques, p. 82-83.)
La Question juive, écrite en 1844, complète l'étude précédente. Marx y réfute la thèse de Bruno Bauer qui subordonne l'émancipation politique des Juifs à leur libération du judaïsme.
Pour Marx, l'émancipation politique et religieuse reste toujours incomplète sans une émancipation sociale. Le radicalisme bourgeois politique et religieux reste impuissant. Seule, la révolution sociale, œuvre du prolétariat, peut libérer la conscience humaine des Juifs comme celle des chrétiens.
La Sainte Famille ou critique de la critique critique (contre Bruno Bauer et consorts), écrite en 1844 en collaboration avec Engels, marque la rupture définitive avec les jeunes hégéliens.
Bruno Bauer et ses amis opposent l'esprit à la masse amorphe et méprisable. L'ouvrier mérite son sort misérable, il est incapable de s'affranchir. Seule, la pensée critique d'une élite peut libérer l'homme de la servitude spirituelle.
Cette critique stérile et abstraite ne pouvait que détourner la masse de l'action. Par contre, la critique communiste permet de transformer la société par l'action de masse et de mettre fin à l'esclavage matériel, économique et social, qui est la cause de la servitude spirituelle.
Les communistes ne déifient pas le prolétariat, mais ils savent que, classe la plus déshéritée, il est seul capable de transformer la société actuelle. Les idées ne peuvent agir que quand elles pénètrent dans la masse et la guident dans l'action. Cette action a pour objet, non une émancipation purement spirituelle, mais avant tout matérielle, sociale :
Ils [les ouvriers] savent que la propriété, le capital, l'argent, le travail salarié, etc., ne sont pas de simples créations de l'imagination, mais bel et bien des produits réels st pratiques de leur propre spoliation, qu'on ne peut donc les supprimer que de façon pratique et matérielle, pour que dans l'existence de chaque jour, aussi bien que dans la pensée et la conscience, l'homme devienne homme.
Marx fait une analyse pénétrante des idées de la révolution française et du matérialisme français du XVIIIe siècle. Tandis que l'école cartésienne conduit au matérialisme mécanique, celle de Locke mène au socialisme. Une critique détaillée du roman d'Eugène Sue : les Mystères de Paris, montre l'inanité de la philanthropie bourgeoise comme moyen de résoudre la question sociale.
Le tome IV comprend la Critique de la philosophie de l'Etat, de Hegel.
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V. LÉNINE. — Du matérialisme historique.
Dans la première partie de ce livre (1894), Lénine réfute la théorie de la sociologie subjective, représentée en Russie par le populiste Mikhaïlovski.
En substituant à l'étude de la société en général, l'étude d'une société donnée, de la société capitaliste, Marx a mis à nu toute l'indigence de la sociologie subjective petite-bourgeoise :
Il est clair que l'idée fondamentale de Marx, l'idée d'un procès de développement naturel des formations sociales et économiques, sape dans sa racine cette morale enfantine qui prétend au titre de sociologie. (P. 14.) Cette hypothèse a élevé pour la première fois la sociologie au rang de science. (P. 17.)
Marx a élaboré cette idée fondamentale :
1. En dégageant de tous les rapports sociaux les « rapports de production » en tant que rapports fondamentaux primitifs, déterminant tous les autres. (P. 14.)
2. En donnant la possibilité d'appliquer à ces rapports le critérium scientifique universel de la répétition. (P. 17.)
3. En donnant une base ferme pour présenter le développement des formations sociales comme un procès d'histoire naturelle. (P. 18.)
Si cette conception de l'histoire pouvait être auparavant contestée, considérée comme une simple hypothèse :
Maintenant, depuis la parution du Capital, la conception matérialiste de l'histoire n'est plus une hypothèse, mais une thèse scientifiquement prouvée. (P. 20.)
Par conséquent, tout éclectisme dans l'interprétation de l'histoire est devenu inadmissible : Le matérialisme n'est pas une « conception scientifique de l'histoire par excellence » comme le croit M. Mikhaïlovski,
c'est la seule conception scientifique de l'histoire. (P. 20-21.)
Le matérialisme historique ne prétend nullement expliquer toute l'histoire.
Marx n'a fait qu'indiquer la « seule manière scientifique » de l'expliquer.
Au cours de cette polémique, Lénine précise le rôle de la personnalité dans l'histoire, ainsi que maints autres problèmes de la sociologie marxiste.
Après avoir réfuté les théories populistes, Lénine se distingue du marxisme légal, courant réformiste, représenté en Russie par Pierre Strouvé (1895).
En combattant le populisme, Strouvé prend, en réalité, la défense du capitalisme russe naissant. Il n'est pas matérialiste prolétarien, mais objectiviste bourgeois :
L'objectiviste risque toujours, en démontrant la nécessité de faits donnés, d'en devenir l'apologiste ; le matérialiste dévoile les contradictions de classe et détermine par là même son point de vue... Le matérialiste est donc d'une part plus conséquent que l'objectiviste ; et son objectivisme est plus profond et plus complet. (P. 85.)
Strouvé essaie de ramener la discussion entre les populistes et les marxistes à « une suite naturelle de controverses entre les slavophiles et les occidentalistes ».
Lénine montre l'inexactitude de cette assertion. Le fond du populisme :
... n'est pas dans la doctrine de l’originalité du développement de la Russie et dans la slavophilie, mais dans la représentation des intérêts et des idées du petit producteur russe. (P. 89.)
A la notion vague et imprécise du groupe social de Strouvé, Lénine oppose celle des classes sociales « dont la lutte détermine le développement de la société ».
Lénine reproche à Strouvé de faire appel « à des rapports absolus entre groupe et individu », au lieu de les ramener au développement concret de la Russie.
Pour Strouvé « l'Etat est avant tout une organisation d'ordre ». Lénine montre le caractère bourgeois de cette théorie qui dissimule les liens de la bureaucratie avec la
bourgeoisie.
Il accomplit ainsi une délimitation salutaire entre le marxisme révolutionnaire et le prétendu marxisme légal, forme camouflée de l'idéologie bourgeoise.
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V. LÉNINE. — De la religion.
Dans ce recueil d'articles, Lénine expose l'attitude du prolétariat à l'égard de la religion et de l'idéalisme bourgeois en général.
Les quatre premiers articles. (1902-1909) traitent des principes de la lutte antireligieuse et des conditions concrètes de cette lutte en Russie tsariste.
Lénine définit d'abord les racines sociales de la religion qui constitue : ... un aspect de l'oppression spirituelle qui pèse toujours et partout sur les masses populaires. (P. 3.)
Le prolétariat socialiste, armé de la théorie marxiste, combat sans faiblesse la foi spirituelle dans « un paradis sur la terre ». Il réclame la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Il déclare la religion chose privée à l'égard de l'Etat. Mais il ne considère pas la religion comme affaire privée par rapport à son Parti qui a pour but de combattre et de détruire toute forme d'oppression matérielle et intellectuelle.
Le Parti admet dans son sein les ouvriers croyants pour les rééduquer dans la lutte contre les causes économiques et sociales de la religion, c'est-à-dire contre « le règne du Capital ». Il rejette l'athéisme bourgeois qui déclare la guerre à la religion sans combattre ses causes réelles.
Lénine examine ensuite les formes de lutte contre la religion. Il montre la différence entre les pays occidentaux, où la révolution bourgeoise est accomplie, et la Russie tsariste ; il dénonce le danger du cléricalisme militant en Russie, défenseur du féodalisme, ainsi que celui, plus dissimulé, de la religiosité bourgeoise.
Dans la seconde partie du recueil, Lénine envisage les tâches du prolétariat dans la lutte contre l'idéalisme bourgeois. Dans son article « De la signification du matérialisme militant » (1922), il recommande la traduction des écrits des encyclopédistes français du XVIIIe siècle. Il propose aux savants sans-parti et aux communistes de former « une sorte de société des amis matérialistes de la dialectique hégélienne » pour combattre l'idéalisme sur le terrain scientifique et faire avancer le matérialisme dialectique.
Dans son article sur « Léon Tolstoï, miroir de la révolution russe » (de 1908), dans ses « Lettres à Maxime Gorki » (1913), dans son discours « Morale communiste et morale religieuse » (1920), Lénine commente de multiples aspects de la culture prolétarienne et de la lutte contre la culture et la religion capitalistes.
V. LÉNINE. — Matérialisme et Empiriocriticisme.
Lénine attaque son ancien compagnon de lutte, l'empiriocritique Bogdanov, parce qu'il considère sa tendance comme une variante de la philosophie bourgeoise réactionnaire :
On juge un homme non sur ce qu'il dit eu pense de lui-même, mais à ses actes. Les philosophes doivent être jugés non sur les étiquettes qu'ils arborent..., mais sur la façon dont ils résolvent en réalité les questions théoriques fondamentales. (P. 184.)
Favorable au développement du matérialisme en conformité aux progrès scientifiques, Lénine ne reproche pas à Bogdanov et à ses amis de rechercher de nouvelles formes du matérialisme, mais leurs glissements vers l'idéalisme bourgeois. Bogdanov prétend à la neutralité sur ce terrain philosophique. Pour Lénine la lutte sur ce terrain n'est qu'un aspect de la lutte de classes :
Marx et Engels furent, en philosophie, du commencement à la fin, des hommes de parti... (P. 296.) L'indépendance à l'égard de tout parti n'est en philosophie que servilité misérablement camouflée à l'égard de l'idéalisme et du fidéisme [c'est-à-dire de la religion]. (P. 311.)
C'est autour de la Théorie de la connaissance (ou gnoséologie) que se déroule le débat entre le matérialisme dialectique, représenté par Lénine, et l'empiriocriticisme, l'un des aspects de l'idéalisme bourgeois.
Lénine montre comment les arguments les plus « modernes » contre le matérialisme coïncident avec ceux de l'idéaliste conséquent du début du XVIIIe siècle, l'évêque anglais Berkeley. C'est chez Diderot que Lénine trouve la réponse aux sophismes de l'idéalisme philosophique.
Il définit la différence entre l'idéalisme et le matérialisme, ainsi que l'attitude du courant intermédiaire qui, dans les questions principales, s'apparente à l'idéalisme :
Pour le matérialiste, la nature prime l'esprit ; pour l'idéaliste c'est tout le contraire. Engels situe entre les uns et les autres les adeptes de Hume et de Kant, qu'il appelle agnostiques, puisqu'ils nient la possibilité de connaître l'univers, ou, tout au moins, de le connaître à fond. (P. 13.)
Il ajoute plus loin, à propos de la conception de la « donnée effective », c'est-à-dire du point de départ de toute philosophie :
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La donnée effective du matérialiste, c'est le monde extérieur dont nos sensations sont les images. Pour l'idéaliste, la sensation est la donnée effective, quant au monde extérieur, il est déclaré « complexe des sensations ». Pour l'agnostique, la sensation est également la « donnée immédiate », mais il ne va pas au delà, ni vers la théorie matérialiste de la réalité du monde extérieur, ni vers la théorie idéaliste qui considère ce monde comme notre représentation. (P. 85.)
De cette différence d'attitude découle la question essentielle de la théorie de la connaissance :
Faut-il aller des objets à la sensation et à la pensée ? ou bien de la pensée et de la sensation aux objets ? Engels suit la première ligne, celle du matérialisme. La seconde, celle de l'idéalisme, est celle que suit Mach [fondateur de l’empiriocriticisme]. (P. 21.)
Lénine prouve la justesse de cette première attitude : la préexistence du monde par rapport à l'homme et à toute matière pensante. La nature a existé longtemps avant l'apparition de l'homme. Or, la pensée sans l'homme, la pensée sans cerveau est inconcevable en dehors de la philosophie religieuse.
L'existence du monde matériel en dehors de l'homme, inconnu, mais connaissable, tel est le grand problème à résoudre. Il ne peut être résolu qu'à l'aide de l'expérience, c'est-à-dire par les sensations et les perceptions de l'homme, par ses rapports avec le monde extérieur, c'est donc le témoignage de nos sens qui nous amène à la reconnaissance du monde extérieur :
Il faut, pour être matérialiste, admettre la vérité objective qui nous est révélée par les organes des sens, il faut admettre la vérité objective, c'est-à-dire indépendante de l'homme et de l'humanité, admettre de façon ou d'autre, la vérité absolue. (P. 105.)
Mais nos connaissances du monde extérieur ne sont qu'approximatives, relativement exactes. Comment concilier la relativité de nos connaissances avec l'affirmation d'une vérité absolue ?
La dialectique matérialiste de Marx et Engels embrasse sans contredit le relativisme, mais ne s'y ramène pas... Pour Bogdanov (comme pour tous les adeptes de Mach) l'aveu de la relativité de nos connaissances exclut toute admission de la vérité absolue. Pour Engels, la vérité absolue résulte de vérités relatives. Bogdanov est relativiste, Engels est dialecticien. (P. 107-109.)
Ainsi, pour le matérialisme dialectique, « la vérité absolue n'est qu'une somme de vérités relatives ». Chaque progrès de la science ajoute de nouvelles vérités relatives à la somme de connaissances déjà acquises par l'humanité et permet ainsi de s'approcher de plus en plus de la vérité absolue, c'est-à-dire de la connaissance complète du monde, sans jamais l'atteindre.
Le critérium de la vérité est la pratique. Les succès de nos actes prouvent l'exactitude de nos perceptions, leur concordance avec la réalité objective :
La pratique humaine démontre l'exactitude de la théorie matérialiste de la connaissance... (P. 111.) Ce que confirme notre pratique est une vérité objective unique, finale... (P. 115.)
Personne ne peut contester que la vérité : Napoléon est mort le 5 mai 1821 est une vérité éternelle. De même, quel que soit le développement ultérieur de la science sociale, la pratique, le développement de tous les pays capitalistes « confirme la vérité objective de toute la théorie économique et sociale de Marx ».
Cela ne veut pas dire que cette théorie, devenue un dogme immuable, ne peut plus être développée, complétée en conformité avec les nouvelles données objectives qu'apporte l'expérience scientifique et sociale de l'humanité :
La seule conclusion qu'on puisse tirer de l'opinion... que la théorie de Marx est une vérité objective, la voici : nous inspirant de la théorie de Marx, nous nous rapprocherons de plus en plus de la vérité objective, sans toutefois l'épuiser jamais. (P. 115.)
C'est en partant du principe de la réalité du monde extérieur, de l'existence de la vérité objective que Lénine expose les lois de la causalité et de la nécessité dans la nature, l'existence objective de l'espace et du temps, les rapports entre la nécessité et la liberté.
Dans cette dernière question, Lénine prouve l'existence de l' « aveugle nécessité » indépendante de la conscience ou de la volonté de l'homme. La liberté n'est que la nécessité consciente :
Tant que nous ignorons une loi naturelle, cette loi, existant et agissant en dehors de notre connaissance, fait de nous les esclaves de l' « aveugle nécessité ». Dès que nous la connaissons, cette loi agissant indépendamment de notre volonté et de notre conscience, nous rend maîtres de la nature. (P. 159.)
Lénine examine ensuite les causes de la crise dans les sciences naturelles et, en particulier, dans la physique. Il l'attribue au bouleversement des vieilles théories, au principe de la relativité de la connaissance, enfin à l'ignorance de la dialectique par les savants naturalistes et physiciens.
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La nouvelle théorie énergétique en révisant la conception traditionnelle de la structure de la matière a semblé favoriser l'idéalisme philosophique par son affirmation : la matière s'est évanouie. En réalité, elle n'a fait qu'affirmer l'unité du monde matériel dans ses éléments fondamentaux. Elle n'a rien changé quant aux « rapports entre la connaissance (et le psychique en général) et le monde physique » :
Car l'unique « propriété » de la matière dont l'admission définit le matérialisme philosophique, c'est celle d'être une réalité objective, d'exister en dehors de notre Conscience. (P. 225.)
Le matérialisme historique, base scientifique de la sociologie marxiste, n'est que l'application à la société du matérialisme philosophique. Toute tentative de réviser les principes du matérialisme dialectique mène sur le plan social à l'abandon des intérêts de classe du prolétariat, à la capitulation plus ou moins dissimulée devant l’idéologie de la classe dominante.
Le livre est suivi d'une note de Lénine sur la critique du kantisme par Tchernychevski, par une sorte de réquisitoire contre l'empiriocriticisme, et par une remarquable note sur la dialectique dans la théorie de la connaissance.
C. HISTOIRE
(Voir également : K. Marx et F. Engels : Le Manifeste du Parti communiste, ch. II et III. ; V. Lénine : K. Marx et sa doctrine : « La tactique ». ; J. Staline : Les Principes du léninisme.)
F. ENGELS. — L'Origine de la famille, de la propriété privée et de l'État.
Engels entreprend, en 1884, l'étude de la préhistoire, en utilisant les résultats des recherches du savant américain Morgan qui a découvert à sa manière, et quarante ans après Marx, la conception matérialiste de l'histoire. En établissant la filiation entre la gens organisée d'après le droit maternel et la gens organisée selon le droit paternel, Morgan a trouvé du même coup « une base nouvelle pour toute l'histoire primitive » :
Cette découverte... a pour l'histoire primitive la même importance que la théorie de l'évolution de Darwin pour la biologie et la théorie de la plus-value de Marx pour l'économie politique. (P. XXXI.)
Dans sa préface à la première édition, Engels précise que la production et la reproduction de la vie immédiate sont de deux sortes :
D'une part, production de moyens d'existence... d'autre part, production des êtres humains eux-mêmes, propagation de l'espèce. (P. VIII.)
Plus se développe la productivité du travail et la division de la société en classes, moindre est le rôle joué par les liens du sang. Finalement l'habitat se substitue au lien de famille, l'Etat s'érige sur les décombres de la société clanale, la lutte des classes devient le moteur de l'histoire. Morgan divise la préhistoire en trois périodes :
Etat sauvage. — Période où prédomine l'appropriation de produits naturels tout faits; les productions artificielles de l'homme sont surtout des instruments auxiliaires de cette appropriation.
Barbarie. — Période de l'élève du bétail et de l'agriculture, et d'acquisition de méthodes pour accroître la production de produits naturels par le travail humain.
Civilisation. — Période où l'homme apprend l'élaboration supplémentaire de produits naturels, l'industrie proprement dite et l'art. (P. 10.)
Engels retrace les étapes successives de développement de la famille depuis le mariage par groupe de la tribu primitive jusqu'à la famille bourgeoise modems. Il montre que l'évolution de la famille dépend des conditions économiques. Ainsi pour la bourgeoisie, le mariage est, avant tout, une affaire tandis que pour les ouvriers l'intérêt ne joue qu'un rôle minime dans le choix des conjoints. Le socialisme créera seul les conditions d'un mariage vraiment libre, dégagé de toutes considérations économiques, dont le seul motif sera l'inclination réciproque.
Après avoir décrit la gens iroquoise et grecque, Engels étudie la transformation de la gens en Etat dans l'exemple le plus classique, celui de l'Etat athénien. C'est le développement de l'agriculture et des échanges qui engendre les nouvelles classes dominantes, la noblesse terrienne et d'argent, tandis que la productivité élevée du travail rend lucrative l'exploitation du travail des esclaves. Une société aussi complète, à intérêts contradictoires, ne pouvait subsister que grâce à l'existence d'un appareil étatique, capable de tenir en bride les classes antagonistes. C'est à Athènes que la gens évolue directement en Etat démocratique sans aucune influence étrangère. Cet exemple prouve que l'évolution de la famille et la formation de l'Etat s'accomplissent en fonction des nécessités économiques et de la lutte des classes.
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La formation de l'Etat à Rome suit un chemin un peu différent et aboutit, après l'étape transitoire de la démocratie militaire, à une République oligarchique, au sein de laquelle s'affrontent à la fois les intérêts des hommes libres (patriciens et plébéiens) et des esclaves.
Dans ces luttes triomphe une nouvelle classe de grands propriétaires fonciers et financiers, classe qui ruina les petits paysans, généralisa l'esclavage et prépara ainsi la décadence et la chute de l'Empire romain.
Chez les Celtes et les Germains la gens suit, dans les grandes lignes, la même évolution. Ce procès coïncide avec la décadence du monde antique dont Engels dégage les causes essentielles. L'économie esclavagiste aboutit à une impasse.
La libération en masse des esclaves prouve le caractère rétrograde de ce mode de production. Le colonat, nouvelle forme d'exploitation, annonce déjà le servage féodal.
L'invasion des Germains n'a fait que précipiter ce procès ainsi que celui de la formation d'un nouvel Etat nécessaire à l'organisation des éléments disparates de la nouvelle société.
Sur l'exemple de l'Empire des Francs, Engels montre comment la conquête territoriale a provoqué la fusion de ces éléments, la formation d'une nouvelle classe dominante des propriétaires fonciers féodaux issus des conquérants francs et des anciens propriétaires gallo-romains. Pendant quatre siècles de l'Empire franc ont disparu les derniers vestiges de la société romaine, le féodalisme a pris racine sous forme de la domination de la noblesse terrienne sur les paysans serfs.
Le rôle des Germains était non seulement d'achever le monde antique, mais d'introduire, par la cohésion de leur organisation gentilice — qui caractérise l'époque supérieure de la barbarie où les classes et l'Etat sont encore inconnus — les forces nouvelles qui ont permis à la société de sortir de l'impasse de l'esclavage, et de former la communauté villageoise de l'époque féodale :
En fait, des barbares seuls sont capables de rajeunir un monde qui souffre d'une civilisation finissante. (P. 203.)
Dans le dernier chapitre, Engels résume l'évolution générale de la barbarie à la civilisation, ou, plus précisément, de l'organisation égalitaire de la société primitive à l'Etat ou la société des classes. Cette division en classes correspond à la division sociale du travail dont Engels marque les principales étapes : la séparation entre les tribus de pasteurs et les autres ; entre le métier et l'agriculture ; entre les producteurs et les marchands.
Cette dernière division marque le passage à la civilisation et l'apparition de la première classe d'exploiteurs parasites, ne participant pas au procès de production. La propriété privée, produit des échanges et de la division sociale du travail, englobe le sol, les esclaves, les marchandises, toutes formes de la richesse sociale :
C'est ainsi qu'avec l'extension du commerce, l'argent et l'usure, la propriété foncière et l'hypothèque, on vit la concentration et la centralisation de la richesse entre les mains d'une classe peu nombreuse faire des progrès rapides, et à côté l'appauvrissement croissant des masses... Et à côté de cette division des hommes libres en classes, suivant leur fortune, se produisit, surtout en Grèce, un énorme accroissement du nombre des esclaves, dont le travail forcé formait la base où s'élevait la superstructure de toute la société. (P. 219-220.)
Engels aboutit à la conclusion que l'Etat « est un produit de la société parvenue à un degré de développement déterminé », expression de la lutte des classes qu'il doit maintenir dans les limites de l'« ordre ».
Engels dégage les caractéristiques suivantes de l'Etat : 1. Répartition de ses ressortissants d'après le territoire. (P. 224.)
2. Institution d'une force publique qui ne coïncide plus avec la population s'organisant elle-même en force armée. (P. 224.)
3. Il est en règle générale l'Etat de la classe la plus puissante, de celle qui a la domination économique... et ainsi acquiert de nouveaux moyens d'assujettir et d'exploiter la classe opprimée.
La République démocratique, qui ne reconnaît officiellement aucune différence de propriété, permet à la richesse d'exercer son influence d'une manière indirecte, mais d'autant plus sûre :
Le suffrage universel est de la sorte l'index de la maturité de la classe des travailleurs. Il ne peut pas être et ne sera jamais davantage dans l'Etat actuel, mais aussi, c'est assez. (P. 229.)
L'Etat, produit des antagonismes des classes, disparaîtra avec les classes et la lutte des classes. La société communiste :
... transportera toute la machine de l'Etat là où sera dorénavant sa place : au musée des antiquités, à côté du rouet et de la hache de bronze. (P. 229.)
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F. ENGELS. — La Guerre des paysans en Allemagne.
Engels a écrit cette étude en 1850, en se servant de la documentation de l'historien bourgeois libéral, Zimmermann.
Il trace d'abord un saisissant tableau de la situation économique de l'Allemagne à la fin du XVe siècle, quand le féodalisme classique cède la place à une situation historique nouvelle qui annonce déjà l'avènement du régime bourgeois.
Il dégage dans les rapports complexes des diverses classes sociales les trois blocs essentiels qui s'affrontent : celui de la réaction féodale ; celui de la réforme bourgeoise ; enfin celui, utopique-révolutionnaire, de la plèbe des villes et de la paysannerie.
Chacun de ces blocs représente des intérêts différents, exprime les aspirations des classes déterminées, formule son programme.
Engels résume de la façon suivante les rapports de classes en Allemagne :
Tandis que le premier des trois grands camps entre lesquels se divisait la nation, à savoir le camp conservateur- catholique, groupait tous les éléments intéressés au maintien de l'ordre existant : pouvoir d'Empire, clergé et une partie des princes séculiers, grande aristocratie, prélats et patriciat des villes, le parti de la Réforme luthérano- bourgeoise modérée groupait les éléments possédants de l'opposition et même une partie des princes séculiers, qui espéraient s'enrichir des dépouilles des biens ecclésiastiques et voulaient profiter de l'occasion pour conquérir une plus grande indépendance à l'égard du pouvoir central. Enfin, les paysans et les plébéiens constituaient un parti révolutionnaire, dont les revendications et les doctrines fuient exprimées le plus nettement par Thomas Munzer. (P. 59.)
Les vivants portraits de Luther et de Munzer permettent de saisir leur rôle respectif et de les situer socialement. Luther, médiateur timoré. Munzer, révolutionnaire intrépide.
Mais tandis que Munzer ne représente que l'élite peu nombreuse des éléments plébéiens et paysans, Luther exprime les conceptions et les aspirations de la majorité de la bourgeoisie.
D'où la défaite inévitable du grand précurseur utopique du communisme et la victoire, partielle d'ailleurs, du luthérianisme bourgeois.
Engels expose le déroulement des mouvements paysans avant le début de la Réforme bourgeoise, c'est-à-dire entre 1476 et 1517 ; du soulèvement de la petite noblesse et des chevaliers dirigé par Franz von Sickingen et Ulrich von Hutten, en 1522 ; il donne enfin une relation détaillée de la grande guerre des paysans allemands de 1525, en étudiant ses péripéties dans différents pays de l'Empire.
Il examine attentivement les causes de la défaite des paysans ainsi que ses conséquences et sa signification pour l'histoire ultérieure de l'Allemagne jusqu'à 1848.
Classe exploitée par toutes les autres, les paysans dispersés n'étaient pas capables à eux seuls :
... de faire une révolution tant qu'ils trouvaient en face d'eux la puissance organisée des princes, de la noblesse et des villes, unis en une alliance solide. Seule, une alliance avec d'autres couches sociales pouvait leur donner une chance de vaincre. (P. 50.)
Il fallait, en un mot, à la paysannerie une direction centralisée qui lui faisait défaut parce que la bourgeoisie n'osait pas s'attaquer aux assises du régime, parce que les plébéiens n'en étaient pas capables.
Engels conclut que, malgré la défaite de la révolution de 1848, les rapports des classes favorisent le capitalisme, la victoire de l'absolutisme n'est donc que momentanée.
La suppression définitive de tous les vestiges de la domination des propriétaires fonciers peut seule libérer les forces progressives du Capital et réaliser les conditions favorables au succès de la révolution prolétarienne.
Mais le succès du prolétariat est conditionné à son tour par le soutien venu de la masse paysanne. Dans une lettre à Engels, écrite en 1856, Marx déclare :
Tout dépendra en Allemagne de la possibilité de « couvrir la révolution prolétarienne par une sorte de seconde édition de la guerre des paysans ». (Correspondance K. Marx-Fr. Engels, tome IV, p. 173.)
Dans les préfaces, qui datent de 1870 et de 1875, Engels critique l'attitude opportuniste de la social-démocratie allemande et de Lassalle, en particulier, à l'égard de la paysannerie.
Il insiste sur l'importance de la lutte théorique qui constitue le troisième point de la lutte de classe du prolétariat à côté des fronts économique et politique.
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F. ENGELS. — La Situation des classes laborieuses en Angleterre.
Cet ouvrage parut en 1845. 40 ans après, Engels déclare dans la préface que, malgré le cachet de jeunesse que porte ce livre, il n'a pas « à en rougir ».
Ecrit avant la Sainte Famille, il ne coïncide pas exactement avec le point de vue du Socialisme scientifique. Il ne représente qu'une des phases de son développement embryonnaire. (P. XXII.)
Néanmoins, sa valeur historique est considérable. Basé sur une masse de documents officiels et sur les observations directes d'Engels, il donne une vue d'ensemble sur l'existence du prolétariat moderne dans le pays le plus industriel de l'époque. Voici ce qu'en dit Engels dans son appel adressé aux ouvriers anglais :
J'ai consacré à l'étude de votre situation la plus sérieuse attention, j'ai étudié les différents documents, officiels et non officiels, dans la mesure où j'ai pu me les procurer... J'ai consacré mes heures de loisirs presque exclusivement à la fréquentation de simples travailleurs. (P. XLIII-XLIV.)
Ainsi l'étude d'Engels constitue le premier contact entre le socialisme moderne, encore entaché de philosophie allemande, et le mouvement ouvrier. Les conclusions essentielles auxquelles il aboutit furent confirmées maintes fois par l'histoire, malgré certaines erreurs de détail :
L'étonnant n'est pas que tant de ces prophéties aient été fausses, mais que tant soient tombées juste. (P. XXIV.)
Engels fait le tableau détaillé de la révolution industrielle qui s'est produite en Angleterre à la fin du XVIIIe siècle et qui a donné naissance au prolétariat industriel moderne. C'est dans les villes surpeuplées, sales, dans les maisons délabrées que s'entasse cette nouvelle population. La concurrence que se livrent les ouvriers, les femmes, les enfants, aboutit à la baisse des salaires au-dessous du minimum vital. L'émigration des fermiers irlandais chassés de la terre aggrave encore cet état de choses.
Les conséquences de cette situation, c'est la dégradation physique, morale et intellectuelle du prolétariat : les épidémies, l'ivrognerie, la criminalité sont les résultats tragiques de la misère, de l'ignorance, de la dissolution de la famille ouvrière.
Engels examine la situation des ouvriers des fabriques, des artisans, des mineurs, des ouvriers à domicile, des ouvriers agricoles et des petits fermiers. Partout sévit la famine, partout les abus et les vols se succèdent sous la forme du fameux truck-system, cottage-system, etc.
Tous ces abus et souffrances ont donné naissance au mouvement ouvrier qui commence par la lutte contre les machines, par les coalitions et les grèves pour aboutir à la formation du premier parti politique du prolétariat : le chartisme et du socialisme représenté surtout à cette époque par les théories utopiques d'Owen.
Du côté de la bourgeoisie c'est l'avarice, la perversion morale, l'hypocrisie, et l'âpreté au gain, c'est, avant tout, la volonté d'exploiter les ouvriers au delà de toute limite. Les théories de Malthus montrent que la bourgeoisie considère le prolétariat comme le bétail de trait dont il faut régler jusqu'à la reproduction.
Lénine résume ainsi les conclusions et la portée historique de cet ouvrage :
Engels démontra le premier que le prolétariat n'est pas seulement la classe qui souffre, mais que justement la situation économique honteuse dans laquelle se trouve le prolétariat le pousse irrésistiblement en avant et l'incite à lutter pour son affranchissement définitif. Or, le prolétariat en lutte s'aidera lui-même. Le mouvement politique de la classe ouvrière amènera inévitablement les ouvriers à comprendre qu'il n'est point pour eux d'autre issue que celle du socialisme. Le socialisme, d'autre part, ne sera une force que lorsqu'il sera devenu le but de la lutte politique de la classe ouvrière. Telles sont les idées maîtresses du livre d'Engels. (Lénine : Friedrich Engels, p. 8-9.)
F. ENGELS. — Révolution et contre-révolution en Allemagne.
Dans ce livre sont réunis les articles d'Engels, parus sous la signature de Marx dans la New-York Tribune, entre septembre 1851 et septembre 1852.
L'état économique arriéré de l'Allemagne a fait de la petite bourgeoisie et de la paysannerie la masse décisive de la nation. Mais la paysannerie « ne peut jamais entreprendre de mouvement indépendant ». L'initiative doit lui venir de la population des villes. Or, le prolétariat n'était pas encore capable de jouer un rôle politique indépendant.
C'est donc à la bourgeoisie libérale et à la petite bourgeoisie démocratique qu'est échue la direction du mouvement. La situation était d'ailleurs particulièrement favorable. En face des gouvernements affaiblis se dressait le bloc de toutes les classes sociales coalisées, exception faite des féodaux et de la bureaucratie. Il est vrai que cette opposition était loin d'être homogène ; chaque classe voulait combattre pour ses intérêts propres, mais l'hégémonie revenait à la grande bourgeoisie qui voulait abolir les entraves féodales et réaliser l'unité
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nationale dans le cadre de la monarchie constitutionnelle. La politique de la petite bourgeoisie était beaucoup plus vague malgré certaines tendances républicaines ; la paysannerie aspirait à se libérer du joug féodal et usurier ; les prolétaires enfin non contents des revendications politiques générales :
... marmottaient des paroles étonnantes de prendre eux-mêmes les affaires dans leurs propres mains. (P. 33.)
Telle était la situation à la veille du bouleversement déclenché par la révolution de février 1848 à Paris qui a proclamé la République en France.
Presque sans lutte, la bourgeoisie, soutenue par le peuple, devient, du moins théoriquement, la classe prédominante de l'Etat.
Mais déjà la lutte éclate entre les deux camps des vainqueurs. Le bloc d'opposition se désagrège, les antagonismes de classes éclatent en posant devant la révolution des tâches et des épreuves nouvelles.
La bourgeoisie craint son allié prolétarien que les événements poussent en avant. Elle redoute sa combativité.
L'insurrection parisienne a refroidi considérablement son ardeur révolutionnaire. Son inquiétude est telle qu'elle abandonne les revendications des paysans et s'allie avec ses ennemis d'hier, les féodaux, contre les ouvriers. Sous prétexte de protéger la propriété privée capitaliste que personne ne menace, la bourgeoisie se sépare de ses protecteurs et défenseurs indispensables, ouvriers et paysans.
L'insurrection de juin 1848 marque le tournant décisif dans l'attitude de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie allemande :
Si l'insurrection était victorieuse, elle inonderait le continent entier de révolutions renouvelées, ou bien, si elle était écrasée, amènerait le rétablissement, au moins passager, du régime contre-révolutionnaire. (P. 78.)
Et, en effet, l'apparition du prolétariat sur l'arène sociale jette la bourgeoisie dans les bras de la réaction féodale, aggrave encore ses inconséquences et ses hésitations. Elle contribue à écraser l'avant-garde de la révolution et se trouve finalement désarmée et désorientée devant l'offensive des forces réactionnaires qui ont profité du répit pour se ressaisir. C'est ainsi que l'Autriche utilise le mouvement réactionnaire panslaviste contre la révolution allemande comme elle utilise les troupes tsaristes pour écraser la révolution hongroise.
Les résistances vigoureuses du peuple ne sont pas dirigées. Les députés bourgeois réunis à Francfort palabrent sans fin, élaborent une Constitution qu'ils sont incapables de faire respecter, se tiennent strictement dans le cadre de la légalité, laissent prendre l'initiative à la contre-révolution.
Ils laissent aussi écraser l'insurrection viennoise, capitulent sans combat à Berlin, redoutant avant tout la lutte armée qui est inévitable.
C'est ainsi qu'ils ont obligés de livrer le combat à un moment peu favorable quoique nullement désespéré. Mais, là aussi, en voulant éviter la défaite, ils la provoquent par leurs limitations criminelles.
Les bourgeois libéraux d'abord, les petits bourgeois démocrates ensuite donnent toute la mesure de leur incapacité et de leur poltronnerie :
La petite bourgeoisie ne savait faire d'autre usage de son pouvoir que de laisser toutes choses aller à l'aventure. (P. 131.)
Engels suit pas à pas le déroulement des événements, les parlotes de Francfort, les luttes de Vienne, de Saxe, de Bade. Il stigmatise la trahison de la bourgeoisie ; l'hésitation de la petite bourgeoisie ; il glorifie l'héroïsme des ouvriers. Il établit les règles pratiques de l'art de l'insurrection et montre que seule la classe ouvrière « représentait l'intérêt réel et bien compris de la nation dans son ensemble », malgré son manque de maturité politique et ses attaches avec la démocratie petite-bourgeoise.
Cette dernière classe dirigeante des insurrections de 1849, des derniers combats contre la réaction triomphante a montré qu' « elle n'est capable que de ruiner tout mouvement qui se remet, ente ses mains ». La crainte du prolétariat lui fuit redouter la victoire plus que la défaite, d'où ses hésitations qui ont été mortelles pour le mouvement révolutionnaire. Malgré une situation éminemment favorable, la bourgeoisie et la petite bourgeoisie allemande ont laissé la victoire à la réaction. Elles ont trahi leurs propres troupes, comme elles ont trahi leurs propres intérêts en se ralliant finalement à la contre-révolution victorieuse.
Mais la défaite de la révolution de 1848 a fait éclore le parti prolétarien qui représente les intérêts indépendants de la classe ouvrière, le parti dont le procès de Cologne à consacré le rôle d'avant-garde de la classe révolutionnaire, qui, trahie par ses alliés bourgeois, devait prendre sur ses épaules le lourd fardeau de la lutte pour la libération du peuple allemand du joug féodal et de l'exploitation bourgeoise.
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K. MARX. — Les Luttes de classe en France (1848-1850).
Le premier essai de Marx d'expliquer à la lumière du matérialisme historique un fragment d'histoire contemporaine fut écrit au début de 1850, sauf le dernier chapitre, rédigé, en collaboration avec Engels, en automne de la même année.
Marx étudie les intérêts des classes aux prises dans la tourmente révolutionnaire. Il dégage en France trois grands blocs d'intérêts. La bourgeoisie, qui se divise en légitimistes, représentants de la propriété foncière embourgeoisée, en orléanistes, représentants de la haute finance, et en républicains libéraux, représentants de la bourgeoisie industrielle, exclue du pouvoir sous les règnes des Bourbons et des Orléans.
La petite bourgeoisie démocratique est représentée par la Montagne, la pâle caricature des jacobins de 1793, qui hésite entre la bourgeoisie et le prolétariat. Entachée d'illusions réformistes utopiques, elle est hostile dans sa masse aux revendications du prolétariat révolutionnaire pour défendre sa boutique, son échoppe ou sa parcelle.
Le prolétariat, troupe de choc de la révolution, est encore inconscient de ses intérêts spécifiques de classe. Mais il pousse instinctivement à la suppression des survivances monarchiques pour s'engager directement dans le combat décisif contre la bourgeoisie. Telle est la situation après la chute de la monarchie de Juillet, contre laquelle se sont liguées les forces du prolétariat et de la petite bourgeoisie, soutenue par la bourgeoisie libérale.
Mais, dès le lendemain de la victoire, les différentes classes s'affrontent. Le prolétariat veut imprimer à la République le caractère social. Il réclame le droit un travail, la garantie de ne pas mourir des faim.
La bourgeoisie libérale et la petite bourgeoisie démocratique laissent se compromettre les doctrinaires réformistes qui représentent le prolétariat au sein du gouvernement provisoire, pour profiter de la première occasion, provoquer les ouvriers et, par une saignée mémorable, enlever à leur République bourgeoise le cachet du socialisme. Marx montre la portée historique des journées de Juin, où le prolétariat français a pris conscience de ses intérêts de classe :
A ses revendications, outrées par la forme, puériles par le contenu et par là même encore bourgeoises dont il voulait arracher la concession à la révolution de Février, se substitua l'audacieux mot d'ordre de lutte révolutionnaire : Renversement de la bourgeoisie ! Dictature de la classe ouvrière !
Le massacre de juin rejette le prolétariat au second plan de la vie politique. Désormais la révolution fait marche arrière. Le pouvoir se déplace vers les couches de plus en plus réactionnaires de la bourgeoisie jusqu'au moment où, coupée du prolétariat, ayant frustré et battu la petite bourgeoisie, divisée en cliques d'intérêts contradictoires, la bourgeoisie tombe elle-même sous les coups d'un aventurier dont le seul mérite est d'exprimer le rêve réactionnaire du paysan parcellaire déçu par la République, exaspéré par la crise, tombé dans la déchéance, qui croit revivre le temps glorieux de sa vigoureuse jeunesse en se réfugiant sous le manteau râpé d'un empereur d'opérette. Dans son introduction à la Guerre civile en France, Engels donne l'aperçu suivant de la révolution française de 1848 :
Les bourgeois libéraux de l'opposition parlementaire tinrent des banquets en faveur de l'exécution de la réforme électorale, qui devait assurer la domination de leur parti. Dans la lutte avec le gouvernement, forcés de plus en plus à faire appel au peuple, ils étaient obligés de céder peu à peu le pas aux couches radicales et républicaines de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie. Mais, derrière elles, se tenaient les ouvriers révolutionnaires, et ceux-ci, depuis 1830, se sont attribués beaucoup plus d'indépendance politique que les bourgeois et même les républicains ne le soupçonnaient. Au moment de la crise entre le gouvernement et l'opposition, les ouvriers engagèrent le combat de rues. Louis-Philippe disparut, avec lui la réforme électorale ; à leur place se dressa la République, et justement une République que les ouvriers victorieux désignèrent eux-mêmes de « sociale ». Ce qu'il fallait entendre par République sociale, c'est ce que personne ne savait clairement, pas même les ouvriers. Mais maintenant ils avaient des armes et étaient une force dans l'Etat. Aussi, dès que les bourgeois républicains qui se trouvaient au gouvernail sentirent sous leurs pieds un sol plus ou moins ferme, leur premier objectif fut de désarmer les ouvriers. Ceci se produisit par le fait qu'on les précipita dans l'insurrection de juin 1848 par un manque de parole direct, par un défi ouvert et la tentative de bannir les sans-travail dans une province éloignée. Et comme on avait pris soin de réunir des forces suffisantes, les ouvriers, après une lutte héroïque de cinq jours, furent écrasés. Et il s'ensuivit alors un bain de sang de prisonniers sans défense, comme on n'en avait pas vu de pareil depuis les jours de guerres civiles qui ont marqué le début de la chute de la République romaine. C'était la première fois que la bourgeoisie montrait à quelle folle cruauté de vengeance elle peut être éperonnée, sitôt que le prolétariat ose s'avancer en face d'elle, comme une classe à part, avec ses propres intérêts et revendications...
La punition était à leurs talons. Si le prolétariat ne pouvait pas encore gouverner la France, la bourgeoisie ne le pouvait déjà plus. Du moins, pas alors qu'elle était encore en majorité de tendance monarchiste, et était divisée en trois partis dynastiques et un quatrième républicain. Leurs querelles intérieures ont permis à l'aventurier Louis Bonaparte de prendre possession de toutes les forteresses du pouvoir — armée, police, machine administrative — et de faire sauter, le 2 décembre 1851, le dernier bastion de la bourgeoisie, l'Assemblée nationale. Le second Empire commença. (P. 23-24.)
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L'ouvrage est précédé de l'Introduction d'Engels écrite en 1895. Dénaturée par des coupures tendancieuses, interprétée ensuite d'une façon opportuniste, son texte complet montre que jusqu'à la fin de sa vie Engels est resté un révolutionnaire intransigeant, adversaire décidé de la tactique « de la légalité à tout prix ».
En annexe les articles d'Engels sur les combats de Juin à Paris.
K. MARX. — Le 18-Brumaire de Louis Bonaparte.
Cet ouvrage constitue à la fois le résumé et le développement des Luttes de classes en France. Ecrit deux ans après le premier, en 1852, le 18-Brumaire pousse plus loin l'analyse des événements et les classe d'une façon plus précise. Marx retrace d'abord les faits jusqu'à la fin de 1850 et s'engage ensuite dans l'explication des causes profondes de la victoire du bonapartisme en France. Mais contrairement à Victor Hugo et à Proudhon qui font inconsciemment l'apologie de l'aventurier, Marx montre :
... comment la lutte des classes en France créa des circonstances et une situation telles qu'elle permit à un personnage médiocre et grotesque de faire figure de héros. (P. 21.)
Il esquisse lui-même le schéma rapide de l'histoire de la révolution de Février. I. Première période, du 24 février au 4 mai 1848, Période de Février. Prologue. Comédie de fraternisation générale. II. Deuxième période. Période de la constitution de la République et de l'Assemblée 'nationale constituante.
1. Du 4 mai au 25 juin 1848. Lutte de toutes les classes contre le prolétariat. Défaite du prolétariat au cours des journées de Juin ;
2. Du 25 juin au 10 décembre 1848, Dictature des républicains bourgeois purs. Elaboration de la Constitution. Mise en état de siège de Paris. La dictature de la bourgeoisie est écartée, le 10 décembre, par l'élection de Bonaparte à la présidence ;
3. Du 10 décembre 1848 au 29 mai 1849. Lutte de la Constituante contre Bonaparte et le parti de l'Ordre, allié à ce dernier. Fin de la Constituante. Chute de la bourgeoisie républicaine ;
III. Troisième période. Période de la République constitutionnelle et de l'Assemblée nationale législative. 1. Du 29 mai au 13 juin 1849. Lutte de la petite bourgeoisie contre la grande bourgeoisie et contre Bonaparte. Défaite
de la démocratie petite-bourgeoise ;
2. Du 13 juin 1849 au 31 mai 1850. Dictature parlementaire du parti de l'Ordre. Le parti complète sa domination par l'abolition du suffrage universel, mais il perd le ministère parlementaire ;
3. Du 31 mai 1850 au 2 décembre 1851. Lutte entre la bourgeoisie parlementaire et Bonaparte ;
a) Du 31 mai 1850 au 12 janvier 1851. Le Parlement perd le commandement suprême de l'armée ;
b) Du 12 janvier au 11 avril 1851. Le Parlement succombe dans ses tentatives de s'emparer à nouveau du pouvoir administratif. Le parti de l'Ordre perd sa propre majorité parlementaire. Il s'allie aux républicains et à la Montagne ;
c) Du 11 avril au 9 octobre 1851. Tentatives de révision, de fusion et de prorogation. Le parti de l'Ordre se dissout en ses différents éléments. La rupture entre le Parlement bourgeois et la presse bourgeoise, d'une part, et la masse bourgeoise, d'autre part, se confirme ;
d) Du 9 octobre au 2 décembre 1851. Rupture ouverte entre le Parlement et le pouvoir exécutif. Le Parlement exécute son acte de décès et succombe, abandonné par sa propre classe, par l'armée et par toutes les autres classes. Chute du régime parlementaire et de la domination bourgeoise. Victoire complète de Bonaparte. Parodie de restauration impériale. (P. 123-124.)
La cause profonde de la victoire bonapartiste était le soutien de la paysannerie. Marx distingue deux tendances parmi les paysans :
Le paysan conservateur qui, étroitement confiné dans le vieux régime, veut être sauvé et avantagé, lui et sa famille, par le fantôme de l'Empire.
Le paysan révolutionnaire qui veut, par son énergie, renverser la vieille société en collaboration étroite avec les villes. (P. 133.)
Par ses mesures fiscales et par la répression, la bourgeoisie favorisa la victoire de la partie réactionnaire de la paysannerie. Le prolétariat, par contre, doit gagner à sa cause l'aile révolutionnaire de la paysannerie. C’est à cette condition que :
... la révolution prolétarienne réalise ainsi le chœur sans lequel, dans toutes les nations paysannes, son solo devient un chant funèbre. (P. 140.)
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K. MARX. — La Guerre civile en France (1871).
La Guerre civile, écrite fin mai 1871, constitue le troisième manifeste de la Première Internationale consacré à la guerre franco-allemande. Les deux premiers manifestes (du 23 juillet et du 9 septembre 1870) définissent l'attitude du prolétariat dans une guerre nationale. Le troisième est consacré exclusivement à l'insurrection parisienne du 18 mars 1871. Marx y étudie les événements qui ont préparé la Commune, l'insurrection elle- même, la portée historique de la Commune en tant que première révolution prolétarienne victorieuse et premier Etat prolétarien :
C'était essentiellement un gouvernement de la classe ouvrière, le produit de la lutte de classe des producteurs contre la classe des accapareurs, la forme politique à la fin découverte sous laquelle on pouvait réaliser l'émancipation économique du Travail. (P. 80.)
Dans le dernier chapitre, Marx décrit la férocité de la répression et la vengeance de la réaction victorieuse :
Le Paris ouvrier, avec sa Commune, sera célébré à jamais comme le glorieux fourrier d'une société nouvelle. Ses martyrs sont enclos dans le grand cœur de la classe ouvrière. Ses exterminateurs, l'histoire les a déjà cloués à un pilori éternel, duquel toutes les prières de leurs prêtres n'arriveront pas à les racheter. (P. 103.)
Dans son introduction à la Guerre civile, écrite en 1891, Engels présente de la façon suivante la marche des événements :
Pendant la guerre, les ouvriers parisiens s'étaient bornés à exiger la continuation énergique de la lutte. Mais maintenant qu'après la capitulation de Paris la paix s'était faite, Thiers, la nouvelle tête du gouvernement, était forcé de réaliser que la domination des classes possédantes — grands propriétaires fonciers et capitalistes — se trouverait en danger constant tant que les ouvriers parisiens garderaient les armes à la main Son premier acte fut une tentative de les désarmer. Le 18 mars, il envoya les troupes de la ligne avec l'ordre de voler l'artillerie appartenant à la garde nationale, fabriquée et payée par souscription pendant le siège de Paris. La tentative échoua, Paris se dressa comme un seul homme pour la défense, et la guerre entre Paris et le gouvernement français siégeant à Versailles fut déclarée ; le 26 mars, la Commune est élue ; le 28, elle est proclamée ; le Comité central de la garde nationale, qui jusqu'alors avait exercé le pouvoir, démissionna entre les mains de la Commune, après avoir aboli par décret la scandaleuse « police des mœurs » de Paris. Le 30, la Commune supprima la conscription de l'armée permanente et reconnut la garde nationale, à laquelle tous les citoyens valides devaient appartenir, comme la seule force armée ; elle remit tous les loyers d'octobre 1870 jusqu'en avril, en portant en compte les termes déjà payés pour l'échéance à venir et suspendit toute vente des gages au mont-de-piété municipal. Le même jour, les étrangers élus à la Commune fuient confirmés dans leurs fonctions, car « le drapeau de la Commune est celui de la République mondiale ». Le 1er avril fut décidé que le traitement le plus élevé d'un employé de la Commune, et donc aussi de ses membres, ne pourrait dépasser 6.000 francs. Le jour suivant furent décrétées la séparation de l'Eglise et de l'Etat, et la suppression de toutes les subventions d'Etat pour des buts religieux, ainsi que la transformation de tous les biens ecclésiastiques en propriété nationale; en conséquence de quoi, le 8 avril, fut ordonné, et, peu à peu, réalisé, le bannissement dans les écoles de tous les symboles, images, prières, dogmes religieux, bref de « tout ce qui relève de la conscience individuelle de chacun ». Le 5, en présence des exécutions renouvelées chaque jour des combattants de la Commune faits prisonniers par les troupes de Versailles, un décret fut rendu, mais jamais exécuté, concernant l'arrestation des otages. Le 6, la guillotine fut sortie par le 137e bataillon de la garde nationale et brûlée publiquement au milieu d'une bruyante joie populaire. Le 12, la Commune décida de renverser la colonne triomphale de la place Vendôme, coulée par Napoléon avec la fonte des canons conquis, après la guerre de 1805, comme symbole du chauvinisme et de la discorde des peuples. Cela fut exécuté le 16 mai. Le 16 avril, la Commune ordonna un recensement statistique des fabriques immobilisées par les fabricants et l'élaboration de plans pour la gestion de ces fabriques par les ouvriers qui y travaillaient jusque-là, réunis en associations coopératives, et aussi pour l'organisation de ces associations en une grande fédération. Le 20, elle abolit le travail de nuit des boulangers, ainsi que les bureaux de placement gérés en monopole, depuis le second Empire, par des individus choisis par la police, exploiteurs d'ouvriers de premier ordre ; ceux-ci furent réunis aux mairies des vingt arrondissements de Paris. Le 30 avril, elle ordonna la suppression des monts-de-piété, qui constituaient une exploitation privée des ouvriers à leurs instruments de travail et au crédit. Le 5 mai, elle décida la destruction de la chapelle expiatoire élevée en réparation de l'exécution de Louis XVI. (P. 26-28.)
Engels insiste sur la nécessité de :
... l'abolition violente de la puissance de l'Etat, telle qu'elle a été jusqu'ici et son remplacement par une nouvelle, vraiment démocratique. (P. 33.)
Il ajoute en terminant à l'adresse des « philistins social-démocrates » de l'époque :
Voulez-vous savoir, messieurs, de quoi cette dictature a l'air ? Regardez la Commune de Paris. C'était la dictature du prolétariat. (P. 34.)
On trouve dans les annexes à l'édition préparée par l'Institut Marx-Engels-Lénine, les célèbres lettres de Marx à Kugelmann, ses lettres à Beesly, etc. ; son rapport du 25 avril 1871 et le discours d'Engels du 18 mars 1886, consacré à la mémoire de la Commune de Paris.
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K. MARX et F. ENGELS. — Critiques des programmes de Gotha et d'Erfurt.
Les gloses marginales de Marx au sujet du programme de Gotha ont été rédigées le 5 mai 1875. Elles ont été publiées en 1891 par Engels à l'occasion du congrès d'Erfurt qui a adopté ce nouveau programme de la social- démocratie allemande. La critique est dirigée contre les fausses théories de Lassalle exprimées dans le programme. Marx s'élève contre la « loi d'airain des salaires », formulée par Lassalle, qui considère comme inopérante la lutte économique dans le cadre du régime capitaliste ; contre l'abandon de la lutte des classes remplacée par la formule équivoque sur la solution de la « question sociale » ; contre l'abandon de l'internationalisme prolétarien et la conception « étroitement nationale du mouvement ouvrier » ; contre l'idée fausse, qu'en face du prolétariat « foutes les autres classes ne forment qu'une masse réactionnaire », ce qui jette les classes moyennes dans les bras de la bourgeoisie ; contre l'insuffisance des revendications politiques et culturelles. En critiquant la revendication utopique de l'« Etat libre », Marx définit le rôle de l'Etat dans la période de transition au socialisme :
Entre la société capitaliste et la société communiste se place la période de transformation révolutionnaire de la première en la seconde. A quoi correspond une période de transition politique où l'Etat ne saurait être autre chose que la dictature révolutionnaire du prolétariat. (P. 33.)
Marx réfute le prétendu droit de l'ouvrier « au produit intégral du travail » et il trace à ce propos le tableau de la future société communiste, dont il prévoit le développement en deux phases : dans la première phase, il subsistera encore une certaine inégalité entre les hommes, due au développement insuffisant des forces productives sociales.
Mais ce sont là difficultés inévitables dans la première phase de la société communiste, telle qu'elle est sortie de la société capitaliste après un long et douloureux enfantement. (P. 24.)
C'est seulement dans la phase supérieure du communisme que : ... la société pourra écrire sur ses drapeaux : « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ». (P. 25.)
Dans sa lettre d'envoi Marx se dresse contre les concessions de principe accordées aux lassalliens et préconise, au lieu de la fusion précipitée sans une base de principe ferme, la collaboration des deux partis et l'établissement d'un programme d'action immédiate :
On devait se borner à conclure un accord pour l'action contre l'ennemi commun. (P. 15.)
Les lettres d'Engels à Bebel et à Bracke, écrites après le Congrès de Gotha, apportent de nouvelles précisions aux critiques de Marx. Dans sa lettre à Kautsky, du 29 juin 1891, Engels critique le projet du nouveau programme, adopté à Erfurt. Il s'attaque surtout à la fausse position du Parti à l'égard de l'Etat bourgeois et de la révolution en général. Il combat :
... l'opportunisme qui commence à exercer ses ravages dans une grande partie de la presse social-démocrate. Dans la crainte d'un renouvellement de la loi contre les socialistes... on veut maintenant que le Parti reconnaisse la situation légale présente en Allemagne comme pouvant suffire tout d'un coup au Parti à réaliser toutes ses revendications par la voie pacifique. (P. 60.)
Il recommande à Kautsky le programme du Parti ouvrier français, rédigé par Guesde et Lafargue sous le contrôle direct de Marx. En annexe, une lettre d'Engels sur Lassalle, du 23 février 1891, et le texte des programmes de Gotha et d'Erfurt.
V. LÉNINE. — La Commune de Paris.
Au début du livre figure l'article : « A la mémoire de la Commune », écrit en 1911. Lénine y explique quelles sont les conditions d'une révolution prolétarienne victorieuse :
Deux conditions au moins sont nécessaires pour qu'une révolution sociale puisse triompher : le niveau élevé des forces productives et la préparation du prolétariat. Mais, en 1871, ces deux conditions faisaient défaut. (P. 12.)
Dans un discours, prononcé en 1908, Lénine examine « les leçons de la Commune ». Il insiste sur ses fautes essentielles :
Le prolétariat s'arrêta à mi-chemin au lieu de procéder à l'expropriation des expropriateurs... La deuxième faute, ce fut l'excès de magnanimité du prolétariat. (P. 18.)
Dans sa préface aux Lettres à Kugelmann (1907), Lénine oppose l'attitude de Marx envers la Commune de Paris à celle adoptée par Plekhanov en 1905. Tandis que ce dernier jette aux insurgés moscovites de décembre 1905 la recommandation tardive du philistin : « Il ne fallait pas prendre les armes », Marx, qui, en septembre 1870, qualifia l'insurrection de folie, se déclara ensuite solidaire de la Commune et glorifia l'héroïsme des communards « prêts à monter à l'assaut du ciel ».
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Dans les copieux extraits de l’Etat et la Révolution (1917), Lénine montre la nécessité de détruire l'ancienne machine de l'Etat bourgeois et d'élever sur ses décombres la dictature prolétarienne. Il explique le fonctionnement de la Commune et en dégage les principes d'organisation de l'Etat prolétarien.
Dans sa polémique contre Kautsky (extrait de la Révolution prolétarienne et le renégat Kautsky) (1918), Lénine prouve l'impossibilité d'une démocratie pure et oppose à la démocratie bourgeoise réservée aux riches la démocratie prolétarienne. L'Etat prolétarien a pour but de sauvegarder cette démocratie des travailleurs contre les attaques de la bourgeoisie.
Dans un extrait du rapport sur le nouveau programme du Parti bolchevik, Lénine établit la continuité entre la Commune de Paris et l'U.R.S.S. :
Le pouvoir des Soviets est un appareil fait pour que les masses apprennent sans délai à administrer l'Etat et à organiser la production à l'échelle nationale. C'est un problème immensément difficile... C'est la continuation du chemin de la Commune de Paris. (P. 64.)
Les extraits des autres études de Lénine posent les différents problèmes de l'Etat prolétarien à la lumière des enseignements de la Commune de Paris.
V. LÉNINE. — La Révolution russe de 1905.
La révolution de 1905 fut, selon l'expression de Lénine, la « répétition générale » de la Révolution d'octobre 1917. Lénine l'a considérée comme le prologue à la fois de la révolution prolétarienne en Europe et des révolutions bourgeoises-démocratiques, agraires et nationales dans les pays coloniaux.
Les écrits de Lénine recueillis dans ce volume sont groupés par ordre chronologique (janvier-novembre 1905) et par sujet.
Lénine examine le rôle des classes et des partis, les méthodes et les formes de lutte, le rôle du prolétariat en tant qu'avant-garde de la masse paysanne.
Il montre l'originalité de la révolution de 1905 qui, malgré son caractère et son contenu bourgeois, fut dirigée par le prolétariat. Ce dernier s'est servi des moyens de lutte qui lui sont propres : la grève économique et politique de masse et l'insurrection armée.
C'est pourquoi Lénine dit que la révolution de 1905 était bourgeoise-démocratique dans son essence, prolétarienne par son caractère et ses moyens d'action.
Contrairement aux mencheviks qui se traînaient à la remorque de la bourgeoisie libérale, les bolcheviks considéraient que le but stratégique du mouvement était l'anéantissement complet de l'absolutisme, « l'achèvement total » de la révolution bourgeoise. Le mot d'ordre de la dictature démocratique des ouvriers et des paysans, développé par Lénine dans l'article portant ce titre, mettait en lumière la nécessité d'un gouvernement provisoire vraiment révolutionnaire d'où seraient exclus les représentants timorés de la bourgeoisie.
La participation du Parti bolchevik au gouvernement provisoire pouvait seule assurer l'hégémonie du prolétariat sur la paysannerie dans la lutte commune pour l'achèvement de la révolution bourgeoise.
Dans un bref résumé, Lénine oppose les trois camps qui s'affrontent : le tsarisme, la bourgeoisie libérale et le prolétariat, et formule d'une façon saisissante leurs revendications respectives.
Après la proclamation de la Constitution, Lénine, tout en saluant la première victoire, met en garde le prolétariat contre les illusions démocratiques, et annonce les grandes batailles imminentes.
L'article sur les « Leçons de l'insurrection de Moscou », écrit en 1906, et le discours prononcé le 22 janvier 1917, le jour du « douzième anniversaire du dimanche sanglant qui doit être considéré à bon droit comme le début de la révolution russe », contiennent l'appréciation générale du déroulement de la révolution. Le passage successif d'une forme du mouvement à une autre, l'effort créateur des masses découvrant cette forme nouvelle, le Soviet, la coordination de ces actions par l'avant-garde du prolétariat, leur aboutissement inévitable dans l'insurrection armée, toute cette réalité mouvante et compliquée devient claire grâce à l'analyse léniniste.
Lénine termine sa conférence par ces paroles prophétiques où il annonce la victoire prochaine de la Révolution d'Octobre et précise son contenu social :
Il est du reste incontestable que la révolution qui approche ne peut être qu'une révolution prolétarienne — et de plus dans un sens beaucoup plus profond, de par son contenu également — une révolution prolétarienne socialiste. (P. 80.)
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V. LÉNINE. — La Révolution d'Octobre.
Dans ce recueil d'articles, écrits entre février et octobre 1917, Lénine donne un raccourci saisissant de la marche du prolétariat vers le pouvoir.
Dans la première partie : « De Février à Octobre », Lénine précise les tâches du prolétariat dans la révolution, dénonce le mensonge de la défense nationale « révolutionnaire » et pose comme objectif immédiat le passage à la deuxième étape, à la révolution prolétarienne.
Il propose de conquérir par la persuasion la majorité dans le Soviet et de constituer un gouvernement ouvrier et paysan. Il caractérise la situation comme la dualité des pouvoirs :
La source sociale de cette dualité des pouvoirs et sa signification de classe, c'est que la révolution russe de mars 1917, non seulement a balayé la monarchie tsariste et remis tout le pouvoir à la bourgeoisie, mais confine à la dictature démocratique-révolutionnaire du prolétariat et des paysans. (P. 17.)
Lénine donne ensuite le tableau des partis politiques et définit leurs positions respectives. Il montre l'affaiblissement et le désarroi des partis de la démocratie petite-bourgeoise.
Dans la deuxième partie du livre « A la veille d'Octobre », Lénine montre les progrès de la réaction avec laquelle pactisent les socialistes petits-bourgeois :
De fait, le pouvoir d'Etat essentiel, c'est aujourd'hui en Russie la dictature militaire. (P. 53.)
Le stade du développement pacifique de la révolution est dépassé. Les libertés démocratiques sont attaquées, les bolcheviks emprisonnés. Il ne faut pas en ce moment (juillet) répondre aux provocations. Il faut se préparer à la bataille décisive. Le deuxième stade de la révolution (6 mai-9 juin) a marqué l'avance de la réaction bourgeoise.
La révolte réactionnaire de Kornilov, qui éclate quelques jours après la parution de cet article, confirme les prévisions de Lénine.
Dans la troisième partie intitulée : « Le Parti en tant qu'organisateur de l'insurrection d'Octobre », Lénine pose à l'ordre du jour la préparation immédiate de l'insurrection armée.
Les bolcheviks se sont renforcés, leur influence dans les Soviets est décisive. Les conditions objectives sont éminemment favorables. Mais il faut se préparer parce que « l'insurrection est un art », comme l'a dit Engels. Lénine développe les principes de la conception marxiste de l'insurrection et définit ensuite les objectifs de la révolution prolétarienne. Le 20 octobre, il déclare : « La crise est mûre ». (Sur le développement des événements d'Octobre, voir : J. Reed : Dix jours qui ébranlèrent le monde, E.S.I., Paris, 1932.)
Le 30 octobre, il réfute point par point toutes les objections contre la prise du pouvoir par les bolcheviks, dénonce avec une extrême vigueur l'attitude de Kamenev et de Zinoviev, qu'il qualifie de « briseurs de grève ». Dans une dernière lettre écrite le 6 novembre, la veille de la prise du pouvoir, Lénine lance un appel émouvant à la lutte :
La prise du pouvoir sera l'œuvre de l'insurrection... Le peuple a le droit et le devoir de trancher ces questions par la force et non par le vote... Le gouvernement hésite, il faut l'achever à tout prix. La temporisation dans l'action, c'est la mort. (P. 186.)
V. LÉNINE. — L'État et la Révolution.
Rédigé en août-septembre 1917, à la veille de la Révolution d'Octobre, cet ouvrage a pour but de dégager la théorie marxiste de l'Etat de ses déformations réformistes.
Voici le plan du livre, établi par Lénine dans la préface :
Nous passerons d'abord en revue la doctrine de Marx et d'Engels sur l'Etat, en nous arrêtant plus longuement sur ceux de ses aspects que l'opportunisme a oubliés ou dénaturés. Nous étudierons ensuite spécialement le représentant le plus autorisé de ces doctrines déformées, Karl Kautsky... Nous tirerons enfin les principaux enseignements de l'expérience des révolutions russes, celle de 1905 et surtout celle de 1917. (P. 4.)
Lénine n'a pas pu réaliser la troisième partie de son livre, il fut « empêché » par la Révolution d'Octobre, comme il le dit lui-même dans la postface à son livre :
Il est plus utile et plus agréable de faire « l'expérience d'une révolution » que d'écrire sur elle. (P. 139.)
Lénine dégage la théorie générale de l'Etat du livre d'Engels, intitulé les Origines de la famille, de la propriété privée et de l'Etat. Il étudie ensuite l'analyse, faite par Marx et Engels, de la révolution de 1848 et de la Commune de Paris et leur théorie du dépérissement de l'Etat et de la transition du capitalisme au communisme.
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L'Etat apparaît quand le développement des forces productives et la division sociale du travail entraînent la division de la société en classes, en exploiteurs et exploités. La classe d'exploiteurs a désormais besoin d'un appareil de violence, de coercition pour obliger les exploités à travailler, les empêcher de fuir, de se révolter.
Cet appareil d'oppression, c'est l'Etat.
Les formes de l'Etat sont très différentes, mais la nature de l'Etat est toujours la même. Cette nature se manifeste dans la contrainte, dans l'emploi de la violence. Le but de cette contrainte est de maintenir et de sauvegarder l'exploitation de classe :
La société capitaliste, considérée dans ses conditions de développement les plus favorables, nous offre une démocratie plus ou moins complète dans la République démocratique. Mais cette démocratie est toujours comprimée dans le cadre étroit de l'exploitation capitaliste ; aussi n'est-elle jamais, au fond, que la démocratie d'une minorité, des classes possédantes, des riches. La liberté, en société capitaliste, reste toujours à peu près ce qu'elle fut dans les Républiques de la Grèce antique : une liberté des maîtres fondée sur l'esclavage. (P. 99.)
La démocratie bourgeoise est destinée à camoufler la domination de la bourgeoisie. Le Parlement n'accomplit que la volonté, ne défend que les intérêts de la bourgeoisie.
Cela ne signifie nullement que le marxisme prend une position négative à l'égard de la République démocratique, qui constitue un grand progrès par rapport au despotisme.
Mais le cadre de la démocratie bourgeoise maintient le prolétariat dans la servitude.
La tâche historique de la classe ouvrière est de dépasser ce stade d'organisation sociale déjà périmée, d'instaurer le régime socialiste.
Or, cette tâche ne peut être réalisée que par la destruction de l'Etat bourgeois et par la conquête révolutionnaire du pouvoir par le prolétariat.
Pour écraser définitivement les exploiteurs et renforcer son pouvoir, le prolétariat doit ériger sur les ruines de l'Etat bourgeois son propre Etat, la dictature du prolétariat.
Cette idée se dégage des écrits de Marx et d'Engels dès 1848, mais c'est seulement après l'expérience de la Commune de Paris qu'elle fut formulée d'une façon définitive.
Mais pour élaborer en détail la théorie marxiste de l'Etat prolétarien, il a fallu que le régime capitaliste entrât dans la dernière période de son existence, dans la période impérialiste. C'est alors que Lénine a pu achever, dans ce domaine, l'œuvre de Marx et d'Engels.
Lénine montre que le pouvoir prolétarien ne substitue pas seulement au gouvernement bourgeois un nouveau gouvernement, mais qu'il détruit l'ancienne machine de l'Etat et la remplace par un appareil complètement nouveau, par la démocratie ouvrière qui exerce un pouvoir dictatorial à l'égard des anciennes classes dominantes.
La dictature du prolétariat englobe toute une époque de l'histoire, celle de la transition du capitalisme au socialisme, celle de l'édification de la société communiste sans classes.
Elle a pour but de briser la résistance de la bourgeoisie nationale et d'empêcher l'intervention du capital étranger ; d'extirper les vestiges du capitalisme ; d'éduquer les masses dans l'esprit socialiste ; d'organiser l'édification du socialisme.
En extirpant les racines économiques, sociales et intellectuelles de l'ancien régime, la dictature du prolétariat prépare la disparition progressive des classes et, par conséquent, de l'Etat, appareil de domination d'une classe sur une autre.
Ainsi, à travers le stade inférieur du communisme, le socialisme, où subsistent encore certains vestiges de l'ancienne société, on s'achemine vers la société communiste intégrale où disparaîtront les dernières traces d'inégalité parmi les hommes.
Lénine stigmatise les opportunistes de la IIe Internationale qui ont déformé et dissimulé les enseignements marxistes sur l'Etat.
Il montre que, dans sa polémique contre Bernstein, Kautsky a, en fait, capitulé devant le réformisme dans la question cruciale de la conquête révolutionnaire du pouvoir et de la destruction de l'appareil administratif de l'Etat bourgeois. Il est resté, en réalité, dans le cadre de la République parlementaire. Kautsky « a renié la révolution tout en la reconnaissant en paroles ». (Nous tenons à recommander comme lectures complémentaires pour l'étude du problème de l'Etat les deux ouvrages suivants : K. Marx et F. Engels : Contre l'anarchisme ; V. Lénine : De l'Etat.)
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V. LÉNINE. — La Révolution prolétarienne et le renégat Kautsky.
Ce livre fut écrit, en novembre 1918, en réponse à la brochure de Kautsky : la Dictature du prolétariat. Lénine montre tout d'abord la rupture de Kautsky avec la théorie marxiste de l'Etat, exposée déjà dans l'État et la
Révolution. Mais il aborde le problème sous un aspect différent. La démocratie pure ne peut pas exister dans une société divisée en classes. La démocratie pour la classe
dominante se combine avec la dictature sur la classe dominée : La dictature est un pouvoir qui s'appuie directement sur la force et qui n'est soumis à aucune loi. (P. 15.)
La bourgeoisie, classe exploiteuse, dissimule sa dictature sous les phrases démocratiques. Le prolétariat la proclame ouvertement :
La dictature révolutionnaire du prolétariat est un pouvoir conquis et maintenu par la force employée par le prolétariat contre la bourgeoisie, pouvoir qui n'est soumis à aucune loi. (P. 16.)
La démocratie bourgeoise reste toujours une forme plus ou moins camouflée de la domination du Capital :
Les Parlements bourgeois sont dans une dépendance d'autant plus grande de la Bourse et des banquiers que la démocratie est plus développée. (P. 29.)
En rejetant le parlementarisme bourgeois et la duperie de l'égalité politique formelle :
La démocratie prolétarienne, dont le régime soviétique est une des formes, a donné à la démocratie un développement et une extension inconnus au monde, au profit de l'immense majorité de la population, au profit des exploités et des travailleurs. (P. 29-30.)
Non seulement l'égalité entre l'exploiteur et l'exploité n'est pas possible en régime capitaliste, mais même après la conquête du pouvoir, malgré la prépondérance numérique du prolétariat, les bourgeois « restent quand même plus forts » en raison de la richesse, de leur expérience, de leurs connaissances militaires, du soutien extérieur, etc. :
Dans toute révolution profonde, les exploiteurs opposent une résistance prolongée, acharnée, désespérée et conservent, des années durant, des avantages considérables sur les exploités. (P. 39.)
Ainsi s'explique et se justifie la nécessité de la dictature du prolétariat qui rejette le cadre de la démocratie bourgeoise pour assurer l'épanouissement de la démocratie du travail :
La démocratie bourgeoise a été un progrès par rapport au moyen âge et il fallait en faire usage. Mais actuellement elle est insuffisante pour la classe ouvrière. Ce n'est pas en arrière qu'il faut regarder, mais en avant, et la démocratie bourgeoise doit faire place à la démocratie prolétarienne. Si, pour accomplir le travail préparatoire à la révolution prolétarienne... nous avons pu et même dû nous tenir dans le cadre de l'Etat démocratique bourgeois, maintenant que nous en sommes venus aux « batailles décisives », renfermer le prolétariat dans ce cadre, c'est trahir la cause prolétarienne, c'est agir en renégat. (P. 49.)
Les Soviets, instrument de la lutte pour le pouvoir, se transforment, au cours même de la lutte, en instrument du pouvoir, en nouveau type d'Etat. Par contre, l'Assemblée constituante, forme progressive par rapport à la Douma tsariste, est devenue, face aux Soviets, le refuge de la contre-révolution. Elle ne représentait plus la volonté du peuple, groupé autour des Soviets, sa dissolution était une nécessité historique.
Lénine expose dans les grandes lignes les principes de la Constitution soviétique, tels qu'ils étaient formulés dans la Déclaration des droits du peuple travailleur et exploité.
L'internationalisme prolétarien, tel est le principe de la politique bolchevik avant, pendant et après la Révolution d'Octobre. D'où le courant de sympathie pour les Soviets, d'où le caractère mondial du bolchévisme, seul représentant authentique du marxisme révolutionnaire. En répondant aux reproches d'avoir dépassé le cadre de la révolution bourgeoise sans pouvoir accomplir la révolution socialiste, Lénine donne le schéma de la transformation de celle-là en celle-ci :
Nous avons été d'abord avec toute la classe paysanne contre la monarchie ; contre les grands propriétaires fonciers, contre la féodalité, et ç'a été la révolution bourgeoise, démocratique-bourgeoise.
Ensuite, nous avons été avec la classe paysanne pauvre, avec le demi-prolétariat, avec tous les exploités contre le capitalisme, y compris les riches campagnards, les accapareurs, les spéculateurs, et dès lors la révolution est devenue socialiste. (P. 99.)
La révolution prolétarienne a achevé, en passant, la révolution bourgeoise-démocratique. Par la nationalisation et la répartition égalitaire du sol elle a créé les conditions indispensables à la formation de l'agriculture socialiste.
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V. LÉNINE. — La Maladie infantile du communisme.
Ecrit en avril-mai 1920, ce livre est consacré à la lutte contre les tendances de « gauche » apparues au sein des Partis communistes de l'Europe occidentale et, en particulier, dans ceux d'Allemagne, d'Angleterre et de Hollande.
Lénine indique la portée mondiale de la Révolution d'Octobre, qui a déplacé le centre du mouvement prolétarien vers la Russie, il montre qu'une des conditions fondamentales du succès des bolcheviks était leur expérience de lutte de quinze ans, extrêmement variée et qui leur a permis de forger un parti fondé sur la théorie marxiste, lié aux masses et capable de guider et de convaincre celles-ci, par leur propre expérience, de la justesse de la politique bolchevik.
Lénine trace les principales étapes de l'histoire du bolchévisme qu'il divise en années de préparation révolutionnaire (1902-1905) ; en années de révolution (1905-1907) ; en années de réaction (1907-1910) ; en années de relèvement (1910-1914) ; en années de la première guerre impérialiste mondiale (1914-1917) ; enfin en années de la seconde révolution russe (février-octobre 1917). Il conclut, en se fondant sur l'expérience du mouvement soviétique dans de nombreux pays, que :
Dans certaines questions tout à fait essentielles de la révolution prolétarienne, tous les pays passeront inévitablement par où a passé la Russie. (P. 20.)
Si l'opportunisme fut le principal ennemi du bolchévisme au sein du mouvement ouvrier, le bolchévisme a dû combattre, en même temps, durant toute son existence, le révolutionnarisme petit-bourgeois, qui frôle l'anarchisme :
L'anarchisme a souvent été une espèce d'expiation du mouvement ouvrier pour ses péchés opportunistes. Ces deux monstruosités se complètent l'une l'autre. (P. 22.)
Lénine cite les exemples de la lutte contre les déviations de « gauche » qui ont permis aux bolcheviks de se lier à la masse et d'utiliser les positions légales sous le tsarisme.
Il réfute les arguments de la « gauche » allemande, montre la nécessité d'un parti fortement centralisé, discipliné, ayant à sa tête des chefs éprouvés dans la lutte :
Nier la nécessité du Parti, et de la discipline du Parti, voilà le résultat auquel est arrivée l'opposition. Or, cela équivaut à désarmer entièrement le prolétariat au profit de la bourgeoisie. (P. 33.)
Lénine prouve l'obligation pour les communistes de travailler dans les syndicats réformistes, même les plus réactionnaires. Il expose à ce propos la structure de l'appareil soviétique et ses formes de liaison avec les masses. Pour Lénine, les syndicats constituent une forme élémentaire, embryonnaire, de la lutte de classes et doivent être idéologiquement dirigés par la forme supérieure du groupement de la classe — le parti révolutionnaire du prolétariat. Les tendances réactionnaires des syndicats expriment les intérêts de l'aristocratie ouvrière embourgeoisée qu'il faut combattre au sein des syndicats pour libérer la masse de leur influence néfaste.
Lénine examine aussi dans quelles circonstances il convient de boycotter le Parlement bourgeois et conclut à la nécessité de la participation des communistes à l'action parlementaire et aux campagnes électorales. Il cite les exemples d'un député révolutionnaire, Karl Liebknecht et de la fraction bolchevik à la Douma tsariste qui ont contribué grandement au développement du mouvement révolutionnaire pendant la guerre.
En citant la polémique d'Engels contre les blanquistes, Lénine aboutit à l'impossibilité de rejeter tout compromis. Il montre, par contre, la différence entre le compromis qui affaiblit l'adversaire de classe et celui qui le renforce et conduit le prolétariat dans le camp ennemi. Le Parti doit manœuvrer, louvoyer, recourir à des accords temporaires, à des compromis pour vaincre la bourgeoisie :
L'essentiel est de savoir appliquer cette tactique de manière à élever, et non à abaisser, le niveau général de conscience, d'esprit révolutionnaire, de capacité de lutte et de victoire du prolétariat. (P. 62.)
C'est en partant de ces considérations d'ordre général que Lénine critique les communistes anglais qui ne voient aucune différence entre le réformiste Henderson et le réactionnaire Lloyd George. Lénine préconise le soutien du Labour Party par les communistes et leur adhésion à ce parti à condition de garder la liberté de critique. Plus vite les réformistes arriveront au pouvoir, plus vite ils étaleront devant la masse leur incapacité et leur trahison.
Lénine conclut par la nécessité d'éliminer le doctrinarisme de « gauche », de tenir compte des particularités de chaque pays dans le cadre de la politique internationale du prolétariat révolutionnaire, de la conquête des masses à la politique de l'avant-garde représentée par le Parti communiste, la condition indispensable de la révolution. Il insiste sur la nécessité d'utiliser toutes les formes de l'activité sociale et de savoir les remplacer l'une par l'autre à l'improviste, conformément aux besoins de la situation.
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D. ÉDIFICATION DU SOCIALISME
(Voir également : V. Lénine : L'Etat et la Révolution. ; V. Lénine : La Révolution prolétarienne et le renégat Kautsky. ; J. Staline : Les Questions du léninisme. La nouvelle édition, revue et remaniée de cet ouvrage, n'étant pas encore parue en français, nous ne pouvons pas en donner l'analyse. Nous renvoyons le lecteur à l'analyse des Principes du léninisme (voir p. 8) qui constitue une des parties essentielles de cette œuvre. Les autres études sont consacrées aux problèmes du mouvement ouvrier international et surtout à l'ensemble des problèmes de l'édification du socialisme.)
J. STALINE. — La Révolution d'Octobre.
C'est un recueil d'articles et de discours qui embrasse la période de 1918 à 1927. Staline y traite de tous les problèmes décisifs de la Révolution d'Octobre et de la possibilité du socialisme en U.R.S.S. Il réfute, entre autres déviations, les théories mencheviks de Trotski.
L'ouvrage commence par une étude sur la question nationale et la Révolution d'Octobre. Staline montre que la révolution de Février n'a pas résolu ce problème, tandis que la Révolution d'Octobre a réalisé le programme bolchevik dans la question nationale :
La paix, la révolution agraire et la liberté des nationalités, voilà les trois facteurs essentiels qui ont amené sous le drapeau rouge du prolétariat russe des paysans de plus de vingt nationalités de l'immense Russie. (P. 52.)
En parlant de trois années de la dictature prolétarienne, Staline les divise en trois périodes et ouvre les perspectives de la réalisation socialiste ; la première période, qui va jusqu'à la révolution allemande, où les impérialistes ignoraient la Russie des Soviets ; la deuxième période, qui s'étend depuis la révolution allemande jusqu'à la défaite de Denikine, où les alliés ont dirigé toutes leurs forces disponibles contre la Russie des Soviets ; la troisième période, après la défaite de la Pologne, où non seulement les impérialistes ont remarqué l'existence de l'U.R.S.S. et sa puissance socialiste, non seulement ils l'ont reconnue en fait, mais ils la craignent.
Dans un article, écrit en 1921, sur le Parti après la prise du pouvoir, Staline montre d'abord les forces et les ressources du Parti, qui, malgré les difficultés, lui ont permis de remporter la victoire. Il définit ensuite les tâches du Parti sur le terrain extérieur et intérieur :
Les tâches de notre Parti au cours de cette période dans le domaine de la politique extérieure sont déterminées par sa position de parti de la révolution internationale. (P. 50.)
1. Profiter des antagonismes inter-impérialistes ; 2. Venir en aide à la révolution prolétarienne en Occident ; 3. Renforcer le mouvement d'émancipation nationale en Orient ; 4. Renforcer l'Armée rouge.
Les tâches du Parti au cours de cette période dans le domaine de la politique intérieure sont déterminées par la situation de notre parti à l'intérieur du pays en tant que parti travaillant à l'édification pacifique. (P. 50.)
1. Consolider l'alliance du prolétariat et de la paysannerie ; 2° Développer l'industrie.
Staline réfute la fausse théorie de Kautsky sur « la majorité obligatoire » du prolétariat au sein de la population pour conquérir le pouvoir. Il prouve que l'alliance effective du prolétariat et de la paysannerie constitue la base du pouvoir des Soviets en Russie.
A propos de la stratégie des bolcheviks, Staline marque, en 1923, trois tournants historiques, accomplis par le Parti :
1. La marche vers la révolution bourgeoise-démocratique en Russie ; 2. La marche vers la dictature du prolétariat en Russie ; 3. La marche vers la révolution prolétarienne en Europe :
La valeur de ce plan stratégique consiste non seulement en ce qu'il appréciait de façon juste les forces motrices de la révolution mondiale, mais aussi en ce qu'il prévoyait et facilitait le procès, qui se révéla plus tard, de transformation de la Russie soviétique en centre d'attraction du mouvement révolutionnaire du monde entier, en drapeau de l'émancipation des ouvriers d'Occident et des colonies de l'Orient. (P. 63.)
Dans un article fondamental, datant de 1923, Staline définit les rapports de la Révolution d'Octobre avec les classes moyennes :
La Révolution d'Octobre, la première de toutes les révolutions du monde, posa au premier plan la question des couches moyennes et, avant tout, de la paysannerie, et la résolut avec succès en dépit de toutes les « théories » et de toutes les lamentations des héros de la Deuxième Internationale. C'est là son principal mérite. (P. 66.)
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La Révolution d'Octobre a marqué par ses actes le début de la lutte du prolétariat pour enlever au capital les réserves profondes que sont les masses populaires des pays opprimés ou lésés dans leurs droits, c'est elle qui, la première, leva le drapeau de la lutte pour la conquête de ces réserves. C'est là son second mérite. (P. 67.)
En un mot, la Révolution d'Octobre a frayé aux idées du socialisme le chemin vers les couches moyennes, non prolétariennes, paysannes, de toutes les nationalités, de toutes les races, elle a rendu le drapeau du socialisme populaire parmi elles. C'est là son troisième mérite. (P. 68.)
Staline réfute les théories anti-léninistes de Trotski, et montre l'incompatibilité du trotskisme et du léninisme. C'est dans la conception même de la dictature du prolétariat que gît le désaccord fondamental :
La dictature du prolétariat, selon Lénine, c'est un pouvoir qui s'appuie sur l'alliance du prolétariat et des masses laborieuses de la paysannerie pour « le renversement complet du Capital », pour « l'édification définitive et l'affermissement du socialisme ».
La dictature du prolétariat, selon Trotski, c'est un pouvoir entrant en « conflits » avec « les larges masses paysannes » et cherchant la solution de ses « contradictions » uniquement « sur l'arène d'une révolution prolétarienne mondiale ». (P. 103.)
Manque de confiance dans les forces et les capacités de notre révolution, manque de confiance dans les forces et les capacités du prolétariat de Russie, tel est le sous-sol de la théorie de la « révolution permanente ». (P. 111.)
Ainsi, la théorie de la révolution permanente de Trotski aboutit à la conclusion de l'impossibilité de l'édification du socialisme en U.R.S.S. Staline affirme, par contre, la possibilité de la victoire définitive du socialisme en U.R.S.S. avant même que triomphe la révolution mondiale.
En 1925, Staline définit de nouveau les tâches du Parti : 1. Outiller à neuf l'industrie d'Etat et la développer encore sur une nouvelle base technique. Cette industrie d'Etat, est, par son type, une industrie socialiste, base essentielle de la dictature du prolétariat ; 2. Attirer à la coopération des millions de paysans, car lorsqu'existent la dictature du prolétariat et l'industrie du type socialiste, la coopération constitue l'engrenage essentiel pour entraîner la paysannerie dans le système de l'édification socialiste. (P. 131.)
J. STALINE. — La Collectivisation du village.
Ce recueil, paru en 1930, englobe des travaux de Staline consacrés à la question du socialisme à la campagne.
Dans son article du 7 novembre 1929, intitulé « l'année du grand tournant », Staline définit les principes de l'édification de l'économie rurale. Il réfute les objections pseudo-scientifiques contre la collectivisation de masse soulevées par les opportunistes de droite. Il prouve par les faits que la voie adoptée était celle de Lénine, la seule qui mène le paysan au socialisme, par la supériorité de la grande exploitation agricole socialiste, sur la petite économie paysanne individuelle :
Le fait nouveau et décisif dans le mouvement actuel de collectivisation de l'agriculture consiste en ce que les paysans s'organisent en kolkhoz, non par groupes isolés, comme c'était le cas jusqu'à présent, mais par villages, par districts, par rayons et voire même par régions entières. Que signifie cela ? Cela signifie que le paysan moyen adhère au kolkhoz. C'est là l'essentiel du tournant radical dans le développement de l'économie rurale, qui constitue le succès le plus important du pouvoir soviétique pour l'année écoulée. (P. 20-21.)
Dans son discours prononcé le 27 décembre 1929 à la conférence des théoriciens marxistes de la question agraire, Staline soulève une série de problèmes théoriques de première importance. Il réfute la théorie de l' « équilibre » des secteurs de l'économie soviétique, la théorie antimarxiste du « développement automatique » de l'édification socialiste.
La ville socialiste doit mener à sa suite la campagne petite-paysanne, en y implantant des kolkhoz et des sovkhoz et en la transformant à la manière socialiste. (P. 34.)
Il dénonce la fausse théorie de la « persistance » de la petite économie paysanne dans les conditions de la dictature du prolétariat, de la socialisation du sol, etc.
Les kolkhoz, en tant que type d'économie, sont une des formes de l'économie socialiste... Peut-on nier que les kolkhoz dans l'ensemble, avec leurs contradictions et leurs défauts, représentent, comme fait économique, une nouvelle voie du développement de la campagne, à savoir la voie du développement socialiste, en opposition à la voie koulak, capitaliste ? (P. 46-47.)
Une différence essentielle existe entre la lutte de classes à l'extérieur des kolkhoz, avant leur formation et après celle-ci.
C'est la lutte contre le koulak qui possède les instruments et les moyens de production, dont il use pour asservir les paysans pauvres. C'est là une lutte à mort. (P. 49.)
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Tandis que la lutte sur la base du kolkhoz, dans son sein, signifie : 1. Que le koulak est battu et privé des instruments de production ; 2. Que les paysans pauvres et moyens sont unis en collectivités agricoles ; 3. Qu'elle se déroule entre les membres du kolkhoz dont certains influencés par les koulaks tentent d'exploiter certaines inégalités dans leur intérêt, alors que les autres veulent les éliminer.
Dans son article, « A propos de la liquidation des koulaks en tant que classe », paru le 21 janvier 1930, Staline explique le tournant réalisé par le Parti dans cette question essentielle :
Pour évincer les koulaks en tant que classe, il faut briser la résistance de cette classe dans la lutte ouverte, il faut lui ravir les ressources de son existence et de son développement...
Par conséquent, la politique actuelle du Parti à l'égard du village n'est pas une continuation de l'ancienne politique, mais un tournant de l'ancienne politique de restriction (et d'évincement) des éléments capitalistes du village vers la nouvelle politique de liquidation des koulaks en tant que classe. (P. 65-66.)
A propos du tournant réalisé à la campagne, Staline ajoute une série de précisions à son article précédent dans ses réponses aux questions que lui ont posées les étudiants de l'Université Sverdlov, le 10 février 1930. Il explique que dans le kolkhoz le paysan moyen et le paysan pauvre fusionnent dans le groupe uniforme des paysans kolkhoziens, que le mot d'ordre de la liquidation du koulak est devenu le mot d'ordre principal, tandis que celui de sa limitation est devenu secondaire, auxiliaire. (P. 75.)
Dans son fameux article « Les succès nous tournent la tête », Staline s'élève contre les exagérations et les abus qui ont eu lieu au cours de la collectivisation.
Le maillon essentiel du mouvement des économies collectives, sa forme actuellement prédominante, à laquelle il faut se maintenir, est l'artel agricole. (P. 82.)
La tâche immédiate du Parti est d'en finir avec les tendances à la socialisation totale de toute la vie paysanne qui ne peuvent que nuire au succès du mouvement et mécontentent les paysans.
Dans sa « Réponse aux camarades membres des kolkhoz », paru le 3 avril 1930, Staline commente son article précédent. Il montre que l'emploi de la violence est inadmissible à l'égard du paysan moyen, allié du prolétariat, qu'il faut tenir compte de la diversité des conditions économiques dans lesquelles se déroule la collectivisation, qu'il est inadmissible de sauter les formes incomplètes en voulant imposer la commune, forme achevée du socialisme à la campagne.
Le statut modèle, donné en annexe à ce recueil, fut modifié au IIe congrès des kolkhoziens de choc, tenu en 1935. Ce nouveau statut accorde aux kolkhoziens la jouissance perpétuelle de la terre.
J. STALINE. — Deux Bilans.
Dans son rapport présenté le 27 juin 1930 au XVIe congrès du P.C. de l'U.R.S.S., Staline fait d'abord le tableau de la situation mondiale, des antagonismes capitalistes, des rapports de l'U.R.S.S. avec le monde, capitaliste :
Notre politique est une politique de paix et d'affermissement des relations commerciales avec tous les pays... Cette politique de paix, nous la continuerons de toutes nos forces, par tous nos moyens. Nous ne voulons pas un pouce de territoire étranger. Mais nous ne céderons pas un pouce de notre territoire à qui que ce soit. (P. 17.)
Staline passe ensuite à l'examen de la situation intérieure qu'il caractérise de la façon suivante :
A l'opposé des pays capitalistes où sévissent maintenant la crise économique et le chômage grandissant, la situation intérieure de notre pays nous offre le spectacle d'un essor croissant de l'économie nationale et d'une diminution progressive du chômage. La grande industrie a grandi et accéléré le rythme de son développement, l'industrie lourde s'est fortifiée. Le secteur socialiste de l'industrie a fait de grands progrès. Une force nouvelle a fait son apparition dans l'agriculture : les exploitations soviétiques (sovkhoz) et les exploitations collectives (kolkhoz). Si, il y a deux ans, nous avions une crise des céréales, et nous nous appuyions principalement, dans le stockage, du blé, sur les exploitations individuelles, le centre de gravité s'est maintenant reporté sur les exploitations collectives et soviétiques, et l'on peut considérer, de façon générale, la crise des grains comme résolue. Les grandes masses des paysans se sont définitivement tournées vers les exploitations collectives. La résistance des paysans riches a été vaincue. La situation intérieure de l'U.R.S.S. s'est affermie. (P. 18.)
Après avoir cité une série de données à l'appui de cette appréciation, Staline étudie les difficultés nouvelles :
Ce ne sont pas des difficultés de déclin ou de marasme, ce sont des difficultés de croissance, d'essor, de progrès. (P. 40.)
C'est pourquoi les résultats obtenus posent devant le prolétariat au pouvoir une tâche historique, celle de « l'organisation de l'offensive socialiste sur toute la ligne ». (P. 41.)
Staline glorifie l'initiative créatrice des masses, exprimée dans le mouvement de l'émulation socialiste :
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Le plus remarquable dans l'émulation, c'est qu'elle révolutionne les idées des gens sur le travail, qu'elle le transforme d'une charge lourde et pénible qu'il était naguère, en une question d'honneur, de gloire, de vaillance et d'héroïsme. (P. 46.)
Staline dresse, dans une page devenue célèbre, le bilan capitaliste et celui de l'U.R.S.S. ; il définit la cause de la supériorité du système soviétique ; il fixe enfin les tâches concrètes du Parti pour la période à venir.
Il s'agit de continuer à l'avenir notre lutte inflexible sur les deux fronts, contre les « gauches » qui représentent le radicalisme petit-bourgeois et contre les droitiers qui représentent le libéralisme petit-bourgeois. (P. 72.)
Staline s'attaque également aux déviations de droite et de gauche dans la question nationale :
Qu'est-ce que la culture nationale sous la domination de la bourgeoisie nationale ? C'est une culture bourgeoise par non contenu et nationale dans sa forme, dont l'objet est de verser aux masses le poison nationaliste et d'affermir la domination de la bourgeoisie.
Qu'est-ce que la culture nationale sous la dictature du prolétariat ? C'est une culture socialiste par son contenu et nationale dans sa forme, dont l'objet est de donner aux masses une éducation internationaliste et d'affermir la dictature du prolétariat. (P. 75-76.)
J. STALINE. — Le Bilan du premier plan quinquennal.
C'est un discours prononcé le 7 janvier 1933 devant le Comité central du Parti bolchevik. Staline cite l'opinion de la presse bourgeoise qui avoue le succès du plan, indique son importance internationale :
Les succès du plan quinquennal mobilisent les forces révolutionnaires de la classe ouvrière de tous les pays contre le capitalisme. C'est là un fait incontestable. On ne saurait douter de la portée révolutionnaire immense du plan quinquennal. (P. 11.)
Les tâches essentielles du plan étaient : 1. De donner au pays la technique moderne ; 2. D'éliminer les éléments capitalistes et de préparer les bases économiques de la société socialiste sans classes ; 3. De créer l'industrie capable de ré-outiller l'agriculture ; 4. De collectiviser l'agriculture ; 5. De renforcer les capacités de défense du pays.
Le Parti avait raison de combattre les trotskistes et les droitiers adversaires des rythmes accélérés de l'industrialisation et de la collectivisation.
Au cours du deuxième plan on pourra ralentir un peu l'allure de l'édification parce que : 1 On a fourni une base technique moderne à l'économie nationale ; 2. On a élevé la capacité de défense du pays :
Au cours de la première période quinquennale, nous avons réussi à organiser l'enthousiasme pour l'édification nouvelle et nous avons obtenu des succès décisifs. C'est très bien. Mais cela ne suffit plus aujourd'hui : maintenant nous devons compléter cette œuvre par l'enthousiasme pour l'assimilation des nouvelles usines et de la technique moderne, le relèvement sérieux de la productivité du travail, la réduction sensible des prix de revient. C'est là, à l'heure actuelle, chose essentielle. (P. 22.)
Maintenant la question : être ou ne pas être, ne se pose plus pour le kolkhoz. Elle est déjà définitivement tranchée dans le sens affirmatif. Les kolkhoz ont pris racine et la voie vers l'ancienne exploitation individuelle est fermée à jamais. Il s'agit à présent de consolider les kolkhoz au point de vue de l'organisation, d'en chasser les saboteurs, de réunir les cadres bolcheviks éprouvés et de rendre les kolkhoz réellement bolcheviks. (P. 28.)
Staline indique l'amélioration du niveau matériel et culturel des travailleurs et insiste sur la nécessité de développer le commerce soviétique. Il réclame une vigilance révolutionnaire renforcée contre les ennemis du socialisme, la protection vigoureuse du bien commun.
J. STALINE. — Dans la bonne voie.
C'est le discours de Staline prononcé le 19 février 1933 au premier congrès des kolkhoziens de choc.
Staline démontre que la voie du kolkhoz était la seule juste, mais qu'il fallait réunir avant de s'y engager une série de conditions préalables ; 1. Etablir le pouvoir soviétique ; 2. Chasser les propriétaires fonciers ; 3. Maîtriser le koulak ; 4. Donner aux paysans pauvres et moyens, groupés dans le kolkhoz, les machines et les tracteurs.
Staline oppose le village collectivisé à l'ancien village du temps des tsars :
Avec le régime nouveau, le régime des kolkhoz, les paysans travaillent en commun, par artel, à l'aide de nouveaux instruments, tracteurs et machines agricoles ; ils travaillent à leur profit et à celui des kolkhoz ; ils vivent sans capitalistes ni propriétaires fonciers, sans koulaks ni spéculateurs ; ils travaillent pour améliorer chaque jour leur situation matérielle et culturelle. (P. 13.)
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Staline se dresse contre l'admission du koulak au kolkhoz. Il indique le progrès accompli depuis quatre ans à la campagne, progrès qui a assuré l'existence des paysans travailleurs et les a libérés de l'emprise du koulak.
Mais ce n'était que le premier pas. Il faut obtenir de nouveaux succès : Elever encore la position des kolkhoziens, anciens paysans pauvres et moyens, rendre tous les kolkhoziens aisés. (P.
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Staline ajoute quelques remarques sur le rôle des militants kolkhoziens sans-parti, des femmes, des jeunes. Il recommande plus de sollicitude à l'égard des paysans individuels, voulant adhérer au kolkhoz :
Je ne m'oppose pas à ce que les nouveaux membres soient admis avec discernement. Mais je m'oppose à ce qu'on ferme la porte à tous les paysans individuels sans distinction. (P. 25.)
En terminant, Staline met en garde les kolkhoziens de choc contre la tendance à la vantardise, il recommande le travail « modeste et invisible » qui, accompli réellement, constitue une grande œuvre historique. (P. 26.)
J. STALINE. — Deux Mondes.
Dans son rapport, fait le 26 janvier 1934 au XVIIe congrès du Parti bolchevik, Staline caractérise la situation internationale issue de la crise économique.
La lutte des classes s'est aggravée malgré l'offensive fasciste de la bourgeoisie :
Les masses populaires n'en sont pas encore au point de livrer assaut au capitalisme, mais l'idée de cet assaut mûrit dans la conscience des masses. (P. 12.)
Les dangers de guerre et d'agression antisoviétique augmentent. Mais l'U.R.S.S. continue avec succès sa politique de paix :
Nous sommes partisans de la paix et défendons la cause de la paix. Mais nous ne craignons pas les menaces et sommes prêts à rendre coup pour coup aux fauteurs de guerre. (P. 23.)
Cette politique de paix de l'U.R.S.S. s'appuie : 1. Sur sa puissance politique et économique ; 2. Sur le soutien moral du prolétariat des pays capitalistes ; 3. Sur le bon sens des pays partisans du maintien de la paix ; 4. Sur son Armée rouge. (P. 18.)
Staline étudie la situation intérieure, le développement de l'industrie et de l'agriculture qui a modifié la structure économique du pays :
Le système d'économie socialiste est devenu le système unique de l'économie nationale tout entière ; les éléments capitalistes ont été évincés de toutes les sphères de la vie économique... L'économie collective a triomphé sans réserve de la petite exploitation marchande individuelle... devenue, en substance, une force auxiliaire pour les kolkhoz et les sovkhoz. (P. 48.)
Le niveau de vie des travailleurs s'est élevé avec une rapidité accélérée, la culture socialiste s'est répandue à flots dans tous les coins du pays des Soviets.
La politique juste du Parti a triomphé sur tous les terrains.
Mais il ne faut pas croire que la possibilité de bâtir la société sans classes signifie que la lutte des classes a cessé.
Non, elle continue et impose au Parti la fermeté et la vigilance continues.
De même, la victoire de la collectivisation agricole ne doit pas mener aux exagérations dans le passage de l’artel à la commune :
Le procès de transformation de l'artel en future commune doit se faire graduellement, au fur et à mesure que tous les kolkhoziens seront convaincus de la nécessité d'une telle transformation. (P. 64.)
Il faut aussi réagir contre l'égalitarisme petit-bourgeois :
Par égalité, le marxisme entend non l'égalitarisme dans le domaine des besoins et de l'existence, mais la liquidation des classes. (P. 65.)
Staline marque la différence entre le mot d'ordre des droitiers « Enrichissez-vous » et celui de rendre tous les kolkhoziens aisés :
Le mot d'ordre « Enrichissez-vous » était un appel au rétablissement du capitalisme, alors que le mot d'ordre « Rendre tous les kolkhoziens aisés » est un appel pour porter le coup de grâce aux derniers vestiges du capitalisme. (P. 69.)
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J. STALINE. — L'Homme, le capital le plus précieux.
Le discours prononcé le 4 mai 1935 devant les élèves de l'Académie de l'Armée rouge, permet à Staline de jeter un coup d'oeil sur le passé et les difficultés déjà surmontées malgré la résistance des opposants de toute sorte :
Nous avons marché d'un pas sûr et irrésistible dans la voie de l'industrialisation et de la collectivisation de notre pays. On peut, dès à présent, considérer ce chemin comme déjà parcouru. (P. 9.)
Une nouvelle période s'ouvre devant les peuples soviétiques et, avec elle, des tâches nouvelles apparaissent :
La période de pénurie technique est surmontée : nous sommes entrés dans une nouvelle période ; dans la période de pénurie d'hommes, de cadres, de travailleurs sachant maîtriser la technique et la pousser en avant. (P. 9.)
Ainsi le centre d'intérêts s'est déplacé de la machine vers l'homme, le mot d'ordre a changé :
L'ancien mot d'ordre : la technique décide de tout, reflet d'une période révolue où la pénurie technique sévissait chez nous, doit être maintenant remplacé par un nouveau mot d'ordre : les cadres décident de tout. C'est là, aujourd'hui, l'essentiel. (P. 10.)
Il faut se pencher avec sollicitude sur chaque travailleur, l'aider, faciliter son perfectionnement, tenir compte de sa préférence. Staline termine en disant que les cadres se trempent dans le travail, en affrontant courageusement les difficultés, en les surmontant :
Ce n'est que dans la lutte contre les difficultés que se forgent les véritables cadres. (P. 13.)
Ce discours est suivi par le texte de la conversation de Staline avec les dirigeants de la métallurgie soviétique qui a eu lieu le 26 décembre 1934. Staline y développe sur l'exemple précis de cette industrie la nécessité de protéger l'homme, le travailleur et de l'aider dans son développement.
J. STALINE. — Pour une vie belle et joyeuse.
Cette brochure comprend les deux derniers discours de Staline : celui prononcé à la conférence des stakhanovistes, le 17 novembre 1935 ; l'autre à la conférence des conducteurs d'élite des machines combinées prononcé le 1er décembre de la même année.
Ces deux discours, comme celui consacré au problème de l'homme nouveau, marquent une phase nouvelle dans le développement de l'édification socialiste.
Dans le premier, Staline explique la portée du mouvement Stakhanov : ... exemple de la haute productivité du travail, que seul peut donner le socialisme. (P. 9.)
Le socialisme ne peut vaincre le capitalisme que sur la base de l'abondance des produits :
Créant l'abondance et le bien-être, le mouvement Stakhanov prépare par là-même le passage du socialisme au communisme :
... sur la base d'une vie aisée et cultivée de tous les membres de la société. (P. 9.)
La vie est devenue meilleure, camarades. La vie est devenue plus joyeuse. Et quand on vit gaiement, le travail marche bien. (P. 17.)
Telle est l'explication de l'attitude nouvelle des travailleurs de l'U.R.S.S. envers le travail.
Dans le deuxième discours, Staline, en montrant l'accroissement rapide des besoins de la population en blé, explique un autre aspect du progrès matériel et culturel du pays des Soviets. Le secteur des céréales est décisif pour la satisfaction des besoins matériels.
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Bibliographie
PREPARATION ELEMENTAIRE
L'Agonie du capitalisme, par A. Bonnet et S. Incoulov, 1934. (Collection A. B. C. du marxisme, n° 1.) Le Communisme, société future, par S. Martel, 1935. (Collection A. B. C. du marxisme, n° 2.) L'Edification du socialisme, par S. Ingoulov, 1935, 64 p. (Collection A. B. C. du marxisme, n° 3.) Les Chefs du prolétariat mondial, par S. Martel, 1935, 64 p. (Collection A. B. C. du marxisme, n° 4.) Le Parti du prolétariat, par A. Bonnet, 1935, 64 p. (Collection A. B. C. du marxisme, n° 5.)
INITIATION GENERALE
Manifeste du Parti communiste, par Karl Marx et Friedrich Engels, 1935, 64 p. (70e mille.) (Les éléments du communisme.) Nouvelle édition complétée de la Contribution à l'histoire de la Ligue des communistes, par Friedrich Engels.
Adresse inaugurale de l'Association internationale des travailleurs (1ère Internationale), par Karl Marx. Précédée d'une lettre de Marx à Engels et suivie du préambule et des statuts de la 1ère Internationale, 1933, 28 p. (Les éléments du communisme.)
Salaires, prix et profits (extraits), par Karl Marx. 1935, 51 p. (Les éléments du communisme.) Travail salarié et Capital (extraits), par Karl Marx, 1935, 36 p. (Les éléments du communisme.) Nouvelle édition comprenant la résolution
sur les syndicats et autres résolutions de la Première Internationale.
Karl Marx, par Friedrich Engels, 1935, 32 p. (Les éléments du communisme.)
Socialisme utopique et socialisme scientifique, par Friedrich Engels, 1933, 58 p. (Les éléments du communisme.)
Karl Marx et sa doctrine, par V. I. Lénine, 1932, 67 p. (10e mille) (Petite bibliothèque Lénine, n° 3.)
Friedrich Engels, par V. I. Lénine, 1935, 32 p. (les éléments du communisme.
V. I. Lénine, par J. Staline, 1934, 32 p.
Les Principes du léninisme, par J. Staline, 1936. (Les éléments du communisme.). (En préparation)
Le Droit à la paresse. Réfutation du « droit au travail » de 1848, par Paul Lafargue, 1935, 64 p. (Classiques français du socialisme.) Nouvelle édition comprenant la biographie de Lafargue et le discours de Lénine sur la tombe de Paul et Laura Lafargue.
Le Collectivisme par la révolution, suivi de le Problème et la solution, par Jules Guesde, 1935. 56 p. (Classiques français du socialisme.) Nouvelle édition comprenant la biographie de Jules Guesde.
La Religion du Capital, par Paul Lafargue, 1935, 64 p. (Classiques français du socialisme.) Programme de l'Internationale communiste. (Adopté par le VIe congrès mondial, le 1er septembre 1928, à Moscou.) Suivi des Statuts de
l’I.C., 1936. 96 p. Contre la guerre et le fascisme, l'unité. (Résolutions et Décisions du VIIe congrès mondial de l'Internationale communiste.) 1935. 48 p.
La Classe ouvrière contre le fascisme, par Georges Dimitrov. (Rapport fait, le 2 août 1935, au VIIe congrès mondial de l'Internationale communiste.) 1935. 60 p.
Pour l'unité de la Classe ouvrière dans la lutte contre le fascisme, par Georges Dimitrov. (Discours de clôture et discours final prononcés les 13 et 20 août 1935, au VIIe congrès mondial de l'Internationale communiste.) 1935. 48 p.
Le Bilan de l'édification socialiste, par D. Z. Manouilski. (Rapport présenté, le 4 août 1935, au VIIe congrès mondial de l'Internationale communiste.) 1935. 48 p.
Engels dans la lutte pour le marxisme révolutionnaire, par D. Z. Manouilski. (Rapport présenté, le 5 août 1935, au VIIe congrès mondial de l'Internationale communiste.) 1935. 32 p.
La Lutte contre la guerre, par M. Ercoli. (Rapport présenté, les 13 et 14 août, au VIIe congrès mondial de l'I.C.) 1935. 88 p. La Marche au socialisme, par W. Pieck. (Rapport sur l'activité du C.E. de l'I.C. et Discours de clôture de la discussion du rapport. VIIe
congrès mondial de l'Internationale communiste [26 juillet-1er août 1935].) 1935. 88 p.
Deux Discours : Du front unique au front populaire, par Marcel Cachin et Maurice Thorez. (Discours prononcés, les 27 juillet et 3 août 1935, au VIIe Congrès mondial de l'Internationale communiste.) 1935. 56 p.
Pour la paix ! Pour la défense de l'Union soviétique, par André Marty. (Discours, prononcé le 14 août 1935, au VIIe congrès de l'Internationale communiste.) 1935. 24 p.
Le front unique dans les pays coloniaux, par Van Min. (Discours prononcé le 7 août 1935 au VIIe congrès de l'Internationale communiste.) 1935. 48 p.
ETUDES SPECIALISEES
ŒUVRES DE MARX ET D'ENGELS Principes du communisme, par Friedrich Engels. (Les éléments du communisme.). (En préparation.)
Manifeste du Parti communiste, par Karl Marx et Friedrich Engels, 1935. 64 p. (Les éléments du communisme.) Cette brochure, qui constitue en quelque sorte la charte fondamentale du communisme ou socialisme scientifique, sert de plus en plus de guide à des dizaines de millions de travailleurs dans leur lutte révolutionnaire.
Adresse inaugurale de l'Association internationale des travailleurs, par Karl Marx. Précédée d'une lettre de Marx à Friedrich Engels, et suivie du préambule et des statuts de l'Association. 1933. 28 p. (Les éléments du communisme.) Premier document de la Première Internationale. Analyse précise et puissante de la situation politique générale, de l'Etat et des tâches de la classe ouvrière en 1864.
Critiques des programmes de Gotha et d'Erfurt, par Karl Marx et Fr. Engels. Avec une préface et des notes, 1933. 89 p. (Les éléments du communisme.) Critique acerbe des programmes opportunistes de la social-démocratie allemande. Cet écrit conserve encore aujourd'hui toute son importance théorique.
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Le Capital, de Karl Marx. Résumé et accompagné d'un aperçu sur le socialisme scientifique, par Gabriel Deville. 324 p.
Le Capital, par Karl Marx. Traduit par J. Molitor, agrégé de l'Université, inspecteur d'académie, 1924-1932, 14 vol. (Œuvres complètes de Karl Marx.) Livre premier. Le Procès de la production du capital. Précédé d'une introduction à l'ensemble du marxisme, par Karl Kautsky, 4 vol. Tome I. 7e mille, 1930, XCVI-206 p. Tome II. 7e mille, 1932, 278 p. Tome III. 5e mille, 1928, 276 p. Tome IV. 5e mille, 1928, 292 p. Livre II. Le Procès de circulation du capital, 1928, 4 vol. Tome V. Avant-propos de Friedrich Engels, 262 p. Tome VI. 185 p. Tome VII. 254 p. Tome VIII. 208 p. Livre III. Le Procès d'ensemble de la production capitaliste, 6 vol. Tome IX. Avant-propos de Friedrich Engels, 1928, 242 p. Tome X. 1928, 218 p. Tome XI. 1928, 320 p. Tome XII. 1929, 251 p. Tome XIII. 1930, 195 p. Tome XIV. 1930, 203 p.
Histoire des doctrines économiques, par Karl Marx. Publié par Karl Kautsky. Traduit par J. Molitor, agrégé de l'Université, inspecteur d'académie, 1924-1925, 8 vol. (Œuvres complètes de Karl Marx.) Tome I. Depuis les origines de la théorie de la plus-value jusqu'à Adam Smith, XIX-322 p. Tome II. Depuis les origines de la théorie de la plus-value Jusqu'à Adam Smith (suite et fin), 217 p. Tome III. Ricardo, 344 p. Tome IV. Ricardo (suite), 326 p. Tome V. Ricardo (suite et fin), 179 p. Tome VI. De Ricardo à l'économie vulgaire, 257 p. Tome VII. De Ricardo à l'économie vulgaire (suite), 266 p. Tome VIII. De Ricardo à l'économie vulgaire (suite et fin), 256 p.
Travail salarié et Capital, suivi de Salaires, prix et profits, par Karl Marx, 1931. 166 p. (Bibliothèque marxiste, n° 14.) (Edition complète.) Résumé précis de la théorie marxiste du capital et de la plus-value. Matériaux concernant la théorie syndicale de Marx et d'Engels.
Œuvres philosophiques, par Karl Marx. Traduites par J. Molitor, agrégé de l'Université, inspecteur d'académie, 1927-1928. 4 v. (Œuvres complètes de Karl Marx.) Tome I. Différence de la philosophie de la nature chez Démocrite et chez Epicure. Contribution à la critique de la « Philosophie du droit » de Hegel. Le manifeste philosophique de l'Ecole de droit historique, 1927, 216 p. Tome II. La Sainte Famille ou Critique de la critique critique. (Contre Bruno Bauer et consorts.), 1927, 260 p. Tome III. La Sainte Famille ou Critique de la critique critique. (Contre Bruno Bauer et consorts.) (Suite et fin.) La critique moralisante ou la morale critique) 168 p. Tome IV. Critique de la philosophie de l'Etat, de Hegel, 1935, 200 p.
Œuvres politiques, par Karl Marx. Traduites par J. Molitor, agrégé de l'Université, inspecteur d'académie, 1929-1931, 8 vol. (Œuvres complètes de Karl Marx.) Tome I. Palmerston, 1929. 264 p. Tome II. Lettres sur l'Angleterre, 1929. 173 p. Tome III. La Question d'Orient, 1929. 173 p. Tome IV. La Guerre russo-turque, 1929. 316 p. Tome V. L'Evacuation des provinces danubiennes. L'expédition de Crimée. L'administration militaire anglaise, 1930. 310 p. Tome VI. La Chute du ministère de coalition. Le ministère Palmerston. Le panslavisme, 1930. 238 p. Tome VII. La Critique en Angleterre. Lord John Russell, 1930. 246 p. Tome VIII. L'Armée anglaise. La chute de Kars. La révolution espagnole, 1931. 244 p.
Le 18-Brumaire de Louis Bonaparte, par Karl Marx. 1928. 181 p. (Bibliothèque marxiste, n° 5.)
La Guerre civile en France, 1871. (La Commune de Paris), par Karl Marx. Seule édition authentique suivie des lettres de Marx et d'Engels sur la Commune de Paris, 1933, 1 vol. 142 p. (Les éléments du communisme.) Préface de l'Institut Marx-Engels-Lénine. Introduction d'Engels.
Herr Vogt, par Karl Marx. Traduit par J. Molitor, agrégé de l’Université, inspecteur d'académie, 1927-1928, 3 vol. (Œuvres complètes de Karl Marx.) Tome I. 1927. XX-205 p. et un portrait. Tome II. 1927. 233 p. Tome III. 1928. 334 p.
Lettres à Kugelmann (1862-1874), par Karl Marx. Préface de Lénine, introduction de E. Czobel, 1930. 207 p. (Bibliothèque marxiste, n° 11.) Source précieuse de renseignements sur la doctrine, l'activité théorique et pratique, la vie quotidienne de Marx, de 1862 à 1874. Cette collection absolument complète et inédite en français des lettres élucide certains points controversés et nous fournit une riche documentation sur le mouvement ouvrier et notamment sur la Première Internationale.
M. E. Dühring bouleverse la science (Anti-Dühring), par Friedrich Engels. Traduit par Bracke (A.-M. Desrousseaux), directeur d'études à l'Ecole des hautes études, 3 vol. (Œuvres complètes de Fr. Engels.) Tome I. Philosophie, 1931. XXXIV-227 p. Historique et réfutation des différents systèmes philosophiques, de morale et de droit. Exposé de la dialectique, philosophie du marxisme. Tome II. Economie politique, 1932. 197 p. Théorie de la violence. Théorie de la valeur. Travail simple et composé. Capital et plus-value. Lois naturelles de l'économie. La rente foncière. Tome III. Socialisme, 1933. 241 p. Notions historiques et théoriques. Production. Répartition. Etat, famille, éducation.
La Guerre des paysans en Allemagne, par Friedrich Engels. 1929. 190 p. (Bibliothèque marxiste, n° 10.)
Etudes philosophiques, par Karl Marx et Friedrich Engels. Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande. Thèses sur, Feuerbach. Le matérialisme historique. Contribution à l'histoire du matérialisme français. Lettres philosophiques, 1935. 192 p. (Bibliothèque marxiste, n° 19)
Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande, par Friedrich Engels, 1935. 72 p. (Les éléments du, communisme.) L'Origine de la famille, de la propriété privée et de l'Etat, par Friedrich Engels. Traduit de l'allemand par Bracke. (A.-M. Desrousseaux),
directeur d'études à l'Ecole des hautes études, 1931. XXXV-239 p. (Œuvres complètes de Fr. Engels.)
Socialisme utopique et socialisme scientifique, par Friedrich Engels, 1933, 58 p. (Les éléments du communisme.) Histoire et réfutation des systèmes socialistes utopiques (Saint-Simon, Fourier, Robert Owen). Exposé du marxisme, socialisme scientifique. Dialectique métaphysique et matérialisme.
Correspondance K. Marx-Fr. Engels, traduit par J. Molitor, agrégé de l'Université, inspecteur d'académie, 1931-1932, 9 vol. (Œuvres complètes de Karl Marx.) Avant-propos et notes de A. Bebel et E. Bernstein et avertissement du traducteur. Tome I. Les Premières Années de leur liaison (1844-1849). 1931. 187 p. Tome II. L'Exil à Londres jusqu'à la dissolution de la Ligue communiste (1850-1853), 1931. 283 p. Tome III. L'Exil à Londres, jusqu'à la dissolution de la Ligue communiste (1850-1853), (fin), 1931. 284 p. Tome IV. La Guerre de Crimée. La crise économique de 1857. La New-York Tribune. La Guerre d'Italie (1854-1860), 1932. 222 p. Tome V. La Guerre de Crimée. La crise économique de 1857. La New-York Tribune. La Guerre d'Italie (1854-1860), 1932. 287 p. Tome VI. La Guerre de Crimée. La crise économique de 1857. La New-York Tribune. La Guerre d'Italie (1854-1860), 1932. 238 p. Tome VII. La Guerre de Sécession (1861-1863). L'expédition du Mexique (1863), 1933. 243 p. Tome VIII. Le Slesvig-Holstein (1863-1864). L'agitation lassallienne (1865). 1934. 267 p. Tome IX. La Diète de l'Allemagne du Nord. Le Capital (1866-1867), 1934. 284 p.
La Situation des classes laborieuses en Angleterre, par Friedrich Engels. Traduit par Bracke (A.-M. Desrousseaux), directeur d'études à l'Ecole des hautes études, et P.-J. Berthaud, licencié es lettres. 2 vol., 1933. (Œuvres complètes de Friedrich Engels.)
Karl Marx, par Fr. Engels, 1935. 32 p. La biographie de Marx, le discours prononcé par Engels sur la tombe de Marx et lettres écrites à l'occasion de la mort de Marx.
Révolution et contre-révolution en Allemagne, par Friedrich Engels, 1935. 152 p. (Bibliothèque marxiste, n° 21.). Contre l'anarchisme, par Karl Marx et Friedrich Engels, 1935. 48 p. (Les éléments du communisme.) Les luttes de classes en France (1848-1850), par Karl Marx 1935. 192 p. (Bibliothèque marxiste, n° 22.)
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Morceaux choisis de Karl Marx. Introduction par H. Lefebvre et N. Gutesman, 1934 456 p. ŒUVRES DE LÉNINE
La Commune de Paris, 1931. 82 p. (Petite bibliothèque Lénine, n° 1.) La Révolution russe de 1905, 1931. 83 p. (Petite bibliothèque Lénine, n° 2.) Karl Marx et sa doctrine, 1936. 68 p. (Petite bibliothèque Lénine, n° 3.) La Lutte contre le danger de guerre, 1932. 87 p. (Petite bibliothèque Lénine, n° 4.) Deux Tactiques, 1932. 166 p. (Petite bibliothèque Lénine, n° 5.) Deux tactiques de la social-démocratie dans la révolution démocratique. La Révolution d'Octobre, 1932. 188 p. (Petite bibliothèque Lénine, n° 6.)
L'Etat et la révolution, 1933. 164 p. (Petite bibliothèque Lénine, n° 7.) Enseignement du marxisme sur l'Etat et rôle du prolétariat dans la révolution. Les classes sociales et l'Etat, L'expérience de 1848-1851. L'expérience de la Commune de Paris (1871). Analyse de Marx. Conditions économiques du dépérissement de l'Etat.
De la religion, 1933. 68 p. (Petite bibl. Lénine, n° 8.). Des amendes, 1933. 63 p. (Petite bibl. Lénine, n° 9.). Du traité de Versailles, 1934. 152 p. (Petite bibliothèque Lénine, n° 10.) Du matérialisme historique, 1935. 120 p. (Petite bibliothèque Lénine, n° 11.) De l'Etat, 1935. 80 p. (Petite bibl. Lénine, n° 12.)
L'Impérialisme, stade suprême du capitalisme. Nouvelle édition revue et corrigée, 1935. 152 p. (Bibliothèque marxiste, n° 18.) — Edition populaire. (Les éléments du communisme.) 128 p. 1935. La concentration de la production et les monopoles. Les banques et leur nouveau rôle. Capital financier et oligarchie financière. L'exportation du capital. Le partage du monde entre les grandes puissances. Le partage du monde entre groupements capitalistes. Critique de l'impérialisme.
La Maladie infantile du communisme, le « communisme de gauche ». Essai de vulgarisation de la stratégie et de la tactique marxistes, 1930. 134 p. (Bibliothèque marxiste, n° 12.). — Edition populaire. (Les éléments du communisme.).
La Révolution prolétarienne et le renégat Kautsky. Nouvelle édition revue et corrigée, 1925. 125 p. Comment Kautsky transforme Marx en vulgaire libéral. Démocratie bourgeoise et démocratie prolétarienne. Peut-il y avoir égalité entre l'exploité et l'exploiteur ? L'Assemblée constituante et la République soviétique. La Constitution soviétiste. Qu'est-ce que l'internationalisme ?
Marx, Engels, marxisme. (Bibliothèque marxiste, n° 20.) 1935. 294 p. Toutes les études essentielles de Lénine sur Marx, Engels et le marxisme, dont un grand nombre inédites jusqu'à ce jour en français.
Friedrich Engels, 1935. 32 p. (Les éléments du communisme.). Les écrits de Lénine, le meilleur disciple et continuateur de Marx et d'Engels, mettent en lumière l'immense mérite d'Engels dans l'élaboration de la théorie socialiste et dans le développement du mouvement ouvrier mondial.
Lénine et l'organisation, 1928. 178 p. Les problèmes d'organisation du Parti communiste. Lénine et la jeunesse, 1927. 71 p. Lénine et la France, 1925. 59 p. Trotski jugé par Lénine, 1925. 102 p.
Lénine sur la coopération, 1924. 8 p.
Œuvres complètes. Chaque vol. 24 x 15, relié toile : Tome IV. La Période de l'Iskra (1900-1902), 1929. 631 p. Nos objectifs Immédiats. La guerre en Chine. Par quel bout commencer ? Un aveu précieux. La question agraire et les critiques de Marx. Entretien avec les défenseurs de l'économisme. Que faire ? Dogmatisme et liberté de critique. Politique trade-unioniste et politique social-démocrate. Tome VII. Les Début de la première révolution russe (1904-1905), 1928. 530 p. L'autocritique et le prolétariat. La chute de Port-Arthur. Démocratie ouvrière et démocratie bourgeoise. Du populisme au marxisme. Historique abrégé de la scission du P.O.S.D. de Russie. Deux tactiques. Devons-nous organiser la révolution ? Le prolétariat et les paysans. Révolution du type de 1789 ou du type de 1848 ? Tome VIII. La Révolution de 1908 (juillet-décembre), 1934. 600 p. Deux tactiques. Le socialisme et les paysans. L'armée et la révolution. Socialisme et religion. Sur le mouvement syndical, les Intellectuels, la littérature du Parti, la préparation de l'insurrection armée, etc. Tome X. La Tactique électorale des bolcheviks et la lutte contre le menchévisme (juillet 1906-mars 1907), 1930. 530 p. La dissolution de la Douma et les objectifs du prolétariat. La crise politique et la faillite de la tactique opportuniste. Les leçons de l'insurrection de Moscou. L'esprit petit-bourgeois dans les milieux révolutionnaires. La situation politique et les taches de la classe ouvrière. La plate-forme de la social-démocratie révolutionnaire. Tome XIII. Matérialisme et Empiriocriticisme (remarques critiques sur une philosophie réactionnaire), 1926. 428 p. La théorie de la connaissance de l'empiriocriticisme et du matérialisme dialectique. Les philosophes idéalistes, compagnons d'armes et successeurs de l’empiriocriticisme. La révolution moderne dans les sciences naturelles, l'idéalisme philosophique. L'empiriocriticisme et le matérialisme historique. Tome XX. Les Débuts de la révolution russe (mars-juin 1917), 1928. IX-756 p. et un portrait. Lettres à A. M. Kollontaï. Lettres de loin. Lettre d'adieu aux ouvriers suisses. Comment nous sommes arrivés de Suisse en Russie. Banques et ministres. Les soldats et la terre. Matériaux sur la révision du programme du Parti. Un triste document. A la recherche d'un Napoléon. Tome XXI. Vers la prise du pouvoir (Juillet-octobre 1917), 1930. 633 p. Notre dreyfusiade. Les leaders bolcheviks doivent-ils comparaître devant les tribunaux ? A propos de Zimmerwald. Le marxisme et l'insurrection. L'Etat et la Révolution. La transition du capitalisme au communisme. Tome XXV. Le prolétariat au pouvoir (février-novembre 1910). 1935. 888 p. De la dictature du prolétariat. Les organisations socialistes et communistes en France. Les partis centristes dans l'Internationale en 1920. Le IIe congrès de l'Internationale communiste, etc.
ŒUVRES DE STALINE
Les Questions du léninisme, 2 vol. (Bibliothèque marxiste, n° 13.) Nouvelle édition en préparation.
Les Principes du léninisme, 1933. 82 p. (20e mille). (Les éléments du communisme.). (En préparation.)
La Révolution d'Octobre, 1934. 176 p. (Bibliothèque marxiste, n° 17.) La Révolution d'Octobre et la question nationale. La Révolution d'Octobre et la stratégie des communistes russes. La Révolution d'Octobre et la question des couches moyennes. Trotskisme ou léninisme ? Le caractère International de la Révolution d'Octobre.
Le Bilan du premier plan quinquennal. Rapport in extenso présenté à la Session plénière commune du Comité central et de la Commission centrale de contrôle du Parti communiste de l’U.R.S.S., 1933. 40 p.
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La Collectivisation du village, 1930. 135 p. Politique agraire de l'U.R.S.S. Les succès nous montent à la tête.
Deux Bilans. Rapport du Comité central au XVIe congrès du Parti communiste de l'U.R.S.S. (27 juin 1930), 1930. 101 p. Le commentaire le plus complet du plan quinquennal. Succès de l'industrialisation. Mouvement des paysans vers le socialisme. Développement des exploitations soviétiques. La direction dans le Parti. Résolution du XVIe congrès du P. C. de l'U.R.S.S.
L'Essor croissant de l'U.R.S.S. et la crise du capitalisme, 1930. 16 p. Extrait de : Deux Bilans. Rapport au XVe congrès du Parti communiste de 1'U.R.S.S., 1928. 73 p.
Les Tâches des cadres de l'industrie socialiste, 1931. 16 p. Discours prononcé à Moscou le 4 février 1931, à la première conférence des cadres de l'industrie socialiste de l'U. R. S. S.
Le Communisme et la question nationale et coloniale, par Lénine, Staline et Boukharine. 61 p. V. I. Lénine, articles et discours de J. Staline sur Lénine, 1934. 32 p. Dans la bonne voie. Discours prononcé au Ier congrès des travailleurs de choc agricoles de l'U.R.S.S. (Janvier 1933.) 28 p. Deux Mondes. (Bilan capitaliste. Bilan socialiste.) Janvier 1934. 88 p. L'Homme, le capital le plus précieux. Discours prononcé le 4 mai 1935 devant les élèves de l'Académie de l'Armée rouge. 1935. 24 p. Pour une vie belle et joyeuse. Discours au congrès des stakhanovistes et discours au congrès des conducteurs d'élite de tracteurs. 1935. 48 p.
THÉORIE MARXISTE
Le Matérialisme militant. Materialismus militons, par G. V. Plekhanov, 1930. 227 p. Les Questions fondamentales du marxisme, par G. V. Plekhanov, 2e éd. 127 p. (Bibliothèque marxiste, n° 2).
La Théorie du matérialisme historique. Manuel populaire de sociologie marxiste, par N. Boukharine. Traduction de la quatrième édition, suivie d'une note sur la position du problème du matérialisme historique, 1927. 358 p. (Bibliothèque marxiste, n° 3.)
Paul Lafargue, théoricien du marxisme. Textes choisis, annotés et préfacés, 1933. 189 p. (Bibliothèque marxiste, n° 16.) Réforme ou révolution ? suivi de la Participation socialiste au pouvoir en France et de la Grève générale, par Rosa Luxembourg, 1932. X-
233 p. (Bibliothèque marxiste, n° 15.).
A la lumière du marxisme. Sciences physico-mathématiques. Sciences naturelles et sciences humaines. Essais des professeurs Jean Baby, Marcel Cohen, Georges Friedmann, Paul Labérenne, Jean Langevin, René Maublanc, Henri Mineur, Charles Parain, Marcel Prenant, Aubéuen Sauvageot et Henri Wallon, 1935. 320 p.
Biologie et Marxisme, par Marcel Prenant, professeur à la Sorbonne. (Collection «Problèmes».) 1935. 272 p.
Karl Marx. L'Homme et l'œuvre (de l'hégélianisme au matérialisme historique), par Auguste Cornu, 1934. 428 p.
La philosophie du marxisme et l'enseignement officiel, par René Maublanc, 1935. 72 p.
Précis d'économie politique. L'économie politique et la théorie de l'économie soviétique, par I. Lapidus et K. Ostrovitianov, 1929. 468 p. (Bibliothèque marxiste, n° 8.)
La Crise économique, sociale, politique, par E. Varga, 1935. 302 p. HISTOIRE
Pages d'histoire. La méthode du matérialisme historique appliquée à quelques problèmes historiques concrets, par M. N. Pokrovski, 1929. 176 p. (Bibliothèque marxiste, n° 9.)
Histoire socialiste de la révolution française, par Jean Jaurès. Edition revue par Mathiez, 1922-1927. 8 vol. avec photos, portraits et fac- similés.
Histoire de la Commune de 1871, par Lissagaray, nouvelle édition, 1929. XLIII-573 p. Lettres de Communards et de militants de la 1ère Internationale à Marx, Engels et autres dans les journées de la Commune de Paris.
Présenté et rédigé par Jules Rocher, 1934. 64 p. Lettres au « Père Duchêne » pendant la Commune de Paris, 1934. 64 p.
Le Mouvement ouvrier français de la Commune à la guerre mondiale, par J. Vidal. Préface d'André Marty, 1933. 172 p. (Bibliothèque du mouvement ouvrier.)
Jaurès réformiste, par J. Klément, 1931. 120 p. Histoire du Parti communiste français, par A. Ferrat, 1931. 259 p. (Bibliothèque du mouvement ouvrier.)
Histoire du mouvement syndical en France, par René Garmy, 2 vol. (Bibliothèque du mouvement ouvrier.) Des origines à 1914 ; De 1914 à nos jours
Lénine et le mouvement zimmerwaldien en France, par J. Rocher, 1934. 84 pages. (Collection Histoire du mouvement ouvrier.) Chartisme et trade-unionisme. Une époque du mouvement ouvrier anglais, par Th. A. Rothstein, 1928. 342 p. (Bibliothèque marxiste, n°
7.) La Révolution russe de 1905, par P. Gorine, 1931. 179 p. (Histoire du mouvement ouvrier.) Histoire du Parti communiste de l’U.R.S.S. (Parti bolchevik) par E. Yaroslavski, 1931. 539 p. (Bibliothèque du mouvement ouvrier.)
MÉMOIRES, SOUVENIRS, BIOGRAPHIES
Souvenirs sur Marx, par Wilhelm Liebknecht et Paul Lafargue, 1935. 72 p. Lénine tel qu'il fut, par Staline, Molotov, Vorochilov, Ordjonikidze, Kroupskaïa, Piatnitski, Oulianova, Gorki, Clara Zetkin et autres, 272 p. Lénine en octobre 1917. Témoignages d'artisans de la révolution d'Octobre, 80 p. Lénine, homme d'Etat, par N. P, Gorbounov, ancien secrétaire du Conseil des commissaires du peuple, 40 p. Souvenirs sur Lénine, par N. Kroupskaïa, 1930. 207 p. Nouvelle édition revue et augmentée. (En préparation.) Lénine et le Parti pendant la révolution, par Viatcheslav Molotov, 1924. 72 p.
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Souvenirs sur Lénine, par Clara Zetkin, 1926. 67 p.
Lénine militant illégal, par B. Vassiliev et M. Kedrov, 1932. 71 p. (Episodes et vies révolutionnaires, n° 12.)
Staline, par Henri Barbusse. Un monde nouveau vu à travers un homme, 1935. 322 p.
Les Chefs du prolétariat mondial, par S. Martel, 1935. 64 p. (Collection A. B. C. du marxisme, n° 4.)
La vie et l'œuvre de Marx, Engels, Lénine, Staline.
Georges Dimitrov, une vie de lutte, par Stella D. Blacoeva, 1934. 128 p. (Episodes et vies révolutionnaires, n° 20.)
F. Engels dans la lutte pour le marxisme révolutionnaire, par D. Z. Manouilski, 1935. 32 p.
Souvenirs d'un bolchevik, par O. Piatnitski (1896-1917), 1931. 293 p. (Mémoires révolutionnaires, n° 2.)
Dix jours qui ébranlèrent le monde, par John Reed, 3e édition, 1932. 215 p. avec fac-similé et 7 photos, un portrait. (Mémoires révolutionnaires, n° 1.) (12e mille.)
La Révolte de la mer Noire (1918-1919), par André Marty. Nouvelle édition entièrement remaniée, 1932. 511 p. (Mémoires révolutionnaires, n° 5.) (15e mille.)
Souvenirs d'un perruquier. Vingt-cinq années de lutte d'un révolutionnaire italien, par Giovanni Germanetto, 1931. 290 p. (Mémoires révolutionnaires, n° 3.)
U. R. S. S.
Constitutions (lois fondamentales) de I'U.R.S.S. et de la R.S.F.S.R. (Collection : Pour connaître l'Union soviétique, n° 1.) 1935. 120 p. En annexe, les quatre décrets fondamentaux de la Révolution d'Octobre : sur la terre, la paix, la déclaration des droits du peuple travailleur et exploité, là déclaration des droits des peuples de Russie.
La Démocratie soviétique, par V. Molotov, 1935, 48 p. (Collection : Pour connaître l'Union soviétique.) Les modifications apportées à la Constitution soviétique.
En avant pour le deuxième plan quinquennal. Résolutions et statuts adoptés au XVIIe congrès du P.C. de I'U.R.S.S., 1934. 56 p. Le Bilan de l'édification socialiste, par D. Z. Manouilski, 1935. 48 p. Le Mouvement antireligieux en U.R.S.S. (1917-1932), 1933. 232 p., par René Martel, agrégé de l'Université. Quelques aspects de la vie culturelle en U.R.S.S. (Collection : Pour connaître l’Union soviétique.) 1935. 104 p.
Problèmes du machinisme en U.R.S.S. et dans les pays capitalistes, par G. Friedmann, agrégé de l'Université, 1934. 144 p. (Collection Problèmes.)
L'Epopée du travail moderne. La merveilleuse transformation de l'Union soviétique, par M. Iline. Traduit du russe par Doccar, 2e tirage, 1932. 179 p. avec photos, dessins. (Collection « Mon Camarade ».)
La Collectivisation des campagnes soviétiques, par G. Miglioli, 1934. 288 p. Le Deuxième plan quinquennal, par V. Kouibychev, 1934. 96 p.
Du premier au deuxième plan quinquennal (résultats et perspectives), par Staline, Molotov, Kouibychev, Ordjonikidé, Vorochilov, Grinko, Kaganovitch, Yakovlev, 360 p.
Impérialisme contre communisme. Le complot économique, politique et militaire contre l'Union soviétique, par S. Dadzynsky et Ian Radopolski, 1929. 238 p. Documents officiels. Traités secrets d'alliances militaires et diplomatiques.
Les Faussaires contre les Soviets. Matériaux pour servir à l'histoire de la lutte contre la révolution russe, 1926. 137 p. avec fac-similés. L'U.R.S.S. et la paix. Recueil de documents officiels. Propositions de paix et de désarmement du gouvernement des Soviets aux
gouvernements d'Europe, d'Amérique, etc., 1917-1929. Publié par l'Association des Amis de l'Union soviétique, 350 p. La lutte de l'U.R.S.S. pour la paix, par Staline, Molotov, Litvinov. Discours précédés d'un entretien de Staline, avec W. Duranty, 56 p.
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