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Victoire et défaite du premier État socialiste Marx et Vandervelde, à propos de la Commune de Paris Frans De Maegd* Victoire et défaite du premier État socialiste Marx et Vandervelde, à propos de la Commune de Paris Frans De Maegd* A Paris, sur la butte Montmartre, se trouve le Sacré-cœur, une église blanche en forme de pain de sucre. Peu de visiteurs savent qu'il s'agit d'un "monument national d'utilité publique", érigé après l'écrasement de la Commune de Paris. Du 18 mars au 28 mai 1871, la classe ouvrière de Paris avait mené la première révolution socialiste et créé le premier État socialiste. Le Sacré-cœur a été construit à l'endroit précis où la révolution avait débuté. Il devait symboliser la victoire sur "la barbarie et la tyrannie athées" et exprimer l'espoir qu'une telle catastrophe ne trouble plus jamais l'ordre bourgeois. Ce monument réactionnaire et anticommuniste ne fut achevé qu'en 1919. Au même moment, en Union soviétique, les vainqueurs de la révolution d'octobre 1917, érigeaient leur fier État socialiste - sur les ruines de la Commune, comme le disait Lénine. 

La social-démocratie internationale s'est rangée avec conviction derrière les campagnes de haine de la bourgeoisie contre l'Etat soviétique. La scission totale entre le socialisme révolutionnaire et le socialiste réformiste était accomplie. Mais cette scission était déjà apparue beaucoup plus tôt. On s'en rend compte clairement quand on voit le regard que portent Marx et Vandervelde sur la Commune.

La Commune des travailleurs a été littéralement réprimée dans le sang. Deux jours après sa chute, Karl Marx écrivait: «Quand les esclaves se soulèvent contre leurs maîtres, la civilisation et le droit de l'ordre bourgeois apparaissent sous leur vrai visage de malheur. Alors ils montrent leur haine inassouvie et illégitime. Toute crise dans la lutte de classes entre le propriétaire et le producteur de la richesse étale ce fait à la lumière du jour.»l 

La bourgeoisie française et la classe des capitalistes du monde entier tentèrent, plus tard, d'étouffer le souvenir de cette glorieuse révolution socialiste sous une pluie de calomnies et de mensonges. Fallait-il se résigner devant tant de terreur et de mensonge? Et le peut-on aujourd'hui? Non, dit Marx: «La lutte doit toujours éclater à nouveau, toujours plus ample, et on ne peut douter de qui sera finalement le vainqueur - les quelques exploiteurs ou les nombreux exploités. Les ouvriers 

français de la Commune ne sont que l'avant-garde du prolétariat moderne.»2 

Le premier État socialiste 

Pendant la guerre franco-germanique, les troupes allemandes avaient encerclé Paris dès le 18 septembre 1870. En assiégeant, en bombardant et en affamant Paris, Bismark entreprit de mettre la ville à genoux. Malgré la résistance du peuple, le gouvernement bourgeois français de Thiers signe, le 28 février 1871, une paix honteuse avec l'Allemagne. La France perd notamment l'Alsace-Lorraine et doit payer des dommages de guerre pour un total de cinq milliards de francs or. Le gouvernement entend bien faire supporter ces frais par le peuple, mais il craint sa colère et décide donc de le désarmer. 

18 mars 1871. Au milieu de la nuit, l'armée française veut escamoter l'artillerie de la

Garde Nationale3 installée à Montmartre. C'est avec cette artillerie payée par les ouvriers que les Parisiens avaient défendu leur ville contre les attaquants allemands. Dans un premier temps, le gouvernement veut voler l'artillerie de Montmartre. Mais les habitants sonnent l'alarme. La Garde Nationale chasse les soldats et le Comité central de la Garde Nationale répond à cette déclaration de guerre de la bourgeoisie par la proclamation de la Commune et l'instauration du pouvoir ouvrier. Des élections ont lieu le 26 mars et, le 28 mars, la Commune est officiellement installée. 

Massacre

Dès le premier jour, la bourgeoisie française lance une énorme campagne de terreur et de calomnie contre la Commune. Elle est appuyée par tous les gouvernements du monde capitaliste. Le gouvernement bourgeois organise la contre-offensive depuis Versailles. Il mobilise un contingent de 150.000 soldats (contre les 30.000 membres de la Garde Nationale de Paris). Parmi eux, il y a 100.000 prisonniers de guerre relâchés par les Allemands pour aider à écraser la Commune. Il y a également quelques milliers de royalistes, avec le Sacré-Coeur pour emblème,' venus combattre les mécréants. Pendant cinq semaines, Paris sera affamée et assiégée. Les Communards faits prisonniers sont immédiatement fusillés. Ailleurs en France, on réprime violemment toutes les révoltes. Les Communes de Lyon, Marseille, Narbonne, Creusot et Saint Etienne (presque toutes des villes industrielles) sont écrasées l'une après l'autre. Thiers tente de calmer les Français en leur promettant des élections libres et en jurant que jamais il n'attaquerait Paris. 

La Commune réagit bien trop faiblement. Lors du soulèvement proprement dit, seuls les généraux Le Comte et Thomas, responsables de l'exécution de civils désarmés, sont tués par la population. Alors que les massacres de Communards se poursuivent, la Commune se contente de prendre des otages. Ce n'est que la veille de la défaite, quand 17.000 Communards ont déjà été exécutés par les soldats de Thiers, que la Commune décide, en guise de représailles, d'exécuter à son tour 52 otages (dont un évêque). 

Le 21 mai, les troupes de Versailles entrent à Paris. Ce sera le début d'une semaine particulièrement sanglante. On se bat rue par rue, maison par maison. Les troupes de Thiers peuvent avancer sur les grands boulevards parisiens et déblayer les barricades au moyen de l'artillerie. Afin de retarder l'avance des troupes réactionnaires, les pétroleuses (des femmes armées de bombes au pétrole) boutent le feu à des palais. Le 27 mai, la dernière bataille sera livrée entre les tombes du cimetière du Père Lachaise et, le 28, les dernières barricades sont prises. 

Mais l'extermination de la Commune ne commence réellement qu'après 

la défaite. Pour tuer l'idée de la Commune, il faut tuer les Communards. 30.000 Parisiens sont massacrés. Les cadavres sont jetés dans des fosses communes ou incinérés. Quelques journalistes restés honnêtes écrivent leur écœurement devant les festivités de victoire de la bourgeoisie aisée. De vraies orgies ont lieu à quelques pas des fosses communes mal refermées, d'où montent encore des gémissements. Plus de 14.000 Communards sont déportés; 379.823 Parisiens (sur presque deux millions d'habitants) sont arrêtés par la police. Des milliers prennent la fuite. Paris perd un tiers de sa population masculine. 

Propagande, mensonges et terreur 

Voilà pour les faits. Mais la propagande de Thiers va inverser la réalité. Dès le début, la Commune est insultée comme s'il s'agissait d'une poignée de brigands. Surtout, parce que la Commune s'en est prise dès le début au pouvoir, à l'argent, aux possessions de la bourgeoisie. Mais aussi parce qu'elle a osé abattre la Colonne Vendôme, élevée en mémoire des batailles de Napoléon Bonaparte, menées au début du siècle.4 La Commune avait aussi osé mettre le feu aux Tuileries. Les Communards sont traités de barbares, alors qu'ils ont tant fait pour l'enseignement et la culture. Ainsi, tous les musées ont été ouverts au public. 

Après la Commune, 2.500 livres et brochures seront publiés pour la traîner dans la boue. Les peintures et photos de ruines de Paris sont très à la mode (mais on mentionne rarement qu'il s'agit surtout de ruines provoquées par les bombardements allemands et français). Peu d'artistes défendront la Commune. Parmi eux, le grand peintre Courbet et les poètes Hugo, Rimbaud et Verlaine. D'autres, comme Zola et George Sand, attaqueront la Commune. 

Mais on ne poursuit pas seulement la Commune. Le 6 juin 1871, le gouvernement français lance un appel à tous les gouvernements, afin qu'ils déclarent la guerre à l'Internationale, «le cerveau derrière la Commune de Paris». L'Internationale est accusée d'athéisme et de vouloir détruire la société. De Karl Marx, on dira qu'il «sait encore mieux que le Capital, voler l'argent des ouvriers. De tout ce volcan de saloperies (de Marx) il ne pouvait sortir autre chose que la Commune de Paris.»5 Un journal parisien découvre que «Marx; le dirigeant de l'Internationale, a été le secrétaire de Bismark et est ~mcore toujours un agent des Allemands». Un provocateur, Mazzini, jadis membre de l'Internationale, accuse Marx et les autres dirigeants de l'Internationale d'être «un petit noyau d'individus, qui s'octroient le droit de dicter leur loi à toutes sortes gens, dans toutes sortes de pays et de milieux». Les agents de la bourgeoisie essayent ainsi de noircir l'Internationale. 

La défaite de la Commune de Paris est le début d'un recul temporaire de la révolution en Europe. Pourtant, Marx et l'Internationale déclarent: «Le Paris des ouvriers, avec sa Commune, sera toujours célébré comme le messager glorieux de la ~ouvelle société.» Après la Révolution d'Octobre en Russie, Lénine déclarera en 1919: «La Commune de Paris a été le premier pas dans l'histoire mondiale vers la réalisation de la démocratie des ouvriers et des travailleurs; l'Union soviétique fait aujourd'hui le deuxième pas.»6 

La défaite, mère de toutes les victoires 

Après neuf semaines à peine, la Commune a été écrasée dans le sang. Le premier État socialiste avait cessé d'exister. Cette révolte n'était-elle pas été une aberration? Cette expérience méritait-elle le sacrifice de 30.000 morts, 40.000 peines de prison de longue durée et de 100.000 disparus? Comment Marx et les révolutionnaires analysaient - ils la défaite? 

D'abord, Marx avait dissuadé les ouvriers de Paris de déclencher la révolte. Mais au moment où la bourgeoisie provoquait la guerre civile, Marx considérait que «la racaille de la bourgeoisie de Versailles plaçait les Parisiens devant le choix: ou bien accepter le combat, ou bien être vaincus sans avoir lutté. Dans ce dernier cas, la démoralisation de la classe ouvrière aurait été un malheur bien plus grand que la perte d'un nombre indéterminé de dirigeants.»7 

La révolte est donc inévitable, affirme Marx, et il la soutient pleinement. «Il serait en effet bien facile de faire l'histoire, si on n'acceptait le combat que dans des conditions de réussite infaillibles», écrit-il et il admire <<la souplesse, l'initiative historique, la faculté de sacrifice» des Parisiens.8 

l'enthousiasme de Karl Marx 

Encore avant la défaite, Marx considère la Commune comme une victoire de ses thèses et de celles de l'Internationale: «Quoi qu'il en soit, l'insurrection parisienne, même si elle vient à être réduite par les loups, les cochons et les chiens de la vieille société, est le plus 

glorieux exploit de notre parti (l'Internationale, ndlr) depuis l'insurrection parisienne de Juin.»9 

Marx considère la Commune comme la réalisation de son appel à la "révolution prolétarienne", au "renversement violent de tout ordre social existant" et à "l'élévation du prolétariat comme classe dominante", appel lancé dans le Manifeste Communiste. Lorsque, plus tard, Engels parle de la "dictature du prolétariat", il fera explicitement référence à la Commune. 

En outre, la Commune applique la leçon que Marx avait tirée des insurrections ouvrières ratées de 1848 à Paris. A ce sujet, il écrivait ceci à son ami Kugelmann à Hanovre, le12 avril: «Dans le dernier chapitre de mon 18Brumaire, je remarque (u.) que la prochaine tentative de la révolution en France devra consister non plus à faire passer la machine bureaucratique militaire en d'autres mains, comme ce fut le cas jusqu'ici, mais à la détruire. C'est la condition première de toute révolution véritablement populaire sur le continent.»10 Le vieux pouvoir d'Etat, avec son armée, sa police, sa bureaucratie, son parlement et son gouvernement, est renversé. A sa place, le peuple en armes, qui prend en main ll\i-même toutes les affaires de l'Etat. 

Marx soutient la Commune, mais il la critique aussi pour «sa bonté d'âme et son scrupule de conscience, son scrupule d'honneur» et ses illusions démocratiques. La Commune a favorisé sa propre défaite en laissant échapper les troupes gouvernementales vers Versailles, en s'abstenant d'attaquer immédiatement le gouvernement de Versailles, en tolérant pendant très longtemps la contre-révolution à 

l'intérieur de ses murs, en accordant une liberté de presse illimitéell, en autorisant la libre participation aux élections et la liberté de manifesterl2• Tout cela a donné libre cours aux tueries, aux sabotages, aux actes d'espionnage et de trahison. Marx déplore surtout que le Comité Central (qui dirigeait la classe ouvrière armée de Paris) ait organisé beaucoup trop rapidement des élections, auxquelles ont participé les ennemis et les futurs assassins de Paris. Le Conseil communal, issu de ces élections, était faible et divisé et était incapable de diriger sur une base communiste. 13 

Deux jours après la défaite, le 30 mai 1871, point de lamentations de la part de Marx, mais un rapport pour l'Internationale14 avec un bilan de l'expérience historique de la Commune et un appel à suivre ses traces. Point de lamentations non plus de la part du Communard Pottier. Caché dans une mansarde de Paris, il écrit les premières lignes de L'Internationale: «Le monde va changer de base, nous ne sommes rien, soyons tout!» Elle deviendra l'hymne de tous les ouvriers et de tous les opprimés du monde. Hier, aujourd'hui et demain, dans les heures de défaite et de victoire! 

Vandervelde (POB): la Commune était une utopie 

Quelles leçons le Parti des Ouvriers de Belgique (POB, précurseur du PSB et du PS/SP) a-t-il tirées de la Commune? Émile Vandervelde (président du POB et, pendant un temps, dirigeant de la Deuxième Internationale) s'empare de la défaite de la Commune pour plaider contre la voie révolutionnaire, contre l'insurrection armée comme voie vers le socialisme. Vandervelde: «Si l'échec de la Commune de Paris prouve quelque chose, c'est bien l'impossibilité de venir à bout du régime capitaliste aussi longtemps que le prolétariat ne sera pas suffisamment préparé à exercer le pouvoir que les circonstances pourraient lui faire tomber dans les mains.,,15 

Si Vandervelde parle de l'impréparation, ce n'est pas pour mieux préparer l'insurrection, c'est pour la remplacer par le "progrès pacifique et l'organisation" qui doit évincer le capitalisme: «Ce qui importe, par conséquent, au prolétariat, ce n'est pas de faire des prophéties ( ... ) mais de se préparer, par le développement de son organisation économique et politique, à être, quoi qu'il arrive, à la hauteur des événements. Faisons observer cependant que plus cette organisation autonome de la classe ouvrière se développera, et plus la conception primitive et simpliste de la dictature prolétarienne devra subir de profondes modifications. C .. ) Or, avec un prolétariat puissamment organisé, on peut admettre qu'il s'agirait bien moins d'utiliser à d'autres fins l'Etat bourgeois, que de substituer à lui l'Etat nouveau qui est, dès à présent, en formation dans les vastes fédérations syndicales, coopératives et politiques de la classe ouvrières.,,16 

Vandervelde remplace la "dictature du prolétariat" (la révolution armée et l'anéantissement de l'ancien pouvoir d'Etat) par "l'organisation de la classe ouvrière". Il fait croire aux ouvriers qu'avec des coopératives et des syndicats de plus en plus forts, ils pourront miner le capitalisme de sorte qu'en obtenant une majorité électorale, ils pourront s'emparer pacifiquement du 

pouvoir d'Etat. Alors que Marx et Engels parlent du premier exercice pratique de la conception socialiste de l'Etat, Vandervelde veut faire oublier le plus vite possible cette "conception simpliste" de la Commune. 

Comme toujours, Vandervelde, à la recherche d'une base à ses falsifications réformistes, tente de se référer à Marx. Il prétend que Marx, dans La Guerre civile en France, est parvenu aux mêmes conclusions à propos de la Commune. Pour étayer sa propre position, il le cite: «Les travailleurs n'espéraient pas de miracle de la Commune. Ils n'ont pas d'utopies toutes prêtes à introduire par décret du peuple. Ils savent bien que pour réaliser leur propre émancipation, et en même temps une forme plus noble vers laquelle la société actuelle se dirige par ses propres efforts économiques, ils auront à traverser de longues luttes et toute une série de progrès historiques, qui transformeront les circonstances et les hommes.,,17 Marx parle ici de l'exercice du pouvoir d'Etat après la conquête du pouvoir, après l'insurrection armée, après l'instauration de la dictature du prolétariat. Marx fait remarquer que cette expérience de la dictature fait déjà partie de l'expérience historique du mouvement ouvrier international, puisqu'il a déjà posé les premiers jalons pour donner forme au pouvoir d'Etat socialiste. Vandervelde en altère le sens en tirant la conclusion que la Commune était une utopie qui doit être remplacée par de "longues luttes" et "toute une série de progrès historiques" . 

Vandervelde: plus jamais d'insurrection armée 

Alors que Marx: et Engels critiquent la naïveté de la Commune et plaident donc pour une utilisation plus résolue de la violence révolutionnaire, Vandervelde plaide pour remplacer la lutte armée par des moyens pacifiques. Dès le premier jour de sa fondation, le POB va tenter de réfréner toute violence de la classe ouvrière et s'emparer de tout échec pour prêcher la soumission à la violence de la bourgeoisie. 

Quinze ans après la Commune, les ouvriers belges se soulèvent dans le sud du pays. L'insurrection est réprimée. Dans ses Mémoires, Vandervelde écrit à ce sujet: «Depuis les émeutes de mars 1886, où les fusils à répétition du général Vander Smissen avaient "fait merveille", les socialistes belges étaient acquis à d'autres méthodes d'action que la bataille des rues.»18 Pendant ces mêmes émeutes, Anseele, chef de fIle socialiste, appelle les travailleurs: «Si en plus vous allez vous fâcher maintenant, le gouvernement ne demandera pas mieux que d'assassiner. Ce jour-là, ce sera la fête au Palais de l'Archevêque et au Château de Léopold II, Assassin 1.»19 

L'attitude des socialistes russes -les mencheviks - était identique après l'échec de la révolution de 1905 en Russie. 

«Le menchevik Plékhanov, après l'insurrection armée, lança ce reproche au Parti: "Il ne fallait pas prendre les armes!" Les mencheviks cherchèrent à démontrer que l'insurrection était chose inutile et nuisible; que l'on pouvait s'en passer dans la révolution; que l'on pouvait aboutir au succès, non par l'insurrection armée, mais par des moyens de lutte pacifiques. Quant aux 

bolcheviks, ils stigmatisèrent cette appréciation comme une trahison. Ils estimaient que l'expérience de l'insurrection armée de Moscou n'avait fait que confirmer la possibilité, pour la classe ouvrière, de mener avec succès la lutte armée. Au reproche de Plékhanov "Il ne fallait pas prendre les armes", Lénine répondit: "Au contraire, il fallait prendre les armes d'une façon plus résolue, plus énergique et dans un esprit plus offensif; il fallait expliquer aux masses l'impossibilité de se borner à une grève pacifique, et la nécessité d'une lutte armée, intrépide, implacable. "»20 

Lénine se référait aussi alors à la réaction de Marx: après l'échec de la Commune: "Il aurait fallu attaquer directement Versailles". En effet, les Communards avaient laissé leurs ennemis s'échapper de Paris. Les ennemis de la Commune se regroupaient à Versailles, toute proche, pour mener de là l'attaque contre Paris. «La Commune aurait dû liquider ses ennemis au lieu de les influencer moralement.»21 Staline aussi écrivait dans le même esprit que Marx, après la défaite de 1905: <<Trois choses nous faisaient défaut: des armes, des armes et des armes.» 

Cette attitude révolutionnaire a permis à Lénine de prédire que: «Même si les deux grandes insurrections (la Commune de Paris et la Révolution russe de 1905) ont été réprimées, une nouvelle insurrection éclatera à laquelle les ennemis du prolétariat ne pourront résister et de laquelle le prolétariat sortira entièrement vainqueur. »22 C'est ce qui se passera en 1917 et se répétera dans de nombreuses révolutions du vingtième siècle. 

Notes 

l Marx Karl, La guerre civile en France, 1871, dans Marx, Engels, Lénine sur la Commune de Paris. Ed. du Progrès, Moscou, 1971, p.80. 

2 Marx Karl, La guerre civile en France. 1871.dans Marx, Engels, Lenine sur la Commune de Paris. Ed. du Progrès, Moscou, 1971, p.86. 

3 Les ouvriers de Paris s',étaient armés dès septembre 1870 pour résister à l'invasion allemande. Quelques 30.000 ouvriers étaient organisés dans les 194 bataillons de la Garde Nationale. Un Comité Central se trouvait à la tête de cette Garde. Les dirigeants des bataillons et les membres du Comité Central étaient élus par les Gardes. La presse bourgeoise les décrivait ainsi: «des traîne-misère qui ne restaient debout qu'à force de genièvre et semaient la terreur dans les rues». 

4 La colonne Vendôme est de nouveau bien debout. Depuis son socle, Napoléon regarde vers l'Assemblée. Dans la République française l'empereur n'est jamais loin ... ' 

5 NationalZeitung, 9 août 1871. 

6 Lénine à propos de la Commune de Paris dans son rapport fait au Premier Congrès de l'Internationale Communiste le 4 mars 1919, dans Marx. Engels. Lénine sur la Commune de Paris. Ed. du Progrès, Moscou, 1971, p.406. 

7 Lénine cite Marx dans son Préface à la traduction Russe des lettres de Marx à Kugelmann (1907), dans Marx, Engels, Lénine sur la Commune de Paris. Ed. du Progrès, Moscou, 1971, p.31O. 

8 Marx à Ludwig Kugelmann (Lettre du 17 avril 1871 , dans Marx. Engels, Lénine sur la Commune de Paris. Ed. du Progrès, Moscou, 1971, p.283. 

9 Marx' à Ludwig Kugelmann (Lettre du 12 avril 1871), dans Marx, Engels. Lénine sur la Commune de Paris. Ed. du Progrès, Moscou, 1971, p.283. 

10 Marx à Ludwig Kugelmann (Lettre du 12 avril 1871), dans Marx. Engels, Lénine sur la Commune de Paris. Ed. du Progrès, Moscou. 1971, p.282. 

11 La presse bourgeoise a notamment publié tous les détails de la défense de Paris et des positions de la Garde Nationale. 

12 Le 21 et le 22 mars, les Amis de l'Ordre ont par exemple été autorisés à manifester à Paris. Des bandes armées d'adeptes de l'Ordre sont sortis des rangs de la manifestation pour attaquer avec des couteaux des membres de la Garde Nationale, assassinant quelques-uns d'entre eux. 

13 Les Parisiens critiquaient les membres de la Commune, parce qu'ils bavardaient trop et organisaient trop peu les bataillons. Au sein de la direction de la Commune, les communistes ne constituaient 

qu'une minorité. Il y avait beaucoup de réformistes, de pacifistes, de rêveurs (partisans de Proudhon) et d'anarchistes (partisans de Blanqui). En outre, de nombreux représentants élus de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie ont rapidement abandonné la cause de la Commune. Ce n'est qu'à la fin qu'un Comité de Salut Public a pris les choses plus sérieusement en main. 

14 La première Internationale a été créée en septembre 1864. Elle est à l'origine des principales organisations ouvrières en Europe. Son Comité Central comptait une vingtaine de membres. Marx, qui était membre de ce Comité Central. a essayé de réunir l'Internationale sur les principes du Manifeste Communiste. L'Internationale luttait pour «la conquête du pouvoir politique par les ouvriers», et elle a entre autre combattu pour la journée de dix heures. Elle condamnait le colonialisme et le racisme. La première Internationale a été dissoute en 1872 (suite à la vague de répression dans toute l'Europe après la chute de la Commune et à cause du travail subversif effectué par l'anarchiste Bakounine au sein de l'organisation). 

15 Vandervelde Emile, Le socialisme contre l'Etat (1918), Edition de l'Institut Emile Vandervelde (1949), p.74. 

16 Vandervelde Emile, Le socialisme contre l'Etat (1918), Edition de l'Institut Emile Vandervelde (1949), p.74-75. 

17 La Guerre civile en France est la troisième adresse (aujourd'hui. on dirait "note". "directive" ou "bilan") du conseil général de la (Première) Association Internationale des Travailleurs. Les éditions actuelles du même nom contiennent les trois adresses - écrites par Marx - publiées par l'Internationale à l'occasion de la guerre franco-allemande de 1870 et de la Commune de Paris en 1871. Elles sont précédées d'une introduction de F. Engels du 18 mars 1891 (à l'occasion du vingtième anniversaire de la Commune). Ce liVre' se lit comme un roman ou un journal actuel. 

18 Michielsen Leo, Geschiedenis van de arbeidersbeweging, p.94. 

19 Michielsen, p.94 

20 Histoire du Parti Communiste d'Union soviétique (bolchevik), (fac simili), p.92. 

21 Lénine, Préface à la traduction des lettres de Marx à Kugelmann (l907), dans Marx. Engels. Lénine sur la Commune de Paris. Ed. du Progrès. Moscou, 1971, p.306. 

22 Lénine, Les enseignements de la Commune, article paru en Suisse le 23 mars 1908, dans Marx. Engels. Lénine sur la Commune de Paris. Ed. du Progrès, Moscou, 1971, p.312.