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Jacques Roumain (1907-1944) est incontestablement  l’initiateur, le fondateur du mouvement ouvrier et communiste haïtien. Ayant appartenu à la «Génération de la Gifle», à celle qui subit douloureusement les humiliations infligées au peuple haïtien à cette époque par les occupants américains, cet homme, en dépit des obstacles dus à son origine de classe et du niveau d’évolution politique générale chez nous en ce temps là, fut parmi les rares à posséder l’intelligence historique de la situation haïtienne. A savoir que les masses travailleuses des villes et des campagnes sont les artisans incontournables de notre libération nationale et sociale et que la nécessité d’un Parti révolutionnaire prolétarien s’impose inexorablement pour remporter la victoire sur nos ennemis de classe intérieure et extérieure.

 Après un combat farouche mené contre l’occupant américain et ses alliés locaux sur le front patriotique, Jacques Roumain de concerts avec ses camarades de combats consigna ses idées politiques d’avant garde dans un opuscule, l’Analyse Schématique 32-34  que nous pouvons considérer comme l’acte constitutif, le premier monument du mouvement communiste haïtien. Dans ce document, il dénonça sans ménagement la couardise, les compromissions des classes dominantes haïtiennes avec les occupants américains et le faux nationalisme arboré par les politiciens bourgeois et petits bourgeois qui au fond ne faisaient que nourrir des illusions au sein du peuple alors qu’en réalité ils collaboraient avec l’étranger et expérimentaient le néocolonialisme avant la lettre sous le vocable trompeur de l’haïtianisation.

Pour avoir fondé le Parti Communiste Haïtien et initié la lutte de classe révolutionnaire en Haïti, Jacques Roumain connut entre 1932 et 1941 les rigueurs de la prison et de l’exil. De retour au pays en 1941, il maintint la garde haute. En compagnie de Christian Beaulieu, il rétablit le contact avec les milieux populaires, il s’attaqua dans la presse aux orientations fascisantes de quelques intellectuels de notre milieu et il entreprit une campagne de dénonciation contre les entreprises de l’église catholique connues sous le vocable de campagne «rejeté» contre la religion vaudou. Cette église à l’époque jouissait du soutien actif du gouvernement d’Elie Lescot qui mit ses forces de police au service de l’épiscopat. Avec un accent de rage dans un célèbre article intitulé  « Autour de la campagne anti- superstitieuse» Jacques Roumain prôna une campagne anti-misère en lieux et places des gesticulations anti-vaudouisantes de l’église catholique dont la hiérarchie était essentiellement composée de français.

La disparition de Jacques Roumain en 1944 fut vivement ressenti dans les milieux populaires et progressistes de l’époque. Mais la voie tracée par cet homme a quand même été suivie et l’est encore en dépit des obstacles souvent tragiques et sanglants dressés sur les étapes du parcours.