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L’écroulement du mythe nationaliste

Le fait le plus considérable, le plus riche en enseignements c’est: entre l932-1934, l’écroulement du mythe nationaliste en Haïti.  En premier lieu: qu’est-ce que le nationalisme haïtien ?  Le Nationalisme haïtien est certainement né de l’occupation américaine. Mais on se tromperait en ne voyant en lui qu’une attitude sentimentale. Le Nationalisme haïtien est né de la corvée rétablie dans nos campagnes par les troupes d’invasion; du massacre de plus de 3.000 paysans haïtiens protestataires; de l’expropriation des paysans par les grandes compagnies américaines.
Le Nationalisme haïtien a eu donc ses racines dans la souffrance des masses, dans leur misère économique accrue par l’impérialisme américain et leurs luttes contre le travail forcé et la dépossession. QueIle que fût la superstructure sentimentale de ces luttes, reliquat historique probable, elles n’en demeurent pas moins profondément et consciemment un anti-impérialisme à base de revendications économiques: elles sont un mouvement de masses. La bourgeoisie haïtienne, tandis qu’on massacrait les paysans du Nord, de l’Artibonite et du Plateau Central, recevait joyeusement les Chefs des assassins dans les salons de ses cercles mondains et dans ses familles. Complice consciente de l’Occupation, elle se mit à son service, rampa aux pieds des maîtres en quête de reliefs: présidence de la République, fonctions publiques. Les uns furent contentés, les autres non.

Ainsi naquit une opposition bourgeoise.

Le parallèle est saisissant entre les rapports de classe à St-Domingue et dans l’actuelle République d’Haïti. Colons français et impérialistes américains; Affranchis et bourgeoisie contemporaine; Esclaves et prolétariat haïtien.
Un ouvrage ultérieur précisera la question dans ses moindres aspects. Fixons aujourd’hui ceci: En 1789, les affranchis ne pouvaient songer à la liberté des esclaves puisqu’ils vivaient de leur exploitation. Ils ne revendiquaient que leurs droits à eux. En 1915, la bourgeoisie haïtienne, vivant de l’oppression de la masse ne pouvait faire cause commune avec elle: elle se contenta, complice historique et naturelle, de l’Impérialisme, de réclamer la continuation de ses privilèges et de nouvelles prébendes sous la protection de l’occupant. La fraction satisfaite collabora “franchement et loyalement”; l’autre se révolta.
Encore une fois, nous raisonnons ici en termes de classes et non en termes de personnes. Il y eût de part et d’autre des traîtres et des combattants sincères. Mais considérés globalement, ou mieux en facteurs de classes: la bourgeoisie trahit; le prolétariat résiste.  Sur quoi allait donc s’appuyer cette opposition bourgeoise dépitée. Les masses elles, avaient des revendications économiques sérieuses. Les revendications économiques de la bourgeoisie: c’est le pillage. Décemment, elle ne pouvait s’appuyer là-dessus. Son nationalisme fut d’abord verbal. Ses journaux élevèrent des plaintes véhémentes et tirèrent à des milliers d’exemplaires les clichés patriotards bien connus tels que: ~‘Nos Ancêtres, les sublimes va-nus— pieds de 1804 etc.”
Quelques amendes, des emprisonnements y mirent assez bon ordre. Alors elle se tourna vers les masses anti-impérialistes, fit mine de défendre ses droits; d’épauler ses protestations contre les taxes, les dépossessions; parla avec solennité du destin de notre race (cette race qu’elle méprise et dont elle a honte). Les masses écoutèrent, suivirent. Le Nationalisme haïtien était né: ce fait inouï: la bourgeoisie avant-garde du prolétariat.!
Définissons donc ce nationalisme: une exploitation effrontée de l’Anti-­Impérialisme des masses, à des fins particulières, par la bourgeoisie politi­cienne.

De 1913 à 1930 la bataille contre l’Occupation et ses sous-ordres haïtiens se livre, incessante malgré les massacres, les matraquages, les incarcérations. Elle atteint en 1930 son point culminant. Le Président Borno « collaborateur franc et loyal » quitte le pouvoir. Les masses, puissants leviers, hissent les nationalistes au pouvoir.  Avec l’arrivée au pouvoir des Nationalistes commence le procès de décompo­sition du nationalisme. L’explication de ce phénomène est simple: par la hase, mouvement anti-impérialiste, donc anticapitaliste; par le haut, mouvement opportuniste d’un état-major petit-bourgeois et bourgeois; le nationalisme contenait des contradictions internes qui devaient désagréger. Le mouvement nationaliste fut incapable de remplir ses promesses, parce que les promesses du nationalisme bourgeois se heurtaient dès la prise du pouvoir, à ses intérêts de classe, et se révélaient une duperie électorale.
Aussi la loi sur le commerce en détail fut-elle promptement enterrée pour la raison que les intérêts de classe de la minorité exploitante, par conséquent de I’Etat haïtien, sont liés à ceux du Capitalisme international. Le projet de Législation Jolibois-Cauvin subit le même sort. Les petits fabricants d’alcool continuèrent à fermer leurs guildives, les ouvriers agricoles de travailler 10 à 12 heures par jour pour des salaires de 1.50 piastre; les marchandes d’être écrasées de taxes de marché; les ouvriers d’être exploités sans recours. Quant à réintégrer les paysans dépossédés par les grandes compagnies américaines dans la jouissance de leurs terres, il n’en fut plus du tout question. Ainsi s’écroula le Nationalisme haïtien. La grande majorité de la classe travailleuse comprend maintenant le mensonge du nationalisme bourgeois. De plus en plus, elle lie étroitement la notion de la lutte anti-impérialiste à celle de la lutte des classes; de plus en plus elle se rend compte que combattre l’impérialisme, c’est combattre le capitalisme étranger ou indigène, c’est combattre à outrance la bourgeoisie haïtienne et les politiciens bourgeois, valets de l’impérialisme, exploiteurs cruels des ouvriers et paysans.

II - Préjugé de couleur et lutte de classes (1)

Le préjugé de couleur est une réalité qu’il est vain de vouloir escamoter. Et c’est du jésuitisme que de paraître le considérer comme un problème d’ordre moral. Le préjugé de couleur est l’expression sentimentale de l’opposition des classes, de la lutte des classes: La réaction psychologique d’un fait historique et économique: l’exploitation sans frein des masses haïtiennes par la bourgeoisie. Il est symptomatique de constater au moment où la misère des ouvriers et des paysans est à son comble, que la prolétarisation de la petite bourgeoisie se poursuit à un rythme accéléré, le réveil de cette plus que séculaire question. Le Parti Communiste Haïtien considère le problème du préjugé de couleur comme étant d’une importance exceptionnelle, parce qu’il est le masque sous lequel politiciens noirs et politiciens mulâtres voudraient escamoter la lutte de classes.

Ces jours-ci, circulent sous le manteau différents manifestes où la question est soulevée. Il est à retenir de ces manifestes qu’ils exposent:

1) sentimentalement des vérités, en réalité, économiques et, par conséquent, sociales et politiques;

2) la paupérisation de la classe moyenne dont les raisons sont expliquées dans la critique du manifeste de la “Réaction Démocratique”. Mais il s’agit ici de préciser que l’avilissement social, économique et politique des noirs n’est nullement dû à une simple opposition de couleur. Le fait concret est celui-ci: un prolétariat noir, une petite bourgeoisie en majorité noire est opprimé impitoyablement par une infime minorité: la bourgeoisie (mulâtre en sa majorité) et prolétarisée par la grosse industrie internationale.

Il s’agit, on le voit, d’une oppression économique qui se traduit socialement et politiquement. Donc la base objective du problème est bien la lutte des classes. Le P.C.H. pose le problème scientifiquement sans nier aucunement le bien-fondé des réactions psychologiques des noirs blessés dans leur dignité, par le dédain imbécile des mulâtres, attitude qui n’est que l’expression sociale de l’oppression économique bourgeoise.

Mais le devoir du P.C.H., Parti d’ailleurs 98% noir puisque C’est un parti ouvrier et où la question de couleur est vidée systématiquement de son contenu épidermique et placée sur le terrain de la lutte des classes, est de mettre en garde le prolétariat, la petite bourgeoisie pauvre et les travailleurs intellec­tuels noirs contre les politiciens bourgeois noirs qui voudraient exploiter à leurs profits leurs colères justifiées. Ils doivent être pénétrés de la réalité de la lutte de classe que le préjugé de couleur tend à escamoter. Un bourgeois noir ne vaut pas mieux qu’un bourgeois mulâtre ou blanc. Un politicien bourgeois noir est aussi ignoble qu’un politicien bourgeois mulâtre ou blanc. La devise du Parti Communiste Haïtien est: CONTRE LA SOLIDARITE BOURGEOISE CAPITALISTE NOIRE, MULÂTRE ET BLANCHE:  FRONT UNIQUE PROLETA­RIEN SANS DISTINCTION DE COU­LEUR.

La petite bourgeoisie doit se ranger aux côtés du prolétariat, car de plus en plus rapidement l’exploitation bourgeoise et impérialiste la prolétarise.  Le Parti Communiste Haïtien, appliquant son mot d’ordre: “la couleur n’est rien, la classe est tout”, appelle les masses à la lutte de classes sous sa bannière.

Seul contre la bourgeoisie nationale capitaliste (jaune en sa majorité, noire en sa minorité) et la bourgeoisie capitaliste internationale, un combat implacable, combat vidé de son contenu épidermique et situé sur le terrain de la lutte des classes est susceptible, en détruisant des privilèges dûs à l’oppression et à l’exploitation, d’anéantir en même temps que le préjugé de couleur, leur avilissement social, économique et politique.
Le Manifeste de la Réaction Démocratique

“Croire qu’on peut construire une société nouvelle au moyen de subventions de l’Etat aussi facilement qu’on construit un nouveau chemin de fer, voilà qui est bien digne de la présomption de Lassalle.”  (Marx: Critique du Programme de Gotha).

Il y a quelque temps a paru à Port-au--Prince, sous le titre MANIFESTE DE LA REACTION DEMOCRATIQUE, une petite brochure d’une vingtaine de pages et où se trouve exposé le point de vue de quelques jaunes, -les signatures et leurs coreligionnaires politiques, - sur le problème haïtien. Cette brochure se caractérise par un confusionnisme général et une tendance dangereuse à l’idéalisme politique, qu’il faut démasquer impitoyablement. Ce que nous allons faire le plus succinctement possible et sous les chefs de chapitres suivants:

a)- la R.D. et le problème de l’organisation d’une économie nationale ration­nelle;

b) - la R.D. et sa conception de l’etat;
c) - la R.D. et la lutte de classes:
d) - la R.D. et la question de race;
e) - la R.D. et la question de l’imperialisme;
f) - la R.D et ses tendances generales;
g) - R.D. et la question syndicale.

a) - la R.D et le problème de l’organisation d’une économie nationale rationnelle.

Comme il se doit, l’économique a eu la bonne part dans le Manifeste: la R.D. est nettement interventionniste. Et même, la collectivisation ne lui fait pas peur. A la page 7 de la brochure, nous lisons: “Le trésor public engagerait sur de vastes habitations les capitaux nécessaires pour des plantations de produits exportables et A MARCHE TROUVE. II établirait sur la même plantation, et ce pour toute la région, “l’outillage nécessaire à l’emballage d’exportation”. Donc, sovkhoze et la station de tracteurs destinés à sortir le paysan parcellaire et pauvre de la routine meurtrière. Même le centre de civilisation rural, est prévu: “Il (L’Etat) construirait à côté un hameau comprenant l’école, la boutique, le dispensaire, l’église et le cinéma”.
Apparemment, la R.D. a l’air de ne pas manquer d’audace, mais quand on va au fond des choses, on s’aperçoit tout de suite qu’une question capitale et qui décide de la valeur de tout ce projet miroitant a été éludée; le rapport entre ces formes d’Etat et les grandes entreprises strictement privées. Car le conflit est inévitable entre ces deux formes d’exploitation, parce que antagonistes et qu’en définitive, l’initiative privée capitaliste ne peut manquer de voir d’un mauvais oeil les ingérences de l’Etat dans l’Economie, à moins que ces interventions ne se fassent sous son égide et en dernier lieu, à son profit. Cette question capitale a été donc éludée et volontairement éludée, car un petit bout de phrase laisse percer l’oreille de la R.D. “Les petits propriétaires voisins des centres d’Etat seraient aidés et protégés par l’Etat car dans un pays aux ressources si précaires, il serait criminel d’anéantir l’initiative privée”.
C’est nous qui avons souligné le dernier membre de phrase: il vient comme un cheveu sur la soupe, au moment où l’on s’y attendait le moins. Ce qui n’est pas fait pour nous étonner. En tout cas, il permet de préciser la position de la R.D. sur la question capitale, déterminante de la propriété privée des moyens de production et d’échange (sol, mines, appareil de production, etc.): la R.D. la maintient intégralement. Ce qui en fait un parti de droite. Pas carrément, cela va de soi, ni en abordant de front le problème. Le rédacteur du Manifeste est un malin et il mise sur l’impréparation politique du milieu. Donc, subtilement, de façon délicate, sans avoir l’air d’y toucher: dans un membre de phrase apparemment anodin, qui se présente en compagnie très agréable, puisque sous le couvert de la protection due au “petit propriétaire voisin des centres d’Etat”.
Mais la R.D a bien soin de nous apprendre qu’il “serait criminel d’anéantir l’initiative privée”. Sans autre précision, ce qui nous autorise à penser que la RD met dans Je même sac mangeurs et mangés, la HASCO et le petit guildivier haïtien en voie de prolétarisation, la HASCO, Alfred Vieux et le petit propriétaire terrien de la plaine exproprié. Ainsi sous les auspices et apparences de l’initiative privée, la R.D. essaie de faire passer un colis bien embarrassant: la propriété privée capitaliste des moyens de production et d’échange. Et le tour de prestidigitation, quoique fait au nom du “petit producteur voisin des centres d’Etat” se révèle dans la réalité absolument contre lui: les conquêtes de la HASCO, de PETTIGREW, de la Compagnie des Ananas contre la masse paysanne sont maintenues purement et simplement “car il serait criminel d’anéantir l’initiative privée”.

Même quand cette initiative privée se résoud dans le droit du plus fort de gober le plus faible ou même de faire une quiète digestion, comme dans le cas de la HASCO ET DE PETTIGREW: En réalité, la R.D. supprime de la façon la plus radicale l’initiative créatrice du “petit propriétaire voisin des centres d’Etat” et de la paysannerie, en général, en permettant qu’ils soient expropriés légalement (par les bienfaits de l’initiative privée incontrôlée) et qu’ils deviennent des parias. Il y a une façon, et radicale de résoudre le problème: la socialisation du sol et son exploitation, au profit de chacun, au moyen des fermes d’Etat admises par la R.D., mais ceci, d’une façon systématique, en poursuivant fermement la réduction du secteur à initiative privée incontrôlée. Mais ce travail de longue haleine n’est probablement pas du goût de la R.D. (On ne réalise qu’au pouvoir, déclaration de Max Hudicourt). Du maintien de la propriété privée capitaliste (nous disons bien capitaliste) il découle des conséquences très importantes que nous allons signaler.

a) - Au point de vue technique de l’Organisation Economique.

Le maintien de la propriété privée des moyens de production et d’échange rend absolument illusoire toute intervention d’Etat en vue de créer une Economie rationnelle, l’initiative privée capitaliste ne pouvant accepter comme règle d’action que la course au profit, le profit à tout prix, même au prix d’une production rationnelle. L’Economie mixte de la R.D. ne peut conduire au point de vue politique qu’au fascisme, à l’anarchie sur le plan de la production et à sa conséquence naturelle, les crises périodiques et le chômage.

b) Au point de vue social.

Le maintien de la propriété capitaliste aboutit è la monopolisation des ressources de l’Economie Nationale au profit de la bourgeoisie Internationale et de ses sous-ordres haïtiens. De sorte que le plus clair de notre avoir sera monopolisé au profit de la HASCO, de PETTIGREW, de la BANQUE NATIONALE et des rares familles haïtiennes grandes propriétaires. Cette mainmise particulariste sur les ressources du pays rend inapplicable par faute de moyens tout programme sérieux de régénération sociale. Par exemple, et pour ne retenir que l’un de nos problèmes capitaux, aucune réforme sérieuse de notre système d’enseignement pour le rendre réellement gratuit, c’est-à-dire pour le rendre réellement obligatoire, en assurant à l’enfant le manger et le boire et les fournitures personnelles et classiques, n’est possible, sans la socialisation préalable de l’Economie, de sorte que les ressources ne soient pas accaparées par une minorité et servent au contraire à promouvoir le bien-être de chacun.

b) - la R.D. et sa conception de l’état.

Il fut un temps où dominait une conception particulière en la matière. Tout pouvoir vient de Dieu. Sauf le pouvoir Soviétique, naturellement, annonce encore le curé de village. C’est la conception du pouvoir de droit divin. Mais le développement de l’esprit scientifique a battu en brèche cette théorie très commode. Et il a fallu chercher autre chose; les savants bourgeois ne sont pas à court de systèmes. Mais tous se ramènent à faire de l’Etat une espèce d’entité éthérée, sans aucune racine dans la réalité. Marx n’a pas eu de peine à démonter toutes ces théories idéalistes, à montrer que l’Etat traduit un rapport des forces sociales réelles objectives, que dans la société à classes l’Etat représente, en définit ive, l’organisation de contrainte de la classe dominante.

Comme de juste, la R.D. n’a pas cru devoir s’attarder à préciser la nature de son Etat: I’Etat qui doit intervenir dans la production. La chose lui a paru probablement inutile. Nous allons lui en montrer l’importance capitale, en partant d’un point essentiel, de son programme: de sa position dans les rapports entre le Capital et la main-d’œuvre. A la page 19 du Manifeste, nous lisons:  “C’est donc l’Etat qui doit intervertir là aussi pour protéger les classes laborieuses contre les lois d’airain du travail, soit que ce travail vienne de particuliers, soit qu’il vienne de l’Etat. L’ouvrier ne peut pas travailler dans les conditions criminelles, etc.” En d’autres termes, la R.D. proposerait au Patronat d’Haïti: I) - l’adoption de la journée de travail réglementaire; 2 - l’adoption d’une législation concernant les accidents de travail, etc. C’est-à-dire il va lui demander de lourds sacrifices et le sacrifice d’une marge considérable de profit. La R,D. s’est-elle préoccupée de la réaction inévitable de ce patronat devant ces mesures attentatoires à ses sacro-saints profits?
    L’Etat contraindra la HASCO, contraindra PETTIGREW, contraindra la Banque Nationale, contraindra BRANDT, etc. diront probablement ces Messieurs? Et si cet Etat avait partie liée avec la HASCO, PETTIGREW, la Banque Nationale, Brandt, etc? Ces messieurs de la R.D sont des nationalistes et se cantonnent farouchement dans les choses strictement haïtiennes, mais s’ils pouvaient arriver à vaincre ce préjugé petit bourgeois et à jeter un coup d’œil sur l’histoire des conquêtes ouvrières dans tous les pays à Législation du Travail, ils auraient constaté que le Prolétariat a dû se livrer à de terribles batailles pour faire reconnaître ses revendications qu’ici la R.D. se propose de faire tomber du ciel. Plus, ils auraient constaté que la classe ouvrière a dû et doit se tenir constamment sur la brèche pour maintenir les positions acquises. L’Etat bourgeois n’est intervenu que par peur de la pression ouvrière. Mais la R.D. est amateur seulement des choses spécifiquement haïtiennes et nous ne sommes nullement étonnés qu’à la manière de l’ineffable M. Alix Mathon, il en soit arriva à nier la lutte de classes. Probablement, parce que l’Economique n’existe pas (formule du chéquard Mathon). Quoiqu’il en soit, nous pouvons assurer la R.D. d’une chose; c’est qu’elle se trompe et grossièrement. 

En effet, de deux choses !

Ou bien la R.D. poussera è fond son programme de revendications ouvrières. Auquel cas il provoque immédiatement un front bourgeois irrémédiablement hostile et décidé à tout faire pour avoir la peau de ce gêneur (la R.D.). Front d’autant plus dangereux que le patronat local minoritaire y travaillera en sous-ordre et que la danse sera menée par HASCO, BANQUE NATIONALE, PETTIGREW, REINHOLD, et tout ce que cela suppose de censeurs de l’impérialisme Etranger. Wall Street mènera le jeu, en définitive, car il ne faut jamais oublier_le statut au trois quart colonial de notre Economie. Tandis qu’en face, pour défendre les revendications de la R.D. et du Peuple haitien (nous disons bien peuple haïtien) il n’y aura qu’un Prolétariat national non éduqué dans la lutte de classes, qui dans notre cas, se confond avec la lutte contre l’impérialisme, aisé à circonvenir par les politiciens locaux en quête de prébendes et prêts à se mettre au service de l’étranger exploiteur. Encore une fois, le tour aura été joué et la R.D. aura cessé d’exister: il est même à prévoir que la répression sera sanglante, au nom de l’ordre et à titre d’exemple salutaire.
Mais il est probable, et c’est l’autre alternative, que la R.D. rentrera ses revendications prolétariennes et par contre, sortira quelque petit papier tout plein de bonnes intentions, et sentimentales à souhait où il expliquera ce qu’on a toujours expliqué. Ce qu’on a expliqué quand il a fallu torpiller le projet de Législation du Travail, d’ailleurs assez incomplet et idéaliste de Jolibois et Cauvin et les autres qui dorment dans les archives de nos deux Chambres, à savoir que les marges de profit de ces MM des Industries dites Nationales (Hasco, Pettigrew, Brandt) sont trop petites et que le Prolétariat national doit attendre des jours meilleurs.
II va sans dire que la partie du Prolétariat haïtien qui se serait laissé entraîner par la R.D, se serait vite convaincue de la réalité de la lutte de classes et qu’à la plus prochaine crise politique, elle ne manquerait pas de prendre une véritable position de classe et d’envoyer au rebut cette vieille machine de politique bourgeoise qu’est la R.D. De tout ce qui précède, il résulte que le reproche capital à faire à la R.D. c’est qu’il n’ a pas tenu compte dans l’élaboration de son programme politique du fait de la lutte de classes (c’est un fait donné et basé sur la propriété capitaliste des moyens de production par une minorité et non une Conception arbitraire des sacrés marxistes). Ce qui le condamne à concilier sur le papier des inconciliables dans la réalité, à nager en plein dans l’illusionnisme politique et à préparer au Prolétariat National de terribles réveils, si jamais celui-ci se laissait embrigader. - Vu son importance capitale, nous allons considérer d’un peu plus près la question de la lutte de classes.

c) - la R.D. et la lutte de classes.

Sur la question de la lutte de classes, - question capitale et pierre de touche de n’importe quel programme politique, - la R.D. a pris position. Timidement, il est vrai, dans une de ces petites phrases littéraires à souhait et où se concrétisent des années d’ankylose de l’esprit:  “Aucune classe sociale n’a le privilège de la vertu ni d’ailleurs de la pourritures.. Hélas! les barrières sociales n’ont rien à voir avec la corruption de la nature. En dépit des inégalités de caste qui frappent à la surface, une nappe souterraine d’égoïsme et de férocité alimente impartialement toute la race des hommes”. Et la Conclusion de ce morceau lyrique, eh biens elle est très simple: laissons les choses en l’état où elles sont, car il serait dangereux “de développer une éducation de classes”. Dangereux pour l”équilibre démocratique », nous dit la R.D. La formule est incompréhensible et nous l’interprétons dans le seul sens admissible. Dangereux pour les équilibristes de la démocratie bourgeoise, car le Prolétariat conscient de demain balaiera impitoyablement, eux et tout leur fatras idéologique. Notons en passant l’accord symptomatique de la R.D. et de la RELEVE dans la négation de la lutte de classes et conséquemment de la réalité des classes en Haïti. Disparue la querelle des jeunes et des vieux ! Disparue la petite Opposition de salons de ces Mrs du Centre et de la Relève. Ce point marqué; il n’est pas inutile de faire à ces Messieurs un petit cours de sociologie marxiste.

La R.D., en faisant siennes sur la question de classes des bourdes dignes de Leroy-Beaulieu, raisonne en termes de personne séparée tandis que le Marxisme raisonne en termes de classes, Il va sans dire que dans n’importe quelle classe, il y a des honnêtes gens et des escrocs. Même, la classe bourgeoise en a compté non seulement d’honnêtes, mais d’héroïques: entre autres Marx et Engels... pour ne citer que les plus grands. Ce qui, entre parenthèses, montre le cas qu’il faut faire des critiques accusant d’insincérité les Haïtiens d’origine bourgeoise passés à la défense du Prolétariat. Mais il ne s’agit pas de cela: même, il s’agit de tout autre chose.

Dans les sociétés à classes (et la société type capitaliste avancée ou non en est une), à tel moment de leur développement historique, il y a une classe qui peut épouser tout programme nettement progressiste parce qu’elle y trouve son compte, -c’est la classe exploitée, la classe qui a à demander justice et qui par nature épouse toute tendance évolutionniste, puisqu’elle est dominante, se refuse, en tant que classe, à tout changement import affecterait ses privilèges en tant que classe, car le statu quo, c’est le statu quo en sa faveur. Si nous mettons cette loi générale de l’évolution des sociétés à classes en termes historiques, et en termes historiques haïtiens, nous espérons sinon convertir ces Messieurs de la R.D. mais au moins, détruire leur pauvre édifice idéologique, digne de Leroy-Beau
A la veille de la guerre de l’Indépendance Nationale, trois classes se trouvaient en présence sur la scène de St-Domingue: la classe des colons, celle des affranchis et celle des esclaves. Au point de vue bourgeois, la classe des colons était certainement la plus “civilisée”: privilège de la naissance, éducation, “bonnes manières”, et tutti quanti. Ses intérêts de classes n’en constituaient pas moins le plus horrible mélange obscurantiste, notamment par l’asservissement direct de l’homme par l’homme et le maintien de la traite.

La classe des affranchis avait, elle, quelque chose à demander à l’histoire: elle avait à satisfaire ses revendications politico-économiques, mais ses intérêts de classes se mouvaient dans des limites précises, car, elle aussi, elle avait des esclaves, était riche et n’entendait point épauler les revendications de l’Homme. (1) En définitive, c’était une classe relativement rétrograde et relativement progressiste: dans les limites de son intérêt de classe. En fait, elle demanda d’abord l’égalité pour elle et pour elle seule (soulèvement d’Ogé et de Chavannes, massacre des Suisses).
La grande masse prolétarienne, victime de l’esclavage, avait-elle - tout à demander à l’histoire: elle le demanda et soutint le mouvement le plus radical auquel il lui fut donné alors d’adhérer: le mouvement pour l’indépendance. La Grande Masse des Esclaves fit la guerre de l’Indépendance, parce que ses intérêts de classe y trouvaient alors leur compte. Les affranchis se rallièrent aux esclaves soulevés parce que de deux maux, il fallait bien choisir le moindre: le maintien de leurs droits de propriétaires d’esclaves ou le maintien d’un système qui leur enlevait tout droit de citoyen.