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Dans le journal Solidaire du PTB ( Parti du Travail de Belgique) N°31en date du 16 Août 1995  paraissait cet aricle sous la plume de Frans De Maegd

Nous l'avons reproduit tel quel......pour l'histoire

Il y a 200 ans: Baboeuf et la "Conjuration et des Egaux" en France

1789, la Révolution française: liberté, égalité, fraternité. Six ans plus tardle révolutionnaire Gracchus Babeuf écrit à un camarade:" Combien as-tu vu de ces êtres souffrants manquante de tout; point de pain, point de bois, plus de chaussures, plus de vêtement, plus de grabat même pour reposer leurs os exténués et sans force!"

Après six années de révolution, le peuple vivait dans une misère encore plus 

terrible qu'avant.

Tous les sacrifices avaient-ils été vains? N'y avait-il pas d'avenir pour le peuple?

La révolution bourgeoise de 1789 a brisé le système des privilèges féodaux. 

La bourgeoisie s'est appropriée le pouvoir politique et économique. Elle s'est 

appropriée les richesses des seigneurs féodaux et de l'Eglise. Cette nouvelle 

richesse accumulée a accéléré le développement du capitalisme.

Craignant les révoltes, la nouvelle classe dominante a limité les droits du peuple. 

Les grèves, les pétitions, les manifestations étaient interdites. Mais la bourgeoisie

était menacée par la contre-révolution et les invasions. C'est pourquoi en 1793 et

en 1794 elle a de nouveau fait appel au peuple pour sauver la révolution. La bourgeoisie a dès lors dû faire des concessions en accordant le droit de grève et de porter des armes. Le régime de Robespierre a réalisé un meilleur partage des richesses et promis d'assurer le droit au travail et à la sécurité sociale. Mais la voix du mouvement populaire se fit toujours plus pressante, revendiquant une loi agraire de partage égal des terres parmi tous les citoyens, pour que tout Français puisse assurer le bien-être de sa famille. Mais, même sous Robespierre, cette revendication était illégale et celui qui la défendait risquait la peine de mort, car elle menaçait la propriété des " nouveaux " riches.

Après la conquête de la Belgique( bataille de Fleurus 26 Juin 1794), la révolution bourgeoise était à nouveau consolidée. Robespierre et ses partisans ont été exécutés et toutes les concessions supprimées. Une terreur blanche s'est instaurée contre les forces démocratiques et deux révoltes populaires ( Germinal et Prairial) ont été écrasées au printemps de 1795. Les"sans-culottes", le petit peuple, grondait:" Pendant la terreur de Robespierre, le sang (des riches) a coulé et il n'a pas manqué de pain (pour les pauvres). Il faudra à nouveau que le sang coule pour qu'il y ait à nouveau du pain."

Une nouvelle révolution, cette fois contre les nouveaux riches, la bourgeoisie était dans l'air.

Mais après yourtes les illusions, les tromperies et les défaites, il fallait chercher une nouvelle voie, un nouveau programme et une nouvelle approche.C'est ce qu'ont fait Babeuf et ses compagnons dans leur "Conjuration des Egaux".

                  

                             Propriété Collective et Travail Collectif

La nouvelle révolution devait assurer" le bonheur commun" et l'égalité des "jouissances". "La propriété privées ( des moyens de production, à l'époque surtout la propriété terrienne) introduisant nécessairement l'inégalité et la loi agraire, c'est-à-dire le partage égal des propriétés, ne pouvait durer qu'un jour, le seul moyen d'arriver à l'égalité de fait est d"établir l'administration commune;de supprimer la propriété particulière; d'attacher chaque homme au talent, à l'industrie qu'il connait;de l'obliger à en déposer le fruit en nature au magasin commun; et d'établir une simple administration des subsistances, qui, tenant registre de tous les individus et de toutes les choses, fera répartir ces dernières dans la plus scrupuleuses égalité".A juste titre, Babeuf disait à propos des "fermes collectives":50,40,30,20 individus viennent à vivre en associés sur cette ferme autour de laquelle, isolés qu'ils étaient auparavant, ils végétaient à peine dans la misère, ils passeront rapidement à l'aisance" L'instauration de la propriété collective devait se réaliser par étapes après la révolution en expropriant les riches et les ennemis du peuple.

La suppression du droit héréditaire et l'application d'impôts élevés devaient décourager la propriété privée.

Immédiatement après la révolution, il fallait créer un pouvoir d'Etat central et dictatorial. Au début, le pouvoir serait assuré par les les dirigeants de la révolte et exercé par leurs partisans. La démocratie  ne serait installée que progressivement. Il fallait d'abord que les masses( souvent arriérées par la misère et l'assujettissement  sous l'ancien régime)fassent l'expérience et soient convaincues des avantages du communisme. Ensuite, une démocratie large et réelle pourrait s'installer où tous les citoyens participeraient activement à l'exercice du pouvoir.

                                     L'organisation de la révolte

Sur base des expériences des jours de la Révolution française,Babeuf et ses partisans étaient convaincus que la révolte était possible à partir de la conjuration d'une poignée de révolutionnaires professionnels déterminés. Le soutien du peuple au coup d'Etat devait être obtenu par une propagande intense ( la distribution des tracts aux ateliers,la publication d'un journal qui passait de main en mainle collage des affiches dans les quartiers populaires) et par l'agitation lors de chaque concentration populaire.

Des responsables étaient désignés pour chaque secteur de la ville, qui avaient pour tâche de sonder le climat  qui régnait parmi la population. et de trans mettre leurs observations à la direction. Il était  essentiel de gagner des fractions de l'armée et de la police pour que la révolte puisse réussir.

La révolte a échoué, suite à des trahisons, des infiltrations policières, la corruption et la surestimation des possibilités. Les dirigeants de la révolte ont été arrêtés, ce qui à peine provoqué des réactions. Babeuf et Darthé ont été exécutés et six autres conspirateurs envoyés au bagne dans une île lointaine.

Pourtant, cette tentative audacieuse a eu une signification historique dans le développement du communisme.

Marx et Engels décriront la "Conjuration des Egaux" comme le premier Parti Communisme actif, qui voulait résoudre le problème social par l'expropriation de toutes les classes possédantes."

(1)Manifeste des Plébéiens, 30 Novembre 1795.