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La «démocratie» de l’occupation

Des élections sous occupation à Haïti auront lieu le 7 février. Elles ont déjà été ajournées à quatre reprises, dès l'instant de la première annonce en novembre, et la question de leur organisation demeure. Au vu de la chronique des ajournements répétitifs et du chaos qui prédomine, la situation apparaît comme un sac de nœuds. Selon la presse internationale, il est question de «bandes» qui kidnappent, tuent, détruisent et empêchent significativement les casques bleus de l'ONU-MINUSTAH (la force présumée de l'ordre)... Pourtant, comme d’habitude, sur le terrain, la réalité est très différente.
Gérard Latortue, conseiller des entreprises en Floride, aux Etats-Unis et ex- cadre de l'ONU, a été désigné premier ministre d'un «Conseil de sages» à la fin février 2004. Ce gouvernement servile aux pays envahisseurs - Canada, USA et France – qui a œuvré au renversement  du président démocratiquement élu Jean-Bertrand Artistide, a organisé une véritable pagaille et des meurtres d’une ampleur comparable avec le chaos qui avait créé les conditions du renversement violent précédent. Dès les premiers jours, la chasse contre les partisans et les cadres du parti Famille Lavalas a été impitoyable. La Cité Soleil, le bidonville au coeur de la capitale Port-au-Prince et naturel bastion des partisans pauvres du parti Lavalas et du président Aristide renversé, est l'objectif le plus manifeste.

A maintes reprises, les hommes de la MINUSTAH, apparemment avec des mandats, ont envahi et ont semé la mort sans distinction. Le massacre du 6 juin 2005 n’a pas été signalé par les médias internationaux, tandis que, jusqu'à récemment, il n'était même pas reconnu par l'ONU. Ce n’est que récemment que l'ONU a admis officiellement que le cas échéant la MINUSTAH aurait procédé à des « exécutions sans motif pendant la durée des opérations de maintien de l'ordre ». Naturellement, elle n'a pas osé déclarer qu’il va de soi que les actions des hommes de la MINUSTAH constituent des violations flagrantes du traité de Genève et spécialement de l'article 48 sur la protection de la population non-combattante.

Sang partout

Le crescendo meurtrier des forces de la MINUSTAH a atteint son comble depuis la fin décembre 2005, quand on a annoncé le 2e ajournement des élections. Le « suicide » du chef brésilien de la MINUSTAH, Urano Teixeira Da Matta Bacellar est certainement intervenu fort à propos. Le général brésilien a été trouvé mort dans la chambre de l'hôtel où il résidait. Le suicide a été officiellement communiqué, mais un peu avant qu'il se donne la mort, ce dernier avait  rencontré Réginald Boulos, le président de la Chambre de commerce et de l’industrie. Et par hasard le général brésilien a été remplacé par le général chilien Eduardo Aldunate Herman, officier de l'époque du dictateur Augusto Pinochet et connu comme violateur systématique des droits de l'homme.

Les massacres ont pris une forme encore plus sauvage. Presque chaque jour, les hommes de la MINUSTAH envahissent la Cité Soleil mais aussi d’autres régions pauvres, bastions du parti Lavalas, et assassinent sans distinctions. La grève de la Chambre de commerce et d’industrie – comment est-ce possible - a constitué le dernier et le plus important moyen de pression de la part de l'oligarchie intérieure envers les forces de la MINUSTAH, mais aussi les représentants des forces impérialistes - comme les envoyés de l’Union européenne, des USA et des sociétés qui sont trouvées là pour installer des infrastructures ou assurer la sécurité - afin que soit exclue la Cité Soleil et d’autres régions pauvres du processus électoral. Régions qui représentent un quart de la population totale de 8 millions !

L'exclusion révèle aussi la guerre de classe réelle, lancée contre la majorité des travailleurs pauvres de Haïti, après qu'il ait été constaté que leur participation signifierait aussi la prédominance écrasante de René Garcia Préval, candidat du parti Lavalas. Dans les sondages, Préval, ex-président et premier ministre du gouvernement Aristide, même après son exclusion, précède d’au moins 25% le candidat «choisi » par les forces d’occupation, Charles Henri Baker. Baker, membre de l'élite riche et propriétaire de manufactures - galères d'exploitation d'ouvriers - fait également partie du « groupe 184 ». Il s’agit d'une «organisation» se réclamant des « citoyens » qui a aidé au renversement violent d’Aristide et a été financée par les USA, le Canada et la France au moyen d'un réseau impie d’organisations non-gouvernementales.


Christina MAVROPOULOU

Rizospastis, quotidien du Parti communiste de Grèce (KKE), 5 février 2006