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Leçons de la lutte révolutionnaire


Haïti. soumise depuis déjà de longues années à la féroce dictature héréditaire des Duvalier, présente les taux les plus bas de développement économique et les chiffres les plus élevés d’exploitation, de chômage, d’analphabétisme, de mortalité et de misère du continent. La longue lutte du peuple haïtien contre le joug oppresseur date du début même de la guerre d’indépendance d’Amérique. Il continue encore à combattre, cette fois contre l’ennemi commun -l’impérialisme nord-américain-et son fantoche local.


Le Parti unifié des communistes haïtiens (PUCH) a été frappé au cours des années 1969-1970 par une vague de répression systématique et Implacable réalisée par des organismes poli­ciers et militaires du gouvernement de Duvalier et de la CIA.  Un grand nombre de camarades, militants de base, responsables d’or­ganismes  intermédiaires et membres du Comite Central de notre parti, sont tombés sous les coups de l’ennemi, certains morts ou blesses au combat, la plupart vilement assassines, d’autres souffrent encore les rigueurs de la prison.

          Ces camarades ont fait honneur à leur condition de révolutionnaires et de communistes, rares sont ceux qui s’en sont mon­trés indignes. La Commission de contrôle du parti s’est fixée pour tâche de faire le jour sur le comportement de tous les membres du PUCH tombés aux mains de l’ennemi au cours de la répression. A chaque affronte­ment, nos camarades ont combattu jusqu’a la dernière cartouche contre des forces supérieures en nombre et en munitions. Dans les prisons et dans les salles de torture, ils ont défié leurs bourreaux avec un courage que retiendra l’histoire de la lutte menée par le peuple haïtien contre la dictature duvaliériste et l’impérialisme yankee pour la libération natio­nale et le socialisme Cependant, malgré l’héroïsme des uns et le courage des autres, notre parti a subi de lourdes pertes. Face aux coups meurtriers et répétés de l’ennemi qui prétendait l’anéantir il a pu, grâce a ses liens avec les masses, a la détermination inébranlable de ses militants, regrouper ses forces pour se préparer à une nouvelle bataille

Depuis cette période douloureuse, le PUCH s’est appliqué à étudier avec rigueur et sérénité, à la lumière du marxisme-léninisme, son expé­rience révolutionnaire pour en faire le bilan critique Il a soumis à une sévère autocritique sa ligne politique et sa pratique révolutionnaire Il a cherche les erreurs qui ont permis a l’infiltration et la répression en­nemies de faire d’aussi graves dégâts dans nos rangs Il a évalue et apprécie la portée et les leçons de cette phase de la lutte révolutionnaire du peuple haïtien En attendant que cette question soit soumise a la con­sidération d’un congres du parti, notre parti se fait le devoir d’exprimer au peuple et aux patriotes de toutes tendances préoccupés de l’avenir du pays et décidés à lutter pour la libération nationale, l’appréciation de son expérience de lutte sur le territoire national contre la dictature duva­liériste et l’impérialisme mondial, en particulier l’impérialisme nord- amé­ricain, pour l’instauration de l’Etat démocratique, national et populaire, pour le triomphe du socialisme.

La longue marche des Communistes haïtiens


              Le Parti unifié des Communistes Haïtiens est né le 18 janvier 1969 à la suite d’un long processus de discussions théoriques et d’échanges d’expé­riences entre deux organisations marxistes-léninistes haïtiennes, le PUDA ci-devant Parti populaire de libération nationale (PPLN) fondé en 1954, et le Parti d’entente populaire (PEP), fondé en 1959. Ces partis, dans l’autonomie de leur action révolutionnaire respective, avaient accumulé une expérience inestimable au cours d’une lutte difficile et courageuse soutenue dans les dures conditions imposées par la dicta­ture dans notre pays.

              Au cours d’une première étape, ils entreprirent les tâches de pénétration au sein de la classe ouvrière et de la paysan­nerie, de certains secteurs de couches moyennes (artisans, profession­nels, étudiants et intellectuels progressistes), s’efforçant d’éduquer, de mobiliser, d’organiser les masses pour la lutte contre la dictature, l’exploi­tation féodale et bourgeoise et l’oppression impérialiste. Cette ligne répondait aux objectifs stratégiques de la révolution anti-féodale et anti-impérialiste pour la construction du socialisme.

              Cependant, elle ne définissait pas clairement les étapes tactiques devant conduire à cet objectif dans les conditions concrètes de la réalité de notre pays. Peu à peu, dans le processus dialectique de la pratique et de la théorie révo­lutionnaire, la question de la voie de la révolution commença à se dessiner. Plusieurs facteurs expliquent cette évolution: la détérioration de la situa­tion nationale et l’aggravation de la dictature, le renforcement théorique des organisations PUDA et PEP, les discussions qui se déroulaient au sein même des organisations au sujet de leur ligne politique et enfin les débats en cours au sein du mouvement révolutionnaire mondial sur la question des tactiques de lutte. La pratique révolutionnaire et les discussions sur les expériences de lutte révolutionnaire conduisirent les deux partis à reconnaître la néces­site de la lutte armée populaire comme principal moyen pour faire triom­pher la lutte de libération nationale du peuple haïtien.

               Des lors, les structures, les méthodes d’organisation et de travail politique commen­cèrent a être adaptées aux impératifs de la lutte armée. Cette situation, le solide lien commun du marxisme-léninisme et la pra­tique de la militance communiste, en dépit des divergences secondaires, amenèrent les membres du PPLN-PUDA et du PEP à se retrouver côte à côte dans la lutte quotidienne avec les masses populaires, comme dans les salles de torture, ce qui contribua à faire comprendre aux membres des deux partis la nécessité de conjuguer leurs efforts. De laborieuses discussions entre les deux organisations commencèrent en vue d’éclairer les questions théoriques fondamentales de la lutte révo­lutionnaire de notre pays. Ce processus fut accompagne de la recherche constante sur le plan théorique et pratique d’un niveau de coopération entre les deux partis qui répondit au mieux aux intérêts de la révolution haïtienne. Ces démarches amenèrent à l’unité de vue sur les principes théoriques et organisationnels et à un accord en vue de la fusion organique des deux organisations en un Parti unifié des Communistes Haïtiens.

                                La Charte constitutive du PUCH proclame:

                 1. Les partis ouvriers connus sous les désignations de Parti d’Entente populaire (PEP) et de Parti union des démocrates haïtiens (PUDA) décident de fusionner pour former le Parti unifie des com­munistes haïtiens (PUCH) sur la base d’idéologie, de programme, de tactique, de direction et de statuts communs. L’élaboration des programmes et des statuts du PUCH sera à la k charge de la direction du nouveau Parti et se fera sur la base des accords conclus au cours des négociations

                     2 Le PUCH est l’avant-garde consciente et organisée de la classe ouvrière luttant sous la bannière de l’idéologie marxiste-léniniste Conçu selon les normes léninistes d’organisation, le PUCH dirigera la lutte de classe du prolétariat pour faire la révolution haïtienne, prendre le pouvoir et construire le socialisme.

               3. Le Parti unifié repose sur les acquisitions historiques, théoriques et pratiques du PUDA et du PEP. Il devra accroître les capacités de ses nouveaux appareils en se liant étroitement à la classe ouvrière et à la paysannerie ainsi qu’aux autres secteurs progressistes intéres­sés à la révolution démocratique de libération nationale.

          4.  Les tâches politiques essentielles de la révolution démocratique et nationale consistent à renverser la dictature duvaliériste et à prendre le pouvoir au nom du front uni de toutes les forces antiféo­dales et anti-impérialistes dirigées par la classe ouvrière, pour dé­truire le régime économique et social actuel et opérer les transfor­mations essentielles de la révolution de libération nationale dans les domaines sociaux, économiques, politiques et culturels.

          5.  Les transformations démocratiques et sociales visent à conquérir la pleine indépendance politique, à promouvoir le développement économique et à ouvrir la voie à l’établissement de nouveaux rapports de production. Ces transformations comprennent notamment: la ré­forme agraire, la nationalisation de la propriété impérialiste étran­gère, principalement nord-américaine, le monopole du commerce ex. teneur, l’annulation de la dette publique, l’introduction des pratiques démocratiques dans la vie sociale, la liquidation de l’analphabétis­me, etc.; l’ensemble de ces mesures révolutionnaires et leur approfon­dissement subséquent se situent dans les perspectives de la marche vers le socialisme dont la révolution démocratique et nationale repré­sente l’étape obligatoire.

          6 Les classes sociales qui ont objectivement intérêt a la révolution de libération nationale sont la classe ouvrière, la paysannerie, les couches moyennes et la fraction de la bourgeoisie nationale qui n’ac­cepte pas la suprématie économique et politique de l’impérialisme nord-américain. La classe ouvrière et la paysannerie constituent les forces motrices fondamentales de cette révolution.
         
          Le PUCH luttera pour l’alliance de ces classes nationales au sein d’un front uni réalisable essentiellement dans le cours de la guerre révolutionnaire. Le Parti travaillera à ce que la classe ouvrière, alliée à la paysannerie, force de masse principale, conquiert la direction politique de ce front à créer. Le coup principal des forces motrices de la révolution sera orienté contre le bloc réactionnaire pro-impérialiste qui comprend les propriétaires fonciers féodaux, la bour­geoisie bureaucratique et compradore, la fraction fonctionnariste des couches moyennes, ainsi que les institutions à leur service, en particulier l’armée et la milice.

7.  La lutte anti-féodale, anti-impérialiste de la nation haïtienne, de par les caractéristiques propres aux régimes politiques de nos dicta­tures féodales, pose des exigences spéciales sur le plan des alliances politiques. Le PUCH, tout en sauvegardant son indépendance idéo­logique, politique et d’organisation, ne rejette point des formes spé­cifiques de collaboration passagère avec d’autres forces socio-politi­ques anti-dictatoriales, à condition que ces dernières n’apparaissent pas comme de simples valets de la politique impérialiste des Etats-­Unis d’Amérique du Nord vis-à-vis d’Haïti.

8. A la violence réactionnaire du macoutisme duvaliériste doit être opposée la violence révolutionnaire organisée des classes en lutte pour son écrasement. La voie de la révolution haïtienne demeure la voie armée. Chaque phase de ce processus, qui sera long, difficile et sanglant, articulera une combinaison des moyens non-armés et armés de lutte jusqu’à transformer ces derniers en forme principale. Cette voie désigne la campagne comme théâtre fondamental de la guerre populaire avec la guérilla comme chaînon central. Puisque la violence macoutique s’exprime de façon permanente, indiscriminée et généralisée, l’entreprise de la résistance armée, à la campagne comme dans les villes, avant l’apparition de la guérilla, est une con­duite politique opportune et nécessaire à la création des conditions subjectives de la révolution.


            9.   Le maillon principal de toutes les tâches actuelles du PUCH est la préparation pour l’établissement de la guérilla. La formation des forces sociales, politiques et militaires de la guerre populaire et de la révolution nationale est obligatoire pour toutes les organisations du Parti unifié, aussi bien sur le plan rural que sur le plan urbain, tant dans les zones propices à la guérilla que dans les autres régions.
          

           10.   Le PUCH est le détachement haïtien du mouvement communiste international. Il s’engage à résoudre les problèmes de la lutte natio­nale libératrice dans l’adhésion à la discipline internationale du pro­létariat révolutionnaire. Le PUCH entend entretenir des liens fra­ternels avec tous les partis communistes. Il luttera pour l’unité des rangs du communisme mondial dans la cadre du respect de l’indé­pendance de chaque parti et sur la base de la fidélité au marxisme-léninisme et à l’internationalisme prolétarien.
          
            Le PUCH respecte les traditions révolutionnaires de tous les peuples du camp socialiste. S’insérant dans le mouvement communiste international avec pleine autonomie de jugement sur les débats polémiques, le PUCH considère l’assimilation critique de l’expérience des partis frères comme gage de la victoire révolutionnaire en Haïti. Le PUCH se déclare prêt à assurer aux partis révolutionnaires dominicains, aux organisations révolutionnaires internationales et continentales, sa solidarité mili­tante.

Fait en Haïti, le 18 janvier 1969.

         Les milieux révolutionnaires haïtiens et étrangers saluèrent cette gran­de victoire de l’unité et du marxisme-léninisme. L’impérialisme, les sec­teurs réactionnaires et pro-impérialistes du pays et le gouvernement duvaliériste ne purent cacher leur préoccupation face à cette nouvelle impulsion du mouvement révolutionnaire haïtien. La naissance du PUCH, renforçant la vigoureuse offensive d’agitation et d’actions armées déclenchées par le communisme depuis 1967, accentua la lutte des classes dans les pays, commença à provoquer une polarisation des forces politiques et à ouvrir de fortes brèches dans la machine de terreur. Notre présence révolutionnaire se fit sentir de façon croissante sur le territoire national comme l’avant-garde de la lutte des masses laborieuses. Tout à coup s’abattit sur le parti la vague meurtrière de la répression ennemie.


Le texte intitulé “La vérité sur la répression” paru dans Boukan, organe du parti, en mars 1970 a déjà présenté le film des événements. Le PUCH sortit blessé de cette épreuve. Mais, comme écrivait Lénine en se référant à l’expérience malheureuse de la révolution russe de 1905: “La grande défaite offre aux partis révolutionnaires et à la classe révo­lutionnaire une leçon véritable infiniment plus salutaire, une leçon de dialectique historique et qui leur fait comprendre et apprendre l’art de ,soutenir la lutte politique. On connaît le véritable ami dans le besoin. Les armées défaites sont à bonne école”. 

Aussi nous sommes-nous appliqués à analyser les erreurs, les insuffi­sances théoriques et pratiques qui se dégagent de notre expérience, non seulement durant cette période douloureuse de 1969-1970 qui fut pour  nous une défaite sanglante, mais aussi et surtout durant ces longues et patientes années de lutte révolutionnaire au cours desquelles se sont for­gées, dans le sacrifice et l’héroïsme, les bases du Parti unifié des communistes haïtiens.

     

Cette autocritique, que nous voulons la plus rigoureuse possible, doit constituer le point de départ vers de nouvelles et grandes batailles et le gage de la capacité des communistes à guider la lutte du peuple travail­leur d’Haïti vers le socialisme. Cependant cette analyse critique serait impossible et incomplète si nous ne situions pas nos erreurs dans le con­texte historique global qui les a vu naître. La méthode matérialiste nous enseigne, en effet, que nous devons “étu­dier la chaîne des événements politiques dans leur totalité, leur lien cau­sal et leur résultat.

En analysant les fautes d’hier, nous apprenons à éviter les erreurs d’aujourd’hui et de demain” (Lénine). Aussi, dans la recherche de nos erreurs et de leurs causes, devons-nous nous référer aux caractéristiques de l’étape du développement socio-économique du pays, au moment historique dans lequel se situe cette étape de notre lutte et à l’ensemble des particularités qui découlent sur le plan organisationnel et subjectif de ces conditions objectives et de l’évolution historique des lut­tes de classes en Haïti. Comme nous dit Marx “Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas arbitrairement dans les conditions choisies par eux mais dans des conditions données et héritées du passé”.

    Les conditions objectives dans lesquelles s’opère la lutte révolution­naire, comme activité consciente des hommes tendant à faire avancer l’histoire, se définissent à partir du degré de développement des forces productives et par l’ensemble des rapports économiques, sociaux et poli­tiques propres à une formation sociale donnée. Sans une juste définition de cette formation et une compréhension profonde de ses structures, mé­canismes et  contradictions, il est impossible de formuler une stratégie révolutionnaire juste correspondant aux exigences historiques de trans­formation sociale et d’élaborer les tactiques les plus efficaces de nature à assurer la conquête des objectifs stratégiques de la révolution.

    Les communistes haïtiens, depuis Jacques Roumain et Christian Beau- lieu, se sont consacrés à étudier la réalité nationale à la lumière du matérialisme historique. Cette tâche difficile reprise par le PSP a été continuée sans relâche depuis une quinzaine d’années par les militants du PPLN-PUDA et du PEP de Jean-Jacques Dessalines Ambroise à Guy Lominy et à Arnold Devilme, de Jacques-Stephen Alexis à Gérald Brisson, à Raymond Jean-François ou à Alix Lamaute.  Tous les militants communistes qui ont rempli la vie de notre parti de leur lumineuse pré­sence et de leurs recherches passionnées de la vérité, ont donné le meil­leur d’eux-mêmes pour appliquer le marxisme-léninisme à la connaissance de la réalité socio-économique haïtienne et parvenir non seulement au “que faire” mais aussi au “comment faire”, c’est-à-dire à déterminer les méthodes d’organisation les plus appropriées aux conditions concrètes de notre lutte. Les apports théoriques effectués par toute cette génération de révolutionnaires intellectuels-hommes d’action ont permis peu à peu de dégager les traits essentiels d’une définition de notre réalité nous conduisant aujourd’hui à une meilleure compréhension des caractéristiques de la formation sociale haïtienne et des conditions dans lesquelles s’opère notre lutte.

La société haïtienne et sa configuration économico-sociale

          La formation économico-sociale haïtienne est en premier lieu une for­mation dominée par l’impérialisme et intégrée dans son système de domi­nation. Elle manifeste dans sa configuration économique, dans sa struc­ture de classe, dans l’idéologie des classes dominantes, dans son système d’organisation sociale, dans ses institutions politiques, des marques de l’emprise du capitalisme mondial exercée historiquement sur notre pays  et qui lui confère aujourd’hui sa place dans la division internationale du travail imposée par la puissance hégémonique du capitalisme monopoliste. La domination impérialiste sur Haïti historiquement déterminée s’exer­ce dans tous les domaines de l’activité économique, sociale, culturelle et politique.

          Dans le domaine économique, l’impérialisme a modelé la pro­duction haïtienne selon ses besoins. Notre pays produit du café, du sucre, du coton pour le marché du capitalisme mondial; il a produit du cam­pêche, du gaïac ou du sisal quand l’impérialisme en avait besoin. Il exporte selon la volonté de l’impérialisme du minerai d’aluminium, du cuivre et de l’or, de la viande de bœuf, de la main-d’œuvre bon marché, du sang humain et des cadavres. Sa production industrielle rachitique dépend dans sa plus grande partie des capitaux impérialistes. La structure industrielle correspond exactement aux besoins en matière première de l’impérialisme et à la nécessité d’utiliser une main-d’œuvre bon marché, afin de diminuer les coûts de production et augmenter ses taux de profit dans le cadre de la concurren­ce capitaliste. La production se réalise dans les limites de la dépendance de notre pays vis-à-vis de l’impérialisme mondial.

         Le. Commerce est essentiellement oriente par et pour le marche du capi­talisme mondial, soit qu’il s’agisse de trouver des débouchés pour la pro­duction agricole et industrielle soit qu’il s’agisse de pourvoir en produits manufacturés le marché interne. L’exportation représente la plus grande part des transactions commerciales en Haïti et les revenus d’exportation ~ participent de façon considérable au processus de circulation monétaire au sein de l’économie. Le capital marchand est donc en grande partie ~ tributaire de l’impérialisme, et les sphères marchandes directement liées à l’impérialisme acquièrent une importance encore plus grande vu le rachitisme de la production du marché local et la faiblesse du capitalisme ~agraire et industriel. La domination impérialiste gouverne aussi les méca­nismes financiers et monétaires.

          La banque et la monnaie sont soumises à la volonté étrangère qui opère au moyen de prêts, d’avances à court terme, de taux élevés d’intérêts et qui alterne donation et pression pour parvenir à l’assujettissement total aux diktats des forces de domination.  La domination impérialiste, faisant d’Haïti une société dépendante, lui confère en même temps dans la division internationale du travail une place correspondant au développement de ses forces productives. Le mode de production en vigueur dans notre économie historiquement déterminée correspond à une étape pré-capitaliste. Le mode capitaliste de production s’étend à des secteurs restreints de l’économie tant au point de vue de leur participation dans la constitution du produit social que de leur poids dans la force de travail occupée. L’industrie représente à peine 15% du produit social et occupe moins de 12% de la population active. Le mode de production capitaliste ne touche qu’une infime partie du sec­teur agricole de la production nationale.

         Les rapports de production dominants au sein de l’agriculture, secteur fondamental de notre économie, demeurent pré-capitalistes et montrent de profonds traits féodaux. Ces traits se sont définis historiquement à partir du mode de production et de l’étape d’organisation sociale féodale instaurée en Haïti au moment de la rupture du système esclavagiste et de la condition coloniale à la fin du XVIIIe siècle. Il se sont maintenus depuis lors, étant donné que l’économie interne dans le cadre de la domi­nation néo-coloniale et impérialiste n’a pas manifesté de dynamisme suf­fisant pour développer des rapports de production capitalistes.


         Il en est résulté que le mode de production et les rapports de production de même que l’organisation sociale dominants au sein de l’économie agraire demeu­rent pré-capitalistes. La grande propriété foncière appartenant à des citadins absentéistes et à de gros paysans, travaillée par des “de moitié2’~ (des fermiers rétribués en nature) représente une des formes dominantes de la tenure et de l’exploitation féodales. Les travailleurs de la terre sont férocement exploités, selon le système de la rente en produit ou en travail et des redevances personnelles; le surplus de leur travail est accaparé par les féodaux propriétaires fonciers.


      La grande masse de la paysannerie est constituée par des paysans sans terre, “djobeurs”, domestiques, “de moitié” ou des petits habitants qui cultivent des lopins de terre minuscules dans le cadre d’une économie de très faible productivité et qui est avant tout une économie de subsistance. Les niveaux de circulation monétaire sont des plus faibles et l’écono­mie marchande, au sein de cette masse de la paysannerie, est des plus rachitiques. Les flux monétaires provenant des exportations ou de la vente de certains produits sur le marché interne ne parviennent pas à irriguer l’économie dans son ensemble~ Ces revenus sont plutôt accapares par les classes dominantes a des fins de consommation, par les intermé­diaires a tous les niveaux et par l’appareil d’oppression étatique L’ac­cumulation de capital est compromise par le caractère même du système semi-féodal et semi-colonial, et les relations de travail restent fondées sur des rapports de domination féodale.


      L’activité agricole attachée a une technologie des plus primitives donne lieu a une très faible productivité, a un niveau insignifiant de la loi de l’offre et de la demande, ce qui maintient le capitalisme marchand a une étape primaire de la spéculation et de l’échange Cela contribue a le main­ tenir tributaire du marche mondial limitant ainsi considérablement sa capacité d’accumulation et joint a d’autres facteurs sa capacité de transférer des ressources a des secteurs de production industriels ou agricoles.


      La domination impérialiste s’est toujours adaptée a ces rapports de production archaïques qui dominent l’ensemble de l’économie agraire Cette adaptation prend les formes les plus diverses Dans le secteur du café, principale denrée marchande et de l’économie rurale et nationale (qui représente depuis toujours le lien de dépendance de notre société mono-exploitatrice vis-à-vis du marche mondial), l’impérialisme et ses agents de la bourgeoisie marchande ont toujours exerce leur emprise par le contrôle des canaux de distribution et d’exportation Ils ont laisse à la vieille oligarchie terrienne l’exclusivité de sa production qui peut se réaliser dans les conditions les plus avantageuses pour les grands proprié­taires fonciers, tout en assurant des bénéfices considérables a la bour­geoisie marchande Notre pays remplit ainsi sa fonction de fournisseur de produits agricoles.

         Là où ces exportations exigent capital et technologie, l’impérialisme s’est consacré au faire-valoir direct, créant un secteur de pénétration capitaliste étroitement lié aux rapports de production traditionnels. Tel est par exemple le cas de la HASCO (Haytian American Sugar Co.) qui fonctionne en étroite liaison avec les grands propriétaires fonciers. Dans d’autres domaines, la pénétration prend parfois les caractéristi­ques de l’enclave minière (Sedren, Reynolds, etc.), la formule la plus primitive et pillarde de l’exploitation coloniale, ou encore elle s’oriente vers des secteurs d’activité sans capacité productrice pour l’ensemble de l’économie du pays. Tout au cours de la crise générale du pays, des manu­factures ont été introduites dans le pays pour tirer profit de la main-d’œuvre bon marché.


        Elles participent dans une proportion croissante à la production industrielle destinée surtout au marché des Etats-Unis (pièces détachées d’appareils électroniques, balles de base-ball, lingerie, etc.). Ces entreprises utilisent peu ou pas de matières premières locales, ce qui limite au minimum les effets de stimulation sur le marché interne en dépit de la main-d’œuvre qu’elles emploient. En conséquence, le développement capitaliste, dépendant de cette particularité de la domina­tion impérialiste est peu vigoureux et ne parvient pas à absorber l’excé­dent de population agricole chassé chaque année des campagnes et des mornes par la crise agraire, ni à absorber les sans-travail du secteur urbain, ni à ralentir la dégradation de la production globale.


        Ce modelage de l’économie nationale selon la volonté des puissances impérialistes dominantes et surtout des trusts des Etats-Unis a contribué à faire de la bourgeoisie haïtienne une bourgeoisie subordonnée à l’impé­rialisme Soit qu’elle opère comme distributrice de biens manufactures importes soit qu’elle assure l’exportation de produits agricoles pour le marché capitaliste mondial, cette bourgeoisie est vitalement liée à l’impé­rialisme et fait partie intégrante des rapports de domination-dépendance de l’impérialisme avec notre pays Elle ne peut donc objectivement mani­fester aucun intérêt au développement d’une industrie nationale et à une lutte contre la mainmise de l’impérialisme sur notre pays.


        Seule une infime partie de la bourgeoisie engagée dans le secteur capi­taliste dont les activités sont liées au marche local, utilisant le capital local et les matières premières du pays (totalement ou partiellement), subit les restrictions résultant de la domination impérialiste Mais ces capitalistes ne parviennent pas à une autonomie face au capitalisme monopoliste Hormis certaines options d’ordre individuel, leurs contra­dictions secondaires avec l’impérialisme ne les empêchent pas de participer au comportement global de la bourgeoisie.


        Les secteurs des classes moyennes sont façonnés dans leur attitude. économique, leur activité d’intermédiaire, leur occupation et leurs aspi­rations comme consommateurs, par ce moule global de domination. L’Etat parasitaire qui tire ses ressources fiscales de la spoliation du peuple et des structures commerciales de l’importation et de l’exporta­tion, joue son rôle de force d’oppression au service des classes possédantes C’est l’institution clé du système de domination-dépendance au service de l’impérialisme. De  cette contradiction de classe au sein de la formation économico­-sociale haïtienne, découle un certain nombre de contradictions En pre­mier lieu, la fondamentale, celle opposant les classes et couches nationales au bloc dominant constitue par les féodaux propriétaires fonciers, la bourgeoisie import-export, la bourgeoisie industrielle au service de l’im­périalisme nord-américain.


         Ces forces de domination internes et externes sont soudées entre elles au niveau du pouvoir d’Etat Cette contradiction bloque le développement économique, social et cul­turel de la nation D’un côte, les forces d’oppression tirent le plus grand profit de leur domination: l’impérialisme, sûr la base des dividendes, des intérêts et de la détérioration des termes de l’échange; la bourgeoisie, à partir de bénéfices considérables (plus-value, profits commerciaux); les féodaux au moyen de la rente féodale; les membres :de l’appareil étatique, par le vol et l’expropriation, la concussion et les ~hauts salaires. De l’autre côté, la masse du peuple connaît une misère croissante, les niveaux de vie se détériorent, les salaires des ouvriers, les revenus des paysans, des artisans et “djobeurs”, de larges secteurs des classes moyennes se dégra­dent dans le cercle infernal de la crise des structures qui frappe les couches les plus larges de la population.

Conditions objectives et luttes révolutionnaires

            “La structure économique de la Société à chaque moment historique est la fondation réelle sur laquelle s’érige ensuite, en dernière instance, tout l’édifice des institutions juridiques et politiques, de l’idéologie religieuse, philosophique de chaque périodes”. A partir de ce postulat du matéria­lisme qu’Engels établissait déjà de façon rigoureuse dans 1’Anti.Dilhrjflg (1878), le régime politique haïtien apparaît comme la conséquence objec­tive des conditions concrètes de production de notre société. Le duvalié­risme, quintessence du régime politique traditionnel, correspond à l’étape actuelle de crise du système économique sous-développé et dépendant de notre pays et à la crise du système mondial capitaliste secoué par ses propres contradictions et par la montée impétueuse des forces révolution­naires dans le monde. De là, la violence extrême de ses méthodes et l’usage systématique de la terreur comme moyen d’étouffer toute résis­tance ou revendication des masses laborieuses.

Ce régime représente les secteurs les plus réactionnaires, pillards et parasitaires de la société haïtienne, il fonctionne a leur profit, il est intégré au système capitaliste mondial il sert les intérêts de l’impérialis­me Il utilise comme pièce de la machine de répression et de mort des militaires de profession, miliciens ou tontons macoutes, des hommes de paille, criminels ou déclassés de toute condition en quête de vol, de rapine ou simplement de gagne-pain C’est un pouvoir d’oppression économique au service de l’impérialisme, des propriétaires fonciers et de la bour­geoisie qui exécute a des niveaux divers de la hiérarchie tonton macoutes, une politique systématique de dépossession des paysans pauvres et des ouvriers de l’industrie par leur exploitation intensive, et qui prétend ren­forcer la bourgeoisie locale et l’élite traditionnelle par de nouvelles cou­ches privilégiées qui viennent souder les intérêts de classe de la bour­geoisie haïtienne et ceux du gang duvaliériste.

C’est un pouvoir terroriste qui opère en dehors de toute loi par des emprisonnements arbitraires, le viol, la torture, l’assassinat, les mas­sacres collectifs, la pratique des représailles contre les parents de ses victimes, qui prétend briser toute participation populaire a la vie poli­tique et qui utilise, pour ce faire, un réseau impressionnant de bour­reaux, d’assassins, d’espions et de délateurs opérant à l’échelle des quar­tiers ou des sections rurales, des villes, a l’échelle du pays tout entier. Un système qui s’identifie totalement avec le système socio-économique et les vieilles traditions en vigueur en Haïti depuis plus d’un siècle et demi, et qui en représente la suprême cristallisation. Dans son évolution, il a rallié toutes les institutions et tous les secteurs qui forment l’ordre traditionnel d’exploitation du peuple d’Haïti: la bourgeoisie, les grands propriétaires fonciers, les agents directs de l’impérialisme, les militaires haut-gradés les plus rétrogrades, le haut clergé, les intellectuels corrompus, les politiciens les plus véreux et les pratiques les plus avilissantes et machiavéliques des classes dirigeantes haïtiennes.


        Un pouvoir d’oppression idéologique qui s’est appliqué à mystifier le peuple en se présentant comme “la révolution des masses de l’arrière-pays”, utilisant une doctrine “nationalisante” verbale et creuse, des slo­gans de négritude et d’africanisme, en même temps qu’il piétine les mas­ses noires. Un gouvernement antinational qui vend le pays au capital étranger, qui a réitéré en plus d’une occasion son désir de faire d’Haïti un second Porto Rico, qui a offert à l’impérialisme une partie du territoire national pour l’installation de bases militaires, qui a sollicité plus d’une fois l’in­tervention directe de la marine des Etats-Unis en Haïti, qui a soumis le pays à l’action des organismes policiers des Etats-Unis et aliéné de façon non équivoque la souveraineté nationale. Un pouvoir enfin dont la seule ambition est de maintenir sa position dans le but de fortifier les privilèges des classes oligarchiques d’Haïti et de l’impérialisme nord-américain, de conserver les droits illimités de pilla­ge et de vol pour la minorité qu’il représente contre le bonheur et le progrès du peuple haïtien.


        Les conditions concrètes de chaque formation économique et sociale, à une étape déterminée de son développement historique et de son évolu­tion politique, déterminent la stratégie globale de la révolution, c’est-à-dire le caractère et les objectifs de la révolution. Une fois fixée la stratégie en fonction de l’évolution concrète des mo­ments politiques et de la corrélation des forces sociales et politiques dans chaque situation concrète, le parti du prolétariat détermine les moyens tactiques en vue de la prise du pouvoir politique. Nous autres, communistes haïtiens, dès avant la fusion des deux orga­nisations et la constitution du PUCH, nous avions établi, de façon assez inarticulée il est vrai, la stratégie globale de la révolution haïtienne, la définissant comme une révolution anti-féodale, anti-impérialiste, avec le socialisme comme objectif. Dans nos efforts de définition tactique, nous avons établi la nécessité de la lutte armée avec la guérilla comme chaînon principal de la lutte qui devrait, dans son développement, conduire à la guerre populaire par la mobilisation du peuple sur des objectifs anti-féodaux, anti-impérialistes et de caractère socialiste. Le tout dans une perspective dialectique qui tienne compte de la liaison intime, indissocia­ble, entre la dictature et le pouvoir des féodaux, des bourgeois industriels et commerçants et de l’impérialisme.


        Parmi ces conditions objectives, existant en dehors de la conscience, de nature à conditionner, à exercer une incidence donnée sur l’organisation d’avant-garde, nous avons retenu les points suivants:


               a)   La faiblesse numérique de la classe ouvrière et le fait qu’elle n’ait jamais été organisée même sur le plan strictement syndical et reven­dicatif (si ce n’est partiellement pendant la courte existence de l’Union intersyndjcale) le poids de la paysannerie (85% de la popu­lation totale) composée surtout de petits exploitants (métayers et fermiers), de petits propriétaires (travaillant dans le cadre de la petite économie marchande ou de l’économie de subsistance) et de paysans sans terre.


               b)  L’inexistence d’organisation au sein de cette masse qui comprend le prolétariat agricole et des “djobeurs” saisonniers en règle géné­rale, intégrés à une exploitation familiale au rang de domestiques.


              c) L’existence d’une armée considérable de sans-travail, non seule­ment au niveau du prolétariat mais aussi au sein des couches moyen­nes, créant un grand nombre de mécontents non prolétaires, sensi­bles à l’idéologie socialiste et attirés par l’activité révolutionnaire, mais d’essence et de mentalité petites-bourgeoises.


            d) Le manque de politisation et de tradition de lutte organisée sur  le  plan démocratique (partis ou organisations professionnelles), ce qui limite la participation des masses à la vie politique, rend difficile la perception même de la possibilité de l’organisation politique clan­destine. Cette situation engendre des prémisses à l’attentisme et à la passivité, permettant ainsi aux dirigeants de mieux asseoir leur domination.


          e) Le caractère restreint des ressources techniques mobilisables pour la lutte révolutionnaire qui découle du bas niveau de développement des forces productives (faible développement industriel) et du niveau général de l’éducation publique, de facteurs historiques précis (désar­mement et non préparation militaire de la population), alors que l’appareil d’oppression est directement lié à une métropole techniquement avancée.

                       

         f)  Le climat de terreur instauré par le gouvernement duvaliériste qui a neutralisé les possibilités spontanées ou même organisées d’ac­tion démocratique et patriotique large, freinant ainsi de manière considérable le travail de mobilisation et d’éducation des masses.


               Depuis le début de la dictature duvaliériste, nous avons appris dans notre lutte et suivant les exigences propres au moment historique, a tenir compte non seulement de la répression fasciste mais de chacun des facteurs antérieurement signales qui sont lies au stade de dévelop­pement de notre formation sociale Notre lutte a dû apprendre a être clandestine et, a mesure que se modifiaient nos tactiques de lutte, il fallut modifier nos formes d’organisation vers plus de discipline de lutte cons­pirative


               Durant le processus d’unification qui conduisit à la constitution du PUCH et la brève période d’avant l’offensive ennemie, notre parti tra­vailla d’arrache-pied à définir de façon plus précise ses objectifs straté­giques et tactiques. Il s’efforça de préparer la lutte armée, convaincu qu’a la violence réactionnaire il faut opposer la violence révolutionnaire organisée des masses Il n’arriva pas cependant à un redressement total correspondant aux exigences de préparation de la lutte armée


               Aujourd’hui que nous nous relevons des coups de l’ennemi, aucun effort tendant à élever notre parti à la hauteur des exigences historiques, à redéfinir la ligne stratégique et tactique pour une application rigoureuse, ne saurait être valable si nous ne soumettions pas à une sévère autocri­tique les erreurs théoriques et pratiques, idéologiques et organisationnel les, qui sont à la base des événements de 19~9-197O et qui ont causé un sérieux préjudice a la lutte révolutionnaire du peuple haïtien


Les erreurs à ne plus jamais commettre


                      L’attitude d’un parti politique envers ses fautes est un des critères les plus importants et les plus sûrs de son sérieux, de son aptitude à s’acquitter de ses devoirs envers sa classe et les masses laborieuses. Reconnaître ouvertement une faute, en découvrir les causes, analyser la situation qui l’a provoquée, examiner attentivement les moyens de la réparer, c’est là l’indice d’un parti sérieux, c’est là pour un parti ce qui s’appelle faire son devoir, faire l’éducation de la classe et partant de la masse.

      II est de notoriété publique que la chasse aux communistes déclenchée quelques semaines après la constitution du PUCH a été l’œuvre d’un agent de la CIA infiltré dans nos rangs, Franck Eyssalem’ (alias Charly). Membre du Comité central de notre parti, ce misérable menait durant toute cette période d’infiltration une vie légale, alors que presque tous les autres dirigeants étaient clandestins. Il put rentrer ainsi en possession d’importants documents secrets, envoyant à la torture et à la mort des dizaines de camarades, et offrir de plus à l’ennemi la possibilité d’orga­niser des manœuvres politiques visant à dénigrer le parti.

      Ce fait, en plus du désarroi qu’il a causé dans les rangs de notre parti et dans les milieux révolutionnaires en général, a donné lieu à diverses réactions. Les défaitistes en ont conclu a l’impossibilité de la lutte clan­destine sous la dictature duvaliériste et dans les conditions de supervi­gilance de l’impérialisme nord-américain depuis le triomphe de la révo­lution cubaine Les petits-bourgeois ultra radicaux de paroles et de cafés (certains renégats du PEP et du PPLN-PUDA, déserteurs anticommunis­tes de fait ou à solde) qui se cachent derrière un paravent “anti-parti communiste” ou “anti-révisionniste”, ont cru trouver l’occasion rêvée de jeter leur bave nihiliste contre notre Parti. Se posant en juges connais­seurs de la guerre révolutionnaire et de la lutte clandestine, ils mécon­naissent ou isolent certains faits, en déforment d’autres avec un cynisme outrecuidant, nourrissant ainsi, consciemment ou inconsciemment, la guer­re psychologique anticommuniste que l’impérialisme et le duvaliérisme livrent sans merci au mouvement révolutionnaire haïtien.

      Certains camarades, de leur côté exaltés par le courage et l’héroïsme du travail clandestin du parti et par respect pour les camarades tombés dans la lutte, considèrent l’action néfaste de l’espion Franck Eyssalem et de quelques complices comme la seule cause des pertes subies D’autres trouvent les causes des déboires dans le manque d’armes Notre parti, disent-ils, avait suffisamment d’organisation, suffisamment d’hommes prêts à prendre les armes. Nous avons laissé passer le moment favorable parce que nous manquions d’armes et de munitions, et l’ennemi a pu nous devancer dans l’offensive. L’une et l’autre de ces explications nous dispenserait donc de recher­cher les causes profondes des événements de cette période.

      Nous, de la direction du PUCH, nous ne saurions nous dérober à cette tâche. Nous avons senti dans notre chair la force de coups portés par cet espion traître, au service des ennemis de la nation haïtienne. Nous avons senti aussi avec amertume comment le manque d’armes a considérable­ment freiné notre élan vers le déclenchement des opérations militaires. Cependant, nous ne pouvons imputer à ces seuls faits la responsabilité de notre défaite. Certes, nous avons nourri un serpent venimeux dans notre sein, nous avons manqué d’armes et, au moment où nous en avions le plus besoin, la solidarité de certains camarades nous a fait défaut; mais il est surtout essentiel de souligner qu’à cette étape de la lutte, la vision de notre parti sur le plan théorique et pratique n’était pas suf­fisamment claire. La lutte armée révolutionnaire est la tâche que l’his­toire a mis sur le chemin du prolétariat haïtien pour se libérer de l’op­pression et opérer en même temps les transformations démocratiques nécessaires devant conduire au socialisme dans notre pays.


      L’analyse des événements nous permet de mettre à jour les erreurs et leurs caracté­ristiques dans le processus de la réalisation de cet objectif. Comme on peut le lire dans Boukan 6-7-8, le parti n’avait pas élaboré une ligne politique claire, précise et bien formulée.  Il nous a manqué une conception unitaire des tâches fondamentales à j accomplir, et le parti s’est trouvé ainsi privé de normes léninistes d’orga­nisation d’un parti révolutionnaire. Par conséquent, il nous était impos­sible de mettre sur pied le type d’organisation répondant aux exigences de l’application de notre ligne politique. Cette imprécision dans notre ligne politique ainsi que l’inadaptation de notre organisation aux exigen­ces de cette ligne se sont manifestées dans l’exécution de la tâche centrale du parti: la préparation et le déclenchement de la lutte armée.

     

      La Charte de l’Unité des deux partis, parue deux mois avant le début de la grande répression, au lieu de dissiper cette confusion l’entretient davantage. Elle proclame en effet article 8 la nécessité de la guerre populaire avec la guérilla comme chaînon central. Plus loin, elle sou­ligne que: puisque la violence macoutique s’exprime de façon permanente, indis­criminée et généralisée, l’entreprise de la résistance armée, tant à la campagne que dans les villes avant l’apparition de la guérilla, est une conduite politique opportune et nécessaire a la création des conditions subjectives de la révolution.

     

      La nécessité d’entreprendre des opérations militaires avant l’appari­tion de la guérilla est incontestable, c’est une exigence du processus même de préparation et de formation de l’armée populaire Mais ces opérations militaires doivent répondre a certaines conditions en fonction même de leur objectif La formulation de la Charte ne laisse nullement voir cette articulation des différentes étapes dans le processus du déclen­chement de la guerre populaire L’entreprise de la résistance armée, tant a la campagne que dans les villes, pouvait ainsi paraître a certains mili­tants comme une forme de lutte parallèle autonome, il va de soi que l’orientation générale de la politique du parti allait en pâtir. Au cours des années 1968-1969 (Boukan 6-7-8), nos organisations révolutionnaires ont entrepris et réussi plusieurs opérations militaires soit pour châtier les bourreaux, soit pour récupérer du matériel nécessaire a la prépara­tion de la lutte armée.

      La réussite de ces opérations et leurs conséquences constituent un tournant capital dans l’explication de certains de nos déboi­res L’analyse trop hâtive de ces succès partiels a conduit certains cadres dirigeants a sous-estimer de f acon dangereuse la force de l’ennemi et par conséquent a surestimer les possibilités politiques et militaires du parti. L’héroïsme et la bravoure d’un nombre important de militants bien servis par une bonne préparation militaire renforcèrent davantage l’idée d’une supériorité militaire sur l’ennemi Le parti s’est mis alors à défier les forces de répression, foulant parfois aux pieds les règles élémentaires de la clandestinité L’absence de réplique immédiate de l’ennemi nous faisait nous enliser davantage dans l’erreur. Progressivement, des organisations du Parti en étaient arrivées à con­duire leurs activités, particulièrement les activités militaires, comme si la participation des masses n’était pas l’élément fondamental de toute lutte révolutionnaire.

      Une idée erronée et dangereuse s’était ainsi développée dans le Parti, l’idée que les actions armées, avec les conséquences en chaîne qu’elles entraîneraient, pourraient renverser la dictature pro-impérialiste sans qu’il soit nécessaire que cette lutte soit une lutte vraiment populaire. La capacité du Parti pourrait suffire; ce serait donc en fait la lutte armée du Parti pour le peuple et non plus la lutte armée populaire sous la direction du Parti. Ces courants déviationnistes, alliés à l’indiscipline et au libéralisme qui se sont développés tout au cours de leur processus, ont permis aux forces de répression de trouver, en 1969-1970, un parti dé­sarmé, privé des ressources populaires nécessaires pour faire face à tou­tes les éventualités de la lutte révolutionnaire. La concentration des militants dans les villes a fortement aidé à la déviation. La guérilla était reconnue théoriquement comme chaînon principal de la lutte et l’on reconnaissait aussi qu’elle devait avoir comme base d’opération les mornes et les campagnes.

      Cependant ce postulat théorique n’était pas suivi sur le plan politique par la mise en place de dispositifs d’organisation devant assurer le déclenchement de la guérilla. Dans l’optique de la guérilla comme nécessité immédiate dans l’objectif de la guerre populaire, la concentration à la capitale répondait à d’autres exigences: la nécessité d’une forme d’organisation de la lutte au niveau des villes, en tenant compte de la participation du secteur progressiste des couches moyennes intéressé objectivement à cette étape tactique de la révolution et du fait que nous devions disposer d’une solide organisation de combat dans les centres nerveux de la vie économique, sociale et politi­que du pays. Nous avons rencontré de grandes difficultés à concentrer des camarades préparés pour la guérilla sur le théâtre même des opérations (campagnes, mornes), étant donné les insuffisances du travail de prépa­ration à cette fin dans certaines zones rurales, hormis Cazale.

      Il fallait donc les concentrer quelque part dans une zone offrant des possibilités à un certain nombre de militants de “se perdre” tout en maintenant le contact rapide avec eux. Port-au-Prince, comme unique grande ville, était tout indiqué pour cela. Dans cette optique, Port-au-Prince n’était pas la base principale des opérations, mais un point de départ. Cependant la concentration de militants attendant leur déplacement vers d’autres zones d’opérations entra en contradiction avec l’efferves­cence révolutionnaire, l’ambiance de violence qui régnait surtout  Port-au-Prince, créée par les différentes actions militaires.

      Dans notre stratégie, Port-au-Prince devait être principalement un point de départ pour certains militants vers la guérilla dans les campagnes, mais en fait la ville se transforma en une base principale d’opérations ou étaient réunis un très grand nombre de militants. Ce fut là une erreur grave et lourde de conséquentes. D’autre part, cette effervescence en se répandant sur d’autres points du territoire, à une étape antérieure au déclenchement de la guérilla, obligea certains camarades déjà implantés à la campagne à se replier sur Port-au-Prince. L’effort de déconcentration entrepris en envoyant des cadres dans des zones déterminées pour y préparer le terrain pour la gué­rilla n’avait pas eu le temps de porter ses fruits. La concentration des militants dans la ville alla ainsi en s’aggravant.

      Une meilleure compréhension théorique de la tactique de la guerre popu­laire et l’unité de vue autour de la conception de la guérilla noue auraient amenés à accentuer le travail politique à la campagne jusqu’à y créer suffisamment de bases pour y placer le plus de cadres possible et les y maintenir avant même le déclenchement de la guérilla ou des opérations limitées. Si donc nous pensions garder comme réserve ces cadres techniquement prêts et disposés à la lutte pour qu’ils entrent en action au moment op­portun, ces réserves, en premier lieu, nous les conservions en nombre relativement trop élevé en comparaison avec les nombre de cadres déjà situés sur les théâtres éventuels d’opérations; en deuxième lieu, nous les gardions trop concentrés; en troisième lieu, nous n’avions pas su créer assez de bases de réserves au sein des masses paysannes et urbaines où nos cadres pourraient se replier et déjouer les poursuites ennemies. En­semble de dispositions en contradiction avec les enseignements de la guerre populaire qui pose comme principe que le “révolutionnaire doit être au sein des masses comme le poisson dans l’eau”. Ainsi, non seulement notre ligne politique n’était pas claire, mais elle s’inspirait en outre d’une conception confuse de la lutte populaire.


      Notre première erreur était donc ainsi d’ordre â la fois idéologique et politique. Cette première catégorie d’erreurs à caractère idéologique et politique explique une série de fautes d’ordre organisationnel, et avant tout, le fait que le parti fut incapable d’adapter ses structures organisationnelles et son travail politique aux nécessités de la lutte populaire. Durant toute une première étape de leur vie, aussi bien le PPN-PUDA que le PEP avaient orienté le gros de leur activité et de leur organisation vers les tâches de raffermissement de leur appareil clandestin et de pénétration dans les masses populaires, de diffusion du marxisme d’édu­cation et d’agitation. Cette étape correspondait aux nécessités d’existence et de croissance de l’organisation marxiste-léniniste devant se forger dans le creuset de la discipline et de la clandestinité.



       Quand, par la dialectique même de la lutte, les deux partis commen­cèrent à se familiariser avec la tactique de la lutte armée et de la guérilla, s’imposa alors la nécessité d’adapter les structures d’organisation et le style même du travail politique aux impératifs de la lutte armée. Il s’agissait non seulement de transformer chaque militant en un éven­tuel soldat de la guerre populaire, mais aussi d’adopter de nouvelles struc­tures d’organisation urbaines, de nouvelles formes de liaison avec les masses et une discipline conspirative beaucoup plus rigoureuse. Des pas décisifs furent réalises dans cette entreprise de restructuration Mais, durant toute cette période d’actions politico-militaires qui précéda la fusion et au moment de la fusion, cette entreprise était loin d’être achevée Le PUCH, élaborant dans sa Charte la tactique de la guerre populaire, n’était pas encore parvenu, au moment de la répression, à se structurer en fonction de cette ligne politique. Nous n’étions pas encore parvenus à l’homogénéité organique et organisationnelle du Parti.


Les liaisons horizontales et larges établies avec les masses devaient être transformées, dans certaines bases tout au moins, en liaisons solides grâce a des noyaux bien organises et clandestins d’ouvriers et de paysans surtout. Cela nous aurait permis de transformer ces bases en point d’appui pour la guérilla et d’y placer des cadres préparés. Mais, n’ayant pas réussi a créer des hases de liaison solides durant l’étape antérieure au déclenchement des actions armées limitées, il nous était extrêmement difficile de le faire après, quand avait redoublé la vigilance de l’ennemi dans les mornes et les campagnes. Aussi bon nom­bre de nos cadres préparés travaillaient exclusivement dans l’appareil clandestin du parti, et non pas au sein d’organisations de masse, soudés a ces organisations et luttant avec elles. Cette situation, liée aux conditions de la clandestinité, s’était aggravée du fait même de nos actions d’agitation et de préparation militaire.


Ces actions obligeaient certains camarades ouvriers et paysans à rentrer dans, la clandestinité, à grossir les rangs de l’appareil clandestin du parti. Nous n’avons pas su employer au mieux ces camarades et les envoyer dans d’autres bases où ils auraient pu continuer le travail dans les mas­ses. Les cadres sortaient des masses pour engorger l’appareil clandestin du parti et le mouvement inverse ne se faisait pas de façon systématique, ce qui diminuait progressivement, quantitativement et qualitativement, la capacité du parti à remplir les tâches légales de liaison et de mobilisa­tion nécessaires à une lutte de libération nationale.


Le noyau dirigeant et l’ensemble des cadres professionnels étaient de­venus trop lourds. Cette situation découlait du niveau même de nos liai­sons avec les masses, qui ne permettaient pas l’absorption de nos cadres dans les bases urbaines et rurales. De plus s’opérait de façon accélérée le retour au pays de certains militants formés ou intégrés à l’étranger. Cette hypertrophie des organismes dirigeants venait donc du fait que l’utilisation de nos cadres ne fut pas la plus rationnelle ni la plus efficace sur le plan révolutionnaire, ce qui contribua à exposer l’appareil de direc­tion du parti aux coups de l’ennemi. Aux erreurs idéologiques et politi­ques s’ajoutaient ainsi de graves insuffisances organisationnelles, véri­tables conséquences d’ailleurs des premières carences.


Ces déviations idéologiques et politiques se sont renforcées mutuelle. ment au sein du parti, l’ont affaibli et ont ainsi considérablement limité ses différentes initiatives. La direction du PUCH était consciente de cette situation et travaillait à résoudre ces graves problèmes. Mais la composition même du parti compliquait considérablement cette tâche de redressement et de rectification à tous les niveaux. En effet, dans notre approche théorique de la lutte politique et des problèmes organisationnels, nous n’avons pas considéré avec toute l’importance qu’elle mérite la ques­tion de la composition de classe de notre parti, et les impératifs qui en découlent du point de vue de la lutte idéologique et politique, de la rigueur de l’organisation et des exigences de l’activité clandestine.


Vu les caractéristiques globales de la société haïtienne et les conditions historiques objectives dans lesquelles il est né, le mouvement communiste j haïtien a grandi et s’est développé dans la petite bourgeoisie et a été fortement marqué par l’influence de cette couche sociale. La présence des éléments petits-bourgeois au sein de notre parti est un produit direct de l’évolution de la société haïtienne.


La maturation des idées progressistes au sein des couches moyennes haïtiennes. aux différentes étapes de la crise économique, sociale et politi­que qui domine la société haïtienne depuis le mouvement de 1946 jusqu’à l’époque actuelle, a provoqué une nette différenciation au sein de ces couches. Certains ont pris parti pour les classes privilégiées; il y en a qui hésitent; d’autres se sont radicalisés et ont choisi la voie révolution­naire. Le PTJCH détient une large part de l’héritage de cette poussée démocratique. Le rayonnement du mouvement socialiste dans le monde, le prestige surtout de la révolution cubaine toute proche et enfin l’expé­rience de la lutte des classes ont poussé de nombreux intellectuels et pro­fessionnels de la petite bourgeoisie à adhérer au marxisme dès le début des années 60.


Les fondateurs des partis et organisations marxistes haï­tiens ont été des intellectuels petits-bourgeois. Mais même quand par l’étu­de, par la praxis de la lutte prolétarienne, les camarades les plus avancés arrivaient à s’identifier sur le plan idéologique avec la théorie de la classe ouvrière, l’influence petite-bourgeoise restait forte chez eux sous la forme de courants idéologiques réformistes ou aventuristes, opportunistes, atten­tistes ou anarchistes. Ainsi combien de petits-bourgeois, marxistes de salon, étudiants, intellectuels, ont défilé au sein de notre mouvement, laissant une honteuse séquelle d’hésitation, de défaillance, de désertion, de trahison à la cause de la révolution!


Combien de jeunes issus de la petite bourgeoisie s’efforçaient de s’aligner sur les positions de la classe ouvrière et de l’idéologie prolétarienne, par conviction sincère, militant au sein du parti contre la dictature, pour la révolution et le socialisme, mais chez qui l’option révolutionnaire n’arriva pas à primer sur le vieil homme! L’option de ces camarades petits-bourgeois, cadres du parti sou­vent, était honnête et sincère, mais c’est avec toutes les tendances et les caractéristiques de leur appartenance de classe qu’ils adhéraient à la cause de la révolution. Le parti avait donc la tâche ardue et urgente d’aider ces camarades à se débarrasser de leurs idées et sentiments petits-bour­geois. C’est une tâche permanente qui exige le concours du parti dans son ensemble, une pratique juste de critique et d’autocritique du sommet à la base et l’application des règles de fonctionnement organisationnelles strictes. L’influence des militants d’origine prolétarienne dans le parti est un des facteurs qui rend possible la réalisation de cette tâche.


Au moment de sa constitution, notre parti comptait de nombreux ouvriers qui lui apportaient toute la détermination, le sérieux, la persé­vérance de la classe ouvrière, “cette classe qui n’a rien à perdre”. Des camarades dirigeants comme Gaveau Desrosiers, Jean Destouches, mem­bres du Comité central, étaient d’authentiques ouvriers sortis des entrailles du prolétariat, formés dans le marxisme-léninisme par le militantisme actif et l’éducation politique au sein du PPLN-PUDA et du PEP. A tous les niveaux de l’organisation, la classe ouvrière était présente, assurant une base prolétarienne croissante à notre parti. De même, les progrès du travail de propagande et d’organisation dans la paysannerie avaient porté de nombreux paysans pauvres à adhérer à notre parti où ils accomplis­saient un travail de mobilisation de toute première importante pour la révolution. Nous avions donc la base nécessaire pour mener à bien la tâche de créer un véritable parti prolétarien.


Mais la direction du parti n’a pas su reconnaître l’urgence et l’impor­tance vitale de la consolidation des liens de l’organisation avec les ouvriers et la paysannerie pauvre, ni prendre par conséquent les mesures néces­saires pour renforcer ces liens. Dans le développement du parti, nous n’avons pas, par la pratique, reconnu le caractère prioritaire de sa pré­sence dans la classe ouvrière et dans la paysannerie pauvre, et du recru­tement de membres d’origine et de condition prolétariennes. Il est certes plus difficile de gagner des ouvriers et des paysans à l’idéologie marxiste que de convaincre des intellectuels petits-bourgeois. Mais les militants ouvriers et paysans sont plus stables, plus disciplinés, plus susceptibles de devenir de véritables militants communistes. Cotte erreur permettra à la mentalité petite-bourgeoise de se développer au sein de l’organisation et d’y constituer un danger. Et quand la direction du parti prendra cons­cience de ce danger, elle sera dépourvue des moyens nécessaires pour le combattre et l’extirper. C’est ainsi que la préparation de la lutte armée avec tout ce qu’elle comporte d’exaltant est venue constituer une atmos­phère favorable à l’affirmation de soi, germe de l’individualisme. La tendance petite-bourgeoise s’est ainsi renforcée dans le parti.


Elle se manifesta par les faits suivants:

         a)   Libéralisme au sein de l’organisation qui entraînait un relâche. ment dans l’application des règles d’organisation de la vie conspirative et de la discipline clandestine du parti; non-observance rigou­reuse des principes de critique et d’autocritique.


         b)  Relâchement dans l’application du principe du centralisme et du cloisonnement qui doit régir un parti dans la clandestinité, principe légué par Lénine dans Que faire? Des dirigeants clandestins s’expo­saient dans des travaux périphériques les mettant en contact avec un trop grand nombre de militants (par suite d’un manque de plani­fication et d’une répartition inadéquate des tâches).

            c)   Relâchement dans les règles de discrétion: certains camarades communiquaient des secrets du parti à d’autres qui n’en avaient nul­lement besoin pour accomplir leur tâche concrète.

            d)   Ces défauts gêneront considérablement le fonctionnement des organismes de la direction du parti. L’hypertrophie du noyau central du parti lé rendait objectivement plus vulnérable. Certains cama­rades, au lieu de se retrancher dans les masses, vivaient repliés sur eux-mêmes dans des tâches d’agitation et d’actions armées, formule peu efficace et fragile quand elle s’applique au milieu urbain trop transparent, trop perméable à l’action policière.

Qu’une infiltration ait lieu dans les rangs d’un parti communiste, cela fait partie de la lutte implacable que la réaction et l’impérialisme livrent sans cesse aux forces révolutionnaires. C’est une des règles du jeu. Même le parti bolchevique, le grand parti de Lénine, en a souffert quand le traître Malinovski réussit à devenir collaborateur de Lénine et membre du Comité central et envoya ainsi des dizaines et des dizaines des meil­leurs cadres du parti à la déportation et à la mort.

Dans le cadre de notre parti, des erreurs idéologiques et politiques, avec leurs conséquences sur le plan organisationnel, avaient entraîné, en 1969, à la veille de la répression, le deve1oppemen~ de déviations graves au sein de l’organisation Or, vu l’influence de la mentalité petite bour­geoise qui marquait profondément le fonctionnement de certains de nos organisme de direction, il était très difficile de combattre efficacement ces déviations. Les dirigeants du parti étaient conscients de ces problè­mes qui faisaient l’objet de discussions incessantes au Comité central Ils étaient soucieux d’apporter, par la recherche en commun et par la pratique, une solution juste a ces questions vitales Mais le fait est que le parti se trouvait alors dans une situation de faiblesse Ainsi s’explique que l’infiltration de l’ennemi dans notre organisation ait pu permettre à la police de Duvalier aidée par la CIA, de frapper si durement notre parti et de porter des coups terribles à la lutte révolutionnaire du peuple haïtien.

La tâche d’un parti marxiste est de prévenir l’infiltration de l’ennemi dans son sein par une vigilance permanente et d’arriver, en cas d’infil­tration, à limiter les dégâts par le respect absolu des règles léninistes d’organisation. L’étude des expériences du mouvement révolutionnaire mondial et l’assimilation de ces règles d’organisation permettent à un parti de se fortifier et de se prémunir contre la répression ennemie. La question de défendre le parti contre la répression, de protéger son noyau dirigeant, est fondamentalement un problème idéologique; il est lié à la nécessité de créer dans la pratique une véritable organisation révolution­naire où les règles léninistes soient appliquées rigoureusement à tous les niveaux.

Face à la conjoncture: un combat pour la liberté

    Aujourd’hui la lutte du peuple haïtien est entrée dans une nouvelle étape. Le dictateur Duvalier, mourant de sa bonne mort sans connaître le juste châtiment que méritaient ses crimes, a pu imposer en héritage à la nation le duvaliérisme avec son fils Jean-Claude Duvalier et toute une clique de gangsters. La clique duvaliériste, modernisant sa machine de répression avec la constitution des Léopards et l’adoption de toute une série de mécanismes d’intimidation et de démagogie, prétend elle aussi se perpétuer au pouvoir. Tous les secteurs réactionnaires et antinationaux (bourgeoisie mulâ­tre et noire, grands propriétaires fonciers, hauts gradés de l’armée et de l’administration) font bloc autour du régime duvaliériste.

L’impérialisme yankee appuie ouvertement le régime sur le plan mili­taire et politique, lui fournissant des armes modernes (tanks, hélicop­tères, bateaux de guerre, mission militaire) et une aide économique (prêts de la BlD et du Fonds monétaire; dons de l’Agence internationale de développement). La dictature duvaliériste, accentuant son caractère antinational, livre le pays, pieds et poings liés, aux compagnies étrangères. A la vente de l’Ile de la Tortue, s’ajoute aujourd’;hui la honteuse concession faite à la Wendels Philips Cie. pour l’exploitation du pétrole sur tout le territoire national. Au monopole du minerai de cuivre, s’est ajouté le commerce éhonté du sang des chômeurs et la traite des cadavres haïtiens.

           La corruption et le vol atteignent des niveaux inédits. La clique des duvaliériste, main dans la main avec la bourgeoisie, amasse des fortunes scandaleuses au moyen de la contrebande, de l’évasion fiscale, du trafic de drogue et de toutes sortes d’affaires louches. Dans une véritable ruée vers l’or, les anciens et les nouveaux riches étalent avec insolence leur luxe aux yeux du peuple. La misère des masses s’est accrue avec l’augmentation des impôts, le renchérissement des biens de première nécessité, le gel du salaire des ouvriers, la retenue des traitements des petits fonctionnaires durant deux ou trois mois. les abus de toutes sortes faits à tous ceux qui osent pren­dre leur distance vis-à-vis de la clique duvaliériste.

           Le duvaliérisme se révèle plus que jamais aux yeux du peuple tout entier comme une force d’oppression qui traîne dans la honte la nation haïtienne, approfondit les maux de notre société et les intérêts de toutes les classes et de toutes les couches nationales et populaires. Les conditions objectives pour la révolution mûrissent Le mécontentement populaire ne peut plus être étouffe  les manifestations des chauffeurs de Carrefour, des ouvriers de Péligre et du Ciment d’Haiti, la protestation des paysans de l’Artibonite et de plaine de Leogane, sont autant de mani­festations du progrès qui s’opère dans la conscience politique des masses.

           Face a cette conjoncture, notre Parti unifie des communistes haïtiens renforce sa structure organisationnelle, travaille sans relâche afin de péné­trer dans les masses ouvrières et paysannes, d’activer leur prise de cons­cience, d’encourager la naissance d’organisations de masse et de livrer avec elles le combat national libérateur. Plus que jamais, notre parti pense qu’à la violence des oppresseurs il faut opposer la violence organi­sée des masses opprimées. La lutte armée populaire demeure, en cette étape historique, la voie qui devra mener notre peuple travailleur à la conquête de la liberté, de la justice et de l’indépendance, nationale ouvrant la voie à l’instauration du socialisme en Haïti. Le PUCH, en tant que parti marxiste-léniniste qui conduit la lutte des masses travailleuses vers le socialisme, considère que pour bien remplir son rôle historique il doit parvenir à une rigoureuse discipline proléta­rienne. Comme le soulignait Lénine:

         Petit groupe compact, nous suivons une voie escarpée et difficile, nous tenant fortement par la main. De toutes parts nous sommes entourés d’ennemis et il nous faut marcher presque constamment sous leur feu. Nous nous sommes unis en vertu d’une union libre­ment consentie, précisément afin de combattre l’ennemi et de ne pas tomber dans le marais d’à côté, dont les hôtes, dès le début, nous ont blâmés d’avoir formé un groupe à part et préféré la voie de la lutte à la voie de la conciliation et de la phrase révolutionnaire.

         Cette discipline doit reposer sur de solides bases prolétariennes. Du point de vue numérique et organisationnel, en dépit d’une augmentation significative pendant ces dernières années, la classe ouvrière haïtienne est faible. Mais la place qu’elle occupe dans les rapports de production la rend sensible au message révolutionnaire. Ce n’est pas par hasard qu’elle manifeste inlassablement sa volonté de lever la tête contre le joug duvaliériste et la croissante exploitation de la bourgeoisie et de l’impéria­liSme. Notre parti n’épargnera aucun effort pour s’implanter dans la classe ouvrière, soutenir ses luttes revendicatives, élever sa conscience 4e classe et l’amener sur les positions de lutte révolutionnaire.


Le travail dans la paysannerie mérite une attention particulière, vu l’importance de la paysannerie dans la population haïtienne et le fait que la grande masse de cette paysannerie est cruellement exploitée. La mobi­lisation de la paysannerie pauvre dans la lutte de libération doit être la fruit d’un travail systématique d’implantation, d’éducation et d’organi­sation. Il s’agit de pénétrer au cœur des habitants des mornes et des campagnes, de canaliser leur mécontentement dans le sens de leurs reven­dications les plus vitales et de la conquête des objectifs de la lutte armée révolutionnaire. Le rassemblement de toutes les forces démocratiques et révolutionnai­res a toujours etc. une tâche qui occupe une place importante dans la théorie léniniste de la révolution socialiste Il est indispensable de com­biner la lutte pour les revendications immédiates des grandes masses populaires et de tous les secteurs patriotiques et nationaux avec celle pour la constitution d’un Etat démocratique et national et la bataille pour le socialisme.


Comme nous n’avons jamais cesse de le souligner, la tâche primordiale de notre révolution est d’écraser le pouvoir duvaliériste, de nous libérer a jamais de l’emprise de l’impérialisme et de ses valets, et de réaliser pai l’union de toutes les forces anti-impérialistes et nationales les trans­formations fondamentales qui mènent à l’édification du socialisme dans notre pays. Pour parvenir à ces objectifs stratégiques, le processus révolutionnai­re haïtien devra passer par différentes étapes ou différents niveaux d’action révolutionnaire, avec la participation la plus large des masses populaires du pays et des patriotes de toutes tendances. Dans la pour­suite de ces objectifs, notre Parti unifié des communistes haïtiens pose comme tâche actuelle:


         1. La mobilisation de toutes les forces progressistes en un Front uni qui doit inclure toutes les classes et couches opposées à la dic­tature et à l’impérialisme. Cette mobilisation se fera autour d’un programme d’action propre à satisfaire tous les secteurs et grou­pements politiques disposés à lutter ensemble pour la libération nationale.


         2. La mise en oeuvre des moyens pratiques en vue de combattre efficacement les ennemis de la nation, de les vaincre et d’instaurer en Haïti un pouvoir d’Etat de nature à satisfaire les revendications populaires et d’exécuter un programme démocratique pouvant trans­former la situation économique, sociale et culturelle du peuple.


     A cet effet, le Parti unifié des communistes haïtiens soumet à la dis­cussion des partenaires éventuels d’un tel Front les grandes lignes d’un programme qui sera discuté dans le cadre de la création de ce vaste mouvement de libération nationale.



1.   Constitution d’un Etat démocratique et populaire

     a)   La lutte populaire doit vaincre les forces réactionnaires et permettre la conquête du pouvoir politique par les masses laborieuses et les autres forces protagonistes de la révolution démocratique, nationale et populaire.

     b)  Les masses populaires et leurs alliés agissant au moyen de leurs organisations respectives veilleront à la création des organismes centraux, régionaux et locaux de direction du nouveau régime.

     c)   L’Etat démocratique, national et populaire fera sien le mot d’ordre la. liberté ou  la  mort, défendra les conquêtes de la révolution contre tou­tes les forces réactionnaires nationales et étrangères.

      2.   Processus du développement économique

A.  Récupération des richesses nationales

a)   Nationalisation des biens de tous les tontons macoutes et de tous les profiteurs du régime.

b)     Nationalisation des entreprises industrielles, financières, commer­ciales et agricoles de l’impérialisme en Haïti

e)   Annulation de tous les contrats de concession des ressources du pays passes entre l’Etat antinational et anti-populaire et des entreprises impé­rialistes.


d)  Règlement révolutionnaire de la dette extérieure.


B.  Réalisation de la réforme agraire

    
     a)   Liquidation de toutes les formes de relations économiques et socia­les arriérées dans l’agriculture et modernisation des techniques agricoles en vue d’augmenter la production dans l’agriculture.

     b)  Confiscation des terres appartenant aux grands propriétaires fon­ciers et aux profiteurs du régime et remise gratuite aux collectifs des travailleurs. Annulation de toutes les redevances des paysans envers les propriétaires.

e)   Confiscation de toutes les terres appartenant aux entreprises impé­rialistes au profit des paysans pauvres réunis en coopérative ou dans des fermes populaires.

     d) Promotion du mouvement coopératif sans pression sur les paysans mais par la mise en œuvre de moyens capables de les convaincre des avan­tages du mouvement coopératif et en leur concédant des crédits, des en­grais et de l’assistance technique.


     e) Création d’un secteur d’Etat dans l’agriculture au moyen de fermes populaires, ce qui permettra de diffuser de nouvelles méthodes techniques dans l’agriculture, de résorber le chômage rural et de promouvoir de nouvelles cultures.


     f)  Mise en culture systématique des terres cultivables mais non culti­vées par suite de l’inconscience criminelle de l’Etat antinational et des grands propriétaires fonciers.


     g) Création dans l’agriculture de complexes industriels de caractère étatique, coopératif ou mixte, pour l’industrialisation de produits agricoles en demande sur le marché local ou sur le marché mondial.

     h) Modernisation accélérée des techniques dans l’agriculture et dans l’élevage par la formation massive d’agronomes, de vétérinaires et d’agents agricoles et par la diffusion de techniques modernes.

C. Développement de l’infrastructure et de l’industrie

 a) Travailler en priorité à promouvoir la mise en valeur de toutes les ressources énergétiques du pays au profit du développement économique.

b) Organiser la protection des richesses forestières et assurer le reboisement de nos montagnes en vue de limiter les effets de l’érosion et d’entretenir le système hydrographique.
  c)   Diversifier la production agricole et industrielle en fonction du développement du nouvel Etat.
  d) Favoriser, à cette étape, des investissements privés nationaux suivant des normes établies par l’Etat révolutionnaire et a partir d’une politique d’investissement de l’épargne de formation d’entreprises mix­tes et de protection de l’industrie nationale.

 e) Créer un secteur d’Etat dans l’industrie afin de rationaliser le développement  de ses branches fondamentales, de donner une impulsion

à l’économie nationale et à l’industrialisation.

f)   Transformer et faire avancer la petite industrie sur la base coopé­rative par une recherche constante de marchés de distribution et un effort systématique de perfectionnement technique en vue d’augmenter la pro­ductivité.

 g) Créer une industrie de la pêche avec participation de l’Etat.

h)  Organiser un nouveau système fiscal et mettre fin au vol et au gaspillage des recettes publiques.

j)   Organiser un système de transport à l’échelle nationale: route, ports, aéroports.


          a)   Liquidation de toutes les formes de relations économiques et socia­les arriérées dans l’agriculture et modernisation des techniques agricoles en vue d’augmenter la production dans l’agriculture.
a)   Nationalisation des biens de tous les tontons macoutes et de tous les profiteurs du régime.
a)   Nationalisation des biens de tous les tontons macoutes et de tous les profiteurs du régime.
a)   La lutte populaire doit vaincre les forces réactionnaires et permettre la conquête du pouvoir politique par les masses laborieuses et les autres forces protagonistes de la révolution démocratique, nationale et populaire.
        
“La structure économique de la Société à chaque moment historique est la fondation réelle sur laquelle s’érige ensuite, en dernière instance, tout l’édifice des institutions juridiques et politiques, de l’idéologie religieuse, philosophique de chaque périodes”. A partir de ce postulat du matéria­lisme qu’Engels établissait déjà de façon rigoureuse dans (1878), le régime politique haïtien apparaît comme la conséquence objec­tive des conditions concrètes de production de notre société. Le duvalié­risme, quintessence du régime politique traditionnel, correspond à l’étape actuelle de crise du système économique sous-développé et dépendant de notre pays et à la crise du système mondial capitaliste secoué par ses propres contradictions et par la montée impétueuse des forces révolution­naires dans le monde. De là, la violence extrême de ses méthodes et l’usage systématique de la terreur comme moyen d’étouffer toute résis­tance ou revendication des masses laborieuses.
La formation économico-sociale haïtienne est en premier lieu une for­mation dominée par l’impérialisme et intégrée dans son système de domi­nation. Elle manifeste dans sa configuration économique, dans sa struc­ture de classe, dans l’idéologie des classes dominantes, dans son système d’organisation sociale, dans ses institutions politiques, des marques de l’emprise du capitalisme mondial exercée historiquement sur notre pays  et qui lui confère aujourd’hui sa place dans la division internationale du travail imposée par la puissance hégémonique du capitalisme monopoliste. La domination impérialiste sur Haïti historiquement déterminée s’exer­ce dans tous les domaines de l’activité économique, sociale, culturelle et politique.
Le Parti unifié des Communistes Haïtiens est né le 18 janvier 1969 à la suite d’un long processus de discussions théoriques et d’échanges d’expé­riences entre deux organisations marxistes-léninistes haïtiennes, le PUDA ci-devant Parti populaire de libération nationale (PPLN) fondé en 1954, et le Parti d’entente populaire (PEP), fondé en 1959. Ces partis, dans l’autonomie de leur action révolutionnaire respective, avaient accumulé une expérience inestimable au cours d’une lutte difficile et courageuse soutenue dans les dures conditions imposées par la dicta­ture dans notre pays.
Le Parti unifié des Communistes Haïtiens est né le 18 janvier 1969 à la suite d’un long processus de discussions théoriques et d’échanges d’expé­riences entre deux organisations marxistes-léninistes haïtiennes, le PUDA ci-devant Parti populaire de libération nationale (PPLN) fondé en 1954, et le Parti d’entente populaire (PEP), fondé en 1959. Ces partis, dans l’autonomie de leur action révolutionnaire respective, avaient accumulé une expérience inestimable au cours d’une lutte difficile et courageuse soutenue dans les dures conditions imposées par la dicta­ture dans notre pays.