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Aux origines de la question linguistique

Il nous est tombé sous les yeux un article publié dans le journal  Solidaire  du 24 Septembre 2007/35( Bloc-Notes, intitulé : La naissance du mouvement Flamand).
                           Aux origines de la question linguistique
Cet article s’avère lumineux  parce qu’il souligne les traits fondamentaux de la société Belge. ( Flamande et Francophone). Il pointe aussi le doigt sur les différences de langue et de culture, l’Unité Nationale du pays compte tenu de l’identité des intérêts que partagent les deux communautés.

Le mouvement flamand a vu le jour dans la deuxième moitié du 19e siècle, contre la discrimination linguistique dont étaient victimes les Flamands.

Herwig Lerouge
26-09-2007

Réunion d'un comité de lutte pour le suffrage universel, à Gand, juste avant la Première Guerre mondiale. A ce moment, à peine deux députés parlaient régulièrement le néerlandais au Parlement (Photo Archives)

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La Constitution belge de 1831 institue l’égalité des citoyens devant la loi ; des libertés démocratiques essentielles (expression, enseignement, religion, réunion) ; la séparation de l’Église et de l’État. La Belgique est alors « l’État constitutionnel modèle » selon Marx. C’est un progrès évident par rapport au Moyen Age où les serfs (les paysans dépendant des seigneurs) ne disposaient d’aucun droit et où un noble valait plus qu’un artisan ou un commerçant. Mais cette égalité est évidemment formelle.

Ne prenons que le droit de vote. Seuls les riches, ceux qui étaient capables de verser un impôt important, pouvaient voter. En 1831, ils n’étaient que 55 000.

Pour assurer la cohésion de ce nouvel État, la bourgeoisie a créé une «  culture nationale « , un drapeau et un hymne nationaux, une « histoire nationale » enseignée dans les écoles et une idéologie : le nationalisme. Le nationalisme affirme que les intérêts de tous les membres de la nation sont les mêmes. Il met les super riches, les propriétaires de capitaux, sur le même pied qu’un sans emploi! Il masque les divisions de la société en différentes classes sociales.

Les travailleurs parlaient différents dialectes, la bourgeoisie a imposé le français

Créée en 1831, la Belgique profite des débuts de la révolution industrielle et comptera parmi les nations les plus industrialisées de l’époque. C’est surtout le sud du pays qui en profite où l’industrie lourde se développe autour des charbonnages. La Flandre reste principalement agricole et n’a que quelques pôles industriels dans le textile ou dans l’industrie portuaire. La bourgeoisie francophone devient dominante.

Souvent la langue a été un élément déterminant dans la création de la nation. Même en Belgique, la politique linguistique de la bourgeoisie belge a été identique à celle de l'Angleterre ou de la France : unifier le pays autour d'une langue : le français qui était la langue de la bourgeoisie. Les travailleurs parlaient différents dialectes, y compris en Wallonie. Un arrêté gouvernemental du 16 novembre 1830 fixe l’emploi des langues dans le pays : 1. chacun peut utiliser la langue de son choix; 2. il est impossible de publier un texte en flamand ou en allemand tant leur utilisation est diverse suivant les localités; 3. La langue officielle dans l’Etat sera le français; 4. une traduction en flamand sera envisagée. Le français est enseigné à tous les niveaux scolaires. Il est la langue officielle en matière juridique, à l'armée, dans l'administration et l'enseignement.

Durant tout le 19e siècle, un mouvement d’opposition à cette discrimination linguistique sera mené par la petite bourgeoisie flamande composée d’intellectuels, de professions libérales.

Mais pas par la bourgeoisie du Nord du pays qui habitait Anvers, Gand, Courtrai ... (elle constituait 4,1 % de la population en Flandre en 1866). Celle-ci pour accéder aux cercles dirigeants du pays, a choisi consciemment de parler français. Elle a pu ainsi jouer le rôle de bourgeoisie administrative en Flandre : elle occupait les postes clés dans la politique, l’administration, la justice, etc. Grâce à sa connaissance des deux langues (et des différents dialectes flamands), elle était la seule à pouvoir faire le lien avec la population.

Pour sauvegarder cette position, elle s’opposait à toute démocratisation: tant à la reconnaissance du néerlandais comme langue administrative et d’enseignement qu’au droit de vote. C’est d’ailleurs le droit de vote qui a le plus contribué à l’égalité en matière linguistique. Avant 1914, les Premiers ministres issus de la bourgeoisie flamande comme l’Alostois Woeste ou l’Ostendais Frère Orban parlaient français. À peine deux députés parlaient régulièrement le néerlandais au Parlement. Après la guerre et l’octroi du droit de vote à tous les hommes, ils étaient 50.

Un problème de démocratie

La discrimination réelle dont étaient victimes les Flamands au 19e siècle ne peut être assimilée à une oppression de la Flandre par une bourgeoisie étrangère.

La Wallonie se développait plus vite que la Flandre. C’est un phénomène que nous retrouvons dans tous les pays capitalistes. Cette situation a complètement changé cent ans plus tard.

En Belgique, il y a une discrimination linguistique incontestable, mais la classe dominante, celle qui a réellement le pouvoir, n’est pas étrangère. Si elle est francophone, elle est surtout flamande et Belge. On n’est pas dans une situation d’une nation opprimée qui ne dispose pas de ses propres institutions. La bourgeoisie flamande siège au Parlement, elle fournit même des Premiers ministres. Ce sont les travailleurs et les paysans, qu’ils soient flamands ou wallons, qui sont les sans-droit. Ils n’ont ni le droit de voter ni d’être élus.

La question flamande constituait donc un problème démocratique, à savoir le droit de pouvoir parler sa propre langue, de recevoir un enseignement dans sa propre langue, etc.

Le mouvement contre la discrimination linguistique a pris racine dans la petite bourgeoisie flamande qui connaît la langue française, mais ne trouve pas de travail, pas même dans l’administration.

Le droit d’utiliser sa propre langue est une question fondamentale. Si, en Belgique, tout le monde avait eu l’occasion d’apprendre les deux langues nationales, la chose aurait été à l’avantage de tous, aussi des travailleurs.

La question linguistique est résolue au niveau de la loi depuis 70 ans

Cette question démocratique, comme toutes les autres questions démocratiques, aurait parfaitement pu être résolue dans le cadre de la Belgique. Elle l’a finalement été, mais avec un retard inacceptable. Parce que la grande bourgeoisie belge, surtout sa partie flamande, a voulu l’empêcher. Mais le problème est résolu au niveau des lois, totalement depuis 70 ans.

Avant les élections de 1919, le leader catholique flamand Van Cauwelaert élabore trois revendications : la flamandisation de l’enseignement y compris l’université de Gand, de la justice et des administrations en Flandre ; la division de l’armée en unités flamandes et wallonnes ; la réorganisation de l’administration centrale pour que les affaires concernant la région flamande soient traitées directement en néerlandais. En 1938 ce programme est intégralement réalisé.

« Fédéralisme et séparatisme en Belgique », Etudes Marxistes, n° 77, 2007 | Herwig Lerouge répond aux questions essentielles qui font l’actualité aujourd’hui mais aussi sur les origines du nationalisme | A commander à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. dans les secrétariats du PTB ou via le PTB-shop. Vous pouvez aussi le lire en ligne sur le site de www.marx.be.