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Le Parti d’avant-garde de type léniniste –partie 2 sur 3-


Le Parti d’avant-garde de type léniniste... par DurocMichel

Victoire et défaite du premier État socialiste Marx et Vandervelde, à propos de la Commune de Paris Frans De Maegd*

Victoire et défaite du premier État socialiste Marx et Vandervelde, à propos de la Commune de Paris Frans De Maegd* Victoire et défaite du premier État socialiste Marx et Vandervelde, à propos de la Commune de Paris Frans De Maegd* A Paris, sur la butte Montmartre, se trouve le Sacré-cœur, une église blanche en forme de pain de sucre. Peu de visiteurs savent qu'il s'agit d'un "monument national d'utilité publique", érigé après l'écrasement de la Commune de Paris. Du 18 mars au 28 mai 1871, la classe ouvrière de Paris avait mené la première révolution socialiste et créé le premier État socialiste. Le Sacré-cœur a été construit à l'endroit précis où la révolution avait débuté. Il devait symboliser la victoire sur "la barbarie et la tyrannie athées" et exprimer l'espoir qu'une telle catastrophe ne trouble plus jamais l'ordre bourgeois. Ce monument réactionnaire et anticommuniste ne fut achevé qu'en 1919. Au même moment, en Union soviétique, les vainqueurs de la révolution d'octobre 1917, érigeaient leur fier État socialiste - sur les ruines de la Commune, comme le disait Lénine. 

La social-démocratie internationale s'est rangée avec conviction derrière les campagnes de haine de la bourgeoisie contre l'Etat soviétique. La scission totale entre le socialisme révolutionnaire et le socialiste réformiste était accomplie. Mais cette scission était déjà apparue beaucoup plus tôt. On s'en rend compte clairement quand on voit le regard que portent Marx et Vandervelde sur la Commune.

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L’OBKOM Clandestin À l’œuvre

CHAPITRE PREMIER

DES  BOMBES  SUR TCHERNIGOV

C'était un dimanche ; je revenais d'un grand chantier si lue à deux cents kilomètres environ de Tchernigov.

Une averse nous surprit pendant le trajet. La route devint boueuse, notre voiture se mit à déraper, puis s'embourba tout à fait. Pour comble de malheur il se trouva que nous avions oublié d'acheter des cigarettes. Il nous semblait que nous éprouvions de grands tourments : nous étions en panne en plein champ, sous la pluie, avec une nuit blanche en perspective et, de plus, sans tabac. Pendant la nuit nous essayâmes à plusieurs reprises de tirer la voiture de la boue. Nous étions trempés et crasseux. Je ne revins à la maison qu'à dix heures du matin, .l'avais sommeil, j'avais faim. Je repassais en mon esprit les impressions du voyage : les entrevues avec les constructeurs, les confortables habitations en commun, les magnifiques blés mûrs qui se dressaient, telle une haie, en

Bordure de la route, et les champs de kok-saghyz, petit

Buisson à caoutchouc que nous commencions à peine à

Cultiver dans la région de Tchernigov et dont nous étions si fiers. .

J'étais en train de retirer mes bottes trempées et je rêvais de  m'étendre sur le canapé, lorsque ma femme

Entra en courant.

— Te voici enfin ! cria-t-elle. Gela fait dix fois qu'on te demande, toujours la même personne. Cet homme n'a

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pas voulu dire son nom. Il a téléphoné la première fois à sept heures du malin, et depuis il téléphone sans arrêt... Elle n'avait   pas fini de parler   que la sonnerie   du téléphone retentit. Je décrochai l'appareil.

— Alexeï Fédorovitch, voyez-vous, Alexéï Fédorovitch . . . — Celui qui parlait, visiblement ému, répéta plusieurs lois mon nom, après quoi il fit pleuvoir les formules incidentes : « ainsi donc », « voilà ». J'eus grand-peine à le comprendre. 11 n'arrivait pas à prononcer le mot « guerre ».

Je remis ma hotte trempée, je pris un morceau de pâté sur une assiette et bus quelques gorgées de lait à -même le pot. Je devais avoir un air assez insolite. Ma femme me regardait avec inquiétude. Je lui racontai ce qui était arrivé, je pris congé de tout le monde et me rendis à l'Obkom.

Je ne devais plus revenir à la maison jusqu'à la fin de la guerre.

A l'Obkom je ne trouvai qu'un homme de garde. Je téléphonai à Kiev, à Nikita Serguéiévitch Khrouchtchov, secrétaire du Comité central du Parti communiste (bolchevik) de l'Ukraine. Les pensées se pressaient dans mon, esprit. « La guerre contre les fascistes... Evidemment, elle devait éclater un jour... Du calme ! De l'ordre ! Leurs avions perceront-ils vers Tctiernigov ? ... Ah, quels blés, quels blés magnifiques, me disais-je en me rappelant les champs en bordure de la route. Comment les moissonner, à .présent ? ...»

— C'est vous, Nikita Serguéiévitch ? Ici Tchernigov, Fédorov. ..

Nikita Serguéiévitch parlait avec calme, un peu plus bas que d'habitude. Il m'apprit que les Allemands avaient bombardé Jitomir, Kiev, et qu'en certains endroits nos avant-postes avaient été renversés.

Ensuite le camarade Khrouchtchov passa aux directives d'ordre pratique.

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Une demi-heure plus tard les membres du bureau de |0bkom étaient réunis dans mon cabinet.

A midi le camarade Molotov parla à la radio.

Pendant la journée je pris part à plusieurs meetings.

A l'aube du 23 juin des avions de reconnaissance Ennemis survolèrent Tchernigov.

Les premiers jours de guerre furent marqués par une Activité particulièrement intense. Dans la région comme la ville on procédait en hâte à la mobilisation, on formait des unités à Tchernigov. Des milliers de personnes venaient des districts par le train, en charrette ou simplement à pied.

Tout le monde travaillait avec abnégation. Près de cent cinquante mille kolkhoziens, ouvriers, employés et ménagères se mirent à la construction d'ouvrages de défense. A part ce travail collectif organisé, dans chaque cour les gens aménageaient des abris, creusaient des tranchées et entassaient du sable dans les greniers.

Je me déplaçais beaucoup, visitant les usines que l'on faisait passer rapidement sur le pied de guerre et me rendant tous les jours dans les commissariats militaires de District. Il fallait continuellement parler, expliquer, [exhorter ; le soir, d'ordinaire, je perdais la voix.

Mais même le soir et la nuit il y avait des réunions, Ides entrevues avec les chefs d'unités, les directeurs d'entre-Iprises, les secrétaires de comités de rayon. Je ne dormais I guère plus de trois heures par jour et encore par bribes. Je restais plusieurs journées de suite sans voir ma femme et mes enfants.

Je ne pus même pas consacrer un moment à ma fa-I mille le jour où elle quitta Tchernigov. J'arrivai à la garé juste avant le départ du train et, tandis que je prenais | congé de ma   femme  et des   enfants,   leur   faisant   mes

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Dernières recommandations, le train démarra et je n'eus que le temps de sauter du wagon.

Le sentiment principal qui s'était emparé de nous tous était un sentiment de responsabilité.

Nous raisonnions ainsi : nous sommes des communistes et, de plus, des chefs ; par conséquent nous répondons les 'hommes, des biens nationaux, de la liberté du peuple. C'est pourquoi seul le travail nous donnait satisfaction. Nous éprouvions des scrupules à nous reposer. Un homme excellent, parfaitement sincère, dé- clara qu'il avait honte de se mettre au lit et de dormir.

Les avions de reconnaissance ennemis faisaient des raids de plus en plus fréquents au-dessus de Tchernigov. Ce fut le nœud ferroviaire qui subit le premier bombardement, la nuit du 26 juin. Une demi-heure après l'attaque aérienne j'étais déjà sur les lieux. Je vis les premières victimes des fascistes : deux femmes tuées, un enfant déchiqueté par l'explosion. Je m'efforçais de garder mon calme, mais le frisson s'empara de moi. Je n'arrivais pas à réaliser ce qui s'était passé. Il me semblait que c'était une horrible méprise, un accident. Il suffisait de prendre des mesures, me disais-je, pour que pareille chose ne se reproduise plus.

Le 28 juin le camarade Malenkov, secrétaire du Comité central du Parti communiste (bolchevik) de l'U.R.S.S., et le Maréchal de l'Union soviétique Boudionny arrivèrent à Tchernigov. La réunion, ou plutôt l'entretien que j'eus avec eux, dura plus de trois heures. Nous fîmes le tour de la ville, inspectant les objectifs militaires, et lorsque nous fûmes revenus au Comité régional, le camarade Staline appela le camarade Malenkov au téléphone. Les représentants du Quartier Général repartirent le même soir.

Je raconte cette entrevue parce qu'elle produisit un effet dégrisant et de réconfort, aussi bien sur moi-même que sur les autres camarades qui avaient pris part à l'entretien. Peu à peu il devenait clair que la guerre était un travail, un travail systématique, ordonné et méticuleusement étudié, d'une envergure et d'une intensité sans précédent.

Avant le discours du 3 juillet 1941, prononcé à la radio par le camarade Staline, personne dans notre région ne préparait d'organisation bolchevique clandestine, ersonne ne travaillait à la création de détachements de partisans. J'avoue que je n'y pensais pas non plus.

Les Allemands poursuivaient leur offensive. Les combats se déroulaient dans la partie occidentale de l'Ukraine. Mais bien que les avions allemands eussent maintes fois survolé Tchernigov et bombardé les  villes de la région, nous autres dirigeants de la région  de Tchernigov n'aurions jamais supposé que les Allemands réussiraient pénétrer chez nous, au cœur de l'Ukraine.

Le 4 juillet, prenant la parole devant les ouvriers du dépôt   de   chemin   de    fer   de   Tchernigov,    j'affirmais [que les  fascistes n'atteindraient pas notre ville et qu'on pouvait   tranquillement  poursuivre  son travail.   Et je   le I croyais sincèrement.

Revenu du meeting des cheminots, j'appris à l'Obkom que le camarade Korotchenko, secrétaire du Comité central, était arrivé de Kiev. Il ne resta pas longtemps à Tchernigov, un jour seulement. Il établit, en coopération avec les organisations régionales, le plan de l'évacuation urgente des hommes, de l'équipement industriel, des valeurs. Avant son départ il conseilla de recenser les par-tisans de la guerre civile :

— Leur     expérience,     camarade    Fédorov,     pourra servir !

Le   soir je reçus une   convocation télégraphique   du comité central et je partis  aussitôt  à  Kiev en  voiture. Nikita Serguéiévitch me reçut dans la nuit. Il dépei-

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gnit la situationsur les fronts et dit que nous devions regarder les choses en l'ace. 11 ne fallait pas sous-estimer l'offensive allemande ni se laisser prendre au dépourvu par une pénétration des troupes ennemies au cœur du pays.

Nikita Serguéiévitch proposa de commencer immédiatement à préparer l'organisation de la clandestinité bolchevique et à former à l'avance un détachement de partisans dans chaque district.

— Dès votre retour à Tchernigov, procédez sans retard au recrutement des hommes, aménagez dans les bois des bases pour les partisans, occupez-vous de l'instruction militaire des hommes que vous aurez choisis. Le camarade Bourmistrenko vous donnera des directives détaillées.

Mikhaïl Alexéiévitch Bourmistrenko m'exposa comment il fallait choisir les cadres pour la lutte clandestine, il m'expliqua ce que devaient être les détachements de partisans, comment on devait les former et me mit au courant des chiffres secrets.

Je constatai avec étonnement que le Comité central avait déjà mis au point tout le système d'organisation de la clandestinité.

— Rappelez-vous, me recommandait le camarade Bourmistrenko, que pour le travail du Parti dans la clandestinité il faut recruter des hommes absolument sûrs, hardis, pleins de sang-froid et d'abnégation. Expliquez aux hommes à quel danger ils s'exposent. Qu'ils fassent leur examen de conscience pour savoir s'ils •auront assez de courage. S'ils ne se sentent pas la force nécessaire, qu'ils s'abstiennent. .. Qui recommandez-vous au poste de secrétaire de l'Obkom clandestin de Tchernigov ? ... Avez-vous réfléchi à cela ?

J'ignore si cette question me fit pâlir ou rougir ; je me souviens seulement que les battements de mon cœur s'accélérèrent.

- Je vous prie de me laisser moi-même dans la clandestinité, dis-je.

Le camarade Bourmistrenko ne répondit pas tout de mule, Me scrutant du regard, il répéta :

- Avez-vous réfléchi à cela ?

- Oui !

- Pour le moment je ne puis vous donner de réponse éliuitive, dit-il. En tout cas, de retour à Tchernigov, réparez une seconde candidature. Je ferai part de votre désir à Nikita Serguéiévitch.

Je continuai à   insister,  en faisant   observer que   le dixième candidat devra également se rendre à Kiev pour recevoir   des instructions,  ce   qui prendrait   du temps, tandis que moi,  qui étais déjà au courant,  je pouvais procéder à l'organisation...

Le camarade Bourmistrenko m'interrompit :

- Allez et faites ce qu'on vous a ordonné ; la décision du Comité central vous sera communiquée par téléphone.

Quelques jours plus tard, déjà à Tchernigov, j'appris
qu'on avait donné suite à ma demande : le Comité Central recommandait à l'Obkom clandestin de Tchernigov
de me choisir comme secrétaire.

Me rendais-je compte, à ce moment-là de ce qui m'attendait, des   privations  que  j'aurais à subir ? Je  n'étais plus jeune et j'avais perdu depuis longtemps l'habitude plu travail   physique. Au cours des   dernières années je l'avais  pratiqué aucun  sport et je n'étais  plus monté à cheval depuis douze ans. En revenant de Kiev je réfléchis. la résolution que j'avais prise. Je réfléchis, mais sans hésiter. Je   sentais que   j'avais des   aptitudes   pour   l'activité clandestine et que dans ce  travail  je rendrais plus le service au Parti que partout ailleurs.

De retour à Tchernigov, je convoquai le bureau de l'Obkom. Mon information concernant l'organisation de la clandestinité prit mes camarades au dépourvu.

Créer la clandestinité ! Ces mots eux-mêmes semblaient presque inanimés. « Une organisation bolchevique clandestine ! » Cela faisait penser à l'histoire •du Parti. El voici que nous autres qui, sans être bien jeunes, avions pourtant été formés par le régime soviétique, nous devions nous préparer à entrer dans l'illégalité.

Lorsque je demandai : « Eh bien, camarades, qui est d'accord? » il s'établit dans la pièce un silence si profond que j'entendis parler dans la rue, quoique les fenêtres fussent fermées.

Je fus surpris de voir que Nikolaï Nikititch Papoudrenko leva la main le premier. Je fus surpris parce qu'il avait la réputation d'un tendre père de famille. En voyage comme au Comité il ne manquait jamais l'occasion de dire un mot de sa femme, de son fils, de son fils adoptif, de sa fille. Popoudrenko, troisième secrétaire de l'Obkom, était un excellent travailleur du Parti, un homme très loyal, droit et scrupuleux. Par la suite, dans la clandestinité et surtout dans les rangs des partisans, il se montra résolu, d'un courage à toute épreuve, parfois même téméraire. Mais j'y reviendrai.

Les autres suivirent l'exemple de Popoudrenko. Tous les membres du bureau de l'Obkom décidèrent de rester dans la région de Tchernigov. Un Obkom clandestin, composé de sept membres, fut créé à cette même réunion. On nomma également des remplaçants, au cas où l'un d'entre nous viendrait à tomber ; cette éventualité était aussi prévue. Ensuite on répartit les rôles et l'on examina le plan d'action préliminaire.

Bientôt chacun s'habitua à la nouvelle situation. Il y avait alors dans la région deux Obkom : l'un légal, l'autre clandestin. Ce dernier n'était connu que de ses membres. Quelques jours plus tard un comité régional clandestin du Komsomol fut créé de la même manière. Les camarades Boïko et Brassine en assumèrent la direction.

Nominalement, j'étais à la fois secrétaire de l'Ob-kom légal et de l'Obkom clandestin. Mais à partir de ci' jour je remis presque toutes les affaires légales à mes camarades et me préparai à une vie nouvelle, Inconnue.

Le Comité central du Parti exigeait de nous autres, membres de l'Obkom, une préparation sérieuse. Nous devions tout prévoir, jusqu'aux conditions d'existence des futurs partisans.

. . . Les futurs chefs de partisans suivaient déjà des '"in.  spéciaux, où on leur apprenait à faire sauter les mines, à brûler les tanks, à dérober des documents dans i' états-majors allemands ; ils avaient déjà quitté l' ni s familles. Quant aux résistants communistes. ils avaient changé de nom et s'habituaient à ne pas réagir lorsqu'on les interpellait par leur nom d'avant guerre.

Pendant toute la deuxième quinzaine de juillet et le début d'août, l'Obkom clandestin se préparait à son activité illégale et formait des détachements.

Nous avions réparti les tâches : j'étais chargé d'or-aniser des Comités de ra3^on clandestins du Parti et lu Komsomol. En outre, je m'occupais de l'évacuation |es habitants et des richesses de la région.

On  confia l'instruction  des sapeurs  à Nikolaï  Nikititch Popoudrenko. Pétrik s'occupait du choix des livres,

• Ici l'organisation du centre de polygraphie, de l'acquisition et de l'emballage du papier : il était secrétaire à La propagande. Novikov, Yarémenko et Roudzko recrutaient

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et vérifiaient les cadres pour les cellules clandestines de base dans les villages et les usines. Kapranov aménageait les dépôts de ravitaillement.

Chaque jour nous convoquions à l'Obkom de 10 à 15 représentants de districts. Je les connaissais presque tous, les ayant déjà rencontrés auparavant, pendant l'exercice de mes fonctions. Du reste, ce n'est pas tout à fait exact : je m'étais trompé sur le compte de quelques-uns. La guerre m'a contraint à réviser l'idée que je m'étais faite au sujet de tel ou tel homme, et souvent j'ai dû changer d'opinion.

J'invitais les camarades un par un. Le début de la conversation était assez uniforme. D'ailleurs, il n'était uniforme que pour moi, car je m'entretenais avec beaucoup de gens, tandis que pour tout nouveau venu mes paroles étaient absolument inattendues.

—- Bonjour, camarade, prenez place. Savez-vous pourquoi on vous a convoqué ?

— Non.

— Avez-vous pensé à une occupation éventuelle de votre district par les Allemands ? Que comptez-vous faire au cas où un tel danger viendrait à surgir ? Que diriez-vous si nous vous proposions de rester dans la clandestinité pour diriger le Comité de rayon ?

Habituellement cette question était suivie d'une longue pause. Je reprenais :

— Réfléchissez   bien,   j'attendrai. Si le camarade  consentait immédiatement, je lui expliquais les dangers qui l'attendaient.

— Sachez que vous risquez d'être trahi, pris au dépourvu. Vous aurez un faux nom, de faux papiers. Mais en vous> fouillant on peut découvrir des ordres chiffrés, des listes d'organisations. On vous mettra à la torture, Aurez-vous la force de tout supporter, de mourir pour notre peuple, pour la cause du Parti de Lénine et de Staline ?

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Quelques-uns battaient en retraite. Et sitôt que je sen-i m» mon homme flancher, je le renvoyais chez lui. A quoi me servirait-il? Que ferait-il dans la clandestinité-i.-V ...

Si jamais il tombait dans les griffes des S.S. . . . C'est ni  homme loyal, mais lorsqu'on le battra avec des balles de fusil  rougies au feu, ce camarade ne tiendra sans doute pas le coup.

Aussi le diagnostic préalable de la lâcheté, si l'on peut dire, est très important. C'est précisément ce diagnostic que je cherchais à établir en choisissant les hommes. Du point de vue politique, ceux que j’invoquais avaient déjà été vérifiés. Ce qui m'intéressait surtout c'était leur fermeté, leur force de caractère

J'étais très peiné lorsqu'un homme et un travailleur excellent se trouvait contaminé par cet affreux microbe de lâcheté. Il y avait un certain secrétaire du Comité de Lyons en qui j'avais confiance. Celui-là ne me décevra as, me disais-je.

Je le fais venir, je lui parle. .. Que lui arrive-t-il soudain ?

Il m'apprend qu'il est malade, et toute sa famille aussi ; et puis, il n'est pas capable de faire ce travail, sa mémoire est faible.

Enfin il avoue franchement :

— J'ai peur ! Je tiens à la vie !

Le président du tribunal régional de Tchernigov était un homme imposant de trente-cinq ans environ, très sûr de lui et loquace. Nous le désignâmes pour la clandestinité. Il commença par remuer sur son siège, mais ensuite il reprit contenance, sortit un carnet de notes, et se mit à écrire. A la fin de l'entretien il me serra la main et déclara sur un ton vraiment enthousiaste :

— Vous pouvez compter sur moi, Alexéï Fédorovitch. Au premier moment cette nouvelle inattendue m'a fait

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tressaillir, mais maintenant j'ai réalisé... . Le devoir l'ordonne ! La Pairie nous appelle 1

Mais à la 'dernière minute il s'enfuit. Evidemment, cet homme nous 'causa de gros ennuis. Il était trop tard pour lui chercher un remplaçant.

Mais la plupart des camarades prenaient courageusement et simplement la décision de rester dans la clandestinité.

La majorité des camarades, lorsque je leur demandais : « Avez-vous pensé à une occupation éventuelle de votre district par les Allemands ? », répondaient : « Oui, j'y ai pensé ! »

Et lorsqu'un tel camarade apprenait qu'il y aurait aux arrières de l'ennemi un Comité régional du Parti communiste, ainsi que des Comités de rayons, des cellules locales, des organisations du Komsomol, enfin, que le mouvement de partisans serait dirigé par le Parti, il me serrait vigoureusement la main en disant :

— Comme c'est bien, Alexéï Fédorovitch ! Ainsi, nous continuons à travailler ensemble. Nous n'abandonnons pas l'Ukraine ? Et moi qui ne savais que faire. .. Alors, maintenant je vais expédier ma famille et je reste entièrement à la disposition du Parti !

Et je comprenais que le camarade, en me serrant la main, ne voyait pas en moi un particulier, mais un représentant du Parti qui partageait ses vues, un 'homme chargé de faire exécuter les directives de Staline.

En un mois nous- choisîmes plus de 900 personnes
et les envoyâmes dans les districts pour y travailler dans
la clandestinité.

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Dans les districts on se préparait activement à la clandestinité et à la guérilla. L'Obkom recevait tous les jours des rapports téléphoniques et télégraphiques sur cette préparation, en même temps que des communiqués sur l'évacuation de l'industrie et sur la moisson. Il va sans dire que les rapports concernant la préparation de la clandestinité étaient rédigés en langage chiffré.

A la mi-juillet il devint clair que le camarade Kourotchka, secrétaire du Comité de rayon de Kholmy, s'acquittait de sa tâche mieux que les autres. Il avait manifesté lui-même le désir de rester dans la clandestinité et montrait beaucoup de zèle pour tout ce qui avait trait à la préparation de ce travail nouveau, que personne ne connaissait encore.

Son district servait de champ d'action à un bataillon de chasseurs complété de volontaires. Le camarade Kourotchka se dit, avec raison, que les chasseurs, qui avaient déjà acquis une certaine expérience en luttant contre l'ennemi dans les bois, dans des conditions proches de celles de la 'guérilla, pouvaient former le noyau du détachement. Tous les deux cent quarante combattants du bataillon consentirent à rester aux arrières de | l'ennemi et s'engagèrent dans les rangs des partisans.

Tout le personnel des organisations primaires du district  de   Kholmy :    Comité  du    Parti,   Comité   exécutif, N.K.V.D., 'se joignit au   futur détachement. Cette   unité (s'exerçait déjà au tir, au lancement des grenades et étudiait la tactique de la lutte de partisans. La mitrailleuse d'entraînement  de    l'Ossoaviakim*    fut    transformée en arme de combat dans l'atelier mécanique de la distillerie. (D'ailleurs, c'est ce que l'on fit avec presque toutes

* Appellation abrégée d'une organisation libre, dite : « Association pour l'aide à la défense nationale, au développement de l'aviation et de l'industrie chimique de l'U.R.S.S. » (N. R.)

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les mitrailleuses! qui se trouvaient dans la région ; certes, le résultat n'était pas très important — de 30 à 40 mitrailleuses en tout — mais même ces armes détruisirent nombre d'ennemis et sauvèrent la vie à des dizaines, sinon à des centaines de partisans.)

Quinze jours avant l'occupation du district de Kholmy, le bataillon de chasseurs et tous les volontaires qui s'y étaient joints se retirèrent dans les bois afin de laisser passer le front.

Dans le district de Korioukovka, où les fonctions de premier secrétaire du Comité de rayon étaient assumées par le camarade Korotkov, les membres actifs du Parti s'étaient dispersés dans les villages sitôt après l'appel au peuple, lancé à la radio par le camarade Staline, avant même leur convocation au Comité régional, afin de préparer les communistes et les kolkhoziens d'avant-garde à une éventuelle occupation allemande et à la lutte de partisans contre l'ennemi. On créa préalablement onze cellules communistes clandestines. Tous ceux qui avaient consenti à rester aux arrières de l'ennemi recevaient des instructions détaillées.

Dans le district de Nossovka, le camarade Stratilat, secrétaire du Comité de rayon et, par la suite, excellent chef de partisans, prit une décision très intéressante longtemps avant l'occupation : le Comité convoqua tous les communistes récemment arrivés dans le district, ainsi que les jeunes communistes. Ceux qui acceptèrent de rester dans la clandestinité et qui convenaient à ce travail, furent envoyés dans des villages et dans des bourgs où on ne les connaissait pas. Ces camarades y occupèrent des emplois subalternes dans les Soviets ruraux, dans les kolkhoz, dans les hôpitaux, etc. Ils organisèrent des centres de rendez-vous clandestins et rallièrent autour d'eux des groupes de résistance.

On nous faisait savoir du district d'Ostior qu'une base de partisans pour cent hommes y était déjà organisée.

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On y avait caché des vivres pour huit mois environ, des armes, des munitions et beaucoup d'autre matériel. Dans le district on avait organisé deux détachements — quinze et vingt hommes — et tenu une réunion où furent convoqués les futurs résistants communistes du district.

Des informations semblables   ou   presque nous   parvenaient de tous les districts.

Vassili Logvinovitch Kapranov, petit homme replet et bon enfant, ancien adjoint du président du Comité exécutif régional de Tchernigov, devenu membre de Obkom clandestin, préparait les bases de partisans.

Le    plus grand secret entourait son activité.

Il percevait dans les dépôts des dizaines de tonnes de farine, des caisses de conserves, de tonneaux d'alcool. Des camions arrivaient, les portefaix y chargeaient des sacs pesants, les comptables remplissaient des fiches, mais Kapranov était le seul à savoir à quoi tout cela était destiné.

Le camion s'arrêtait en plein champ, à la lisière d'une forêt ; là on le déchargeait, puis le chauffeur faisait demi-tour. .. Lorsque le camion vide s'était éloigné à une bonne distance, une charrette sortait de la forêt et des hommes y entassaient ce qu'on avait amené. Le bidet suivait d'abord un chemin vicinal, puis s'enfonçait dans la forêt. Ceux qui accompagnaient la charrette couvraient les traces des roues avec des branches et de l'herbe. Mais le plus souvent il n'y avait même pas de véhicule : à partir de la route tout était transporté à dos d'homme.

Ces équipes étaient formées de futurs partisans. Ils recevaient les chargements les plus divers : sucre, galettes, munitions, mitrailleuses, bottes de feutre, caractères d'imprimerie,

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Préalablement Les hommes de confiance de Kapranov* avaient accompli un grand travail : ils avaient creusé de profondes tranchées et consolidé leurs parois. ..

Seuls   les   membres   de  l'Obkom   clandestin — et pas tous   encore — connaissaient   l'emplacement   des   magasins de Kasparov. Par la suite, lorsque les camarades se rendirent sur leurs  positions,   on  indiqua  à   chacun  où se trouvait la base de ravitaillement voisine.

Plusieurs fois je me rendis avec Vassili Logvinovitch à des centaines de kilomètres de Tchernigov, dans les bois, et il me disait en désignant un endroit :

— Tenez, Alexéï Fédorovitch, il me semble que le lieu convient. Le village le plus proche est à dix kilomètres, le bétail ne vient pas paître ici.

— Et le garde forestier, quel homme est-ce ?

— Un homme sûr, dévoué à notre cause. Il reste avec nous.

Des camarades arrivaient, armés de sondes et de foreuses, et mesuraient à quelle profondeur* se trouvaient les eaux souterraines. C'est qu'il n'y avait pas de temps à perdre. Si on commençait à creuser au hasard, l'eau pourrait inonder les travaux ; il faudrait chercher un nouvel emplacement et recommencer à creuser. .. Décidément, Kapranov était un homme précieux, qui menait sa tâche à bien avec certitude.

Une base standard avait l'aspect suivant : une tranchée de trois mètres de profondeur environ et d'une superficie de trente à quarante mètres carrés. Les parois étaient consolidées par de grosses poutres, selon toutes les règles de construction. Inutile de dire que le bois des poutres avait été scié non pais sur les lieux, près de la base, mais au moins à trois cents pas. Le fond était bat-

* Les   meilleurs   adjoints   du   camarade   Kapranov   étaient   les camarades Afanachtchenko et Baskine.

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tu et jonché de branches : une protection contre l'humidité. La terre était emmenée au loin, discrètement répandue, jetée dans les ruisseaux ou les ravins.

Une telle base, qui constituait en somme un considérable dépôt souterrain, était protégée par un plafond de poutres et recouverte de terre jusqu'au ras du sol. Ensuite on masquait l'endroit avec de l'herbe ou de la mousse, on y plantait des buissons et des arbrisseaux.

Plus d'une fois Kapranov m'amena devant des bases camouflées et jamais je ne réussis à les déceler.

Il me montrait des entailles, des signes divers, dont je devais me souvenir.

Les hommes de Kapranov aménagèrent ainsi neuf bases. Et ils s'y prirent comme il faut : par la suite, les fascistes n'en découvrirent qu'une seule, et encore par hasard.

Le nombre total des bases aménagées dans la région par les détachements de district atteignait deux cents environ.

Si ce travail n'avait pas été accompli, les détachements de partisans, surtout pendant la première période, la période préparatoire, auraient été mal en point. Ces bases sauvèrent nombre de détachements. La population ne pouvait pas toujours nous ravitailler, et nous ne commençâmes à prendre des vivres à l'ennemi qu'après nous être armés à ses dépens.

*    *    *

Le 18 juillet l'Obkom reçut une nouvelle directive :
outre les détachements de partisans formés dans les dis
tricots organiser un détachement régional de 150 à 200
hommes, comprenant des sections de cavalerie, de sa
peurs, d'infanterie. ;

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On procéda au recrutement des volontaires. Au bout de quelques jours 186 hommes, choisis et vérifiés, se réunirent dans la salle du Soviet municipal pour recevoir les dernières instructions.

Il y avait là des représentants des milieux les plus divers : travailleurs du Parti, ingénieurs, employés, ouvriers, kolkhoziens, acteurs, musiciens, cuisiniers. . . Ils étaient aussi vêtus de façons différentes, conformément à leur genre d'existence, à leur profession. Pour le moment, je ne parlerai pas de personnes isolées. Je retrouvai beaucoup de ces gens aux arrières de l'ennemi et parcourus avec d'autres des milliers de kilomètres en Ukraine, sur cette terre brûlée par les combats. .

Ainsi, les hommes étaient choisis, les bases aménagées. Nous semblions prêts à accueillir les « visiteurs » importuns. Mais nos résistants avaient-ils compris que l'essentiel c'était l'appui du peuple, que notre tâche sacrée, lorsque l'ennemi agirait ici en maître, c'était d'être avec le peuple, de l'inciter à la lutte ? Après tout, nous autres communistes, organisateurs, nous ne formions que l'ossature. Il ne fallait pas le perdre de vue un seul instant. Et alors, aucune force ennemie ne nous briserait.

Le matin du 8 août le premier groupe du détachement régional de partisans quitta Tchernigov pour occuper son emplacement. La journée était chaude, il faisait lourd, on attendait de la pluie.

Soixante-dix hommes, les uns; en vareuses ouatées, d'autres en pardessus, en vestes de cuir ou -en pelisses, gagnaient 3a forêt.

Je les accompagnais. Pour l'instant, les camarades n'allaient faire qu'un stage, un séjour d'entraînement. C'était d'ailleurs bien ainsi qu'on avait défini leur tâche. Que les chefs et les simples combattants s'imaginent

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qu’ils  sont déjà  des partisans.  Qu'ils apprennent   à  se dissimuler,  à tirer,  à ramper,  sans  être vus,  jusqu'aux objectifs ennemis ».

Lorsque les camarades eurent disparu au tournant, je testai longtemps à contempler la route qu'ils avaient suivie.

Le 10 août tout le détachement régional arriva à destination, au campement de Goulino, district de Korioukovka, près de la rivière Snov. Nous avions choisi ce terrain parce que nous supposions qu'il resterait à l'écart des grands combats : les partisans pourraient donc laisser passer le front sans révéler leur présence.

Nous fûmes également séduits par les conditions naturelles. Dans les fourrés épais qui couvraient presque fout le rivage de la Snov, on aurait pu dissimuler une armée entière. Et la forêt commençait à deux ou trois cents mètres du cours d'eau. . Le lendemain je rendis visite aux camarades.

Le commandant du groupe, le capitaine Kouznetsov, ancien travailleur de l'Ossoaviakhim, et le commissaire Demtchenko,  qui  dirigeait la section militaire  de l'Obkom,   avaient   déjà   distribué les armes aux   partisans et faisaient  faire  aux  hommes  un   entraînement  militaire régulier :   tir  au   but,  nettoyage  des  armes,   application du règlement du service en campagne et en garnison. .. Un camp typique de l'Ossoaviakim. Des vivres à volonté, aucun danger pour le moment. .. comme s'il n'y avait 3as de guerre.

A Tchernigov déjà on avait recommandé aux camarades de ne pas frayer avec la population, de ne pas

faire voir, mais les partisans crurent, sans doute, que cette directive était purement conventionnelle ; ils se mirent à fréquenter les villages pour s'y procurer du lait, et les jeunes y  allèrent  pour   faire un brin   de cour   aux filles.

Le soir, au camp, on chantait, on dansait au son  de l'accordéon. Ma  foi, la nature était magnifique.  Il fai-

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sait doux. N'étaient les armes en faisceaux, on se serait cru dans une maison de repos.

A onze heures du soir passées, les hommes se rendirent par groupes: dans la caserne : une grande et confortable maison forestière. Les chefs s'étendirent sur des lits et les soldats sur du foin bien sec, parfumé.

Sitôt les hommes couchés et quelques-uns déjà endormis, je fis donner le signal d'« alerte». J'obligeai les gens, engourdis par le sommeil, à se mettre en rang et leur ordonnai de quitter immédiatement la caserne pour ne plus y revenir. Je leur dis de s'installer parmi les fourrés, dans des- huttes de branches, et de ne pas se montrer à la population tant qu'il n'y aurait pas de troupes ennemies dans les parages.

— Sachez vivre de manière que personne ne se doute de votre existence !

Quelqu'un s'approcha de moi et se mit à me persuader avec ardeur :

— Voyons, le sol est marécageux, les hommes prendront froid.

Mais lorsque les avions allemands vrombirent dans le ciel et lancèrent des fusées éclairantes, les gens se turent, se firent petits...

Les Allemands se préparaient à bombarder Tchernigov.

*    *

L'humeur la plus sombre que j'aie jamais éprouvée dans ma vie s'empara de moi du 23 au 29 août 1941.

Je m'étais rendu au Conseil de Guerre du Front central. En revenant à Tchernigov je rencontrai une colonne d'automobiles ; j'arrêtai la voiture de tête et demandai aux passagers leur identité et leur destination. Nous vérifiâmes réciproquement nos papiers. Les voyageurs étaient les dirigeants de la région de Gomel et le cama-

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rade Edinov, secrétaire du Comité central du Parti communiste de Biélorussie.

— Les nôtres ont abandonné Gomel, une dit le camarade Edinov. Les Allemands marchent sur Tchernigov. J'arrivai à l'Obkom, harassé de fatigue et affamé. On m'apporta une assiettée de soupe dans mon cabinet ; je m'installai près de la fenêtre et posai l'assiette sur l'appui.

La sirène mugit. Ces derniers temps on donnait l'alerte vingt fois par jour. J'y étais, déjà accoutumé et souvent je me dispensais de gagner l'abri. Il n'y avait pas encore  eu  de bombardements  intenses.

Tout en    continuant mon repas, je regardais par la fenêtre. Je voyais une grande partie de la ville. Devant les yeux, j'aperçus au loin plusieurs avions. Un autre essaim noir émergea   des nuages et   l'instant   d'après   les j Allemands étaient au-dessus de la ville. Je voyais tomber Iles bombes et je déterminais même l'endroit précis de (leur chute :   d'abord ce fut le théâtre qui   sauta,   puis le [bâtiment de la milice régionale,  le bureau  de poste... [Cependant, je continuais machinalement à manger. Les (bombardiers survolèrent le bâtiment de l'Obkom. Les explosions,  le  crépitement   des mitrailleuses,  le  tir de  la D.C.A. se fondirent en un vacarme épouvantable... Des gens affolés couraient dans les rues. Quelqu'un poussait des cris    affreux,    mais on    ne pouvait pas se   rendre compte si c'était une voix de femme ou d'homme.

Je sortis de la pièce et me dirigeai vers l'abri. Je marchais comme dans un rêve. Des collègues de l'Obkom m'abordaient et je répondais machinalement à leurs questions. J'avais l'impression qu'un fardeau énorme s'était appesanti sur mes épaules...

Dans le couloir obscur je fus arrêté par un inconnu.

-- Je  suis  ici  depuis le matin, camarade  Fédorov.

J'arrive du district...

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— Je vous écoute.

— On m'a exclu du Parti, j'ai adressé une pétition à l'Obkom... C'est la guerre, camarade Fédorov, comment puis-je rester en dehors du Parti ? ...

— Mais vous avez entendu l'alerte. Pour voir clair dans votre affaire, je dois convoquer mes collègues, examiner les papiers. Or, mes collègues sont dans l'abri... Repassez demain.

— Demain il sera trop tard. Les Allemands approchent de notre district. .

A ce moment une bombe éclata si près que le sol remua sous nos pieds.

Le visiteur ne sembla guère impressionné. Je hâtai le pas ; il continuait de marcher à mes côtés.

— Comprenez donc, camarade, lui dis-je, dans de telles circonstances, c'est impossible.

— Oui, c'est vrai, acquiesça-t-il tristement, en me tendant la main.

Je n'ai pas retenu les traits de son visage. Mais son serrement de main était sympathique. Je regrettai de tout cœur de n'avoir rien pu faire pour lui.

Ce fut la première nuit que je passai tout entière dans l'abri. Les avions allemands arrivèrent douze fois de suite. Rester là, dans une attente passive, sans rien voir ni savoir, était bien humiliant.

Le matin, bien que l'alerte n'eût pas cessé, je revins à l'Obkom.

De noirs panaches de fumée flottaient au-dessus des toits, des flammes s'élançaient vers le ciel. La ville brûlait de tous côtés.

Les pompiers essayaient d'éteindre le feu. Mais que pouvait-on faire, lorsque de nouveaux incendies s'allumaient à chaque instant, de plus en plus nombreux ! Les hommes n'étaient plus de force à lutter contre les flammes.

A cette époque presque toute la population avait été

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évacuée et il ne restait à Tchernigov que quelques centaines de personnes.

Le commandement allemand ne pouvait ignorer que dans la ville il n'y avait ni troupes, ni objectifs militaires. Les aviateurs ennemis détruisaient chaque bâtiment tant soit peu important et poursuivaient tout homme qui tombait dans leur champ visuel. Les Allemands agissaient selon le programme bestial du fascisme.

Pendant une accalmie, entre deux attaques, je décidai de faire le tour de la ville.

Nous suivîmes en voiture la rue Chevtchenko. Un tiers environ des maisons était en flammes. Un cheval boiteux galopait à notre rencontre. Le chauffeur dut monter sur le trottoir pour éviter que la bête affolée ne se précipite contre la voiture.

Derrière nous, à une quinzaine de mètres à peine, un mur s'effondra. Des poutres embrasées s'abattirent sur le cheval.

Un homme en chapeau et portant des lunettes rampait à quatre pattes sur le large trottoir. Je l'interpellai. Il ne répondit pas. Le chauffeur arrêta la voiture et je criai encore une fois :

— Camarade !

Alors il se releva, me regarda avec des yeux troubles et courut vers une porte cochère. Il eût été inutile de le poursuivre.

Nous débouchâmes sur la place Kouïbychev. La plupart des maisons brûlaient, quelques-unes s'étaient déjà effondrées. Même au centre de la place l'air était incandescent.

Au beau milieu de la place un homme corpulent et de haute taille se tenait les bras écartés- Son visage était noir de suie. Je l'interpellai.

Il ne nous remarquait pas. Je répétai mon appel : aucun effet. Le chauffeur amena la voiture tout près de lui. Je le pris par la main. Il monta docilement en

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voiture, mais resta longtemps sans répondre à mes questions.

Plus tard, lorsque je lui racontai comment nous l'avions recueilli, il haussa les épaules :

— Je ne me souviens de rien.

Nous longeâmes encore plusieurs rues. Alors que nous étions près du square municipal, les « Heinkel » apparurent de nouveau au-dessus de la ville. L'un des avions lâcha une rafale contre notre voiture. Les balles sifflèrent au-dessus de nos têtes.

Nous recueillîmes encore deux hommes. Il fallut en ligoter un, car il avait perdu la raison.

Notre course dura près d'une heure. Entre temps deux groupes de bombardiers avaient jeté leur chargement sur la ville. Nous prîmes la direction de l'Obkom. Je craignais de ne voir qu'un amas de ruines. Eh bien non, le bâtiment était demeuré sauf, par je ne sais quel miracle. Sur un rayon de deux cents mètres pas une seule maison n'était restée intacte, tandis qu'à l'Obkom il manquait seulement quelques vitres.

Ce soir-là on décida l'évacuation. L'Obkom, le Comité régional du Komsomol et le Comité exécutif devaient se rendre au village de Loukachevka, chef-lieu de district situé à 15 kilomètres. Il n'y avait plus, aucune raison de rester en ville. Tchernigov était isolé du reste du monde ; la centrale électrique ne fonctionnait plus, les fils téléphoniques et télégraphiques étaient coupés. Il ne restait presque plus d'habitants, les usines et les institutions avaient été également évacuées.

Le cœur lourd, nous nous mîmes en route, quittant la ville déserte, dévastée.

En passant près de ma maison, je vis avec surprise qu'elle était debout. J'eus un moment le désir d'arrêter la voiture pour prendre quelques effets, ne fût-ce que du linge de rechange, des bottes... Mais je n'en fis rien. Je ne devais d'ailleurs pas tarder à le regretter-

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Je portais un pardessus en cuir, une veste et une culotte militaires, des bottes en gros cuir et une sacoche d'officier suspendue à une courroie. C'était là tout mon avoir.

Le 26 août deux voitures quittèrent Loukachevka, emmenant dans le district de Kholmy encore vingt-six partisans et une partie des membres de l'Obkom clandestin, sous le commandement du camarade Popoudrenko. Il avait été décidé que je resterais encore quelque temps sur place.

En prenant congé de mes compagnons je les serrai dans mes bras et les embrassai chacun à tour de rôle.

— JE terminerai l'évacuation des habitants et des entreprises, j'accompagnerai l'Armée rouge jusqu'aux frontières de la région de Tchernigov, après quoi je vous rejoindrai. Je saurai! Vous trouver, n'en doutez pas !

Le lendemain nous apprîmes que les districts de Kholmy et de Korioukovka étaient déjà occupés par les Allemands. Le groupe de Popoudrenko franchit la ligne du front sous la conduite des soldats de la 18" division qui se trouvait dans ce secteur.

J'ignorais alors qu'il me faudrait passer par bien des épreuves avant de revoir mes camarades.

Quelques mots sur mon enfance et ma jeunesse. J'étais un enfant trouvé. J'ai été recueilli par un batelier du Dniepr, Maxime Trofimovitch Kostyria, auquel je garde une profonde reconnaissance.

Tout le monde savait que j'étais un enfant trouvé et les gosses, naturellement, se moquaient de moi1, tout en

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me craignant, car j'avais les poings solides. Et sans la Révolution j'aurais eu bien à souffrir dans ma jeunesse : aucune jeune fille n'aurait daigné épouser, ni même regarder un bâtard comme moi.

J'habitais aux confins d’Iékatérinoslav, actuellement Dniepropetrovsk, dans le bourg de Lotsmanskaïa Kamenka, où l'on se souvient encore de moi.

J'ai fait mes études dans une école primaire de deux classes. Je m'appliquais. Bien qu'espiègle, j'étais studieux, sans doute parce que je savais, "dès ma plus tendre enfance, que je n'aurais pas la vie facile.

A douze ans je commençai à travailler. Je fus pâtre ' chez un richard de l'endroit. A quatorze ans je quittai mon père adoptif et commençai à mener une vie indépendante. Je fus berger, gardien de chevaux, je travaillai sur un chantier sous les ordres d'un entrepreneur. Je vécus ainsi jusqu'à l'âge de dix-neuf ans.

Au début de 1920 je travaillais à l'hôpital du district, où on m'employait à toute sorte de besognes : je balayais la cour, je coupai® le bois, j'allumais les poêles, j'emportais les morts. Parmi les malades il y avait des soldats de l'Armée rouge ; leur influence a contribué sans doute à me donner l'idée de m'engager comme volontaire dans l'année. Je n'étais plus un jouvenceau et j'aurais pu comprendre par moi-même que l'Armée rouge serait pour moi une vraie famille. Mais ce n'était pas ainsi que je raisonnais. J'étais surtout séduit (par le côté matériel : l'habillement et la nourriture.

Lorsque j'eus terminé un cours de six mois à l'école de cavalerie, on me nomma adjoint au chef de section et je fus affecté au 54e régiment de la 9e division de cavalerie du Kouban. A l'époque j'étais un gars qui avait du cran. Je me tenais bien en selle, mais les cosaques du Kouban n'étaient pas gens à se laisser impressionner. C'étaient tous des barbus qui avaient fait la guerre allemande et la guerre civile. Je ne pouvais pas encore être

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Leur chef, même subalterne, c'est pourquoi je fus nommé aide de camp du commandant d'escadron.

J'ai participé à plusieurs combats. Au début notre unité battait en retraite, puis elle passa à l'offensive. Pendant cette période il n'arriva rien de remarquable dans ma vie personnelle. J'étais simplement devenu un cavalier passionné, amoureux des chevaux, du sabre, des éperons. Et je me disais alors, en mon for intérieur, que la cavalerie était mon domaine, ma vocation.

Cependant je ne devins pas officier de carrière : pendant la campagne contre la bande de Tutunnik, je pris froid et fus hospitalisé avec une pneumonie. Le mal s'aggrava et je restai au lit plus de six mois. Après ma guérison, le Commissariat militaire me versa, en qualité de chef de section, dans un régiment de cheminots chargé de la protection des voies ferrées.

Dans cette unité je luttai contre les bandits jusqu'en 1924. Puis on me démobilisa et ce fut la fin de ma carrière militaire.

J'avais 23 ans. Aucun métier, aucun *but dans la vie. Mais je savais, j'étais sûr que je me tirerais d'affaire dans la vie. Physiquement j'étais robuste et l'armée avait éduqué ma volonté.

J'avais^ grande envie d'étudier. Mais je ne pouvais pas entrer dans un Institut ou une école technique, car je manquais d'instruction. Je décidai donc de travailler et d'étudier simultanément.

Je réussis à m'embaucher comme aide-boiseur au chantier d'un tunnel du chemin de fer Méréfa-Kherson. Je dis «je réussis», parce qu'à cette époque il y avait encore beaucoup de chômage.

Là, dans ce chantier, je suis devenu un vrai ouvrier et j'ai reçu une éducation bolchevique.

Le travail était pénible : je devais rester dans l'humidité, dans l'obscurité. Mais j'aimais le labeur, j'admirais les hommes qui excellaient dans leur métier.

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Je me fixai dans la bourgade de Mandrikovka, non loin du chantier. Bientôt je m'y mariai. Il fallait monter mon ménage, aussi travaillais-je à plein rendement.

Quels étaient alors mes rêves, mes aspirations ? J'étais déjà un homme mûr, marié ; bientôt ma femme mit au monde une fille. Si, à l'époque, on m'avait dit : « Ecoute, Alexéï, ne voudrais-tu pas devenir un travailleur du Parti : secrétaire de Comité de rayon, et plus tard, qui sait, secrétaire de Comité régional ? » j'aurais haussé les épaules en éclatant de rire. En ce temps-là je n'étais même pas membre du Komsomol.

Bien que j'eus moi-même soif de m'instruire, le pouvoir soviétique et le Parti étaient encore plus désireux que moi de voir étudier et se développer des hommes de ma catégorie.

Mes rêves étaient modestes : je voulais devenir porion. C'est pourquoi j'observais attentivement les camarades plus qualifiés, plus expérimentés que moi et ne refusais aucun travail.

Naturellement, il n'était pas encore question du mouvement stakhanoviste, même le travail de choc apparut plus tard. Lorsque, par exemple, un ouvrier dépassait de beaucoup la norme prévue, l'un des vieux lui disait : « Ne fais pas baisser les tarifs. » Cela me déplaisait. Parfois les militants syndicaux s'opposaient nettement à l'administration. « C'est à l'administration de répondre du plan. . . » disaient-ils.

Non,   je  n'approuvais  pas  cette  mentalité.

Je prenais pour modèle les ouvriers qui travaillaient de tout leur cœur.

Deux chefs d'équipe, les frères Artème et lossif Gri-gorian   me  plaisaient  particulièrement.   D'un  caractère avenant, ils aidaient toujours de leurs conseils les jeunes comme les vieux et, en cas de besoin, ne refusaient pas de prêter de l'argent. C'étaient d'excellents1 contremaîtres

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qui vous faisaient volontiers profiter de leur savoir. Des gens gais qui aimaient à danser et à passer leurs loisirs en joyeuse compagnie. Ils ne refusaient pas de boire un coup, mais savaient se modérer. J'aimais leur tenue, correcte et sans recherche.

Cependant mon meilleur ami et conseiller était mon compagnon d'équipe Ivan Ivianovitcih Bobrov, boiseur comme moi, mais supérieur d'un rang. Bobrov était communiste, il déployait une grande activité sociale ; au syndicat local il dirigeait le secteur de la production.

C'est Bobrov qui m'habitua à lire régulièrement les journaux et grâce à lui la lecture devint pour moi un besoin quotidien ; il me donna aussi le goût de la littérature politique. Bobrov m'emmenait au Comité syndical, me faisait participer à la discussion des problèmes de production et fut le premier à me conseiller d'adhérer au Parti.

Entre temps on avait construit un club à Mandrikovka. Alors qu'auparavant nous passions les soirées à la maison, en visite ou à flâner en groupes dans la rue, nous avions à présent de nouveaux intérêts. Au club il y avait une bibliothèque, des cercles d'artistes et de musiciens amateurs.

Pour un citoyen soviétique ma biographie ne présente rien de particulier. Je puis tout définir en quelques mots : le Parti, le pouvoir soviétique m'ont éduqué, poussé en avant ; mon horizon intellectuel, mes intérêts se développaient à mesure que s'élevait le niveau culturel du pays.

Au bout d'un an je devins membre du Comité syndical et membre actif du club. Le 27 juin 1926 je fus admis au Parti comme stagiaire. Et juste un an après, le 27 juin 1927, j'adhérai au Parti.

A la fin de 1927 le tunnel fut terminé ; je travaillais comme porion, je touchais le .salaire d'un ouvrier supérieurement qualifié — bref, j'étais un homme sérieux de

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26 ans. Dans le domaine social je dirigeais l'activité du club, je présidais la commission culturelle du Comité syndical et je fus élu membre du bureau de l'organisation du Parti.

Ensuite je fus convoqué à Moscou, au Commissariat du Peuple, où l'on me proposa de prendre part à la construction de la .centrale hydroélectrique du Rion, dans le Caucase ; il y avait là-bas des travaux de taille considérable à exécuter et il fallait y creuser plusieurs tunnels. J'y travaillai également en qualité de contremaître ; puis je revins en Ukraine. ..

A trente ans, après avoir travaillé quelque temps sur un chantier de Dniepropetrovsk, je réussis enfin à satisfaire à mon ancien désir d'étudier. J'entrai à l'école du bâtiment de Tchernigov, en troisième année. Au bout d'un an j'en sortis avec un diplôme et je songeais déjà à entrer dans un Institut. Mais là-dessus mon destin changea brusquement. On me convoqua au Comité du Parti de la ville et on me dit :

— Il nous faut des hommes comme toi pour travailler dans les districts ruraux.

— Quels hommes ?

— Des hommes d'origine prolétarienne, éduqués dans les entreprises, dévoués au Parti. Nous en manquons dans les districts ruraux.

On m'envoya dans la région de Tchernigov pour assumer les fonctions de président du conseil syndical du district de Korioukovka.

Ensuite je fus élu président d'une commission de contrôle du district de Ponornitsa, dans lia même région. Un peu plus tard je fus élu deuxième secrétaire du Comité de rayon.

Le Parti ne me perdait pas de vue et m'aidait à me développer. Je suivis des cours pour secrétaires, organisés près le Comité central d'Ukraine, à Kiev, puis des cours près le Comité central du Parti communiste, à

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Moscou, où j'acquis les connaissances théoriques qui me faisaient défaut.

Au début de 1938 je fus élu premier secrétaire du Comité régional du Parti communiste d'Ukraine, à Tchernigov.

Je suis un travailleur professionnel du Parti. Cela veut dire que je consacre tout mon temps, toutes mes pensées, toutes mes forces au Parti de Lénine et de Staline. Quel que soit le Meu où l'on m'envoie, quel que soit l'ordre que me donne le Parti, je suivrai rigoureusement toutes ses directives.

Maintenant, lorsque je regarde autour de moi, lorsque j'examine les camarades qui suivent la même voie, je constate que la grande majorité est formée de gens issus du peuple. Leurs biographies sont différentes, mais leurs intérêts et leurs buts sont identiques. Ces buts sont déterminés par le programme du Parti bolchevik.

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Discours de clôture du Coordinateur principal à la 2e Conférence mondiale de l'ICOR

Discours de clôture du Coordinateur principal à la 2e Conférence mondiale de l'ICOR

Chers camarades, hommes et femmes !

Je crois que nous sommes tous d'accord pour dire que la 2e Conférence mondiale a exprimé un grand pas en avant dans la construction de l'ICOR.

Nous pouvions constater qu'elle a grandi de 12,5% depuis sa fondation bien que certains membres l'aient aussi quittée.

Nous avons réussi à mettre en place des comités de coordination sur tous les quatre continents. Ils ont commencé leur travail d'établir un lien pratique avec les organisations membre et à coordonner les tâches pratiques dans la construction du parti et de la lutte de classe.

L'ICOR a lutté avec grand succès pour son indépendance financière et a réalisé de grands progrès dans son auto-financement – cette conférence est à 55% financée par les participants eux-mêmes.

Le plus grand succès consiste dans ce qu'il se fait sentir que nous travaillons à un projet commun. Lors de la Conférence de fondation de l'ICOR, il y eut une influence relativement importante de délégations qui ne sont pas devenues membre ou bien qui se sont de nouveau retirées, mais qui ont répandu beaucoup de scepticisme. À l'époque, nous avons mis trois heures rien que pour nous consacrer aux décisions d'ouverture et aux règles de procédure. Cette fois-ci, leur adoption fut la moindre des choses. Il y eut beaucoup d'efforts à travailler ensemble et de façon constructive, à écouter les objections, propositions et critiques des autres. Il y eut des efforts à ne pas aggraver inutilement les contradictions

Cela manifeste un grand processus de maturation au sein de l'ICOR.

La 2e Conférence mondiale se composa de 28 délégations venant de 24 pays.

12 délégations venaient de l'Europe, 6 délégations de l'Amérique, 6 délégations de l'Asie et 4 délégations de l'Afrique. Nos participants africains furent ainsi présents à 100%. 12 délégations, donc 43%, ont participé pour la première fois à la Conférence mondiale. Pourtant, c'était comme si elles y avaient participé depuis toujours. Elles étaient animées par l'esprit de l'ICOR et avaient compris le problème.

Il fut très impressionnant de voir comment était grande la large participation des délégations. Presque tous les délégués ont participé à la discussion. Au cours des 4 derniers jours, nous avons écouté 370 prises de paroles. Certes, la limitation du temps de parole à cinq minutes nous a parfois restreints, mais elle a aussi permis la richesse des débats et une envergure démocratique.

Le premier rapport de l’ICC fut adopté en grande unanimité et sans voix contre. Il dressa un bilan objectif et vint au résultat que « la construction de l’ICOR est encore à ses tout premiers débuts et qu’il nous faut encore apprendre plus à savoir nous y prendre correctement avec nos principes dans la pratique. » Mais la Conférence a également démontré un progrès net dans l’application des principes. Nous n'avions pas de problèmes à élargir ou à modifier les principes lorsque cela est nécessaire et correct comme au sujet de la composition de l’ICC. Cela manifeste le développement en avant de l'ICOR.

Le rapport présenta un aperçu critique et autocritique du travail effectué aux membres et en particulier aux organisations qui ont participé pour la première fois à une Conférence mondiale. Sous cette forme, cela n'est possible qu'ici. On ne peut pas déduire de papiers ce qui est réalisé par le travail de l'ICOR. Le rapport était une base matérielle pour les décisions à prendre par la 2e Conférence mondiale au sujet de la construction ultérieure de l'ICOR. Et il démontra une perspective optimiste de notre maison commune ICOR pour l'avenir.

Lors de la Conférence, nous avions trois discussions principales :

Premièrement - au sujet du progrès du travail de l'ICOR – il y eut des propositions différentes. Même si la résolution y proposée n'a pas pu être adoptée conjointement, la discussion en fut de très grande valeur car toutes les délégations sont intéressées au progrès de l'ICOR. Nous avons seulement des conceptions différentes sur la façon de le faire. La discussion a approfondi notre compréhension de l'ICOR.

Deuxièmement - concernant la lutte pour la liberté et la démocratie: Il s'agit d'un nouveau phénomène dans le monde où les masses commencent à se détacher de l'impérialisme. Cela est une condition préalable importante pour vaincre ce système et le faire chuter.

Troisièmement - au sujet de la question écologique. Cette discussion était tout d'abord très variée. En même temps, nous avons ainsi élargi notre terrain d'activités. Nous étions tous d'accord qu’il nous faut nous occuper de cette question écologique, y intervenir plus activement, corriger les erreurs du passé. Nous devons apprendre à nous unir aux gens dans la rue et prendre soin à réduire l'influence de l'écologisme bourgeois afin que les masses découvrent l'issu dans la lutte qui transforme la société, dans la lutte pour le socialisme-communisme.

L'ICOR a de grands objectifs – et cela nécessite du temps et de l'énergie ce qui signifie avant tout des cadres ainsi qu'une stratégie et une tactique. Nous avons gagné beaucoup de connaissances au cours des dernières années. Le potentiel de cadres a grandi. L'accent était mis sur la consolidation des CCC (Continental Coordinating Committee - Comité de coordination continental) pour qu'ils puissent coordonner le travail pratique.

Nous devons profiter des conditions objectives afin d'entraîner une accélération de la construction de l'ICOR même si nous ne pouvons pas influencer cela arbitrairement.

La croissance de la confiance qui se fait sentir était également impressionnante. Ce point n'est pas à sous-estimer. Chacun connaît le morcellement qui marque le mouvement marxiste-léniniste et ouvrier. L'ICOR n'en représente actuellement qu'une partie.

Au cours des trois dernières années est née une certaine base de confiance pour interagir de façon constructive. Le respect mutuel se ressent, on n'a pas l’impression que les grandes organisations manquent de respect envers les petites organisations, au contraire : On coopère sur un pied d'égalité, et aussi en ce qui concerne l'esprit, on ressent un grand sentiment de solidarité/d’union qui a porté la Conférence.

Tels sont les résultats de notre Conférence.

Il y a aussi une confiance accrue entre les organisations elles-mêmes et entre elles et les organes élus. Voici la voie dans laquelle nous devons continuer à interagir. C'est une illusion de s'attendre à ce qu'il n'y ait pas de contradictions. Nous vivons dans des situations différentes, pour cette raison nos modes de travail et de vie diffèrent. Mais il est important de profiter de ces contradictions pour progresser et non pour nous démarquer entre nous.

La conférence fut bien organisée, tous les participants y ont aussi contribué.

Nous tenons à remercier en particulier aux 59 camardes, hommes et femmes, du COM (Comité d'organisation multilatéral). Ils ont assuré sans relâche la compréhension entre nous. Même si nous sommes liés par le cœur et l'esprit, la communication au niveau de la langue est tout de même nécessaire. Cela a vraiment fonctionné à merveille avec un appareil de traducteurs et d’interprètes non-professionnel.

Merci aussi à l'équipe qui a assuré les repas, elle s'est très bien occupée de nous.

L'équipe de sécurité a bien pris garde de nous.

Merci beaucoup aussi à l'équipe technique, aux rédacteurs/rédactrices du procès verbal ainsi qu'à l'équipe financière.

Nous pouvons envisager l'avenir avec de l'optimisme et porter l'esprit de la conférence vers l'extérieur, gagner d'autres organisations, dissiper leurs réserves. Nous devons déployer tous nos efforts dans le projet commun et gagner aussi d'autres organisations. Il est important que l'ICOR inclût des organisations qui ont de l’influence sur d’autres rapports d’organisations afin de pouvoir faire progresser le processus d'unification

Au nom de la présidence, je clôture la 2e Conférence mondiale de l'ICOR et vous demande de vous lever pour chanter ensemble « l'Internationale ».