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 Création et activités de l’Internationale communiste, lutte du Komintern contre le fascisme et les guerres impérialistes

L’histoire de l’Internationale communiste, le rôle de Lénine et du parti des bolcheviks dans la préparation, la fondation et les activités de cette organisation révolutionnaire mondiale ont toujours été et demeurent encore aujourd’hui des sources de connaissance révolutionnaire indispensables à l’action de ceux qui lient leur destin à la lutte contre le pouvoir du capital. L’histoire du Komintern est l’objet d’une opposition idéologique aiguë.

La valeur historique de l’expérience du Komintern, en particulier durant les premières années de son existence, réside dans le fait qu’il est né et a fonctionné dans des conditions sans précédent de soulèvement révolutionnaire mondial. Dès le début, le Komintern s’est appuyé sur l’aide puissante du prolétariat russe vainqueur et sur l’élan de joie de millions de travailleurs du monde capitaliste qui s’étaient soulevés à l’attaque de l’impérialisme, contre les guerres injustes de rapine, l’esclavage et le joug colonial. Historiquement, le Komintern a été l’héritier de la Ligue des communistes et des Première et Deuxième Internationales. Ces instances ont été créées pour assurer l’organisation pratique de la classe ouvrière de tous les pays et pour diriger son élan révolutionnaire. Pour reprendre les mots d’Engels, «au cours d’un demi-siècle [ces instances] ont dirigé les aspects de l’histoire européenne dont dépendait l’avenir», mais n’ont pas pour autant réalisé tous les espoirs qui avaient été placés en elles.

La création du Komintern a constitué la réponse des bolcheviks à la crise morale et politique de la social-démocratie internationale dont les dirigeants, pourris par l’opportunisme, se rangeaient dans le camp de l’impérialisme et approuvaient chaudement la guerre mondiale. Le 24 janvier 1919, à Moscou, se réunissaient les représentants de 8 partis marxistes (russe, polonais, hongrois, allemand, autrichien, letton, finlandais et la Fédération balkanique révolutionnaire). Ceux-ci s’adressaient à 39 partis de gauche, syndicats et organisations ouvrières en les appelant à convoquer un Congrès mondial pour la création de la Troisième Internationale -le Komintern. Leur trait d’union était l’idée de la révolution socialiste mondiale. Le congrès constitutif du Komintern se tenait à Moscou du 2 au 6 mars 1919 et regroupait des représentants de 19 partis et groupements.

En 1939, le Komintern réunissait déjà 69 partis communistes du monde entier (totalisant 4,2 millions de communistes). Un rôle inestimable a été joué par le Komintern, par ses activités multiples durant la Seconde Guerre mondiale, dans l’organisation des mouvements de résistance et les victoires remportées sur le fascisme. Dès le début des années 1920, le mouvement communiste international avait attiré l’attention sur le danger fasciste considéré comme force extrême de la droite engendrée par la crise profonde de l’impérialisme. Dès le 25 septembre 1921, le représentant officiel de l’Union soviétique en Italie, V. Vorovsky, écrivait à Lénine en notant l’apparition de « détachements armés par la bourgeoisie – les fasci » et leur « soutien immense à la politique de pogrom des fascistes. »1 De plus, les collaborateurs du « Bureau Vargi », en novembre de la même année, considèrent le fascisme comme étant «le contingent armé du capital fi nancier et industriel." dans une résolution spéciale adoptée lors de son 5e Congrès, le Komintern dénonce le fascisme en tant « qu’organisation de combat de la grande bourgeoisie dans sa lutte contre le prolétariat, car elle s’avère incapable d’écraser les ouvriers par des mesures gouvernementales légales (…). Il s’agit donc d’un moyen de lutte illégal, utilisé par la bourgeoisie afin d’installer et de renforcer sa dictature.»3

Toutefois, le fascisme, qui était considéré au départ comme un instrument de lutte dirigé contre les victoires croissantes du prolétariat suite à la Grande Révolution socialiste d’Octobre qui avait permis de libérer la classe ouvrière, a rapidement élargi son champ d’action et s’est transformé en un instrument puissant d’expansion vers l’étranger et de lutte pour la mise en place d’une domination mondiale. Un danger inhabituel apparut dans le contexte de la division territoriale de l’univers, au terme de la Première Guerre mondiale impérialiste: les puissances qui en sortirent victorieuses établirent une «guerre de classes» destinée à propager le fascisme, doctrine qui manipulait la misère et jetait de la poudre aux yeux des prolétaires au niveau national. Toutefois, le but n’était pas d’éradiquer la misère des masses populaires, mais de satisfaire les «besoins» des grands monopoles.4

Comment ne pas voir ici une analogie avec la démagogie des clans nationalistes pro-américains de la bourgeoisie, qui prennent aujourd’hui le pouvoir à la suite d’une « révolution des roses », une « révolution orange » en Géorgie, en Ukraine et dans d’autres pays. Le Komintern était au centre de l’organisation de la lutte menée par le mouvement communiste international contre la menace d’une nouvelle guerre mondiale, pour la création d’un contrepoids aux forces de la réaction grâce à une large coalition démocratique, en constituant un front populaire dans de nombreux pays. Lorsque la guerre devint une réalité, le Komintern et ses sections défi nirent une tâche principale incombant à la classe ouvrière en ce début des hostilités, tâche confi rmée par le secrétaire général du Comité exécutif et intitulée « Mobilisation des masses les plus larges dans la lutte contre la guerre déjà entamée et dans le but d’y mettre fi n.»5

La position du Komintern sur la question du Pacte de non-agression (août 1939) entre l’URSS et l’Allemagne, compte tenu d’une attaque éventuelle contre l’Union soviétique, était fondée sur la ligne léniniste relative à la possibilité de conclure «des accords militaires avec l’une des coalitions impérialistes contre une autre coalition, lorsque cet accord, sans porter préjudice aux bases du pouvoir soviétique, était de nature à renforcer sa position et à paralyser toute agression exercée à son encontre par n’importe quelle puissance impérialiste.»6 Il est caractéristique que cette guerre, au début, ait été considérée par les dirigeants de l’Internationale communiste comme une guerre impérialiste et injuste, dans laquelle la bourgeoisie de tous les États belligérants était coupable au même titre.7

Dans le même temps, plusieurs sections du Komintern prêtèrent mainforte au combat décisif des peuples contre le fascisme. (Les dirigeants des partis communistes et de leurs fractions parlementaires en Belgique, Grande-Bretagne et France allèrent même jusqu’à annoncer leur soutien aux actions de leurs gouvernements.) La raison de cette variante est l’analogie formelle existant entre les Première et Deuxième Guerres mondiales, empêchant de comprendre clairement le processus de transformation de la Deuxième Guerre mondiale, laquelle était passée d’un statut de guerre impérialiste à celui de guerre de libération nationale englobant tous les peuples écrasés par le fascisme allemand et italien. Le conflit mit les partis communistes et le Komintern devant de nouvelles tâches liées à la défi nition de stratégies de lutte, de modifi cation des démarches idéologiques, d’organisation de nouvelles formes d’action. Ainsi que l’ont fait judicieusement remarquer les représentants du PCF, « le Komintern a déterminé dans une large mesure sa stratégie du combat (…) La politique à suivre en France a été définie par le PCF sur base des réalités françaises. Toutefois, cette politique était liée à une stratégie mondiale suivie par le Parti communiste français, en tant que membre du Komintern. »8

Dans le projet de résolution du Présidium du Comité exécutif de l’internationale communiste en date du 21 novembre 1940, la direction du Komintern accepte la décision du parti communiste des États-Unis de quitter le Komintern, sans pour autant rompre ses liens avec lui. Cette décision résultait de l’adoption de la loi dite «Vurkihs», applicable aux organisations ayant des contacts internationaux. Cet exemple montre bien les changements organisationnels intervenus dans les modalités de travail du Komintern et des partis communistes, eu égard aux nouvelles conditions mondiales. La nécessité de changement a également été soulignée par le 7e Congrès du Komintern. Le Komintern a accordé une attention toute particulière à la lutte menée par les partis sur le territoire des pays européens occupés par l’Allemagne fasciste. Il est significatif à cet égard de voir comment le PCF a mis en pratique les instructions du Komintern en décidant de travailler dans la clandestinité dès le 10 septembre 1939, c’est-dire deux semaines avant que le gouvernement réactionnaire interdise ses activités. Le PCF a clairement adopté une position patriotique et ses dirigeants sont passés à la lutte active contre le fascisme. Deux jours seulement après l’interdiction du parti (28 septembre 1939), un groupe « ouvrier-paysan » a été créé au sein du Parlement français incluant 42 députés communistes mettant activement en accusation la politique de collaboration du régime bourgeois de droite.

Au début de la guerre, l’activité du Komintern et de ses sections avait pour but principal d’éviter l’expansion des hostilités au niveau mondial.
Le 22 juin 1941, l’agression perfide de l’Allemagne fasciste contre l’Union soviétique marqua le début d’une nouvelle étape de la lutte. De nouvelles tâches furent proposées aux 58 sections de l’Internationale communiste et aux 18 organisations sympathisantes. Dès le premier jour de l’attaque nazie contre l’URSS, considérée par le Komintern comme constituant une agression contre la liberté et l’indépendance de tous les peuples, G. Dimitrov déclara lors d’une réunion du Secrétariat du Comité exécutif: «L’URSS mène une guerre nationale juste.» Dans une situation où il était impossible de se faire une idée abstraite de la force représentée par l’internationalisme prolétarien, l’exigence formulée par Staline « de ne pas poser la question de la révolution socialiste »9, eu égard aux conditions prédominantes, a été réitérée par le Komintern. « Tout verbiage relatif à la révolution mondiale ne peut que servir les desseins de Hitler et perturber l’union internationale de toutes les forces anti-hitlériennes. »10

La Directive du 7e Congrès du Komintern, «La cause de la paix et de la défense de l’Union soviétique ne font qu’un »11 a été complétée par l’ajout suivant : «En défendant leur peuple et ses intérêts contre les visées égoïstes de la bourgeoisie ; en se battant dans le même temps contre la mise en esclavage de son peuple par des impérialistes étrangers ; et en s’élevant avec résolution dans les autres pays contre la mainmise et l’exploitation bourgeoise des populations locales, les communistes suivent la cause du véritable internationalisme prolétarien. Ce faisant, les communistes apportent une aide effective à leur propre peuple et aux travailleurs des autres pays. »12 Un travail énorme d’organisation a été accompli par le Komintern ainsi que par les pays communistes. Une lutte pleine d’abnégation a été menée par leurs membres sur le front des hostilités et dans les territoires occupés par l’ennemi. Dès le 11 juillet 1941, G. Dimitrov adresse une déclaration aux organes soviétiques responsables de la sécurité de l’État en annonçant la préparation de groupes de communistes destinés à infi ltrer l’Allemagne, la Pologne, la Hongrie, la Bulgarie et d’autres pays ; la préparation de cadres destinés à la 4e Direction du NKGB et à la branche du Service des renseignements (RKKA). De plus, les communistes ont constitué le ciment du mouvement de résistance dans les territoires occupés.

L’expérience, les cadres et les structures d’organisation du Komintern ont été utilisés afin de mener des activités antifascistes illégales dans les territoires occupés. Pour la seule année 1942 et dans le cadre des actions antifascistes clandestines, des antennes du Komintern ont été établies dans 11 pays et des stations émettrices ont été installées dans 15 pays.13 Le mouvement communiste a subi des pertes innombrables dans la lutte contre le fascisme. Le Parti communiste tchécoslovaque a perdu plus du tiers de ses membres. Environ 50 000 communistes ont trouvé la mort en Yougoslavie, de même que 75 000 communistes grecs. Un communiste sur quatre a été assassiné en France.14 Sans compter des centaines de milliers de patriotes et d’internationalistes dans les autres pays. Des pertes irréparables ont été enregistrées par les communistes soviétiques. Environ 3,5 millions de membres du parti communiste fédéral (bolchevik) sont tombés sur les champs de bataille de la Grande Guerre de Libération nationale. Un nombre incroyable de braves ont trouvé la mort en libérant l’Europe et les pays du Sud-Est asiatique de la peste fasciste. « Je demande à être considéré comme communiste », telle était la requête des soldats et des officiers de l’Armée rouge avant d’aller au combat. Aujourd’hui, à la veille du 60e anniversaire de la Grande Victoire remportée sur le fascisme, il convient de souligner une fois encore que cette victoire a été remportée par les forces progressistes mondiales, grâce surtout au rôle éminent de l’Union soviétique sous la direction du Parti communiste de l’Union soviétique dont le secrétaire général, J. Staline, était le commandant suprême.

Les communistes de tous les pays ont été au premier rang des contingents du mouvement de la résistance, sur tous les fronts, dans tous les groupes de partisans, dans les structures clandestines y compris dans les noyaux de résistants qui s’étaient constitués dans les camps de concentration. C’est la raison pour laquelle il faut rétablir la vérité historique et édifier un monument au communisme afin de symboliser le rôle éminent des partis communistes dans la défaite du pire ennemi de l’humanité – le fascisme. De 1941 à 1945, sur tous les théâtres des hostilités, un seul front est apparu – le front de la lutte de classes – la lutte entre le socialisme et l’impérialisme ainsi que son rejeton – le fascisme. La lutte héroïque des communistes s’est traduite par le renforcement de l’autorité des partis communistes, par une augmentation de leurs effectifs et de leur influence. Dans l’immédiat après-guerre, des communistes sont entrés au gouvernement de plusieurs États capitalistes. Dans plusieurs États d’Europe centrale et orientale, les masses populaires ont choisi la voie de la démocratie populaire avec la participation directe des partis communistes. La dissolution du Komintern en 1943 a marqué la fin d’une étape de l’histoire du mouvement communiste mondial sans pour autant rompre l’unité internationaliste et freiner les actions conjointes des partis communistes. Il fallait tenir compte des conditions nouvelles créées dans l’étape suivante de la Seconde Guerre mondiale et, une fois celle-ci terminée, des spécificités de la guerre froide. Dans sa résolution du 13 juin 1943, le Bureau politique du PCUS(b) décidait de créer une Direction de l’Information internationale (CC/PCUS(b)) dirigée par l’ancien Secrétaire général du Comité exécutif de l’Internationale communiste, G. Dimitrov, laquelle reprenait largement le potentiel administratif et technique du Comité exécutif du Komintern. Des sous-sections étaient constituées qui allaient poursuivre le travail de consolidation et de rassemblement des partis communistes.
 
Comité central de l’Union des communistes d’Ukraine


Bibliographie


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L’Internationale communiste en documents. Moscou, 1933.
M. K. Tchernomordik. « La question des partis communistes », Internationale communiste, 1934 no 32/33.
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Georgi Dimitrov, Journal (9 mars 1933 – 6 février 1949). Sofia, Éditions universitaires
Saint-Clément Okhridiski, 1977, 794 p.
Komintern et Deuxième Guerre mondiale. Partis I. Avant le 22 juin 1941. Moscou, Mémorial de la pensée historique, 1994, 555 p.
Komintern et Deuxième Guerre mondiale. Partis II. Après le 22 juin 1941. Moscou, Mémorial de la pensée historique, 1998, 596 p.
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V. Piatnitski. Complot contre Staline. Chapitre 8 : Orgotdel – travaux de guerre du Comité exécutif de l’Internationale communiste ou les volontaires rouges du « front invisible ». Moscou, Souremennik, 1998, 478 p.
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« Bureau politique CCPCR(b) – PC Fed(b) et Komintern, 1919-1943 ». Documents. Moscou, ROSSPEN, 2004, 960 p.

Notes

1.  Le Komintern contre fascisme. Documents Moscou, 1999, p. 55.
2.   Ibid., p. 60.
3.   Ibid., p. 140.
4.   Shirinya K. K., Stratégie et tactique du Komintern dans la lutte contre le fascisme et la guerre (1934-1939). Moscou, 1979, p. 356.
5.   G.Dimitrov, Guerre et classe ouvrière des pays capitalistes, Internationale Communiste, 1939, n° 8-9, p. 30.
6.   V. I. Lénine, Œuvres, tome 36, p. 323.
7.   Direction du Secrétariat du CEIC, 8 septembre 1939.
8.   F. Crémer, Telle était la situation : le PCF en 1939-1940, 1989, p. 37.
9.   Komintern et Deuxième Guerre mondiale. 2e partie. Après le 21 juin 1941, Moscou Mémorial de la pensée historique 1988, p. 4.
10. Ibid., p. 102.
11. 7e Congrès mondial de l’Internationale communiste. Résolutions, Moscou, 1935, p. 34.
12. Internationale communiste, 1941, n, p. 12.
13. Deuxième Guerre mondiale, problèmes d’actualité, Moscou ; 1995, pp. 72-77.
14.  Mouvement ouvrier international. Questions historiques et théoriques. Tome 5. « Construction du socialisme. Lutte contre le fascisme. » Moscou, 1981. pp. 613, 636, 643.