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Le Nouvelliste, Lundi 30 mars 1942

 

«J’aime beaucoup les théologiens. Ils ont souvent, parés de la grâce subtile de la casuistique, la plus fine intelligence. Discuter avec un prêtre, homme d’esprit, peut être un rare délice. Rare, non point à cause du nombre des prêtres.

            «Le Révérend Père Foisset répond à mon article sur les superstitions. Théologien, il me donne une leçon d’ethnologie. Ethnologue, je me garderai bien de lui remontrer en théologie. Le procédé conduirait trop loin. Le Père Foisset finirait par enseigner l’anthropologie pré-historique à l’Institut d’Ethnologie, et moi, le droit canon à l’Ecole Apostolique.

            « Il me plait de rendre hommage à la courtoisie du Père Foisset. Elle rompt avec une antique tradition, celle de la véhémente imprécation chrétienne qui va de Tatien à ce curé du Nord, qui tout dernièrement assenait à notre confrère Le Matin une furibonde goupillonade.

            « Ce Tatien était un saint personnage. Il attaqua Platon, Aristote, Pythagore, Empédocles, Héraclite et Crescens… Il les traita de goinfre, flatteur, gatteur, coprophage, lâche, vaniteux et pédérasque.

            «Le Père Foisset désavoue, certainement, de telles manifestations de décisifs ‘odium théologicum’. C’est un galant homme.
 
                

 

          
  « Je désirais ne répondre au Père Foisset , qu’une fois son article terminé. Mais le dernier numéro de la Phalange nous renvoie à la semaine prochaine. La patience du lecteur ne durera pas, je le crains, de Pâques à Trinité. Je choisis de répliquer dès maintenant, me réservant de conclure quand le dernier article du Père Foisset permettra de juger d’ensemble son point de vue.

            «Le Père Foisset me reproche d’avoir écrit, qu’au fur et à mesure que par une action réciproque que les techniques et les exigences matérielles de l’homme, non seulement changeraient le monde, mais l’expliqueraient, transformaient ( en transe) la société, bouleversaient les rapports de classe, ces divinités multiples personnifiant les forces magiques du ciel, de la terre, des éléments, etc… Par ce processus d’abstraction qu’Engels a remarquablement appelé un processus de distillation des dieux, cédant la place aux dieux des religions monothéistes.

            «Le Père Foisset qualifie cette analyse, ‘d’évolutionnisme linéaire rigide’ qui aujourd’hui ‘n’a plus ni valeur ni crédit scientifique’, et il s’appuie sur les travaux du Père Pinard de la Boullaye, de Grabner, du Père Schmitt et de Montandon.

            «Je regrette de ne pouvoir discerner dans mon texte, dans cet enchaînement causal du progrès, cette action réciproque, cette ‘Wechselwirkung’ de l’infrastructure matérielle et de la superstructure idéologique, autre chose que de la dialectique. Et s’il fallait définir graphiquement la dialectique, ce n’est pas la rigidité linéaire qui l’exprimerait, mais l’infini mouvement de la spirale. Je n’entends pas faire de beaux mots géométriques. Je me sers d’images qui ont leur précision philosophique.

            «La fameuse notion du fleuve d’Héraclite : cette éternelle et infinie circulation sanguine de l’Histoire Universelle, ce perpétuel mouvement des choses à travers leurs contradictions, ce constant devenir qualificatif, avait été ignoré par la scolastique, retrouvé par Montaigne qui lui conserve la saveur pythagoricienne des Encyclopédistes, héritiers de Descartes et de Locke.

            « Hegel la recouvrit. Mais pour l’illustre philosophe, la réalité n’est que la forme phénoménale de l’idée absolue. La triade hégélienne : thèse, antithèse, synthèse boucle un cercle, transforme le fleuve d’Héraclite en un lac : la logique hégélienne était en somme comme le remarquait Feuerbach la forme dernière de la théologique, transportant l’essence de la nature hors de la nature, l’essence de l’homme hors de l’homme, avec cette différence capitale que chez Hegel l’idée remplace les créations métaphysiques imaginaires.

            « C’est la philosophie scientifique : le matérialisme dialectique qui eut l’incomparable mérite de démontrer que la synthèse n’était pas statique, qu’elle contenait les éléments d’une nouvelle contradiction, demandant à être résolue à travers de nouveaux antagonismes sans cesse supprimés, constamment renouvelés, dans un processus de transformation énergique qui est le mouvement même de vie ; c’est au marxisme que revint l’honneur de démontrer que le mouvement de la pensée, n’est que le reflet du mouvement du réel transporté et transposé dans le cerveau de l’homme.

            « Hegel enseignait : tout ce qui est réel est rationnel. Le Père Foisset, lui, semble croire que tout ce qui est irréel est rationnel et que le fait pour l’homme ‘primitif’ d’avoir créé des dieux à l’image de son ignorance, prouve l’existence de Dieu. Des esprits sévères pourraient trouver à une pareille manière de voir, le goût sulfureux du blasphème. De ce qui ‘aujourd’hui n’a ni plus valeur ni crédit scientifique’ c’est la ‘kreiskulturlehren’ de l’école ‘d’Anthropos’ : la théologie des Cycles culturels reprise par Montandon.

            « Le Père Foisset me fait encore écrire ( ?) de ne pas tenir compte de ‘l’intervention des personnalités géniales ( ??)’ dans le développement de la société humaine.

            « En ethnographie, nous connaissons à la limite confuse de l’histoire et du mythe, les héros culturels. C’est tout. Mais qu’est-ce donc que le génie ? Le génie est l’extrême produit de maturité d’une société à un stade de développement déterminé ; il représente la valeur exponentielle nécessité. Il surgit par causalité, non pas par mutation accidentelle.

            « Le plus incommensurable génie d’une société archaïque ne pourra jamais soudainement passer du primitif bâton à fouir, à la charrue, ou bien  de la croyance que l’arc-en-ciel est une divinité à la conception que la couleur d’une substance représente une série de points nodaux et qu’elle exprime sa capacité d’absorber des lumières de fréquences variées. Les conceptions religieuses, cette représentation du monde que les Allemands appellent : ‘Weltanschauung’ est l’évolution intellectuelle, dépendant étroitement de l’évolution matérielle. L’idée que le Père Foisset se fait de l’homme de génie, correspond à la notion du ‘djinn’ : du génie d’Aladin à la lampe merveilleuse.

            « Le monothéisme des Australiens, Tasmanoïdes et Pygmoïdes est une erreur absolue. Et je trouve singulier que le Père Foisset admette que fondamentalement, il partage la même connaissance métaphysique qu’un Australien ou qu’un Tasmanoïde qui représentent une culture comparable à l’étage le plus ancien du paléolithique supérieur et remontant vraisemblablement à environ cent mille ans dans les ténèbres de sauvagerie ignorante de la préhistoire. C’est en vérité trop d’humilité chrétienne. Le Père Foisset me pardonnera de m’y refuser. Plutôt que de me reconnaître des affinités intellectuelles avec l’homme de la grotte de Grimaldi, je préfère tout bonnement me croire un Homosapiens Haitienensis,’ convaincu que la pensée humaine, lentement, tenacement, noblement, forge progressivement les instruments scientifiques d’une compréhension de plus en plus rationnelle de l’univers.

            « Après m’avoir baptisé – la force de l’habitude, je suppose – d’ ‘évolutionniste rigide, linéaire et archaïque’, le Révérend Père Foisset se donne le titre d’historien et voici comment il conçoit le problème religieux sous l’angle des ‘disciplines historiques’. Il m’est agréable de rendre justice à ‘l’ordre d’apparition ( ??) historique.’  (Roumain quotes here and there from Foisset’s article(s ?), and the gist seems to be that Foisset advances the theory that man was first monotheistic but little by little degenerated into polytheism because of his ‘égoïsme monstrueux’ (quote is from Foisset) and his ‘orgueil incoercible’ R.answers by some very sophisticated sarcasm: “Le péché devient donc un facteur historique de l’évolution à rebours de la religion. C’est une vue très profonde, très nouvelle, bien qu’il soit peu probable qu’elle soit jamais enseignée au Collège de France, à Oxford ou à Harvard pour beaucoup de raisons et entre autres parce que les savants qui professent dans ces institutions fermés à la Vraie Lumière pourraient par exemple se demander dans leur aveuglement rigide, linéaire, archaïque et massif si de malheureux Dahoméens et Congolais sont polythéistes parce que livrés à un ‘égoïsme monstrueux’ à ‘un orgueil incoercible’ et à une ‘cupidité effrénée’ et si Hitler, Mussolini et Monseigneur Tyso, ce Judas en soutane qui vendit son pays au fascisme, sont monothéistes parce qu’ils sont des anges de douceur pascale, de désintéressement et d’humilité évangélique.’ (END OF FIRST ARTICLE)
 
Mardi, 31 mars 1942

p. 1  « Réplique au Révérend Père Foisset » (same format. Here, I’il only quote sections of the article. ) (R. starts by giving a resume of Foisset’s theses, e.g., that man has gone from the perfect to the imperfect—from monoteism to polytheism and that acc. Foisset, man did not go through a biological evolution from the more elemental to the more complexe forms of life. Man was created in God’s image and his downfall dates from Original Sin. What R. criticizes is that Foisset takes his references from the Cathochism) “Combien different le ton de l’éminent préhistorien, l’Abbé H.Breuil, mon vieux et savant maître de l’Institut de Paléontologie humaine de Paris. » (Breuil’s scientific position stems, just as Foisset’s does, from his metaphysical beliefs. However, Breuil places his discussion on a scientific levelJ “La querelle demeure à la hauteur intellectuelle convenable.” (However, Breuil does take into acct inductive logic based on the evidence of fossils. (R.labels Foisset’s thesis as the “Homo Metaphysicus Edenensis” theory, that is, that our mythological ansostor fashioned in the image of god.) Next follows some sarcasm: R. says he has finished the first part of his reply, but before taking up the question of religious syncretism, he wants to make himself God’s defensor. He finds that people sometimes make God say (?) and this is tantamount to a lack of respectJ “Ainsi: j’ai une sorte d’admiration passionnée pour la Bible. La Bible de l’Anti-Dühring, pour des raisons différentes, sont mes livres de chevet. Dès l’âge de douze ans, Job sur mon grabat, m’arrachait des larmes émouvantes. » (Then he goes on to say that his blood boil when Job makes God say that the hippopotamus was the first animal, the first workof God (then he gives ref : Job XXXX, 12 and 14). “Pour la même raison, je suplie le Révérend  Père Foisset de renoncer à sa théorie de l’Homo Metaphysicus Edenensis. J’estime qu’il y a une suprême impertinence du supposer que l’on pourrait un jour découvrir, une molaire, la calotte crânienne ou cubitus de ‘l’image de Dieu’. »
 
Vendredi, 10 avril 1942

 
p. 1. III Réplique au Révérend Père Foisset (is the III above or below title ??) (I ‘ll quote the beginning J « Le fanatisme religieux ou anti-clérical est l’expression frénétique de l’ignorance et de la sottise. Le Révérend Père Foisset n’est pas un fanatique. C’est un homme de foi et de bonne foi. Il défend avec ferveur ce qu’il croit être la vérité. Je suis obligé, pour la même raison, de le contredire. Je serais navré, si, involontairement, il m’arrivait de la peiner. La science ne peut être une méthode de violence, même verbale, et les plaisanteries d’un Voltairie me semblent du dernier goût. Plus : elles manquent leur objet, et blessantes, elles fortifient dans leurs croyances, ceux qu’elles prenaient pour cible. » (He says further that the Christian religion couldn’t have developed over 18 hundred years if it didn’t constitute an important part of civilization, and that he believes in the virtue  of tolerance, and intends to keep w/i the limits of a severe objectivity and more over there are too many artificial divisions to add the division of religious antagonism. In this crucial hour, everybody should close ranks to defend the country. However, tolerance doesn’t mean the sacrifice of liberty, and it doesn’t mean the sacrifice of the dignity of thought. Next he goes into the discussion of syncretism, prefacing the discussion with the fact that it is very precarious terrain, because it’s usually approached by two contradictory avenues: that of revelation and that of history. Revelation is the belief in divine truth, which is eternal and immutable; history is a rational analysis of the growth, maturity and decline of a social phenomenon. And since Foisset is on the side of divine revelation, he of course can’t go along with the idea that Christianism combined in its origin the Pltonic notio of the immortality of the soul; God cannot be inspired by Plato. Then R. goes back a little bit further and shows how Plato could have developed his theory based on Greek tradition before him, which had not cristalized. Then he shows that, for the Australians, for whom the soul is the double of the sleeping man: “Selon les Australiens le départ de l’homme se manifeste par le ronflement et on prend toutes sortes de précautions pour ne pas brusquement réveiller, de crainte que son double (…) ne reste en chemin. On peut donc écrire le plus sérieusement du monde qu’à travers l’évolution historique, il y a relation de parenté entre le ronflement des Australiens et ce souffle léger que les anciens appelaient tenuis aupra.

            « Il est passablement embarrassant de constater que malgré la révélation, la dogmatique s’est essentiellement constituée entre le IIième et le IVième siècle que précisément la conception chrétienne de l’âme a subi des modifications considérables.

And than, in a rather ironic tone, to show historical evolution, he goes into the fact that at the beginning there was a huge question whether women, having received a soul, could enter into the kingdom of Heaven after death, and that all sorts of compromises were proposed : for instance, that they leave their sex at the gate, and, as R.says, the way one leave a hat on a peg before entering a room. And then: “Je suppose que depuis, une sorte d’unité des vues s’est faite sur la question.

            « Ce qui est incontestable, c’est que celle-ci ne pourrait se poser de nos jours et pour une raison toute simple d’évolution historique et de perfectionnement scientifique de la société humaine.
 
Samedi, 11 avril 1942

 
IV  Réplique au Révérend Père Foisset

 
(He starts the particle by pointing out the difference between syncretism and ressemblance, which he says Foisset confused in the latter’s article of March 27. Syncretism is a “mechanisme de contact et d’assimilation” (exact quote?) and ressemblance is « un phénomène de convergence. » Therefore, even tho the vaudoorite may have some ressemblance to the rituals in the Old Testament, it would be ridiculous to speak of syncretism Greco-vaudoo or Judeo-Rada. The whole article deals with syncretism, for instance, R. cites the fact that St Jerome, responding to the surprise of a Roman that he, St Jerome, so foten cited the pagan authors, gave as response a ref. To Deuteronomy, where it was written that when a man wanted to marry a captive woman, he had to shave off her head, her body hair her toe nails and fingernails, and then he could unite with her. So, St Jerome says that in the same way, after having cut away everything that would be idolatrous and ieerroneous, he can unite with the pagan thought to ‘la rendre féconde pour le Seigneur (quote from whou?).’ R. notes that St Jerome is faithful to Judaism because he takes his inspiratio from DeuteronomyJ “Mais conquis par la ‘sagesse profonde’ de la philosophie antique, il indique dans le sens le plus strict du terme la nécessité d’un syncrétisme, d’une alliance ‘féconde pour le Seigneur’. » (Then follows a very snide paragraphe, in which R. says that he has to believe St Jerome rather than Père Foisset, but Père Foisset is making such an effort to defend the faith that no doubt he will eventually be canonized.) “En attendant, comme j’ai le sens de la hiérarchie, il me faut préférer la science de St Jérome à celle de St Foisset.” (This snide remark is softened a little bit because it’s not the last but the next to last paragraph. The last paragraph mentions that St Augustine also had no repugnance to the use of philosophy in his teachings.)
 
Merdi, 21 avril 1942
 
V. Réplique au Révérend Père Foisset

 
(Several sentences into the article, we read J « Il (meaning Père Foisset) a cette admirable ténacité dans la défaite qu’est la marque des âmes bien trempées. Il défend pied à pied ses positions vermoulues que j’ai taillées en pièces et pulvérisées. » (But he won’t let it go at that : he takes another technique ; he takes Roumain’s statements out of context. For example, where Roumain had talked about the hippopotamous qui plie sa queue, Père Foisset had sought to reduce his whole argument about the origin of man by pointing out that the correct translation is not plier but dresser. Quoting further into the articleJ
            “Cette discussion suit une course zigzagante. Le Révérend Père Foisset n’a répondu à aucune de mes réfutations essentielles, mais il bat en retraite sur des positions de détail, et je me vois obligé de l’y poursuivre. »  (This article, just as he had said with much reserve he would be forced to do, he does in effect, decimate Foisset from an intellectual point of view bringing him up short, showing how he contradicts himself when he ventures onto the terrain of philosophy. Roumain had said that it was possible to come to a knowledge of the thing in itself, the ding an sich in Katian terms, and Père Foisset took issue with this statementJ
            “Pour les metaphysicians, les vérités scientifiques ne sont que des empirio-symboles, une systematisation théorique sans racine dans la réalité objective, mais pour le philosophe, la question gnoséologique fondamentale est la correspondance de nos perceptions avec la nature objective des choses perçues. C’est la pratique expérimentale qui démontre cette identité.  ‘Les substances chimiques produites dans les organismes végétaux et animaux restèrent des choses en soi.’  ‘Jusqu’à ce que la chimie organique se fût mise à les préparer l’une après l’autre.’ (Engels : Ludwig Feuerbach) Certaines protéines  restèrent des ‘choses en soi’ jusqu’en 1936, quand Bergman en découvrit la formule chimique. Le système solaire de Copernic pendant trois cents ans resta une hypothèse. Mais lorsque Levernier à l’aide des chiffres obtenus grâce à ce système calcula non seulement la nécessité d’une planète inconnue mais aussi l’endroit où cette planète devait se trouver dans le ciel, et lorsque Galle la découvrit effectivement, le système de Copernic était trouvé, et la ‘chose en soi’ envoyée à tous les diables.

            Quand le Père Foisset déclarait avec autorité que Hegel n’était qu’un sophiste, qu’il n’y avait ni philosophie ni science dans le marxisme, on aurait pu pensé que ‘en soi’ il était un astre éblouissant, nouvellement paru dans le ciel de la philosophie mais après avoir lu ses articles, on s’aperçoit expérimentalement qu’en réalité il ne s’agit que d’une nébuleuse petite bougie de sacristie.

            « Il est d’ailleurs stupéfiant que le Révérend Père Foisset se fasse le défenseur du Kantisme, car il n’en a pas le droit : l’inconnaissabilité de la ‘chose en soi’ le mène directement à l’agnosticisme, à un athéisme inavoué, alors que, prêtre, il ne peut avoir du monde qu’une conception théologique, conforme à cette finalité qui s’exprime si admirablement dans la ‘philosophie’ de ce bon Bernardin de St-Pierre : ‘Le melon a été divisé en tranches par la nature afin d’être mangé en famille ; la citrouille étant plus grosse, peut être mangée avec les voisins’. (Further along, since Père Foisset asks him to give a definition of science, he says that he will oblige.) “La science est une méthode d’investigation et de connaissance progressive (plus?) du monde. Elle a un caractère transitoire, relatif, approximatif ; elle va de l’ignorance à la connaissance selon une courbe ascendante d’erreurs et de vérités relatives vers une appréciation de plus en plus exacte de la réalité objective. Mais ce relativisme ne nous conduit pas au scepticisme, à l’idéalisme philosophique : chaque parcelle de vérité scientifique relative contient un élément de la vérité absolue qui est égale à la somme des vérités relatives en voie de développement. » (Here, he gives some examples, which I ‘ll skip)
            “C’est la distinction dialectique entre l’absolue et relative vérité qui donne à la science so caractère vivant et progressif.”  (Here, I ‘ll skip to two paragraphs down J
            “L’offensive anti-scientifique a des raisons historico-politiques que nous démontrerons: l’intuitivisme bergsonien, la philosophie existentielle de Heidegger, la métaphysique du désespoir de Kierkegaarde, les élucubrations de Gabriel Marcel, Gilson, etc., ont des relations les plus évidentes avec l’idéologie fasciste.

            « Arrêtons-nous aujourd’hui à une autre constatation. Apparemment, la conscience de l’homme pas plus que sa physiologie, n’a réussi à surmonter parfois les survivances du passé : nous possédons encore des ongles et des canines qui ne nous servent plus à saisir et à déchirer une proie ; » (Then he talks about the appendix.)

            « De même, une conception religieuse peut survivre malgré les progrès de la science.

            « La métaphysique n’est qu’une sorte d’appendicite idéologique. » (END OF ARTICLE)
 
Jeudi, 25 juin 1942
 
“Réplique Finale au Révérend Père Foisset I”

 
(Much of the article is just giving background of what the polemics was all about. He says to begin with, that he had written an article, and he stresses it was an article, not a study, on vaudoo, in which he said that vaudoo was a phenomenon of syncretism, just as with any other religion, and especially with Christianity which, moreso perhaps than others because of its intransigence. And he illustrated this with two examples: the fact that Christmas replaces the ancient celebration of the winter solstice; and that the Platonic theory of the immortality of the soul with the elements of the dogma of ressurection. And at that point, the Révérend Père Foisset “est parti en guerre.

Mais non honorable contradicteur eut l’infortune de se risquer sur des terrains qui lui sont peu familiers ; l’anthropologie et la philosophie. L’aventure oui a coûté cher.

            « J’ai tenté au début de cet article à replacer le débat sur son plan initial et sur son jour véritable, car le Révérend Père Foisset est homme de ressources. Les lecteurs qui ont eu la méritoire patience de la suivre dans les vingt derniers numéros de La Phalange ont pu s’apercevoir qu’il s’étend admirablement à noyer une controverse où lui-même avait perdu pied. » (He compares Foisset to a sphinx because  « on a beau le passer sur le pinon des arguments les plus écrasants, il renaît sans cesse de ses cendres et de sa poussière. » (And once again, he claims that Foisset quotes him out of context and takes one sentence out of a series leading up to a demonstration and tears apart that one sentence. He quotes to show the extent of Foisset quotes him out of context and takes one sentence out of a series leading up to a demonstration and tears apart that one sentence. He quotes to show the extent of Foisset’s ignorance. Foisset had said : ‘Nourri de la dialectique hégélienne et de la dialectique de Karl Marx, la métaphysique de Monsieur Roumain…

            « Si j’avais parlé de la théologie matérialiste de St Thomas d’Aquin, je n’eusse pas fait sourire, mais éclater de rire toute une tribu de soutanes. »
 
Samedi, 27 juin 1942

 
Réplique Finale…

(R. starts out be likening Foisset to the priest who brought Copernicus to trial for having advanced the theory that the sun was at the center of the system and that the earth rotated and was not stationary. R. says that this is essentially Foisset’s position vis-à-vis  himself. He says that the debate that they are involved in, of course, doesn’t have the dimensions that the one alluded to had, that he is just a simple seeker after truth, but the Reverend Père Foisset is obeying a persistant tradition, the one which opposed Ptolemy and Aristotle to Copernicus and Galileo; which opposed Genesis to Darwin; and Bergso to scientific rationalism. And that Foisset is calling him archaic when really it’s he who is delving back twenty centuries for his sources, etc. He ends the article “Ce qu’il y a de pitoyable, c’est qu’une attitude aussi archaïque, rigide et anti-scientifique ne fait que nuire à l’Eglise et troubler dangereusement ses fidèles intelligents. Car il y en a qui sont épris de vérité. »
 
Réplique Finale…

Lundi, 29 juin 1942

 
(R. discourses at longth on the enormity of Foisset’s naiveté and stupidity and thickheadedness, tho he doesn’t use these terms. He says he had naively thought that I the first article, he had sufficiently clarified the question. But Foisset continues, there fore, he is going to present, summarily, the essential aspects of the dialectic method of Marx, which is characterized by these essential traits—and he enumerates them A,B,C)
“A) Contrairement à la métaphysique, la dialectique regarde la nature non comme une accumulation accidentelle d’objets, de phénomènes de taches les uns des autres, isolés et indépendants  les uns des autres, mais comme un tout uni, cohérent, où les objets, les phénomènes sont liés organiquement entre eux, dépendent les uns des autres et se conditionnent réciproquement…

« B) Contrairement à la métaphysique, la dialectique regarde la nature non comme un péta de repos et d’immobilité, de stagnation et d’immuabilité, mais comme un état de mouvement et de changement perpétuel, de renouvellement et de développement incessant, où toujours quelque chose naît et se développe, quelque chose se désagrège et disparaît.

« C) Contrairement à la métaphysique, la dialectique considère le processus de développement, non comme un simple processus de croissance, où les changements quantitatifs n’aboutissent pas à des changements qualificatifs, mais comme un développement qui passe des changements quantitatifs insignifiants et latents à des changements apparents et radicaux, à des changements qualificatifs ; où les changements qualificatifs sont, non pas graduels, mais rapides, soudains, et s’opèrent par bonds, d’un état à un autre ; ces changements ne sont pas contingents, mais nécessaires ; ils sont le résultat de l’accumulation de changements quantitatifs insensibles et graduels. » (Tisi is why the dialectic method doesn’t consider change as circular developpement but as linear development, as a progressive movement, an ascending movement, a movement which goes from the simple to the complex, from the inferior to the superior. He ends the article with the comment that perhaps since Père Foisset has discovered that Henri Bordeaux is a man of talent—incidentally, R. doesn’t think too much of Bordeaux’ intelligence--, perhaps then that Stalin is a negligible intellect and a negligible statement, and that, on the contrary, Maréchal Pétain is a great thinker and that Pierre Laval is a great patriot.
 
Jeudi, 2 juillet 1942
 
p.l  “Réplique Finale au Révérend Père Foisset – IV

 
(In this article, R. proposes to re-establish the sense of certain isolated sentences which Foisset took out of context in R. ‘s previous articles on the subject. And in passing he calls FoissetJ “conservateur obstiné, un partisan fervent de la tradition la plus minéralisée et qui n’a pas saisi que l’Histoire n’est qu’une suite de ruptures avec la tradition et que celle-ci n’a rien de respectable: car qu’est-ce que la tradition de l’homme, sinon n’anthropoïde. »  (Also in this article -I won’t try to establish the logical thread which leads to this statement Roumain says that when a priest gets into the pulpit and preaches that rain and a good harvest have been the result of conversion from vauddo-catholicism to pure catholicism, he is only substituting himself for the houngan whou he has replaced. R. Says that he can understand Foisset’s grief that the syncretism does exist, but it does exist, and it shoud have been up to the clergy concordataire, which has been in Haiti for 82 years and has the material and spiritual means, to accomplish its mission.

“Le Catholique sincère doit certainement souffrir de cet échec. Dès qu’il analysera les causes, il s’apercevra que le prêtre inculte ou du calibre de celui du serment sur la pluie, sans le développement de l’hygiène, la diffusion de l’instruction, et l’élévation du niveau de vie du paysan est une des raisons de la persistance des superstitions populaires. Il n’y a qu’à faire appel à des prêtres sérieux et intelligents. Il doit être possible d’en trouver. »  (THIS IS LAST PARAGRAPH)
 
Lundi, 6 juillet 1942

Réplique Finale au Révérend Père Foisset

(Here, R.continue the attempt to reconstitute and revalorize the statements which Foisset has taken out of context.)
 
Vendredi, 10 juillet 1942

Réplique Finale au Révérend Père Foisset

 
(R.takes issue with Foisset for having left out part of a statement where he said that man’s religious concepts are closely related to his material evolution. He revalorates his position with this statementJ “C’est en transformant la nature que l’homme évolue intellectuellement; son existence sociale détermine sa conscience. En dernier instance, c’est le mode de production qui modèle l’histoire. La religion, la philosophie, la morale, le droit, l’organisation politique, ne sont que le reflet de ce processus matériel. A son tour, cette superstructure idéologique rétroagit sur le développement historique et souvent même en détermine LA FORME. »
 
Lundi, 13 juillet 1942

Réplique Finale… - VII

 
(I’il quote the first part, which is good for showing how R.thinks :
            “Quelles sont les raisons de l’offensive anti-scientifique? Pendant mon exil à New York, l’occasion me fut accordé de prendre part avec d’autres écrivains à une discussion publique sur la signification historique de la poésie (ce forum était organisé par la Ligue American Writers). Je disais alors que la poésie n’était pas pure distillation idéaliste, une sorte d’incantation magique, qu’elle reflétait ce qu’on appelle communément une époque, c’est-à-dire la complexité dialectique des relations sociales, des contradictions et des antagonismes de la structure économique et politique à une période définie de l’Histoire.

            « Ce qui est vrai de la poésie s’applique au domaine général des idées : philosophie, morale, science etc.

            « Tant que la bourgeoisie révolutionnaire trouva un bénéfice dans la science, elle manifesta un grand enthousiasme à son égard. Ce fut le cas au XVIIième siècle en Angleterre et au XVIIIième siècle en France. Mais dès que le développement de la science entra en contradiction avec la forme périmée d’une société arrivée à sa phase de décomposition,  quand les crises économiques se mirent à ébranler les fondations du système, à la lutte contre la machine, contre les forces productives, on ajouta la négation des valeurs culturelles. » (And he goes on to say that, thus, a reactionary mouvement set in, and that thoughts such as fascist theories, and the apocalyptic thought of Oswald Spengler and Heiddeger’s existential philosophy are symptomatic of that kind of social agony. Fascism doesn’t manifest itself only in the form of gangsters in uniforms, but also in the form of book-burnings. He speaks about Père Foisset having finally finished his interminable article and having felt insulted by Roumain. R. claims he never insulted him, and won’t accept the accusationJ “Elle signifie qu’on jette l’interdit sur la liberté de pensée, que celle-ci est en elle-même, selon la définition de Méritieuse Félix( ??), un crime… Je n’espère pas escalader de hautes positions en jouant à la courte échelle clergé ; je me moque des anathèmes. Je suis Haïtien ; nègre haïtien. J’exerce un droit qui est un devoir et qu’aucun étranger, quelle que soit sa condition, ne peut me ravir : celui de m’occuper des affaires de mon pays et de défendre mon peuple.

            « Je respecte la religion, toutes les religions. Bien que non croyant, j’ai écrit pour mon fils et je lui ai lu une vie du Christ, parce que à l’époque c’était le meilleur moyen de lui enseigner le respect et l’amour du peuple… »
 
Jeudi, 30 juillet 1942

Réplique… VIII

 
(Begins J

            « J’en arrive aujourd’hui et demain, au soulagement vraisemblable de mes lecteurs dont la bienveillance fut mise à dure épreuve, au terme de cette réplique trop souvent et longuement interrompue par les exigences de l’activité et mes fréquentes absences de Port-au-Prince. Je désire contredire certaines formules d’accusation contenues dans le dernier article du Père Foisset. C’est ainsi que s’accréditent les légendes : celle de mangeur de curé (S ?) ne me convient pas du tout . Je suis trop gastronome pour cela et l’anti-cléricalisme petit bourgeois me paraît un maximum de sottise. Mais on n’attendra pas de moi des ‘oui mon pè’ agenouillés. Quand il manque à un prêtre de rester prêtre, je le dis avec rudesse. J’ai une faiblesse pour les précisions et j’ai écrit qu’il se trouve dans le clergé des hommes admirables ; des fripons aussi. » (The article takes up his feelings bout certain specific priests and the Clergy in general. He mentions several priests in the Haitian countryside who had conducted the Campagne anti-supersticieuse with moderation and tact or who have received him with gentility even tough he and they were at complete disagreement on a intellectual lever. And he speaks also of those who he respects because they are honestly trying to do something to help Haiti. On the other hand, he speaks of those for whom he has no respect because they have simply taken advantage of the campagne to acquire artefacts from vaudoo
culture.
 
Vendredi, 31 juillet 1942

Réplique Finiale…

(Roumain reiterates in beg. That he is violently opposed to divisionary tactics of pitting catholics against protestants and Jew against Hindu, and reiterates that in this time of need, all Haitians should be united and that division along religious lines is a form of Hitlerism. Reiterates that he repudiates anti-clericalism, but that when a prieststeps into the political arena, he is no longer a priest, and one has to defend oneself against him, and that a fascist priest is not a priest, he is a fascist. Getting back to Père Foisset, he says that since Foisset had lost ground in a controversy in which he had imprudently engaged himsel f-in philosophy -he turned to the strategy of discussing problems which R. hadn’t even sketched out, and which he hadn’t even thought of and which he would refuse to bring up becauseJ “Ils touchent à des questions de foi et de dogme, fort respectables en soi, quelque opinion qu’on en ait, et que le respect de la liberté de conscience m’interdit d’attaquer dans un débat public où elles n’ont que faire (For example, the divine authenticity of Christ is a question which concerns faith and erudition but which has no practical significance for Roumain. There is one undeniable and indisputable fact, and that is that Christianity is a historical fact, and this is sufficient refor him: Christianity was a historical necessity, and it brought to the world benefits of a high moral and a real transformation of the world. Thisisis in his mind, the capital phenomenon and the only one. Then a paragraph where he hostalgically says

            “Mon cher Père Foisset, je vais vous laisser, non sans quelque mélancolie…” (Then he poses the question which he thinks to be the most important thing, whether or not Foisset realizes that) “ ce qui nous oppose et d’une manière irréductible c’est l’essence de notre conception du monde. Elle est chez vous métaphysique, et vous savez que je lui oppose fondamentalement une philosophie scientifique qui s’appelle le matérialiste dialectique.

            « Mais il y a des problèmes, tels que le chômage, la guerre, la lutte anti-fasciste, la liberté, la justice, le droit à une vie décente pour toute l’humanité qui sont des problèmes TERRESTRES (and continuing on p.4) que les hommes aux religions et aux philosophies les plus variées peuvent ensemble sincèrement essayer de résoudre. » (And the article ends J Si telle est aussi votre opinion, je suis heureux et je considère comme un honneur de vous tendre une main loyale. »

                                       (END OF REPLIQUES AU REVERAND PERE FOISSET )