| Le président Nicolás Maduro : » Nous devons faire de la politique avec un grand P, avec le tricolore, l’amour. Pas avec la haine ou la violence, c’est pourquoi le fascisme a échoué au Venezuela et n’arrivera pas au pouvoir, nous ne le permettrons pas, il ne s’emparera jamais du pouvoir, qu’ils le sachent, ceux qui sont nés et ceux qui doivent encore naître (…) Je revendique le caractère antifasciste de la Révolution bolivarienne face à l’assaut du fascisme sur la planète. C’est l’axe de la bataille que nous menons : L’amour contre la haine ; la violence ou la paix ; la tolérance et l’harmonie ou l’intolérance et la persécution ; la démocratie ou le régime fasciste et criminel. » |
Index
I. Évolution de l’interprétation du fascisme
II. Le monde dans lequel nous vivons
III. L’Ukraine, l’origine du mouvement fasciste
IV. le sionisme, une forme de fascisme ?
I. Évolution de l’interprétation du fascisme
1.1 Totalitarisme, anticommunisme et fascisme
01. La montée du fascisme est étroitement liée à l’impérialisme, défini comme une étape de concentration importante de la production et du capital, qui a conduit à la formation de grands monopoles qui se sont partagé le monde. Les secteurs qui ont favorisé le fascisme en Allemagne sont : les grands propriétaires terriens (« Junkers »), l’industrie lourde, l’industrie chimique et les banques.
02. Une première erreur dans l’analyse historique de la montée du fascisme est d’accuser le parti communiste allemand d’avoir ruiné l’unité avec les socialistes (SPD). Or, ce sont précisément les socialistes qui, craignant un triomphe révolutionnaire, ont favorisé l’instauration d’une dictature de droite. Ainsi, le SPD s’est engagé dans la lutte contre le parti communiste avec l’illusion que les nazis ne les attaqueraient pas.
03. Une autre erreur d’interprétation historique consiste à analyser la montée du fascisme du point de vue, d’une part, de la personnalité d’Hitler et, d’autre part, du rôle de la petite bourgeoisie étouffée entre une droite libérale et un communisme sectaire.
04. Ces thèses, développées dans les années 1970, véhiculent une vision erronée de l’histoire selon laquelle le triomphe d’Hitler n’est pas imputable aux grands capitalistes mais aux pauvres et aux dépossédés qui avaient perdu tout espoir alors que la crise économique faisait rage.
05. Après la Seconde Guerre mondiale, le rôle des élites allemandes dans la montée du nazisme a été étouffé parce qu’elles construisaient l’Union européenne. Toute référence au rôle de la République fédérale d’Allemagne (RFA) en tant qu’héritière de l’État nazi a été supprimée. Une anecdote témoignant de la continuité des élites du fascisme à la démocratie : après la guerre, le ministère de la Justice employait jusqu’à 77 % de nazis. Il en était de même dans les universités et les entreprises.
06. Lors de la dissolution de la République démocratique allemande (RDA), l’enseignement de l’histoire critique du fascisme a pris fin, aussi bien dans le secondaire qu’à l’université. C’est l’un des effets méconnus de la chute du mur de Berlin, qui s’est répandu dans toute l’Europe, où l’histoire et les publications ont été vidées de toute analyse de gauche.
07. L’analyse correcte est que le fascisme est une réponse réactionnaire à la crise planétaire causée par l’exacerbation des contradictions inter-impérialistes déclenchée par la Première Guerre mondiale et suivie par la Grande Dépression des années 1930 en Allemagne.
08. Les fascistes liquident les droits sociaux et mènent leur première guerre contre les travailleurs en s’attaquant aux salaires. La crise économique a fait chuter les exportations, détruisant l’industrie allemande, tournée vers le marché extérieur. Cela conduit à une guerre interne contre le parti communiste (KPD), puis à une guerre externe pour le contrôle du monde. Il s’agit de détruire l’Union soviétique, le seul véritable ennemi du fascisme sur la scène internationale.
09. Pendant de nombreuses années, le débat sur le fascisme s’est basé sur la définition proposée par George Dimitrov, pour qui « le fascisme est la dictature terroriste ouverte des éléments les plus réactionnaires, les plus chauvins et les plus impérialistes du capital financier ». Cette définition a été proposée en 1930 lors d’un congrès de la Troisième Internationale communiste consacré à la formation des Fronts populaires antifascistes qui ont émergé à partir de 1935.
10. Cependant, après la chute du mur de Berlin, les points de vue complètement inversés d’intellectuels réactionnaires comme Arendt et Friedrich, qui avaient auparavant élaboré l’idée qu’il existe une équivalence entre le socialisme et le fascisme, sous le concept de « totalitarisme », se sont définitivement imposés. Ces inepties intellectuelles ont légitimé la mise hors la loi des partis communistes dans certains pays et la modification des manuels scolaires, en Europe et ailleurs.
11. Cette prétendue équivalence entre bolchevisme et fascisme a été formulée dans le cadre anticommuniste et antibolchevique du début des années 1930 ; on retrouve la trace de cette thèse dans les écrits du renégat Karl Kautsky qui parlait de « dégénérescence fasciste du bolchevisme ».
12. Cette idée a été renforcée lorsque l’accord Molotov-Ribentropp a été rendu public en 1939, de nombreux militants ont été déçus car ils ne comprenaient pas la signification du pacte.
13. Ce pacte a réussi à diviser les impérialistes, qui étaient tentés de marcher ensemble vers Moscou, et l’URSS a gagné un temps précieux pour déplacer l’industrie stratégique vers l’Oural et modifier les plans économiques pour se concentrer sur la production militaire.
14. Ce concept de « totalitarisme » n’a pas de sens d’un point de vue historique. Les critères développés par Arendt et Friedrich, tels que le culte de la personnalité ou l’existence d’un parti unique, sont superficiels et ne reposent sur aucune base scientifique. Comment comparer l’État nazi, dans lequel la grande industrie conserve tout son pouvoir, avec l’État soviétique, dans lequel la propriété privée n’existe plus ?
15. Le véritable critère pour analyser la nature d’un État est son rapport à la propriété des moyens de production et d’échange.
16. À partir de 1950, il y eut une série de congrès universitaires très conservateurs, appelés « Congrès pour la liberté culturelle », organisés par la CIA, dont l’objectif était de détruire les fondements du socialisme chez les intellectuels afin de libérer la droite de l’obligation d’argumenter contre une classe cultivée formée au marxisme.
17. À cette époque, les intellectuels allaient spontanément vers la gauche et ils étaient censés « aller vers la droite ».
18. La théorie du totalitarisme (qui crée l’équivalence entre fascisme et communisme) et la théorie de la « fin des idéologies » (qui consiste à déclarer la mort du communisme et le triomphe de l’idéologie bourgeoise jusqu’à l’éternité) sont les deux grands produits de ces congrès.
19. Une anecdote intéressante : Friedrich, cocréateur de la notion de « totalitarisme », a utilisé ses « contacts allemands (c’est-à-dire nazis) » pour aider les États-Unis à lutter contre l’Union soviétique. Son assistant n’était autre que Zbigniew Brzezinski. Par ailleurs, la première conférence du « Congrès pour la liberté de la culture » s’est tenue dans une université franquiste sur le thème de « la fin des idéologies ». Trente ans plus tard, tous les étudiants ont grandi sous ce concept et marchent martialement au service de l’impérialisme et des entreprises privées.
20. Il existe donc un lien idéologique réactionnaire très clair entre les théories du totalitarisme, de l’anticommunisme et du fascisme.
21. La diffusion de ces concepts réactionnaires (« totalitarisme » et « fin de l’histoire ») a été efficace : la plupart des intellectuels ont spontanément basculé à droite.
L’environnement académique a également changé : les universités ont cessé d’être des centres de contestation et sont devenues des lieux de formation pour une élite en quête de carrière et peu ou pas préoccupée par les questions sociales.
22. Cette même idéologie réactionnaire a inspiré la résolution du Parlement européen sur le 80e anniversaire du début de la Seconde Guerre mondiale, le 19 septembre 2019 condamnant le communisme et le nazisme, qui commence par un paragraphe sur l’accord Molotov-Ribentropp.
1.2 Le fascisme de notre temps : crise économique, guerres et mensonges
23. La crise générale du capitalisme s’est aggravée depuis le début des années 1970, lorsque les États-Unis ont unilatéralement annulé les accords de Bretton Woods, abrogeant l’étalon-or, suspendant la convertibilité directe du dollar en or. Depuis lors, le dollar est une monnaie psychologique, personne ne sait combien il vaut.
24. L’OPEP et le système financier international, en fonctionnant en dollars, contribuent à alimenter l’économie américaine et à la maintenir à flot. Cependant, cet arrangement artificiel ne résout pas les problèmes structurels de l’économie, qui ont été exacerbés pendant la pandémie. Si d’autres monnaies sont utilisées pour le commerce mondial, l’effet économique pour les États-Unis est celui d’une guerre perdue.
25. Les États-Unis sont le pays le plus endetté du monde : chaque Américain naît avec plus de 70 000 euros de passif. La dette a plus que doublé au cours des dix dernières années et il n’y a aucune raison pour qu’elle ne double pas à nouveau au cours de la prochaine décennie, ce qui pourrait faire sombrer le pays.
26. Le FMI, l’OMC (Organisation mondiale du commerce), la Banque mondiale et le système financier international condamnent un quart de la population mondiale à la misère pour maintenir à flot l’économie américaine et le dollar.
27. Les ultimatums et les guerres d’agression se sont multipliés depuis la chute du mur de Berlin. Aujourd’hui, sans la retenue des pays socialistes, l’impérialisme est devenu de plus en plus offensif.
28. La crise économique, les guerres impérialistes et la pandémie ont multiplié l’instabilité internationale et les souffrances des masses populaires.
29. Cette aggravation des contradictions internationales signifie que des millions de personnes n’ont d’autre choix que de s’organiser et de lutter. sur quoi comptent les impérialistes pour empêcher le triomphe des peuples ? Le fascisme.
30 Notre époque est marquée par une économie concentrée autour des monopoles, un renforcement de l’appareil répressif et une manipulation de l’information pour bloquer toute velléité de changement.
31. Le renforcement de l’appareil répressif et de l’armée va de pair avec le renforcement de l’appareil idéologique. Il n’y a plus de séparation entre la propagande et l’information ; les journalistes indépendants sont systématiquement isolés et leur travail condamné à la marginalisation. Ceux qui diffusent la vérité ou facilitent la liberté d’expression sont persécutés comme Julian Assange, Edward Snowden ou Pavel Durov.
32. Il existe donc un lien évident entre le monopole, le renforcement de la violence et le contrôle de l’information.
33. Cela explique pourquoi l’élite actuelle peut se satisfaire de dirigeants totalement stupides et incultes comme Trump, Biden, Macron, Bolsonaro, Duque, Macri, Piñera, Zelensky, Borrell et Milei. Ainsi, la crise n’est pas seulement économique, mais aussi politique.
1.3 Fascisme et démocratie formelle
34. La différence entre la démocratie formelle (ou démocratie bourgeoise) et le fascisme est que dans le fascisme, les organisations sociales et politiques populaires sont persécutées et détruites, en particulier les organisations révolutionnaires. Les militants sont assassinés ou disparaissent.
35. Depuis les attentats du 11 septembre à New York, de nombreux droits démocratiques fondamentaux ont été perdus au nom de la lutte contre le terrorisme. Un ordre institutionnel extra-légal a été construit qui permet l’existence de la prison de Guantanamo ou l’espionnage massif par la NSA américaine.
36. La démocratie bourgeoise et le fascisme sont les deux faces d’une même domination : lorsque les moyens traditionnels de répression et de manipulation politique de la population ne suffisent pas, le fascisme doit bloquer la montée de la lutte populaire et révolutionnaire.
37. Alors que la crise économique s’aggrave, les droits démocratiques sont de plus en plus bafoués. C’est une frontière ténue qui sépare la démocratie bourgeoise du fascisme. La perte des droits démocratiques exprime l’affaiblissement du capitalisme, la défaillance de ses appareils idéologiques.
38. En Allemagne, le fascisme est arrivé au pouvoir par le biais d’élections. Par conséquent, un coup d’État militaire n’est pas le seul moyen pour la bourgeoisie d’imposer sa dictature ouverte. Par exemple, fin mars 2022, dans trois Länder allemands, le simple fait d’afficher la lettre « Z » (en référence à la Russie) est passible de trois ans d’emprisonnement. De même avec l’interdiction de porter la Kufiya palestinienne, ou de faire référence à l’organisation palestinienne Samidoun dans certains pays d’Europe ou de proclamer le slogan « Libérez la Palestine du fleuve à la mer ».
39. Cela explique pourquoi, parfois, le mouvement révolutionnaire doit défendre la démocratie bourgeoise, pour éviter la destruction du mouvement populaire. Ce fut le cas lors de la résistance aux dictatures militaires pro-yankee en Amérique latine, des années 1960 aux années 1980.
40 Mais cette lutte doit inclure la défense d’une alternative socialiste et ne pas se contenter de la revendication des libertés publiques, d’élections transparentes ou du départ des militaires du pouvoir. Une lutte démocratique qui cache ou ne propose pas la destruction du capitalisme est de l’opportunisme.
41. Note qu’il existe aussi des modèles hybrides, comme en Colombie, où les élections coexistent avec un régime contre-insurrectionnel et ultra-violent. Dans ce cas, les forces de gauche sont obligées d’agir à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de la loi, en combinant différentes formes de lutte.
42. En Colombie, l’Uribisme est la principale force politique du fascisme. Avec l’aide des conseillers militaires américains et israéliens, ils ont provoqué le déplacement violent de huit millions de paysans, ainsi que des centaines de milliers de meurtres et des millions d’exilés.
43. La violence systématique et institutionnalisée en Colombie en a fait l’instrument privilégié des États-Unis pour déstabiliser les pays de l’ALBA et les forces progressistes du continent.
44. L’élection de Gustavo Petro est une parenthèse dans 60 ans de guerre civile, ses projets de démocratisation et de pacification sont contredits par la réaction colombienne et les propres faiblesses et contradictions du gouvernement, qui parfois confondent et attaquent la révolution bolivarienne ou sandiniste.
45. Dans les pays impérialistes dits « démocratiques », le passage au fascisme pourrait faciliter l’utilisation de méthodes d’exploitation qui sont pour l’instant interdites en Occident. Par exemple, l’utilisation de paramilitaires pour déplacer la population civile ou assassiner des syndicalistes.
46. Le paramilitarisme colombien a été exporté en Amérique centrale, au Mexique et dans de nombreux autres pays et est financé par le trafic de drogue et des activités illégales telles que les enlèvements. Entre autres tâches, ils forcent le déplacement de la population civile pour permettre la réalisation de mégaprojets miniers, énergétiques, de monoculture, de cultures illicites, d’exploitation minière illégale, etc.
47. L’assassinat de Jovenel Moïse, président d’Haïti, est la preuve que le paramilitarisme colombien est devenu un acteur international dans la région. Ces forces paramilitaires sont un instrument utile de l’impérialisme.
48. Bien que ce phénomène ait récemment pris de l’importance en Amérique latine, il existe depuis des décennies. Pendant la guerre froide, les États-Unis ont développé le concept de sécurité nationale pour contrer le mouvement révolutionnaire et l’expansion de la révolution cubaine.
49. Les partis de gauche, les organisations sociales et les guérillas étaient définis comme un ennemi intérieur agissant en coordination avec les pays socialistes, considérés comme l’ennemi extérieur. L’École des Amériques, initialement située à Panama City, a déménagé à Fort Benning, en Géorgie, et continue de former des officiers spécialisés dans la guerre sale. Plus de 70 000 militaires et policiers latino-américains y ont été formés.
50 Tous les coups d’État militaires en Amérique latine depuis celui contre João Goulart en 1964 suivent le même schéma : les mouvements séditieux sont coordonnés et financés par les ambassades américaines. C’était la réponse des États-Unis au puissant mouvement révolutionnaire latino-américain alimenté par les succès de la lutte du peuple vietnamien et de la révolution cubaine.
51. Après la chute des dictatures militaires et la dénonciation de l’École des assassins, les États-Unis ont préféré atteindre leurs objectifs contre-révolutionnaires en utilisant le paramilitarisme et en envoyant leurs propres instructeurs ou des instructeurs israéliens directement dans les pays en conflit.
52. L’expérience centraméricaine a été concluante : le paramilitarisme peut atteindre des objectifs que l’armée nationale ne peut pas atteindre, par exemple en réalisant des génocides. En menant une guerre sale, les paramilitaires empêchent l’État de payer les conséquences politiques et diplomatiques des violations massives des droits de l’homme.
53. Dans les pays impérialistes, la violence est également en hausse. Tout d’abord, à l’encontre des populations vulnérables. Par exemple, la police de ces pays utilise des tactiques d’intervention extrêmement violentes contre les immigrés. Ils font de cette population fragile leur terrain d’entraînement à des méthodes qu’ils ne peuvent pas utiliser contre leur propre population. À une autre échelle, les armées impérialistes font de même avec des pays entiers, comme en Irak.
1.4 Un siècle de fascisme
54. Le 29 octobre 1922, il y a un siècle, Benito Mussolini prenait le pouvoir en marchant sur Rome. Les fonctionnaires chargés de faire respecter la justice portaient les fasces, symbole de la Rome antique. Il s’agit de fines tiges maintenues par des lanières de cuir, avec une hache au milieu. Si la sentence était légère, ils étaient battus avec les bâtons, et si elle était lourde, les condamnés pouvaient être exécutés ou mutilés. C’est aussi un symbole d’unité, les bâtons sont fragiles, mais unis, ils sont forts. Les unités de combat fascistes organisées par Mussolini, les Fasci di Combattimento, constituaient déjà une importante organisation paramilitaire au moment de la prise de Rome en 1922, ayant éliminé tous les maires de gauche du nord de l’Italie.
55. L’ascension d’Hitler est l’un des épisodes les plus falsifiés. Ce ne sont pas les prétendues erreurs des communistes qui ont facilité le triomphe d’Hitler, mais les socialistes, qui ont démobilisé deux millions de membres de la milice Reichsbanner.
56. Cette organisation de la classe ouvrière était pourtant absolument nécessaire, car le chef de la police berlinoise, qui était socialiste, n’a pas hésité à ordonner de tirer sur une manifestation de 200 000 personnes, tuant 33 ouvriers.
57. Les socialistes pensaient naïvement que c’était une bonne chose qu’Hitler soit au pouvoir car il se discréditerait lui-même compte tenu de ses limites intellectuelles. Pour le SPD, le véritable risque était le parti communiste. C’est pourquoi ils refusaient de critiquer Hitler, tant qu’il « respectait la constitution ». À tel point que, à la veille de l’interdiction des syndicats et de la confiscation de leurs biens, le SPD a participé au défilé du 1er mai organisé par les nazis.
58. En 1935, George Dimitrov, dirigeant de l’Internationale communiste, déclare : « La victoire du fascisme en Allemagne était-elle inévitable ? Non, la classe ouvrière allemande aurait pu l’empêcher. Mais pour cela, il aurait fallu forcer les dirigeants de la social-démocratie à abandonner leur campagne contre les communistes et à accepter les propositions répétées du Parti communiste en faveur de l’unité d’action contre le fascisme. Celui-ci aurait dû répondre par une véritable lutte de masse, qui aurait entravé les plans fascistes de la bourgeoisie allemande. »
59. Le fascisme a permis d’empêcher la victoire de la révolution en Allemagne et de détruire son parti communiste. Mais l’impérialisme avait un deuxième objectif, plus important : détruire l’URSS. Cela nécessitait le soutien de l’ensemble de l’industrie européenne, qui a volontiers collaboré avec l’occupation.
60 Cependant, en 13 ans, l’URSS a pu sortir de l’obscurantisme et du Moyen-Âge pour devenir une puissance industrielle mondiale. C’est cette base matérielle qui a rendu possible la création de l’Armée rouge, qui a détruit l’armée fasciste allemande en anéantissant 80 % des divisions d’Hitler.
61. Bien avant la fin de la Seconde Guerre mondiale et la chute du nazisme, les États-Unis avaient décidé de reprendre le flambeau de la lutte contre-révolutionnaire. Cela explique pourquoi il n’y a eu que des dénazifications dans les territoires contrôlés par les Soviétiques, alors que les États-Unis ont ramassé les nazis allemands, ukrainiens et croates dont ils ont sauvé la vie. Ces fascistes étaient des experts de la lutte contre-révolutionnaire ; les États-Unis avaient besoin d’eux pour systématiser l’expérience qu’ils avaient acquise dans la lutte contre-révolutionnaire.
62. La fascisation est le passage, la transition de la démocratie bourgeoise au fascisme et la perte des droits démocratiques au sein de la démocratie bourgeoise.
63. Lorsque la régression est imposée aux droits de la classe ouvrière et des peuples, les révolutionnaires ont pour tâche de prendre la tête de leur défense.
64. Mais comme nous l’avons déclaré, cette défense doit inclure un changement de système car ce n’est pas notre rôle de « démocratiser » ou de recycler un système criminel et barbare.
65. Au sein du capitalisme, les grandes crises économiques ne peuvent être résolues sans grandes guerres. Aujourd’hui, la surproduction dépasse les 30 % et le seul moyen d’équilibrer l’offre et la demande est d’éliminer un tiers des producteurs mondiaux. Mais les horreurs de la guerre peuvent être utilisées pour organiser les masses populaires et prendre le pouvoir, comme l’a fait Lénine pendant la Première Guerre mondiale.
II. Le monde dans lequel nous vivons
2.1 Le scénario changeant
1. Les grandes révolutions du 20e siècle ont eu lieu dans des pays néocoloniaux à connotation féodale. La plupart d’entre elles ont suivi une formule efficace, un parti révolutionnaire a gagné la sympathie des paysans, et a développé des guérillas pour marcher de la campagne vers les villes, et a couronné la victoire par une grève générale qui s’est transformée en insurrection.
2. Cette stratégie a été améliorée au fil du temps et les travaux de Mao Tsé Toung ainsi que diverses contributions comme celles de Ho Chi Min et de Che Guevara l’ont complétée.
3. Quand on voit les sabotages contre les gouvernements populaires en Amérique latine, les coups d’État et la déstabilisation dont ils font l’objet, on peut imaginer qu’à l’avenir la voie légale aura plus de difficultés à accéder au gouvernement dans d’autres pays.
4. Les sociétés qui ont vu naître la révolution en Russie, en Chine, au Vietnam, à Cuba, au Nicaragua, en Corée, étaient éminemment agricoles, avec une paysannerie endurcie par l’exploitation, souvent sur un mode féodal.
5. Un siècle plus tard, les campagnes continuent d’être importantes, mais beaucoup moins, et plus le temps passe, moins elles le sont. Plus de la moitié de la population mondiale vit dans les villes.
6. Cas unique : selon l’ONU, la Colombie dépasse de près de 25 % la moyenne mondiale des citadins : 74 %. C’est la guerre de 60 ans contre la paysannerie qui a forcé cet exode. Le paramilitarisme a volé les terres pour les transformer en grandes exploitations de milliers d’hectares dédiées à la monoculture et aux cultures illicites.
7. Ce changement démographique dans le monde est irréversible et durable, c’est pourquoi les révolutions du 21ème siècle se dérouleront en milieu urbain et dans des états répressifs ou ouvertement fascistes.
8. Une autre composante démographique est que l’hémisphère nord vieillit et l’hémisphère sud rajeunit. La population mondiale compte 1,8 milliard de jeunes, dont la majorité vit dans le Sud.
9. Il y a donc trois caractéristiques de la population qui s’additionnent : urbaine, jeune et vivant dans un climat contre-insurrectionnel.
75. Le nouveau scénario, contrairement à l’autre, ne dispose pas des œuvres monumentales des théoriciens révolutionnaires, et l’expérience séculaire de la résistance populaire, paysanne et indigène contre le colonialisme n’a pas été systématisée.
10. Toute tentative de déstabilisation et de prise de pouvoir nécessite le soutien ou la passivité sympathique de ce vaste secteur social et humain vivant dans les villes.
2.2 Notre jeunesse
11. La génération 2000 a trois points communs :
1. Ceux d’origine urbaine, qui sont majoritaires, n’ont pas de mémoire émotionnelle directe des grands conflits du passé. Même si, au Chili et en Colombie, ils ont été les moteurs de la révolte au Chili en octobre 2019 et de la grève nationale en Colombie en avril 2021.
2. La jeunesse populaire souffre des conflits sociaux auxquels s’ajoute la violence du lumpen et de la police.
3. L’autre violence est celle du système social et économique, la majorité de la jeunesse populaire a un avenir incertain lorsqu’il s’agit de se projeter professionnellement ou d’essayer de fonder une famille.
12. Le dégraissage des services publics a diminué les possibilités réelles d’accès à l’éducation, à la santé et à un logement correct.
13. Pour les jeunes du monde entier, l’accès à Internet représente un moyen important de divertissement et de développement des relations sociales. Il existe peu d’études sur l’impact émotionnel des réseaux sociaux. En Angleterre, celle menée en 2017 sur Instagram, Snapchat, Facebook et Twitter montre que parmi les aspects positifs, de nombreux jeunes trouvent des conseils de santé, développent leurs contacts avec le monde réel, apprennent à remarquer les problèmes de santé des autres, construisent des réseaux sociaux et se soutiennent moralement, ce qui contribue à s’affirmer, à s’exprimer. Twitter et Instagram permettent de s’exprimer beaucoup plus facilement ; Facebook aide surtout en tant que soutien émotionnel et Instagram permet de s’affirmer en tant que personne. Pendant la bataille de Gaza, les jeunes ont utilisé tous les canaux à leur disposition pour exprimer leur solidarité et se mobiliser, et avec beaucoup de succès malgré la volonté de Mark Zuckerberg et d’Elon Musk.
2.3 Vitesse de circulation de l’information sur les réseaux
14. La vitesse de propagation des informations sur les réseaux est exponentielle : lorsqu’une cartouche de TNT explose, une molécule réagit en faisant exploser 1 000 autres molécules, ces 1 000 explosent à leur tour 1 000 autres, ce qui en chaîne fait réagir un milliard de molécules en une fraction de seconde : le résultat est qu’en moins d’une seconde, toutes les molécules ont réagi et l’explosion a lieu.
15. Il se passe la même chose sur les réseaux sociaux, (en général) le système arrive à contrôler et à imposer ses thèmes et ses objectifs, mais parfois, (en particulier) notre peuple impose tellement ses publications que celles-ci sont reprises par des millions de personnes ; ce qui génère un courant d’opinion ou une mobilisation. Le travail systématique et militant sur les réseaux sociaux est un front de lutte, comme tant d’autres.
2.3.1 L’ampleur de l’impact sur les réseaux
16. Il y a donc deux échelles, une « échelle rapide » comme la TNT pour exploiter une situation urgente, et une autre est l’échelle lente, qui à long terme génère des valeurs chez les gens, des idées de changement, de révolution.
83. Si une idée est bonne, présentée avec humour et qu’une personne l’aime et la copie et la colle sur son mur et qu’elle double tous les 2 jours, en 24 jours elle aura été vue par environ 1 000 personnes et en 72 jours elle pourrait être vue par plus d’un milliard de personnes.
2.3.2 La guerre contre le cerveau des gens
17. « La dévalorisation du monde humain croît en proportion directe de la valorisation du monde des choses », Karl Marx, Manuscrits économico-philosophiques, p. 104.
La société de consommation est le résultat de la tendance à la marchandisation de toutes les sphères de la vie, telle qu’énoncée par Marx. Comme il l’avait lui-même prédit, le capitalisme détruit ses principales sources de richesse : la nature et l’homme.
2.4 Nouvelles valeurs, culture de consommation
18. Cette marchandisation s’accompagne d’un système de valeurs particulier : celui de sentir que l’on vaut ce que l’on peut acheter. Elle est associée à l’individualisme et à une « existence virtuelle » sur Internet : jeux, réseaux sociaux, YouTube, etc.
2.5 La virtualisation de la vie
19. Cette réalité virtuelle te permet de jouer au football sur un écran de télévision, sans jamais transpirer : tu t’inscris dans un club, tu t’entraînes, tu peux t’enregistrer ; en développant ton propre profil de personnage. Tu paies pour chaque fonction supplémentaire, même si tu veux l’enregistrer pour la regarder plus tard, rien n’est gratuit. Tout ce « sport » se fait assis sur le canapé, la manette à la main.
2.6 La vie en spectacle
20. Sur les réseaux sociaux et les sites de rencontre, les utilisateurs peuvent se faire passer pour un défilé de mode, pour s’exposer au jugement de leurs « amis virtuels » en montrant par exemple une photo de vacances, le nombre de « likes » reflétant leur popularité. Ensuite, la même personne devient juge, en regardant les photos de vacances de ses contacts, et si cette personne a déjà posté un commentaire sympathique, elle sera accueillie pour lui rendre son geste, et ainsi de suite. C’est un système qui stimule et affaiblit à la fois l’ego des utilisateurs.
21. Sur les réseaux sociaux, le mur entre la vie privée et la vie publique est très mince. Tout cela conduit à transformer la vie en un spectacle sans fin ; comme une scène sur laquelle chacun essaie d’attirer l’attention, de sorte que les moments les plus privés et les plus importants sont offerts à un public qui applaudit ou désapprouve en permanence.
2.7 La violence de classe
22. Alors que la crise économique mondiale s’aggrave, la bourgeoisie devient plus insolente envers le peuple, la bourgeoisie du siècle dernier a mis en place des « administrateurs » qui étaient censés représenter leur culture d’élite ; mais la décadence du système est telle que maintenant ce sont des criminels intellectuels qui s’en prennent grossièrement aux travailleurs et à la population en général. Ils ont en commun le mépris des intellectuels et des sciences, de l’universalité, de la culture. Le discours agressif et simpliste exploite les bas instincts de l’électorat.
23. La simplicité d’un tel discours facilite la massification : il est percutant, direct et destructeur envers les adversaires. Finis les débats d’idées épiques d’il y a 40 ans, il s’agit maintenant d’un combat chronométré téléguidé par des agences de marketing.
2.8 Né avec une cuillère en or
24. En Europe, la bourgeoisie existe en tant que classe d’héritiers de grandes fortunes, souvent d’origine coloniale. La richesse des grands bourgeois d’aujourd’hui ne provient pas de leur activité professionnelle mais de l’administration des richesses dont ils héritent. Ils ont une identité de classe : ils vont à l’opéra, ils traînent à Nice, ils skient en Suisse, ils se marient entre eux. C’est cette élite inconstante et décadente qui a entre les mains de quoi déclencher une invasion ou une guerre mondiale ou d’instaurer un régime fasciste.
2.9 La bourgeoisie latino-américaine
25. La bourgeoisie impérialiste sert ses multinationales et ses banques, elle sert ses propres intérêts, mais surtout les intérêts du grand capital financier international, des multinationales et des centres du pouvoir mondial néocolonial.
26. La grande bourgeoisie internationale, qui traite avec les multinationales et la finance, développe son activité de spéculation et de production en pillant les ressources naturelles du monde et en volant les gros capitaux qui circulent des pays capitalistes périphériques vers les métropoles.
27. Avec les ALE, la bourgeoisie locale se désindustrialise et liquide le secteur agricole pour se consacrer aux importations. Une seule se renforce, la fraction incorporée dans les circuits internationaux d’exportation comme la floriculture, les bananes, les avocats, et les cultures illégales, etc.
2.10 Relations semi-féodales dans les campagnes
28. Ce manque de perspective historique les conduit à s’organiser dans un système oligarchique et réactionnaire, souvent en relation étroite avec la possession semi-féodale de la terre. C’est pourquoi l’existence d’une industrie nationale émergente ne peut pas toujours entraîner la modernisation des campagnes, qui continuent à souffrir des relations du 19ème siècle, avec les propriétaires terriens, les caciques et le vol des terres à la paysannerie.
2.11 La dépression ; la maladie d’un système qui épuise la population
29. Un monde de consommation, de stress, d’endettement, d’absence de valeurs humanistes, génère de telles tensions qu’il déstabilise les individus et génère des maladies mentales à l’échelle mondiale.
30. Les souffrances engendrées par le système actuel font de la dépression, du stress et de l’anxiété un véritable problème de santé publique, ce qui a un impact sur l’augmentation des suicides. Dans le monde, 300 millions de personnes en souffrent.
31. Pour les travailleurs, la crise économique n’apporte pas seulement le chômage, mais aussi l’intensification de l’exploitation, avec le système moderne de gestion des entreprises, qui blâme l’employé et joue sur la flexibilité des horaires pour freiner toute initiative collective, pour les lier au fonctionnement de l’entreprise, en portant atteinte à la vie familiale.
32. Ces techniques dérivent du Toyotisme, qui est un modèle d’organisation de la production, augmentant la productivité de la classe ouvrière, mais dans un système de gestion sans stock, déterminé uniquement par la demande.
33. S’il y a des commandes, l’ouvrier doit rester au travail indéfiniment ; s’il n’y a pas de commande, il ne va pas à l’usine, c’est la flexibilité. Une entreprise sans stock est très fragile, c’est pourquoi le modèle fonctionne sans syndicat.
34 Tous les éléments du modèle d’organisation de la production sont conçus pour être utilisés dans des entreprises de haute technologie, mais certains de ces éléments sont déjà appliqués dans des secteurs économiques sans grande innovation technologique, comme l’administration publique.
2.12 Le suicide ou l’homme jetable
35. À l’échelle internationale, le nombre de suicides a augmenté de 60 % au cours des 50 dernières années, ce qui en fait la troisième cause de décès chez les personnes de moins de 34 ans. Selon l’OMS, plus de 700 000 personnes se donnent la mort chaque année dans le monde, sans compter le pourcentage de personnes qui ne parviennent pas à se tuer. La dépression nerveuse est la première cause de suicide.
36. Le néolibéralisme compris comme une phase de contrôle accentué de la population et de liquidation des services publics, la politique de production audiovisuelle vise à distraire les gens et à générer des comportements conformes au système de consommation et de contrôle social.
37. Une partie importante de la production culturelle, informative et artistique du système a pour objectif « d’occuper » la tête des gens avec des contenus incessants et inintéressants, afin qu’ils ne réfléchissent pas, ainsi l’industrie du divertissement, en plus d’être très florissante, est génératrice de contenus et de valeurs aliénantes, où rendre les masses imbéciles est un objectif primordial. Au niveau de l’information, la haute fréquence cherche à submerger l’auditeur dans une masse d’informations afin qu’il ne réfléchisse pas. Les individus qui ne fonctionnent pas dans ce système sont marginalisés et leur vie est méprisée au point d’être considérée comme jetable.
2.13 Réhumaniser les relations sociales, défendre le socialisme
38. Face au modèle capitaliste inhumain, les forces révolutionnaires doivent faire émerger une alternative qui se nourrit de culture, d’arts, de sciences, de relations respectueuses et fraternelles entre les personnes. Un monde impitoyable et excluant a besoin d’espaces de resocialisation pour générer une dynamique de revalorisation des individus, en l’absence de cette analyse, de cette réponse, ce sera la voie mystique, religieuse qui se renforcera…
39. La solidarité et l’empathie envers ceux qui souffrent, le renforcement des liens familiaux et communautaires, la resocialisation dans les centres d’études, de travail et de loisirs sont des tâches pour gagner la sympathie et générer une organisation sociale.
40 Pour nous, la lutte inclut la nation, le prolétariat, les couches moyennes, mais aussi l’individu. Le capitalisme détruit la vie des gens par la violence physique, la destruction de l’environnement, l’exploitation et aussi dans leur esprit : si les gens sont atomisés et déprimés, ils s’isolent et ne ressentiront pas le besoin de s’organiser. Les questions existentielles ou psychiques ont une composante de classe qu’il faut connaître, comprendre, répondre et utiliser pour créer des mouvements de masse pluralistes.
41. La défense intelligente du socialisme, de ses principes, est un objectif en soi ; les exemples favorables de révolutions réussies sont aussi une réserve à utiliser. L’absence de cette composante affaiblit stratégiquement le moral de notre propre militantisme. Lorsque cet objectif est occulté, c’est que nous avons perdu le Nord et ne limitons la lutte qu’à la réforme d’un système dépassé, criminel et réactionnaire, qu’il faut liquider et non réaménager.
III. L’Ukraine, l’origine du mouvement fasciste
3.1 Les racines du conflit
01. Les opérations militaires en Ukraine ont commencé le 24 février 2022, précédées par la reconnaissance des Républiques populaires de Donetsk et de Lougansk par la Fédération de Russie. Cette guerre était prédite depuis longtemps par les États-Unis, qui accusaient Poutine de vouloir ramener la Russie à ses anciennes frontières soviétiques. Si cette affirmation est fausse, l’ambition de Poutine n’en est pas moins grande : faire à nouveau entendre la voix de la Russie sur la scène internationale afin d’y défendre ses intérêts.
02. Il y a 500 ans, l’empire russe a connu de fortes luttes religieuses. La conversion des orthodoxes au catholicisme était une campagne originaire de Pologne. Cette conversion s’accompagnait d’une amélioration du statut social, une faction russe de l’Ukraine actuelle a trahi sa religion et s’est convertie à une religion d’inspiration catholique, les « Uniats ». Ces mouvements catholiques ont agi violemment contre la population orthodoxe, allant jusqu’à faire cuire des enfants devant leurs parents. Les temples orthodoxes ont été transformés en tavernes et les festivités orthodoxes ont été interdites.
03. En 1860, les Polonais ultra-catholiques ont créé le projet « ukrainiste », basé sur d’anciens convertis. Celui-ci pousse certaines populations locales à émigrer vers la Russie, les États-Unis, le Canada et l’Australie. Ceux qui sont restés ont dû se conformer à la nouvelle situation.
04. À l’époque de l’Empire austro-hongrois, l’historien Mykhail Serhyovich Hrushevsky a fabriqué le mythe de la « nation ukrainienne », inventé et financé par les gouvernements polonais et autrichien.
05. Pendant la Première Guerre mondiale, la répression anti-orthodoxe atteint son apogée avec des massacres et des camps de concentration. Ainsi, les soldats de la région de Galicie (partie occidentale de l’Ukraine actuelle) qui ont déserté de l’armée russe dans le contexte des événements révolutionnaires, ont choisi de ne pas rentrer chez eux après la guerre, mais plutôt de rejoindre d’autres régions de l’URSS. Cela illustre le fait que les factions nationalistes utilisaient déjà des méthodes de type fasciste en Ukraine à la fin de la Première Guerre mondiale.
06. Les réactionnaires ukrainiens, face au triomphe de la révolution russe, proclament une république indépendante sous la protection de l’Allemagne et de l’Autriche. Après 6 mois de combats, le régime fantoche s’effondre.
07. Au début de l’opération spéciale en Ukraine, Poutine a parlé de reprendre l’ancienne Novorossiya – qui signifie Nouvelle Russie – qui sont d’anciens territoires russes comprenant Kharkov, Lougansk, Donetsk, Kherson, Nikolaïev et Odessa, cédés à l’Ukraine, dans le but d’en faire une grande et forte république face à l’Occident. Plus tard, les territoires cédés par la Hongrie, la Pologne et la Roumanie en compensation des dommages de guerre ont également été ajoutés à l’Ukraine soviétique.
08. Lénine envoie des experts linguistiques en Ukraine, qui systématisent la langue dialectale d’origine, et en peu de temps, les enfants apprennent l’ukrainien, alors que le russe est parlé à la maison. En bref, la révolution russe a donné à l’Ukraine de vastes territoires, plusieurs fois sa taille d’origine, une langue et une industrialisation. Peut-être par crainte d’avoir une frontière faible avec l’Ouest, Lénine et Staline ont favorisé la création d’une Ukraine vaste, moderne et développée.
09. La « petite Russie » est le nom de l’ancienne Ukraine, car à l’origine, le peuple russe est apparu dans l’actuelle Kiev en 882 et était lié à l’Empire byzantin avec lequel il entretenait un commerce florissant. Jusqu’à ce que l’Empire byzantin s’effondre en 1453, ce qui a entraîné une division interne et la création de Moscou et de Kiev Russe, raison pour laquelle l’Ukraine, c’est-à-dire les Russes frontaliers, était appelée Petite Russie. L’origine du peuple russe vient de Kiev, tout comme Zelensky pense en russe à Kiev, le russe est toujours la langue majoritaire.
10. Ainsi, dans la jeune Ukraine soviétique, les populations fidèles à la vieille Rus coexistaient avec les descendants des Uniates, qui les haïssaient, tout comme ils haïssaient leurs anciens alliés polonais, qui, sous prétexte religieux, les avaient absorbés, mais les traitaient comme des serfs féodaux.
11. Ce climat de rupture et de haine aux caractéristiques ethniques, religieuses et idéologiques, associé à la « fascisation » en Europe dans les années 1930, crée le contexte qui explique la montée du mouvement fasciste ukrainien de Stepan Bandera.
12. Son mouvement sera anti-russe, anti-communiste et anti-juif organisé en milices paramilitaires fascistes, ce qui explique en partie pourquoi la bataille d’Ukraine a été si cruelle, coûtant 4,2 millions de morts aux mains des nazis et de leurs milices fascistes.
13. Sur les 200 000 partisans soviétiques, une grande partie a opéré en Ukraine. Ils ont garanti la continuité soviétique de la république face au mouvement séparatiste et contrôlé les zones forestières, opérant même en Roumanie. De nombreuses chansons de partisans soviétiques rendent hommage aux partisans ukrainiens.
14. Après la chute du nazisme, il y eut encore des combats contre les milices de Bandera jusqu’en 1950.
15. Zelensky, lorsqu’il était candidat à la présidence, a qualifié le criminel Stepan Bandera de « génie » et l’a ensuite déclaré héros national, exemple de la « nazification » de la société ukrainienne. Aujourd’hui, son anniversaire est un jour férié et son image décore les bâtiments publics, les centres commerciaux et le métro.
16. La renommée de Bandera, répandue par le pogrom dans la ville de Lviv où il y eut 8 000 victimes en 1941, fut le test qui permit l’incorporation de sa milice dans la Waffen-SS et les groupes de représailles responsables des massacres révoltants de communistes, de juifs et de guérilleros. En Ukraine, 60 % de la population juive a été exterminée avec leur aide.
3.2. Le nazisme ukrainien aujourd’hui
17. Le nazisme est devenu culturellement acceptable en Ukraine : on peut facilement acheter des tasses ornées de croix gammées, les symboles nazis sont affichés en grande pompe dans les centres commerciaux et, depuis 2014, des marches aux flambeaux sont organisées à Lvov (anciennement Lviv) pour commémorer les Waffen-SS ukrainiens.
18. Vu sous cet angle, il n’est pas surprenant que Poutine définisse la dénazification de l’Ukraine comme l’un des deux objectifs militaires de l’opération spéciale.
19. En février 2022, d’importantes troupes militaires et paramilitaires ont été amassées dans les régions russophones de l’Ukraine. Elles harcèlent la population depuis de nombreuses années et ont décidé de balayer définitivement la résistance, ce qui est l’une des raisons qui ont contraint Poutine à céder aux pressions internes de l’armée et des communistes, qui réclamaient depuis 2014 une intervention pour protéger la population russophone soumise à des persécutions et à des massacres.
20. En témoigne le discours du président Petro Porochenko à Odessa le 14 novembre 2014, lorsqu’il a déclaré : « Pour nous, il y aura du travail, pour eux, non. Nous aurons des retraites, ils n’en auront pas. Nous nous occuperons des
des enfants et des retraités, ils ne le feront pas. Dans notre pays, les enfants iront à l’école et dans les jardins d’enfants, dans le leur, ils se cacheront dans les sous-sols. Pour qu’ils ne puissent rien faire. C’est ainsi que nous gagnerons la guerre. »
21. Les objectifs initiaux de l’opération spéciale sont les suivants : dénazifier l’Ukraine et désarmer son armée afin qu’elle ne constitue pas une menace pour la Russie.
3.3 Séparer l’Europe de la Russie
22. Une dimension importante du conflit actuel concerne l’Europe. Brzezinski, le conseiller américain à la sécurité nationale, et d’autres stratèges pensent que l’un des principaux axes de la politique américaine est de rompre les relations entre la Russie et l’Europe, en particulier avec l’Allemagne, car c’est le seul pays qui possède encore une grande industrie.
23. Ainsi, vendre du gaz de schiste plutôt que du gaz russe n’est qu’un aspect d’un problème plus vaste : les États-Unis sont en perte de vitesse sur la scène internationale. Ils ne peuvent pas se permettre un rapprochement, même commercial, entre la Russie et l’Union européenne. Ils ne peuvent pas non plus se permettre une alliance en Asie centrale avec la Russie et la Chine. Les États-Unis perdent sur tous les fronts et les sanctions qu’ils tentent d’imposer, avec l’aide zélée de l’UE, ne feront que renforcer la perte de leur position hégémonique en tant que superpuissance impérialiste.
24. Le centre de l’économie mondiale s’est déplacé vers l’Est, les États-Unis essaieront par la coercition, la menace et la guerre d’empêcher cela, et l’UE essaiera par la coercition, la menace et la guerre d’empêcher cela.
Le centre de l’économie mondiale s’est déplacé vers l’Est, les États-Unis tenteront par la coercition, la menace et la guerre de l’en empêcher, mais en vain : nous entrons dans un monde multipolaire qui facilitera le développement de projets alternatifs, progressistes et révolutionnaires.
3.4 Épilogue pour les nazis ukrainiens
25. Les groupes nazis comme Azov avec 2500 membres ont été éclairés depuis 2014 en s’attaquant à la population russophone, leurs « actes sauvages » ont été passés sous silence en Occident ; mais lors de la bataille de la ville de Marioupol, il a été très surprenant qu’ils se soient enfermés dans l’aciérie protégée Azovstal et n’en soient plus sortis, jusqu’à ce qu’ils se rendent.
26. Nous avons ensuite assisté à la plus grande concentration au monde de personnes tatouées avec des symboles nazis. Cette milice, comme tant d’autres, est soutenue par d’autres milices européennes et américaines et par des groupes néo-nazis. Avec la libération de Marioupol le 20 mai 2022, il a été démontré que la « bravoure » de ces groupes n’était immense que lorsqu’il s’agissait d’attaquer des civils.
27. Certains des officiers d’Azov ont été emmenés en Turquie et le président Erdogan les a libérés en violation de l’accord, qui stipulait que la Turquie garantirait leur maintien en détention jusqu’à la fin de la guerre. Malgré ces détails, on peut affirmer que la Russie a atteint son objectif de détruire les forces fascistes ukrainiennes et que le deuxième objectif, la « démilitarisation » de l’Ukraine, est retardé en raison du soutien millionnaire de l’OTAN, qui est de l’ordre de 128 000 milliards d’euros.
28. Avec 40 000 de ces 128 milliards d’euros, on pourrait financer l’éducation universelle pour la majorité des enfants du monde. 32 milliards d’euros auraient pu financer 4 000 nouvelles universités. 50 milliards d’euros auraient pu financer la vaccination de tous les pauvres qui en ont besoin, ainsi que les soins de santé de base pour la plupart des pays. En termes d’infrastructures, 320 000 km d’autoroutes auraient pu être construits avec cette somme. Une autre possibilité est de bien utiliser cette somme : elle aurait pu servir à éradiquer complètement la pauvreté dans le monde ou à reboiser 65 milliards d’hectares, ce qui correspond à 4 fois la surface de la terre.
3.5 La lutte idéologique autour du fascisme
Trotski et l’accord tactique avec le nazisme
29. Le vol de Georgi Piatakov pour Oslo en décembre 1941 est la partie émergée d’un iceberg très surprenant : dans l’avion, un seul passager, un haut fonctionnaire soviétique, vice-ministre de l’industrie lourde et chef de l’opposition secrète contre-révolutionnaire au sein du PCUS.
30. Piatakov se trouvait à Berlin pour des raisons officielles et est allé secrètement rendre visite à Trotski, qui avait déjà été expulsé de l’URSS pour trahison.
31. Les nazis ont collaboré au transfert car il existait un accord tactique de collaboration entre les nazis et Trotski. Avant même la guerre, Trotski déclarait : « Quiconque prétend que si la guerre éclate, et que l’Armée rouge sera victorieuse, deviendra mon ennemi personnel. » Les années ont passé et les archives nous réservent de grandes surprises.
32. À cause de cette collaboration, le trotskisme en tant que courant politique s’est retrouvé complètement vaincu après la Seconde Guerre mondiale. L’URSS a vaincu le nazisme et les communistes, suivant les orientations de la Troisième Internationale, ont été l’épine dorsale de la résistance dans tous les pays occupés par l’armée allemande.
33. C’est Allen W. Dulles à la tête de la CIA qui relancera ce mouvement pour l’utiliser dans la lutte contre les pays socialistes. Les trotskistes n’ont jamais fait de révolution, mais ils se sont opposés à toutes.
34. La tentative de diviser la révolution cubaine en opposant Fidel et le Che est particulièrement embarrassante. Un magazine trotskiste uruguayen a publié que si le Che n’apparaît pas, c’est probablement parce qu’il est mort ou blessé sur ordre de Fidel, ce qui a alerté la CIA, ils ont répété « Où est le Che ? ». Nous voulons qu’il apparaisse ». Mais le Che était au Congo en train de soutenir la guérilla de Pierre Mulele et ils feront de même lorsque le Che partira pour la Bolivie en novembre 1966.
3.6. George Orwell, l’informateur anglais
35. La guerre civile espagnole a montré la vraie nature des différents courants politiques. Ce conflit, prélude à la Seconde Guerre mondiale, a été le creuset du meilleur comme du pire. Parmi les internationalistes anglais qui se sont battus, certains ont été recrutés comme espions au service de l’URSS pendant la guerre froide.
36. Mais d’autres ont trahi et le plus connu est George Orwell, qui sera un héros de la lutte idéologique contre le socialisme, décrivant le socialisme comme un système impitoyable, où chacun espionne et dénonce son voisin. Un intellectuel libéral dira qu’il avait le droit de renier sa phase antifasciste de jeunesse. Ce qui semble moins glorieux, c’est que selon des sources avérées, provenant de l’État anglais, Orwell établissait des listes noires pour la persécution d’intellectuels, d’artistes et de leaders qui étaient de gauche. Le montant versé dépendait de la qualité des dénonciations. Parmi les personnes dénoncées se trouvaient des amis et des connaissances à lui.
37. Parmi ceux qui ont partagé cette période avec Orwell et qui ont ensuite continué à servir l’URSS, il y a les fameux « Cinq de Cambridge ». De brillants intellectuels qui, malgré les pressions et les dénonciations de ces autres traîtres, ont continué à infiltrer l’impérialisme anglo-saxon et qui, comme Kim Philby et Guy Burgess, ont ridiculisé la CIA et le MI6 pendant de nombreuses années.
38. Orwell comme Trotski sont sortis du camp populaire et ont fini par servir l’impérialisme, le seul combat, auquel ils se sont réellement consacrés, a été de tenter de détruire, sans succès, l’Union soviétique.
3.7. Une dernière réflexion
39. Si l’on part du principe que, sous le capitalisme, la tendance à la concentration de l’économie à l’échelle mondiale est irréversible, alors quel modèle politique correspond le mieux à cette concentration économique ? Réponse : le fascisme, ce qui signifie que la période de démocratisme bourgeois sera une exception dans une longue perspective historique, et que la fascisation est le processus qui alimente cette transition.
40. Si 80 millions de voitures sont produites chaque année et que 30 millions ne trouveront jamais d’acheteur, cette surproduction est plus profonde que celle qui a été à l’origine de la crise après le krach de Wall Street en 1929, alors au sein du capitalisme, le seul moyen d’équilibrer l’offre et la demande serait une nouvelle grande guerre mondiale.
41. L’humanité n’a donc pas d’autre choix que de faire une révolution et de mettre fin au capitalisme avant que le capitalisme ne mette fin à l’humanité. Sinon, les générations futures seront confrontées à la crise économique, au fascisme et à la guerre. Seul le socialisme peut garantir l’amélioration économique des majorités, le bien-être et la paix.
IV. Le sionisme, une forme de fascisme ?
01. À l’époque de Jésus, alors que l’empire romain s’étend en Asie occidentale, la société juive est divisée entre les autorités qui collaborent avec les Romains (les Pharisiens) et celles qui s’y opposent, qui craignent d’être absorbées et de disparaître en tant que peuple. En réponse aux soulèvements, les Romains expulsèrent les familles impliquées dans la résistance, mais les pharisiens qui collaboraient restèrent en petit nombre, mais il y eut toujours des Juifs en Palestine.
02. En 636, le calife Omar a annexé les territoires de Syrie et de Palestine et la population s’est convertie à l’islam. Les juifs et les chrétiens ont pu rester à Jérusalem.
03. Selon la tradition et les préceptes, les musulmans doivent protéger les autres religions héritées d’Abraham. Il n’y a pas de Shoah dans le monde arabe, même si selon les pays et les époques, il y avait des manifestations d’antisémitisme.
04. Les juifs orthodoxes antisionistes considèrent que l’exil biblique les condamne à attendre le retour du Messie. Ces dispositions sont énoncées dans trois serments trouvés dans le Talmud de Babylone (Tractate Ketoubot 111a) :
1. Ils ne doivent pas tenter de forcer le retour en Israël avant la venue du Messie.
2. Ils ne peuvent pas se rebeller contre les nations qui les gouvernent.
3. Ils doivent éviter de susciter l’hostilité excessive des autres nations.
4.1 Theodor Herzl
05. Mais en 1896, en contradiction avec les principes de l’exil biblique, Theodor Herzl a posé les principes du sionisme politique :
1. La création d’un État juif indépendant : Les Juifs ont besoin de se protéger des persécutions qu’ils subissaient, notamment en Europe.
2. Autodétermination nationale : les juifs ont le droit de se gouverner entre eux.
3. Solution à l’antisémitisme : ils ne doivent pas essayer d’améliorer leur statut dans les pays où ils se trouvent. Cela suffisait pour mettre fin aux persécutions et aux discriminations.
4. Obtenir l’approbation internationale : la reconnaissance légale des nations était nécessaire et pour cela, ils devaient obtenir le soutien des grands empires, comme l’Empire ottoman par exemple.
5. Coloniser la Palestine : Herzl prônait une colonisation organisée par l’immigration de masse, l’achat de terres et la création d’infrastructures pour permettre le développement économique.
6. Laïcité : Herzl était antireligieux et envisageait une société laïque, séculière et moderne.
7. Unité du peuple juif : la réalisation de cet objectif nécessitait que les juifs du monde entier soutiennent le projet d’Herzl et c’est ainsi qu’en 1897, il organisa le premier congrès sioniste à Bâle, en Suisse.
06. Il y a un siècle, les habitants de la région étaient victimes de discriminations et d’injustices : l’immigration massive de Juifs a commencé à créer des problèmes car, avec l’appui de fonds étrangers, ils ont acheté les meilleures terres et ont eu le soutien des Britanniques – qui exerçaient le mandat convenu par la Société des Nations après le démembrement de l’Empire ottoman.
4.2 Mais y a-t-il eu un accord entre les sionistes et les nazis ? Oui, l’accord Haavara
06. Le 20 janvier 2015, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a grossièrement déformé l’histoire en affirmant que c’est le mufti de Jérusalem, Amin al Hussein, qui a donné à Hitler l’idée d’exterminer les Juifs d’Europe et qu’Hitler, jusqu’alors, avait seulement l’intention de les expulser d’Allemagne. Le mufti a demandé l’aide de l’Allemagne pour expulser les Britanniques de Palestine.
07. Depuis, la plaisanterie s’est institutionnalisée. Comment sais-tu si Netanyahou ment ? Quand il bouge les lèvres…
08. Selon les archives du ministère allemand des Affaires étrangères, Amin al Hussein a demandé du soutien pour lutter contre l’Angleterre, qui contrôlait alors la région. Sans jamais faire référence à l’extermination des juifs. En Palestine, à cette époque, les immigrants sionistes avaient déjà commencé à attaquer les habitants locaux.
09. L’accord Haavara a été signé en août 1933 entre la Fédération sioniste d’Allemagne, la Banque (juive) palestinienne et les autorités économiques de l’Allemagne nazie, afin de faciliter l’émigration des Juifs allemands en Palestine.
10. Ce pacte est une collaboration entre les autorités nazies et la première organisation sioniste au monde, créée par Theodor Herzl, qui a permis à 60 000 Juifs d’émigrer d’Allemagne en Palestine.
Mais qu’est-ce qui a motivé l’accord de Haavara ? Un intérêt commun : les sionistes avaient besoin que les Juifs s’installent en Palestine et les nazis voulaient que les Juifs allemands quittent le pays. L’un des volets de l’accord prévoyait le transfert de capitaux de l’Allemagne vers la Palestine.
11. Parallèlement à l’accord, les membres de la milice paramilitaire juive Hagana devaient recevoir une formation militaire de la part des SA allemands (Storm Troopers, Sturmabteilung). On ne sait pas si la Hagana a effectivement reçu cette formation. Quoi qu’il en soit, la Hagana deviendra plus tard les Forces de défense israéliennes, les FDI, liées au « sionisme de gauche ».
12. Bien qu’une formation paramilitaire ait fait partie des négociations, aucun document n’a été trouvé pour le prouver. Le but de cette formation était de renforcer les milices juives afin de déplacer la population palestinienne.
Une autre information pour laquelle les dossiers manquent est la capture du génocidaire nazi Adolf Eichmann en 1960, prétendument parce qu’il s’apprêtait à donner une nouvelle interview au magazine Life, pour révéler les liens entre le régime nazi et d’importantes personnalités sionistes.
13. y a-t-il eu des juifs qui se sont opposés aux accords avec les nazis ? Oui. L’opposition à l’accord était considérable dans les communautés d’Allemagne et du monde entier. Les juifs communistes et antisionistes considéraient que faire des affaires avec les nazis, alors qu’ils avaient déjà commencé la persécution des juifs, était inacceptable. Le Congrès juif mondial s’est opposé à cet accord parce qu’il avait déjà lancé le boycott des produits allemands et que cet accord neutralisait la campagne.
14. D’un autre côté, des sionistes comme David Ben-Gourion ont vu dans cet accord la possibilité de sauver des vies et de renforcer l’immigration en Palestine.
4.3 Les Juifs et la révolution
15. Les Juifs soumis à un régime de persécution séculaire en Europe de l’Est étaient attirés par les idées révolutionnaires.
16. Cette tendance s’est renforcée depuis la Révolution en France, qui leur a donné pour la première fois des droits de citoyenneté et une égalité (théorique) devant la loi. En contrepartie, ils ont dû déclarer un patronyme définitif et ne pas en changer à chaque déménagement, comme c’était la coutume jusqu’alors, pour éviter le harcèlement des autorités.
17. Lors de la révolution russe, il y avait dans le premier gouvernement d’importants dirigeants ou ministres juifs comme Grigori Zinoviev, Yakov Sverdlov, Lev Trotski, Moisei Urisky ou Felix Dzerzhisky, etc. 20 % des ministres et hauts fonctionnaires du nouveau gouvernement soviétique étaient juifs. Cette origine ne jouait aucun rôle car ils se considéraient avant tout comme des militants d’une cause.
18. La propagande hitlérienne et nazie des années 1930 parlait de « judéo-communisme » ou de « judéo-bolchevisme », associant juifs et communisme.
4.4 Le parti Bund
19. Le parti Bund des Juifs de Russie, de Pologne et de Lituanie était très important et bien établi. Allié aux bolcheviks, il a ensuite perdu de son influence. Une partie absorbée par le PCUS et une autre dans l’opposition, il a souffert des mauvaises élections, de la guerre et de la Shoa.
20. Le parti Bund était un parti antireligieux opposé au sionisme et considérait les rabbins comme un facteur d’arriération.
21. Le parti Bund a participé activement au deuxième congrès du parti ouvrier social-démocrate russe (POSDR), qui s’est tenu à Bruxelles en 1903. Lors de ce congrès, le Bund a fait une proposition essentielle sur la structure organisationnelle du POSDR en ce qui concerne la question nationale juive.
22. Selon eux, le parti devait être structuré en sections représentant les différentes nationalités au sein de l’Empire russe. Le Bund a demandé à être reconnu comme le seul représentant de la classe ouvrière juive au sein du parti. Les Juifs constitueraient une nationalité distincte au sein de l’Empire et devraient donc avoir une représentation politique autonome au sein du mouvement socialiste.
23. La proposition du Bund a été rejetée par la majorité du POSDR, tant par la future aile bolchevique que par l’aile menchevique. En outre, Lénine soutenait que le parti devait rester centralisé et ne pas s’appuyer sur des critères ethniques ou nationaux pour son organisation.
24. Le rejet de la proposition du Bund reflétait la position internationaliste du POSDR, qui considérait que la lutte des classes devait primer sur les identités nationales, ethniques ou religieuses. Malgré cette scission, le Bund est resté une force importante, notamment dans la classe ouvrière juive d’Europe de l’Est.
25. Les tensions entre le nationalisme et la construction du POSDR et de l’URSS ont commencé en 1903, mais sont réapparues à de nombreuses reprises après la prise du pouvoir en octobre 1917.
26. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les communistes juifs ont participé à la résistance dans tous les pays occupés. Malgré leur prestige à la fin de la guerre, cela n’a pas empêché la manifestation dans la société soviétique, à des degrés divers, d’un vieil antisémitisme structurel remontant à la période féodale.
27. L’antisémitisme était particulièrement féroce en Pologne et dans les pays baltes ; en Lituanie, par exemple, 90 % de la population juive a été éliminée. La particularité est que la population lituanienne a commencé le progromos avant l’arrivée des nazis allemands et a collaboré avec eux pour poursuivre le génocide.
4.4 Comment l’Union soviétique a-t-elle fini par soutenir la formation de l’État sioniste ?
Staline n’était pas favorable à la création d’un État sioniste, mais il était minoritaire et des mouvements contradictoires complexes agitaient la société soviétique.
29. Polina Zhemchúzhina était l’épouse de Viatcheslav Mólotov, l’éminent dirigeant et homme d’État bolchevique. Zhemchúzhina était elle-même commissaire de village pour l’industrie de la pêche. Sa sœur s’est installée en Israël dans les années 1920 et l’a influencée au point qu’elle est devenue une sioniste convaincue. Lorsque Golda Meir a été nommée ambassadrice à Moscou, elle s’est liée d’amitié avec Zhemchúzhina, qui était déjà une fervente partisane de la création d’un État sioniste en Palestine. Lors d’une cérémonie diplomatique à Moscou, en violation du protocole, Zhemchúzhina s’est exprimée en yiddish.
30. L’accueil de Golda Meir à Moscou a été tonitruant car il s’inscrivait dans le cadre de la solidarité avec les survivants de la barbarie nazie.
31. Les propagandistes du sionisme ont utilisé la pitié suscitée par la Shoah pour imposer des critères, ce qui a conduit à de graves erreurs et injustices envers le peuple palestinien. Ces critères ont été établis sur la base de questions qui se sont posées à l’époque :
1. que faut-il faire pour éviter que la Shoah ne se répète ?
2. où, en dehors de l’Europe, pourrait-on créer un foyer pour les Juifs ?
Le sionisme répondra que pour éviter une répétition, il faut un État national juif en Palestine. Il s’agira d’un État ethno-confessionnel colonialiste qui se transformera en un État génocidaire.
32. Les juifs orthodoxes antisionistes dénoncent cette appropriation et estiment que le sionisme a manipulé la pitié pour les juifs afin de créer un État cruel et injuste. Que loin de créer un foyer sûr, un havre de paix pour les Juifs, le sionisme sème la haine et la discorde. Que là où il n’y a pas d’antisémitisme, le sionisme le crée, suscitant l’antipathie et la haine envers les Juifs.
33. L’activité sioniste de la femme de Molotov a eu du succès dans certains milieux, mais a fini par créer des troubles dans d’autres et lui a coûté une peine de 5 ans de travaux forcés. À sa libération, elle a posé des questions sur Staline et s’est évanouie en apprenant sa mort.
34. « Cosmopolites sans racines » : certains intellectuels étaient considérés comme antipatriotiques, animés par des identités particulières sans loyauté envers l’Union soviétique, et étaient persécutés, accusés d’être des ennemis de l’État.
35. Ce climat dégénérait souvent en accusations infondées et en condamnations injustes. La société soviétique souffrait d’un antisémitisme ancien qui, comme le racisme, résiste aux idées nouvelles, se nourrit de préjugés et réapparaît en temps de crise.
36. Finalement, le point de vue de Staline ne l’a pas emporté et l’URSS a reconnu le nouvel État sioniste, reflétant les processus internes contradictoires de la société et du pouvoir soviétiques, avec la montée d’un bloc quelques années plus tard qui désavouerait les enseignements de la Révolution d’Octobre et ouvrirait un processus de décomposition interne qui ferait du PCUS lui-même un agent du rétablissement du capitalisme.
4.5 Poutine et Israël
37. Le système antiaérien russe S-400 du port syrien de Tartous est équipé du radar 91N6E qui couvre toute l’activité aérienne israélienne, alors pourquoi les avions qui attaquent en Syrie, au Liban, en Irak ou en Iran ne sont-ils pas interceptés ? Quelques indices pour élucider le mystère…
38. À l’époque de l’URSS, il y avait trois millions de juifs. En Israël aujourd’hui, y compris la progéniture, il y a environ 1,5 million de citoyens juifs d’origine russe ou soviétique. La génération qui a quitté l’URSS entre 1970 et 1990 en vertu de la « loi du retour » s’est vu accorder la citoyenneté israélienne, mais a conservé la nationalité russe. Beaucoup de ces immigrants ont prospéré en tant qu’hommes d’affaires et d’autres en tant que politiciens, notamment le parti politique Israel Beitenu, qui représente les intérêts de la communauté russe. Parmi les dirigeants les plus connus d’origine soviétique ou russe : Avigdor Lieberman, Natan Sharansky, Yuli Edelstein, Ze’ev Elkin, Sofa Landver, Moshe Arens, Yosef Shagal, Stas Misezhnikov, etc.
39. Les immigrants juifs russes en Israël constituent un pouvoir qui fonctionne sur la base de bonnes relations avec la patrie.
40. La Russie a hérité des relations de l’URSS et le monde arabe a été une arène importante de son influence ; avec Israël d’une part et l’Axe de la Résistance d’autre part, la diplomatie russe joue un rôle d’équilibriste, préservant toujours ses intérêts, qui sont contrés par les États-Unis et ses alliés européens.
41. Historiquement, il y a eu une coopération avec Israël dans divers domaines, mais au cours des 10 dernières années, les plus grandes dynamiques dans la région ont été avec l’Iran et la Syrie, et en dehors de la région avec la Chine.
42. La visite du chef du Hamas Moussa Abou Marzouk le 16/03/2023 à la tête d’une délégation montre que si la Russie ne soutient pas publiquement l’action du Hamas, elle ne la désapprouve pas non plus ; elle continue d’exprimer son soutien à la cause palestinienne et garde un pied dans l’Axe de la Résistance.
43. Ce double alignement – entre Israël et l’Axe de la Résistance – est également dû à la croissance des BRICS et à la formation de deux camps internationaux dans le sillage de l’opération spéciale en Ukraine.
44. La Russie, qui a fait l’objet de plus de 28 500 sanctions entre le début de l’Opération spéciale en 2022 et 2024, ne peut pas se permettre d’être isolée. Le nombre de sanctions dépasse celui des sanctions imposées par les États-Unis au Japon pendant la Seconde Guerre mondiale.
45. La Russie a besoin de ses alliés de l’Axe de la résistance, des BRICS et des pays d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie qui n’appliquent pas les sanctions que les États-Unis voulaient qu’ils appliquent contre la Russie.
46. Comme dans un mouvement lent mais irréversible, l’Axe mondial contre l’impérialisme américain prendra forme.
5. La bataille de Gaza
5.1 Les répercussions internationales
47. La bataille de Gaza confronte l’entité sioniste et la résistance palestinienne, la première avec le soutien des pays de l’OTAN et des régimes vendus de la région ; la seconde avec l’Axe de la résistance composé de la Syrie, de l’Iran, des Houthis du Yémen, du Hezbollah du Liban et de l’Irak, des Forces de mobilisation populaire de l’Irak (Hachad al-Chaabi) et d’une dense nébuleuse de milices et de partis d’orientation baasiste, gauchiste, non-confessionnelle, chiite ou sunnite.
48. La résistance palestinienne a suscité un vaste mouvement de solidarité humaine et politique dans le monde, qui est descendu dans la rue pour dénoncer le génocide et soutenir le peuple palestinien.
49. Toute une nouvelle génération révolutionnaire a pris ses premières armes militantes et radicales pour soutenir la résistance palestinienne.
50. de nombreux pays ont également exprimé leur solidarité avec la cause palestinienne malgré la forte pression de la diplomatie de l’OTAN, comme l’Afrique du Sud. Parmi eux, beaucoup en Amérique latine, avec en première ligne le Venezuela, la Bolivie, Cuba, le Nicaragua et la Colombie.
51 De nombreux gouvernements despotiques du monde arabe s’accommodent du sionisme et tentent de normaliser leurs relations avec l’entité sioniste, mais se heurtent à la colère de la rue en solidarité avec Gaza. Les accords d’Abraham, signés par les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Soudan et le Maroc, étaient censés ouvrir un vaste mouvement de normalisation, mais la multiplication des manifestations compromet leur mise en œuvre et refroidit les revendications des autres pays qui entendaient suivre cette voie de la trahison de la cause palestinienne.
52. La vente de matériel iranien à la Russie pour affronter l’Ukraine a renforcé les relations entre les deux nations. Ils ont acheté trois modèles de drones kamikazes et de missiles balistiques, ce que l’Union européenne a dénoncé le 9 septembre 2024, attisant d’éventuelles nouvelles sanctions. L’Iran a réfuté ces accusations, tandis que la Russie ne s’est pas exprimée.
53. Ainsi, dans le contexte du renforcement des BRICS, de la montée en puissance de la Chine, de l’affaiblissement des États-Unis et de la libération prochaine de Donetsk, l’incapacité de l’entité sioniste à reprendre l’initiative à Gaza épuise le camp occidental.
5.2 Contexte de la persécution du peuple palestinien
54. Les juifs sionistes ont déjà commencé à occuper la Palestine avant que Herzl ne crée son mouvement. La première Aliyah (immigration) date de 1882 et a permis à 25 000 immigrants de s’installer, et lors de la deuxième Aliyah, entre 1904 et 1914, 40 000 autres sont arrivés.
55 Trois grandes organisations ont financé les nombreuses vagues d’immigration sioniste : le Fonds national juif, l’Organisation sioniste mondiale et le Fonds d’installation juive.
56. À cette époque, la Palestine est sous mandat et les propriétaires ottomans, qui vendent leurs terres, déplacent la population palestinienne, créant d’innombrables tensions. Les nouveaux arrivants ont les moyens financiers d’améliorer les infrastructures et les services, dans l’espoir d’attirer d’autres immigrants et de développer l’activité économique.
57. La préservation de la terre et de l’identité devient une priorité pour les Palestiniens.
58. L’éminent historien Ilian Pappe a fait des recherches sur le nettoyage ethnique comme base de la colonisation de la Palestine et de la création de l’entité sioniste. Selon ses travaux, plus de 530 villages et établissements humains ont été détruits. Cette recherche démonte le mythe selon lequel Israël a été fondé sur « une terre sans peuple, pour un peuple sans terre ».
5.3 De la révolte de 1920 à la Seconde Guerre mondiale
59. Cette dynamique conduit à une série de soulèvements et d’affrontements, à commencer par la Révolte de 1920. Les causes de ce soulèvement sont :
1. Le rejet du mandat britannique, en raison de son caractère d’occupation et en raison de la déclaration Balfour de 1917, l’engagement de trouver un foyer national pour les Juifs.
2. Opposition à l’immigration sioniste, synonyme de violence et de vol de terres.
3. Les revendications nationales : qui demandent l’expulsion des deux forces étrangères qui ont envahi le pays et qui remettent en cause la survie de la nation palestinienne.
60. Les soulèvements de Jaffa et de Jérusalem ont été violemment réprimés, entraînant des dégâts et des victimes importants.
61. Les Palestiniens s’organisent en milices pour se protéger des milices sionistes, et dans les deux camps, l’idée qu’une victoire militaire est possible s’installe.
62. Lors du soulèvement arabe (1920), la répression fait une douzaine de morts et des centaines de blessés. Cet événement a signifié aux Palestiniens que l’occupation de leur pays se ferait par une violence extrême. Certains sionistes de gauche qui imaginaient une cohabitation avec les habitants locaux ou qui pensaient que la vie communautaire dans les kibboutz les rapprochait des Kolkhozes soviétiques ont dû déchanter face à la terrible réalité de l’occupation coloniale de la Palestine. On ne se crée pas un paradis en créant un enfer pour les autres.
63. Première Intifada (1936-1939) On assiste à une augmentation de la violence et de la répression, ce qui provoque des déplacements ; de moins en moins temporaires. Cependant, le nombre de personnes déplacées dans cette phase n’est pas aussi élevé par rapport aux événements de 1948. Mais quelque 5 000 personnes qui ont résisté au vol de terres ou de maisons ont été tuées.
5.4 Pendant la création de l’entité sioniste (1947-1949)
64. Avant la proclamation de l’État d’Israël (mai 1948), on estime que 100 000 à 150 000 Palestiniens avaient déjà été déplacés par la violence et la guerre.
65. Les opérations des milices sionistes deviennent massives. Selon Pappe, 15 000 Palestiniens ont été tués et environ 700 000 ont été expulsés de chez eux. Cet exode a eu lieu dans le contexte de la guerre entre les forces israéliennes et les forces arabes des pays voisins, et s’est déroulé en combinant les expulsions forcées, la peur et la violence. Au total, entre 1947 et 1949, 850 000 Palestiniens ont été déplacés par la violence sioniste.
5.5 Après la guerre de 1948 (1949-1967)
66. Pendant cette période, les Palestiniens déplacés ne sont pas retournés chez eux et se sont installés dans des camps de réfugiés dans les pays voisins comme la Jordanie, le Liban et la Syrie, ainsi que dans la bande de Gaza et en Cisjordanie. Le nombre de personnes déplacées supplémentaires au cours de cette période a été relativement faible par rapport à la période de 1948, mais les déplacements se sont poursuivis en raison des tensions et des conflits persistants.
5.6 Après la guerre des six jours
67. Israël s’est emparé de la Cisjordanie, de Jérusalem-Est et de la bande de Gaza. Dans ce contexte, environ 300 000 Palestiniens ont été déplacés, soit à cause des combats, soit à cause de la politique israélienne de colonisation et de contrôle militaire. Beaucoup de ces déplacés ont été évacués ou contraints de fuir les régions qui sont devenues des zones de conflit.
68. Le déplacement des Palestiniens a eu un impact durable sur la région et reste l’une des questions les plus controversées et les plus douloureuses du conflit israélo-palestinien. Les réfugiés palestiniens et leurs descendants continuent de faire face à des défis importants et la question du retour reste une revendication palestinienne centrale.
5.7 Comprendre la nature du projet sioniste
69. L’installation d’une population dans un autre pays sous prétexte que sa famille y vivait il y a 2 000 ans est absurde, car si ce droit est reconnu, alors quel droit aurait-elle envers ceux qui ont été expulsés par la violence ou le chantage et qui ont toujours la clé de leur maison ?
70. Le sionisme n’est pas le résultat de la Shoah. Lorsque le premier congrès sioniste s’est tenu à Bâle, Hitler avait deux ans et sa moustache n’avait pas encore poussé.
71. Le judaïsme est une religion sainte et multimillénaire ; le sionisme, quant à lui, est un mouvement politique de la fin des années 1800, teinté de mépris pour le monde religieux dont il se veut le représentant. Son programme consiste à transformer une religion présente dans 134 pays en une nationalité, à occuper un pays et à assassiner ses habitants pour leur voler leur maison ou les condamner à l’exil. Ce projet est inacceptable pour le judaïsme.
5.8 Deux aspects différents sont à la base du projet sioniste.
Le colonialisme
72. Occuper un territoire de façon permanente et soumettre la population locale, c’est du colonialisme.
73. Le racisme est une composante de l’idéologie coloniale, pour coloniser un peuple, il faut le considérer comme inférieur.
74. Détruire 530 villages pour ensuite apprendre aux écoliers qu’il n’y avait rien avant est caractéristique de ces systèmes de croyances coloniales.
75. Détruire ou endommager tout ce qui peut servir à améliorer le quotidien de la population civile est un moyen de forcer le peuple palestinien à accepter son sort avec résignation.
76. Le mépris de la vie des colonisés est un phénomène de déshumanisation propagé par les autorités sionistes : empêcher, par exemple, une femme enceinte de se rendre à l’hôpital pour accoucher dans des conditions normales.
77. Marquer l’oppression coloniale à chaque instant de la journée, comme contaminer les fontaines d’eau potable avec de l’eau de mer, de sorte que lorsque tu bois un café, on te rappelle l’oppression que tu as subie et qui l’a commise.
78. Violer l’intimité du foyer : contrôles nocturnes, réveil des enfants, présence armée.
Fascisme
79. Le régime sioniste est un hybride, démocratique bourgeois pour les Juifs et un État fasciste pour les Palestiniens.
80. Pour les « Arabes israéliens », lisez les Palestiniens de l’État sioniste, un régime qui combine les 2 précédents, ils ont plus de droits que les Palestiniens de Gaza, mais moins qu’un immigré juif qui vient d’arriver de Buenos Aires et qui n’a jamais mis les pieds au Moyen-Orient.
5.9 « Torture-land » – l’horreur transformée en industrie nationale d’exportation.
81. En 1973, au début de la dictature, les forces de sécurité ont sous-traité la formation des gardes du corps du dictateur, et les Israéliens leur ont également proposé une formation à la torture. Pour cela, ils ont utilisé des Palestiniens innocents pour exercer les différentes techniques de destruction de l’individu.
Les instructeurs ont été surpris de voir que les Chiliens préféraient rester après les heures de divertissement, torturant pour le plaisir.
82. En Argentine, de nombreux juifs révolutionnaires et comme 30 000 autres militants ont été assassinés sous la torture et leurs corps ont disparu. Les familles de ces Juifs ont demandé le soutien d’Israël pour les sauver, mais les sionistes n’ont pas aidé à les sauver. Cela montre que plus important que l’appartenance ethnique, l’État sioniste se sentait plus engagé dans la lutte contre-révolutionnaire et n’était pas sensible au fait de sauver ces juifs persécutés et torturés.
83. Les allégations contre l’École des Assassins, où les agents de renseignement et de répression latino-américains étaient formés au Panama puis à Fort Benning, ont diminué le nombre de soldats et de policiers en formation, obligeant les assistants militaires à partir dans les pays en conflit. Les assistants israéliens ont fait de même et sont partis en Colombie ou en Amérique centrale.
84. Les assistants militaires israéliens étaient d’anciens responsables militaires qui ont pris leur retraite pour éviter de compromettre les organismes officiels et ont fondé des agences privées pour vendre leurs services. Il s’agissait d’une tactique légale pour éviter de compromettre l’État sioniste, mais en réalité, ces services et agences faisaient partie du paquet officiel qui comprenait les ventes d’armes, la formation militaire officielle pour les armées et la police. Vente de matériel d’espionnage électronique, et maintenant d’espionnage informatique.
85. La Colombie, avec 60 ans de lutte armée révolutionnaire, a été le principal bénéficiaire de l’aide militaire officielle et clandestine d’Israël. Au début de l’actuelle bataille de Gaza, le gouvernement de Gustavo Petro voulait rompre immédiatement les relations diplomatiques, mais l’a reporté lorsqu’il a appris que 80 % de l’aviation militaire et civile colombienne risquait d’être clouée au sol à cause du matériel israélien de contrôle du trafic aérien. Il a finalement rompu les relations diplomatiques avec l’État sioniste et en soutien au peuple palestinien.
86. Après le triomphe révolutionnaire des sandinistes au Nicaragua en 1979, la principale tâche de l’impérialisme américain a été de maintenir les dictatures militaires en Amérique latine et d’empêcher les triomphes révolutionnaires au Guatemala et au Salvador. Dans cet effort, le rôle des assistants militaires israéliens sera fondamental.
87. Conclusion 1 : les ventes d’armes israéliennes sont légales, mais l’assistance à la contre-insurrection est clandestine. Mais les deux vont de pair. La qualité de la formation à la torture résulte de son utilisation massive et méthodique contre le peuple palestinien. La torture est la marque de fabrique de l’État sioniste et exprime son caractère fasciste.
88. Conclusion 2 : Le sionisme projette sa politique fasciste dans la lutte contre les mouvements populaires et les forces révolutionnaires en Amérique latine et dans d’autres pays où il vend des technologies de répression et de contrôle de la population. Ce n’est pas une coïncidence si Milei est anticommuniste et sioniste. Ce n’est pas un hasard si les 9 candidats de l’opposition vénézuélienne aux élections du 28 juillet 2024 sont tous anticommunistes et sionistes et soutiennent le génocide du peuple palestinien.
89. Conclusion 3 : L’État israélien est colonialiste depuis sa création dans les années 1920 et utilise des méthodes fascistes parce qu’elles sont nécessaires pour faire face à la résistance du peuple palestinien.
90. L’État sioniste est la dernière colonie et est fasciste dans la mesure où il utilise une force extrême et disproportionnée contre le peuple originel de Palestine.
91. La bataille de Gaza est la première d’une série de batailles qui se termineront par la libération totale de la Palestine « du fleuve à la mer ». L’État palestinien reconstitué englobera tous les peuples qui ont originellement habité la Palestine, y compris les Juifs. Les Juifs, dans la tâche de se libérer de la tutelle du sionisme, doivent se joindre aux Palestiniens.
93. La bataille de Gaza cristallise la lutte mondiale contre le fascisme et c’est donc un devoir internationaliste de redoubler notre soutien, un an après son début le 7 octobre.
Nous saluons le peuple du Venezuela, le PSUV dans son exemple de lutte contre l’opposition qui veut détruire la révolution bolivarienne pour instaurer un régime fasciste.
Recevez nos félicitations reconnaissantes pour le succès du Congrès mondial contre le fascisme, le néo-fascisme et autres expressions similaires. Caracas, Venezuela du 10 au 11 septembre 2024.





