Document à débattre
Aujourd’hui, la faillite du régime traditionnel haïtien est une évidence qui s’impose.
G.G
Les peuples sont des arbres, ils fleurissent malgré la mauvaise saison.
Jacques Stephen Alexis
Compte tenu du niveau atteint par la crise globale et considérant qu’il est clairement prouvé que « ceux d’en haut ne peuvent plus et ceux d’en bas ne veulent plus », il existe aujourd’hui des tâches indispensables pour les secteurs populaires et leurs alliés.
- Ceux d’en haut. Les classes dirigeantes : bourgeoisie d’affaires de tout type (import-export, sous-traitance, bancaire etc.) et les couches supérieures de la bureaucratie d’Etat (ministres, sénateurs, députés, consultants etc.) sont incapables de vivre et de diriger comme avant ;
- Ceux d’en bas. Les classes populaires : paysans, ouvriers, artisans, sous-prolétariat urbain, petite bourgeoisie urbaine (dans ses différentes composantes) ne veulent plus continuer à vivre comme avant. Elles aspirent à la disparition d’un régime social dont elles subissent plus que jamais le poids des iniquités.
Ce système social obsolète est vigoureusement dénoncé et souvent ouvertement combattu par les masses, quoique de manière désordonnée ou anarchique.
- Les classes dominantes traditionnelles commencent à prendre conscience depuis un moment, de l’impasse dans laquelle elles se trouvent enfermées. Voilà pourquoi depuis quelque temps, un fort secteur d’entre elles cherche un replâtrage du système social en décomposition. Un contingent substantiel de la petite bourgeoisie urbaine leur emboîte le pas, en évacuant les problèmes de fond, avançant un projet de réformes qui cherche toujours la bénédiction des tuteurs étrangers notamment les Américains. De là, l’Echec cuisant du mouvement dirigé par le groupe des 184 à la chute d’Aristide en 2004 et le piétinement de la dite opposition aujourd’hui.
4-Au plan conjoncturel, il est tout aussi clair que tant l’actuel chef d’Etat Jovenel Moïse que son Premier Ministre Jean Henry Céant ne contrôlaient presque rien, hier. Aujourd’hui, le pouvoir cache sa faiblesse et l’absence d’appui populaire, derrière le paravent d’une partie du sous-prolétariat gangstérisée et la répression multiforme. Comme résultat de l’effondrement de l’Etat des nantis, toutes les institutions haïtiennes sont dysfonctionnelles. La situation générale de désorganisation du pays, l’arrêt prolongé et récurrent de l’approvisionnement en eau et carburant, le blocage généralisé et pendant plusieurs jours des routes inter et intra urbaines, la fermeture prolongée de la plupart des écoles à Port-au-Prince, signifient l’impuissance totale des pouvoirs publics. La réussite totale de la grève décrétée par les syndicalistes la semaine dernière, démontre on ne peut plus clairement, le rejet de la part de la population, de ce pouvoir anti-peuple.
Cette mise hors jeux, expression d’un stade avancé de la crise de l’Etat interpelle toutes les forces revendicatives.
5-La crise telle qu’elle s’offre à nous aujourd’hui présente plusieurs facettes :
- C’est une lutte acharnée entre des clans du secteur des affaires pour le partage des privilèges et des prébendes et une mésentente sur la manière de continuer à les gérer en replâtrant le système;
- Une bataille tantôt sournoise tantôt ouverte entre des clans de politiciens se recommandant aux secteurs des affaires et aux tuteurs étrangers, et se présentant comme aptes à débloquer la crise ;
- Une révolte populaire contre les conditions abjectes de vie, le chômage et l’absence de perspective induisant le désespoir. Les masses populaires exigent un changement radical de système. Les piliers désignés sont : la bourgeoisie d’affaires (l’oligarchie haïtienne), les politiciens traditionnels et leurs tuteurs. C’est la toile de fond de la crise.
- Une instrumentalisation du désespoir, de la misère et de l’absence de perspectives d’avenir du lumpen prolétariat, dont une fraction s’est convertie en G-9. Au service de la classe du Vrai Pouvoir d’Etat.
Les révolutionnaires haïtiens, les vrais patriotes ont depuis longtemps compris qu’il n’y aura pas de progrès pour Haïti, pas d’émancipation pour les masses populaires, sans le démantèlement du système social qui a conduit notre pays au bord du gouffre.
Système socio-économique fondé sur les rentes multiples (agricole, foncière, spéculation bancaire,) capture d’une part substantielle de l’argent de la diaspora envoyée au pays par des mesures diverses, coûts prohibitifs de l’éducation, des soins de santé, du logement… multiplication insupportable des bidonvilles et de l’habitat précaire sans aucun service ; surexploitation des ouvriers et ouvrières dans les usines de sous-traitance et mauvaises conditions de travail ; chômage massif évalué à environ 60%; abandon réel ou saupoudrage de l’agriculture et de l’élevage, désastre environnemental, puis effondrement total de l’économie agricole et industrielle entraînant un déséquilibre sans précédent de la balance des paiements, couplé à des importations massives et une absence totale de protection de l’agriculture et des industries nationales. Pourtant, des fortunes grossissent, d’autres s’érigent en un clin d’œil, et dans cet océan de misère surgissent avec impudence et imprudence des ilots de richesse. Quelques millionnaires doublent leur fortune, tandis que le gros de la population s’enfonce dans la misère et la crasse.
Sur le plan politique, les couches dominantes essayent encore de rafistoler un système moribond et comptent sur la dite communauté internationale pour les élections-sélections et le maintien de leur domination durement affaiblie mais encore debout grâce à l’Union européenne, les Américains et autres alliés.
Cependant, les noyaux révolutionnaires se sont révélés jusqu’ici incapables d’articuler les stratégies et les méthodes appropriées pour mobiliser et orienter la bataille des masses populaires et leurs alliés.
Il faut reconnaître ses erreurs et ses faiblesses afin de rectifier le tir.
Dans la conjoncture actuelle et pour sortir de l’impasse, nous devons marier réflexion et action de manière dialectique.
Il faut donc établir les tâches urgentes et s’engager dans leur réalisation, tout en poursuivant le processus de débats et de discussions pour éclairer notre chemin.
QUE FAIRE ET COMMENT FAIRE ?
Les révolutionnaires et patriotes haïtiens doivent se démarquer du discours pseudo légaliste, qui concentre ses analyses sur l’échéance du mandat présidentiel, alors que les revendications profondes de millions d’haïtiens, paysans, ouvriers, artisans, chômeurs, petites marchandes, professionnels… sont rarement évoquées. Comme si ces violations outrageuses de la constitution et des droits du peuple haïtien avaient trop peu d’importance.
Il importe de commencer à structurer dans les 10 départements les embryons du pouvoir démocratique et populaire.
Il s’agit pour les citoyens les plus conscients et les plus déterminés de préparer l’avènement d’un pouvoir politique alternatif.
a-Au niveau de la section, la première tâche est liée à la canalisation des revendications de la zone. Aux débats sur la crise et les changements indispensables. Il en sera de même pour la commune. Il faut former et informer ; expliquer clairement les diverses situations et positionnements. Définir des tâches simples, utiles et urgentes eu égard aux circonstances. Utiliser les radios communautaires, les rassemblements populaires pour informer.
b- Là où il existe des casecs et des maires progressistes, les inclure dans la structure. Etablir des liaisons étroites avec les organisations paysannes, les syndicats de travailleurs, les coopératives et toutes les associations travaillant réellement au bénéfice de la communauté.
Détecter les fonctionnaires publics et les cadres honnêtes désireux de servir. Voir quel type d’appui ils peuvent fournir.
c- Les associations paysannes devraient travailler de manière solidaire et penser avec l’appui de cadres patriotes, les stratégies de production et de commercialisation dans un contexte difficile.
d-Réfléchir aux diverses formules d’entraide et aux solutions pratiques. Par exemple, la question du transport, de l’approvisionnement. En cas de pénurie de carburant, les chevaux, mulets, bourriques sont plus appropriés. Faire appel à tout moment aux pratiques positives, au savoir faire et à la sagesse de la population pour faire face aux difficultés et construire des alliances sur une base solide.
e- Faire usage du troc quand le numéraire n’est pas disponible.
e- Renforcer la solidarité avec ceux et celles qui ont le plus de difficulté.
f- Créer/renforcer des coopératives de production et de commercialisation là où c’est possible;
g- Proposer des programmes de formation et d’information sur les radios communautaires. Conseils notamment en santé. En protection civile pour prévenir les désastres.
h- Avancer ensuite avec une structure intercommunale, puis départementale.
Il est absolument indispensable de faire comprendre à tous les citoyens, tous les membres de la population que:
- La bataille sera longue, et sans doute douloureuse ;
- il faut des alliés qui peuvent faire avancer cette bataille ;
- sans discipline nous n’irons nulle part ; l’anarchie ne paie pas.
- 100 personnes organisées et disciplinées sont plus efficaces au combat que 10 000 personnes qui s’agitent comme des fourmis folles.
- Pour gagner la bataille du changement véritable, il faut des hommes et des femmes déterminés, généreux, dévoués à la cause des masses populaires et politiquement clairs, relativement au changement total du système.
Sonny Désormeaux
23 février 2019
Acualisé en 2020
N/B Nous pensons que ces genres de textes, nous permettent de voir combien qu’à un certain moment, nous n’avions nullement peur d’exposer des idées pour en débattre.
Monsieur Sonny n’est pas un militant du NPCH. Ce texte est sa propriété privée.
Vania Lubin, Marie Claire, Lusita et Louisjen





