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Subject: Fw: Le pays en dedans
Date: Wed, 8 Dec 2004 10:57:19 -0800
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Éditorial LE MATIN du=8 décembre 2004
Le pays en dedans
Par Claude Moïse
Je considère que je bénéficie d’un privilège de faire partie de la Commission présidentielle de célébration du bicentenaire. D’être partie prenante du choix qui consiste à tourne le dos au flonflon patriotard traditionnel pour entreprendre une longue marche dans le pays profond. De pouvoir discuter de la meilleure façon possible d’atteindre les hommes et les femmes au premier niveau où se joue leur destin : la commune, les 142 communes. De chercher à comprendre leur vision de l’héritage qui nous a été légué. De confronter nos interprétations respectives du message de nos ancêtres. Voilà ce à quoi nous nous engageons depuis plus de deux mois.
La commission a fait les trois départements du Nord. Ses membres en sont revenus emballés. Ils ont découvert des gens simples, ouverts, chaleureux qui, loin des vociférations port-au-principes, s’attachent à leur petite patrie. Comment oublier ce bouillonnement d’idées, cet émerveillement qui se lit sur les visages, ces accueils empreints de respect et de civilité, émanant du Cap-Haïtien, de Fort-Liberté, et, me dit Michel Hector, de Port-de-Paix et du Môle Saint-Nicolas ! Comment ne pas dire notre émotio= de découvrir à chaque étape toutes ces traces d’une histoire vivante= toutes ces empreintes d’une histoire-problèmes comme aime à le dire Leslie Manigat ! Toutes ces ruines, tous ces sites merveilleux, ce Fort-Liberté qui avance dans la mer comme une langue assoiffée, ce Môl= Saint-Nicolas lointain et lumineux, dont on dit qu’il est oublié des dieux, tout ce patrimoine qui fait rêver nos accompagnateurs de l’ISPAN et qui, visionnaires, veulent en faire la première ligne de restauration de l’environnement comme nos ancêtres avaient fait des fortifications la première de défense de la patrie.
J’ai déjà beaucoup vu et beaucou= entendu qui m’encourage à poursuivre malgré les fatigues des voyages. Deux fois, j’ai été profondément remué – à la basilique=Notre-Dame au Cap-Haïtien et à la Cathédrale de Fort-Liberté – d’entendre les je=nes écoliers et écolières chanter :
«Quand nos aïeux brisèrent leurs entraves,
Ce n’était pas pour se croiser les bras
Pour travailler en maîtres des esclaves
Ont embrassé corps à corps le trépas.»
Et puis, cet hymne
«C’est nous jeunesse étudiante
C’est nous les grands, nous les petits
Demain la gloire d’Haïti…»
Cet hymne entonné comme un cri, un vacarme, une clameur à l’adresse des sourds que nous serions. Ma nostalgie rampante s’est soudainement redressée. Sur le coup mon cœur = bondi de fierté. Il s’est gonflé de souvenirs. De la vie en province. =es apprentissages scolaires. Je me rappelle les sorties d’exploration à la campagne organisées tous les premiers vendredis du mois par les frères (français) de l’Instruction chrétienne. J’ai connu Port-de-Paix, la Citadelle, la Ravine-à-Couleuvre, la Crête-à- Pierrot, les villes et villages environnants des Gonaïves dans ce contexte d’apprentissage. Aujourd’hui, je ne sais pas ce que tout cela est devenu. J’apprends plutôt avec effroi qu’il y a des écoles où de jeunes haïtiens font=toute leur carrière scolaire sans rien apprendre de l’histoire et de la géographie de leur pays. Là où des bourgeois et des petits bourgeois -=au Lycée français par exemple – envoient leurs enfants. En attendant d’aller achever leurs études à Montréal, Paris, New York ou Santo Domingo. On forme des jeunes tournés vers l’extérieur. D’importantes fractions de notre société le sont déjà. Le pays en dehors, c’est eux, n’en déplaise à Gérard Barthélemy. En est-on vraiment conscient,=là où en toute sincérité on promeut un nouveau contrat social ?
Pour ma part, je continue avec confiance à faire le tour du pays en dedans, ce pays de l’espérance retrouvée, sur lequel il est encore possible de bâtir un avenir solide. Il nous reste encore sept départements à explorer pour dire que pour nou= les deux cents ans ne sont pas perdus et qu’en cherchant bien en nous, dans nos recoins, à travers nos deux siècles nous trouverons , malgré aujourd’hui, des motifs d’espérer et des raisons de croire à la refondation de notre patrie.
Associate Professor
Sociology
Baruch College of CUNY
646-312-4473
fax-646-312-4461





